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CHAPITRE XI.

N°82 – 27 Janvier 2024 (5)

5 février 2024 – Bureau des Préfets, Poudlard, Ecosse


Avec l'autorisation du Professeur Flitwick, Scorpius et Melody avaient convoqué Joseph Cloakunder dans le bureau des Préfets. Le Gryffondor de septième année ne semblait pas stressé le moins du monde et donnait l'impression qu'il n'avait aucune idée de la raison pour laquelle il se trouvait là.

Scorpius et Melody échangèrent un regard déconcerté, avant de reporter leur attention vers leur camarade de classe.

– Tu n'as vraiment aucune idée de la raison pour laquelle nous t'avons convoqué, Joseph ? répéta lentement Scorpius, comme si cette fois, le fait d'articuler chacun de ses mots lui permettrait d'arracher la vérité au jeune homme.

Joseph haussa les épaules avec innocence.

Melody afficha son plus beau sourire, plein de charme, mais surtout, brillant de force et d'intelligence, et l'arma en direction de Joseph.

À côté d'elle, Scorpius dissimula un sourire en coin. Joseph n'avait plus aucune chance.

– Joseph, fit Melody de sa voix douce, chantante, mais implacable. Tu sais de quoi il s'agit, n'est-ce pas ? demanda la Préfète-en-Chef en désignant les petits comprimés roses sur la table devant lui. Tu dois forcément le savoir, puisqu'ils étaient en ta possession et qu'un élève nous a affirmé que tu lui en avais vendus.

Joseph rougit légèrement sous le regard intransigeant de Melody. Scorpius garda le silence. Melody était plus efficace que lui. Plus ferme. Plus futée, aussi. Si quelqu'un pouvait faire parler Joseph, c'était son amie, et il valait mieux qu'il ne s'en mêle pas.

– Le Ministère n'interdit pas la consommation de stimulants. Leur vente et leur consommation sont libres, répondit Joseph avec efficacité, comme s'il avait appris sa réponse par cœur, en croisant les bras sur la poitrine en signe de défiance.

– Le Ministère, non, admit Melody en déroulant un vieux rouleau de parchemin devant elle. En revanche, le règlement intérieur de Poudlard, article 165 ter, précise que « La consommation, par les élèves de Poudlard, de potions, de filtres, ou de toute autre substance, de quelque nature que ce soit, destiné(e)s à développer ou accroître de manière extraordinaire leurs facultés physiques ou intellectuelles, et ce plus particulièrement dans le cadre de toute activité et de toute compétition, physique ou intellectuelle, organisée dans le cadre de leurs études, et notamment – mais pas exclusivement – en vue d'une participation à un examen scolaire ou à une compétition sportive. Le cas échéant, la prise d'une telle substance sera considérée comme un acte de triche pouvant résulter en l'administration de toute sanction proportionnée, à la discrétion des professeurs de Poudlard ou des organes de Préfets après consultation et accord préalable du corps enseignant. »

Melody marqua une pause et planta son regard dans celui du Gryffondor avant de reprendre, le plus calmement et sereinement du monde.

– Selon toi, est-ce qu'il subsiste un doute sur la licéité de la consommation de ces comprimés dans l'enceinte de Poudlard ?

Jospeh serra légèrement la mâchoire, refusa de baisser les yeux, mais fit « non » de la tête.

– Alors voilà ce que je te propose, fit Melody, tandis que Scorpius se redressait imperceptiblement dans son fauteuil tu nous dis ce que tu sais et pour qui tu distribues ces comprimés, et, avec l'autorisation du Professeur Flitwick, tu écoperas seulement de quelques heures de retenues. Qu'est-ce que tu en dis ?

Hésitant, Joseph joignit les mains devant lui, lança un bref coup d'œil vers Scorpius, comme s'il y trouverait soudain de l'aide, une échappatoire quelconque, puis déglutit lorsqu'il comprit qu'il était le seul à pouvoir se sortir de ce mauvais pas.

– Qu'est-ce que vous voulez savoir ? répondit-il après plusieurs secondes de silence, d'incertitude, et d'appréhension.

– Pour commencer, fit Melody en se penchant vers lui au-dessus de la table, les sourcils froncés au-dessus de ses yeux effilés, dis-nous qui est à l'origine de ces comprimés.

Ce n'était pas une question. C'était un ordre, donné avec le plus douceur et de mansuétude que n'aurait pu le faire Scorpius. Ou qui que ce soit d'autre dans cette école.

Scorpius sut, à cet instant, combien il devait être difficile pour Melody de voir Beau sombrer peu à peu dans ses addictions aux comprimés sans pouvoir l'aider. Si elle ne pouvait pas à lui faire entendre raison, alors elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour qu'il n'ait plus jamais la possibilité de s'en procurer.

5 février 2024 – Bureau des Préfets, Poudlard, Ecosse


Plus tard ce soir-là, après une réunion des plus éreintantes pendant laquelle Melody et Scorpius avaient dû rappeler à l'ordre l'ensemble des Préfets pour leur rappeler quelques règles de base, après avoir constaté qu'un certain nombre d'entre eux profitaient du planning des rondes établi chaque mois pour s'assurer de passer un moment en tête-à-tête avec l'un ou l'une de leur camarade au détriment de leurs obligations, Rose resta en retrait tandis que le reste de ses collègues quittaient (ou fuyaient) peu à peu le Bureau.

Lorsqu'il ne resta plus que Melody, Scorpius et elle dans le Bureau, Rose rajusta la bandoulière de son sac sur son épaule et s'approcha de Scorpius et Melody, impatiente.

– Alors ? J'ai vu Joseph quitter le Bureau en arrivant tout à l'heure. Et il n'avait pas la tête de quelqu'un qui vient d'avoir une conversation plaisante…

– Non, en effet, fit Melody en secouant la tête, avant de se tourner vers Scorpius. Je peux te laisser lui faire un débrief ? Après tout, c'est votre article, pas le mien, fit-elle en souriant avec amusement. J'ai promis à une Poufsouffle de première année de l'aider à terminer son devoir de Sortilèges, et je suis déjà en retard…

– Vas-y, fit Scorpius en souriant à son amie. Je fermerai en partant.

– Merci, Scorpius. À demain, fit Melody en filant déjà, laissant Scorpius et Rose seuls dans le Bureau des Préfets.

Scorpius et Rose lui emboitèrent le pas, quittant le Bureau à leur tour, Scorpius refermant la porte à clés derrière lui, Rose attendant (impatiemment) dans son dos.

Lorsque le jeune homme se tourna ensuite vers Rose, il ne put empêcher l'éclat de rire qui lui échappa devant l'air empressé de Rose, dont les grands yeux bleus cachés derrière les verres de ses lunettes étaient relevés vers lui avec toute son attention.

– Tu as vraiment ça dans la peau, n'est-ce pas ? Comment est-ce possible que personne n'a jamais rien vu pendant toutes ces années ? Même pas ta famille ?

Rose haussa les épaules avec nonchalance, comme si la réponse était évidente.

– La discrétion. Si tu parviens à passer inaperçu, à ne pas attirer l'attention sur toi, à te faire oublier, c'est plus facile d'observer. Tu vois mieux et tu entends mieux quand tu es invisible, parce que personne ne se doute que tu es là et que tu écoutes… maintenant, dis-moi tout ! insista la jeune fille, son sourire s'élargissant au fur et à mesure.

Rose tira doucement sur la manche de la robe de Scorpius pour l'enjoindre à parler, ce qu'il fit, non sans dissimuler un dernier sourire amusé, très vite (trop vite) avalé par le sérieux de la conversation.

– Joseph ne sait pas quel est l'élève qui lui fournit les comprimés pour les redistribuer, mais ce qui est sûr, c'est que depuis plusieurs jours, il n'a reçu aucune demande de livraison de la part du fournisseur, commença Scorpius alors qu'ils arpentaient les couloirs déserts de Poudlard pour regagner la Salle Commune de Serdaigle.

– Il ne sait pas de qui il s'agit ? Mais alors comment est-ce qu'il obtient les comprimés ? Et comment est-ce qu'il en est arrivé à les revendre, du jour au lendemain ?

– C'est là que ça devient intéressant, répondit Scorpius, sachant pertinemment qu'il avait l'entière et absolue attention de Rose en disant cela, et sans vraiment qu'il sache pourquoi, cela lui plaisait beaucoup. Joseph a été contacté directement par le fournisseur. Il a reçu un message, un jour, pour lui proposer un boulot. Au moment même où il avait justement besoin d'argent pour acheter une nouvelle baguette. Il n'a pas été choisi par hasard par notre coupable mystère. Il a été ciblé parce que l'élève qui est derrière tout ça savait qu'il avait besoin d'argent et qu'il accepterait le boulot sans poser trop de question.

– Donc c'est quelqu'un qui le connait suffisamment pour savoir qu'il avait besoin d'argent, et que son sens moral ne lui ferait pas refuser une telle opportunité… Peut-être un autre Gryffondor ? suggéra Rose à haute voix en se mordillant l'intérieur de la joue. Mais pas nécessairement l'un de ses amis, parce que sinon, il ou elle n'aurait eu aucune raison de lui cacher son identité… Tu es vraiment sûr qu'il ne vous a pas menti ? Joseph n'a vraiment aucune idée de qui cela peut être ?

– Sûr et certain, assura Scorpius. Il ne mentait pas. Il sait qu'il a bien trop à perdre et il avait tout intérêt à nous dire la vérité. Joseph a d'abord été chargé de « racoler » des clients, en proposant gratuitement les comprimés à une poignée d'élèves sélectionnés par le ou la personne qui lui fournit ces comprimés, puis le bouche à oreille s'est chargé de reste.

Rose comptait chacun de ses pas, qui résonnaient dans le couloir désert à cette heure avancée de la soirée, pour se concentrer sur idées. Ça l'aidait à faire abstraction du reste, des détails inutiles ou parasites qui obscurcissaient son jugement. Comme le fait que la voix de Scorpius, grave et chaude avait un côté réconfortant, par exemple, alors qu'ils étaient seuls au beau milieu du château, à presque vingt-trois heures.

– D'accord, reprit Rose. Mais ensuite ? Est-ce que Joseph vous a dit comment…

– Comment il savait qui livrer ? acheva Scorpius en lui ôtant les mots de la bouche.

Rose hocha la tête.

– Par hibou. Les élèves passent commande en se servant des hiboux de l'école, et le ou la responsable de ce petit trafic les utilisent pour livrer Joseph et l'informer des commandes à venir, pour qu'il sache à qui livrer les comprimés, combien, où et quand. Toujours des hiboux différents.

– Ça semble risqué, songea Rose.

– Et pourtant, nous n'avons toujours pas découvert son identité… et à ce rythme, peut-être que nous ne le découvriront jamais.

Rose s'immobilisa et se tourna vers Scorpius en fronça les sourcils, juste devant la statue qui gardait l'entrée de la Salle Commune de Serdaigle.

– Qu'est-ce que tu veux dire ? Je ne te savais pas si défaitiste…

« Je ne respire pas, mais j'ai beaucoup de souffle. Qui suis-je ? » demanda la statue.

– Non, bien sûr que non, répondit Scorpius à Rose, ignorant momentanément la statue. Mais ce n'est pas un hasard si aucun Préfet n'a relevé le moindre incident concernant les comprimés depuis quelques temps. D'après Joseph, le ou la personne derrière tout ça a brutalement arrêté de le fournir en comprimés et de lui communiquer des commandes. Joseph a reçu un message dans lequel il ou elle disait que c'était devenu trop dangereux pour les élèves, car ils ne respectaient pas les doses préconisées. Ce qui était au départ sensé être un simple complément vitaminé magique pour rebooster les élèves qui craquaient sous la pression est devenue une mode qui met en danger la vie des élèves. Le vent, ajouta-t-il à l'attention de la statue, qui leur ouvrit le passage en repliant ses ailes.

Rose se massa le front en suivant Scorpius dans la Salle Commune.

– Ça change tout…

Scorpius hocha la tête.

– Oui. On ne cherche plus du tout la même personne… Qui qu'elle soit, ses intentions sont très différentes de celles que nous avions envisagées.

– Exacte. Il faut que nous cherchions quelqu'un qui, non seulement a les compétences et les ressources nécessaires pour créer ces comprimés, mais également un sens moral et l'envie de venir en aide aux autres… Comme un futur Médicommage par exemple, ajouta Rose, en relevant lentement les yeux vers son compagnon, la réalisation la submergeant peu à peu, sa cage thoracique se refermant sur son cœur.

– Si tu penses à moi, je ne…

– Non, l'interrompit Rose. Je ne pense pas à toi, fit-elle en secouant la tête, l'air s'échappant de ses poumons comme d'un ballon de baudruche.

Scorpius fronça les sourcils, notant le teint pâle de Rose, ses lèvres tremblantes, et son regard agité.

– Mais tu sais qui c'est, devina-t-il sans mal.

Rose hocha lentement la tête et déglutît.

– Je… je crois que ça pourrait être Al, fit-elle d'une petite voix tremblante, à peine audible, dans l'immense Salle Commune déserte. Depuis quelque temps il a l'air… épuisé ? Distrait ? Ça… ça expliquerait tellement de choses…

Scorpius sentit son cœur se serrer légèrement pour la jeune fille, dont il voyait les sentiments confus s'agiter à travers ses immenses yeux bleus, ses émotions défilant les unes après les autres sans parvenir à se fixer.

Il voulut la rassurer, lui dire qu'elle se faisait sûrement des idées, mais il n'en fit rien, car il refusait de mentir à Rose. Même si, en cet instant précis, elle en aurait certainement eu besoin.

De longues secondes passèrent sans que ni Rose, ni Scorpius ne prononce le moindre mot.

Puis, soudain, Rose sembla se redresser, presque imperceptiblement, comme si elle avait pris une décision. Et lorsqu'elle prenait une décision, elle s'y tenait, peu importe le prix qu'elle devrait payer. Ou faire payer à ses proches.

Son instinct de journalisme, sa passion pour la vérité l'emportaient sur tout le reste. Hugo en avait déjà fait les frais. Et cette fois, ce serait le tour d'Albus.

– D'accord, fit-elle enfin, en relevant les yeux vers Scorpius. On a de la citrouille sur le feu. Il nous faut du thé, des plumes, de l'encre et des rouleaux de parchemin. Et surtout, du thé. Des litres. Attends-moi là, je reviens dans une minute.

– Quoi ? Pour quoi faire ? Il est vingt-trois heures passées, Rose… Tu ne comptes quand même pas commencer à écrire ton article maintenant ? Et tu ne crois pas que tu devrais mûrir cette supposition ou en discuter avec ton cousin avant de tirer des conclusions hâtives ?

Rose lui lança un regard scandalisé par-dessus les verres de ses lunettes rondes.

– Il ne s'agit pas de ça ! Et bien sûr que oui, c'est le moment de plancher sur cet article. Et d'ailleurs, ce n'est pas « mon » article. C'est « notre » article, lui rappela-t-elle avant de faire volte-face et de s'empresser de regagner son dortoir.

Malgré la fatigue et le chapitre sur les Maléfices Corporels Non Dommageables qui l'attendait dans son dortoir et qu'il devait lire pour le cours de Défense le lendemain, Scorpius ne put s'empêcher de sourire en voyant Rose disparaître dans les escaliers.

Et, sans trop savoir pourquoi, il se laissa tomber dans la chaise la plus proche et sortit une plume, de l'encre et un rouleau de parchemin encore vierge qu'il posa sur la table devant lui.

Comment Rose Weasley avait-elle pu l'embarquer si facilement dans ses histoires en si peu de temps ? Enrôlé comme enquêteur et auteur pour sa Gazette de Poudlard, alors qu'il s'était promis de faire tout ce qui était en son pouvoir pour la forcer à se « dénoncer », à révéler son identité au reste de l'école afin qu'elle assume chacun de ses articles, chacun des mots qu'elle écrivait sur ses camarades ?

Et pourquoi, Merlin, n'était-il pas complètement certain de vouloir connaître la réponse à ces questions ?


Note : Bonjour à tous !
Comme je l'ai déjà dit à certains, je suis sincèrement désolée pour le retard et l'absence de chapitre ces trois derniers dimanches. Je ne devais a priori être en vadrouille que le premier week-end de septembre, et finalement, je n'ai pas été posée chez moi trois week-end de suite, d'où l'absence de publication hebdomadaire ces trois derniers week-end.

J'espère donc que ce nouveau chapitre m'aidera à me faire pardonner un petit peu, et que vous l'apprécierez autant que j'ai apprécié de l'écrire :)

J'espère aussi que vous avez tous passé une excellente rentrée et avez profité de ces derniers jours de beau temps !

En attendant, je vous souhaite à tous un excellent dimanche, et vous dit à dimanche prochain :)

Bonne fin de journée à tous,
LittlePlume