Le jour se levait tranquillement, tandis que la journée avait déjà bien commencée pour certains. Le calme régnait sur le Seireitei, alors que les shinigamis gagnaient petit à petit les locaux de leur division. Dans le bureau de la 10ème division, deux personnes s'afféraient déjà, la paperasse s'étant accumulée depuis le petit jour.

Un jeune homme aux cheveux immaculés travaillait en silence, ses yeux turquoise scrutant un à un les documents sur lesquels il travaillait. Non loin de lui, une plantureuse rousse remplissait également les feuilles posées près d'elle, bien plus sérieuse que d'ordinaire.

Depuis le départ de la capitaine de la 13ème division, elle ne tenait plus en place. Et elle savait que si elle voulait pouvoir discuter tranquillement avec elle de sa journée sur Terre, et notamment auprès des Kurosaki, dont elle n'avait eu de nouvelles depuis si longtemps, elle devait avancer au mieux sur son travail, sans quoi elle s'attirerait de nouveau les foudres de son supérieur. De plus, Rukia lui avait promis de lui ramener quelques petites choses du monde réel, aussi la vice-capitaine était-elle plus qu'impatiente.

L'horloge du silencieux bureau affichait huit heure et quart lorsque des pas légers retentirent près de celui-ci, rapidement suivi d'un cognement discret sur la porte. Toshiro, sortant de sa concentration, autorisa l'entrée du visiteur, et fut plus que surpris en voyant Rukia pénétrer dans le bureau.

- « Capitaine Kuchiki. » Dit-il simplement, avant de se replonger dans les papiers, se doutant qu'elle ne venait pas pour lui rendre visite, mais plutôt pour voir sa collègue.

La jeune femme lui répondit, d'un léger signe de tête, avant de se tourner vers Rangiku.

- « Vice-capitaine Matsumoto. » Commença-t-elle, la voix fébrile.

La rousse se leva rapidement et se dirigea vers elle, trop heureuse de la voir. Elle ne pensait pas qu'elle aurait l'occasion de discuter si tôt dans la journée. Pourtant, alors qu'elle la saluait comme à son habitude, en la serrant contre elle, elle comprit que quelque chose clochait. A vrai dire, n'importe qui aurait pu remarquer que quelque chose perturbait la petite brune.

- « Quelque chose ne va pas ? » Lui demanda-t-elle alors, soucieuse. « Les choses ne se sont pas déroulées correctement chez Ichigo ? »

Rukia déglutit. Elle devait lui annoncer. Leur annoncer. Car tous deux la connaissaient, et Ichigo, avant qu'elle ne s'en aille, lui avait demandé de lui rendre ce service.

- « Tout va bien. » Elle avait prononcé ces trois mots, et ceux-ci sonnaient terriblement faux. « Ichigo et Orihime sont en pleine forme, et Kazui a bien grandit. Votre ancien capitaine aussi se porte comme un charme d'ailleurs. Il prend de l'âge, et pourtant j'ai l'impression qu'il ne perd rien de son énergie. »

Elle afficha un sourire forcé, voulant retarder au maximum le moment où elle devrait laisser ces mots si douloureux franchir ses lèvres. C'est sur cette lancée qu'elle continua.

- « D'ailleurs, Yuzu a épousé Jinta l'an dernier ! J'ai toujours trouvé qu'il était mignon ensemble, et... »

Elle ne pu finir sa phrase que la rousse la coupa. Elle lui saisit les bras, l'inquiétude parcourant ses prunelles, tandis qu'elle voulait savoir ce que lui dissimulait la jeune femme.

- « Rukia, que ce passe-t-il, qu'est-ce qui ne va pas ? »

La vision de la brune commença à devenir de plus en plus floue, ses yeux s'emplissant de larmes, jusqu'à ce que l'une d'entre elle s'échappe, subtilement, dévalant sa joue pour venir s'écraser à ses pieds. Cela inquiéta d'autant plus Rangiku, de même que Toshiro, qui, bien qu'il n'en laissait rien paraître, suivait avec attention la discussion des deux jeunes femmes.

- « Je... Je suis désolée... » Commença-t-elle, sa voix mourant dans sa gorge. « Karin est... Elle est décédée... »

Suite à cette déclaration, un silence grave s'installa dans la pièce. Un silence de mort. Aucune des personnes présente n'osa prononcer un mot, ni même respirer, comme si le temps s'était arrêter. Et d'un coup, la petite brune s'effondra au sol, pleurant toutes les larmes de son corps, ne pouvant se contrôler davantage.

Après un petit temps, la rousse l'accompagna, ses jambes ne la portant plus. Même si elle ne l'avait pas vu souvent, elle appréciait beaucoup la fille de son ancien capitaine, avec qui elle avait grandement sympathisé au fil du temps. Elle en était devenue assez proche, et faisait en sorte de lui rendre visite chaque fois qu'elle était détachée sur Terre. Aussi, apprendre qu'elle était morte lui procura une douleur telle qu'elle pu sentir des larmes rouler sur ses joues, tandis qu'elle relevait les yeux vers la jeune capitaine.

Toshiro, de son côté, sentit son cœur s'arrêter, bien qu'il n'en laissât rien paraître. Tout comme sa subordonnée, il s'était pris d'une grande amitié pour la jeune fille, avec qui il avait passé de nombreux moments heureux, bien qu'il ne lui eût jamais dit, trop secret sur sa personne. La nouvelle de sa mort était ainsi comme la fin d'un doux rêve. Son amie était morte, et les bons moments partagés avec elle avait ainsi disparu avec elle.

Pourtant, une pensée commune traversa à la fois Toshiro et Rangiku, cette dernière s'empressant de poser la question qui leur brûlait tous deux les lèvres.

- « Elle doit se trouver au Rukongai dans ce cas, n'est-ce pas ? Il nous est encore possible de la retrouver ! »

En effet, leur amie, contrairement aux membres de la Soul Society, était humaine. La fin de son corps ne signifiait pas la fin de son âme. Pourtant, un simple mouvement de la tête annihila les espoirs des deux membres de la 10ème division. Incapable de prononcer le moindre mot, la tête basse et toujours à terre, Rukia secoua frénétiquement sa tête de gauche à droite. Ses cheveux volaient au gré de ses mouvements, une partie d'entre eux finissant collés sur ses joues du fait de ses larmes.

- « Comment... » Murmura simplement la rousse. « Comment est-ce que tout cela est arrivé ? Quand ? »

Elle avait parlé d'une voix blanche, tandis que Toshiro se concentrait plus que de raison sur le dossier sur lequel il travaillait, relisant pour la énième fois la même ligne. Il ne voulait pas entendre la réponse de Rukia. Et pourtant il avait besoin de l'entendre. Il devait savoir. Cela ne la remmènerait pas, mais il se maudissait de ne pas avoir été davantage là pour elle.

- « Tout ce qu'Isshin et Ichigo m'ont raconté » Commença la jeune femme en soupirant « C'est qu'un soir, alors qu'elle était partie faire les courses, elle a été le dommage collatéral d'un grave accident de voiture. Un chauffeur a perdu le contrôle de son véhicule et le choc l'a tué. »

Elle marqua une pause, la bouche sèche, et remis de l'ordre dans ses idées.

- « Vous savez comme moi qu'elle était devenue très puissante, et si nous l'avons remarqué, ça n'a pas non plus échappé aux Hollows. Quand son âme s'est retrouvée hors de son corps, elle a presque immédiatement été attaqué... Nul ne sait ce qui s'est réellement passé. Tout ce qu'Isshin m'a dit, c'est qu'elle s'était bien battue, qu'elle n'avait rien lâché. Mais le temps qu'ils arrivent, il était déjà trop tard. »

- « Quand ? » Murmura Rangiku, qui peinait à croire ces mots.

- « Il y a trois ans, apparemment peu après notre dernière visite chez eux. »

Un silence assourdissant repris place. Rangiku était toujours figée, ne parvenant pas à assimiler les paroles de la capitaine.

- « Matsumoto » Dit simplement Toshiro « Prends ta journée.

- Mais... Capitaine...

- Prends ta journée ! »

Il avait haussé le ton sur ces derniers mots, chose inhabituelle pour lui, et elle comprit qu'il ne fallait pas insister. Le visage toujours baigné de larmes, elle se redressa tant bien que mal, aidée de Rukia, qui entreprit de faire de même. Comprenant qu'il valait mieux laisser le jeune homme seul, elles sortirent lentement du bureau, se soutenant l'une l'autre.

Seulement après s'être assuré que les deux femmes étaient loin, et que personne ne pouvait venir le déranger, il s'autorisa à laisser couler les larmes qui avaient emplies son cœur. Ce n'était qu'une humaine. Une simple humaine. Et pourtant sa disparition sonna, pour le capitaine, comme si l'on venait d'arracher une part de son âme.

Et il réalisa l'importance qu'elle avait pour lui. Outre mesure, il s'était attaché à elle. Sans qu'il ne s'en aperçoive, elle s'était immiscée dans son cœur, dans son âme. C'était sa meilleure amie, et elle savait qu'il était capable de tout pour elle, tout comme elle risquait toujours tout pour lui. C'est la seule certitude qu'il avait. Malgré sa froideur, elle avait toujours su qu'elle pourrait compter sur lui. Et pourtant, quand elle avait sûrement eu le plus besoin de lui, il avait été absent.

Les pensées se bousculait dans sa tête. Il pensait à ce jour. Il analysait les paroles de Rukia. Elle avait dû être terrifiée. Seule, emplie de peur, et pourtant elle s'était battue. La connaissant, elle s'était sûrement défendue bec et ongle. Et elle ne l'avait sûrement pas fait pour elle-même, mais plutôt pour sa famille, ses amis, tout ceux qui tenait à elle. Elle avait probablement compris, en voyant son corps, et par son expérience, qu'il n'y avait plus d'espoir pour elle, mais que si elle survivait en tant qu'âme, ses proches auraient au moins le réconfort de savoir qu'elle serait dans un monde meilleur.

Pourtant il n'en était rien. Malgré toute la force de caractère de la jeune fille, malgré tout l'amour et la gentillesse qu'elle donnait à ceux qui l'entourait, elle s'était retrouvée seule à la fin. Et elle avait laissé un vide tant chez ceux qu'elle côtoyait sur Terre, que dans le cœur de ceux qu'elle aimait dans l'au-delà.

Et lui se maudissait pour cela. Il se maudissait d'avoir laissé passer le temps, en sachant qu'elle comprenait parfaitement qu'il ne puisse venir souvent la voir. En l'acceptant, et en étant là pour lui quand il en avait besoin.

Il se détestait de s'être laissé aller à l'idée qu'elle allait forcément bien car elle était forte, et qu'il aurait bien l'occasion de la voir, que rien ne pressait. Mais finalement, en pensant ainsi, il avait laissé s'écouler trois ans, avant de découvrir que cette personne si chère à son cœur ne l'accueillerait plus jamais avec son sourire si réconfortant. Car maintenant, il était trop tard.

Et tandis qu'il se levait de son bureau pour récupérer sur celui de Rangiku le travail qu'elle n'avait pas encore pu réaliser, il sentit la pièce tourner autour de lui, et se laissa finalement choir sur le canapé. Ses yeux se posèrent sur cette photo qu'elle l'avait forcé à prendre, et qu'il avait pourtant si précieusement gardé. Et tous ses sentiments déferlèrent en lui comme si la neige faisait rage dans son cœur. Les larmes inondèrent son visage, et il ne pouvait plus penser qu'à elle. Et à son absence qui durerait maintenant pour l'éternité.

Et tandis qu'il laissa s'échapper un cri de rage face à toute cette tristesse et cette colère qui l'envahissait, le Seireitei, à l'extérieur, fut rapidement recouvert d'une épaisse couche de neige.