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CHAPITRE XVI.
N°83 – 10 Février 2024 (4)
11 février 2024 – Grande Salle, Poudlard, Ecosse
Du coin de l'œil, Scorpius observait Rose tremper un scone encore chaud dans son thé fumant avec une grimace. Témoin de cet acte de barbarie, il fut obligé de détourner les yeux, sous le regard moqueur d'Elias.
– Ne me dis pas que le charme est déjà rompu ? railla Elias avec humour, sans la moindre trace de méchanceté dans sa voix.
– Pas du tout, rétorqua Scorpius, ses lèvres fines pointant vers le haut. Il n'empêche que ramollir un scone tout chaud et tout doré dans du thé, c'est un crime…
À côté de lui, Rose s'immobilisa, le bras tendu, son scone à mi-parcours entre la tasse de thé posée devant elle et ses lèvres. Elle tourna la tête vers les deux garçons et fronça les sourcils.
– Je vous entends, vous savez ? Et tu peux parler, répliqua-t-elle en désignant Elias. Pas plus tard qu'hier, je t'ai vu tremper ton gâteau au chocolat dans ton jus de citrouille. Quant à toi, fit-elle en se tournant vers Scorpius : c'est tout le contraire. Tes manières mériteraient bien d'être un peu froissées. Tout ne doit pas forcément être fait « comme il faut », tu sais ? Tu as le droit d'ajouter du sucre dans ton café, et même de mettre de la confiture de mangue ou de fruit de la passion sur tes toasts plutôt que la même sempiternelle confiture de coings ennuyeuse à mourir, si vraiment tu te sens d'humeur un peu folle ! conclut-elle en brandissant son scone sous son nez.
Amusé, Scorpius retint un rire. Ce qu'Elias, bien moins élevé (ou du moins, bien moins respectueux des règles qui lui avaient été inculquées), ne fit pas. Le rire du jeune homme fit se tourner plusieurs têtes de leurs camarades vers eux, dont celle de Roxanne, qui venait d'arriver dans la Grande Salle en bâillant. Elle posa son regard sur Elias, leva les yeux au ciel, et détourna les yeux avant d'aller s'asseoir à la table de Gryffondor à côté de Lily, affublée d'un chapeau d'apparence anodine, mais probablement ensorcelé par la jeune fille pour lui donner Merlin seul savait quel don loufoque.
Rose dissimula un sourire dans sa tasse et avala une longue gorgée d'Earl Grey en voyant Elias suivre Roxanne du regard jusqu'à la table de Gryffondor, les sourcils froncés au-dessus de ses grands yeux rieurs, toute trace de bonne humeur évaporée.
Elle se promit d'interroger Roxanne à ce sujet. Peut-être même qu'elle recruterait Fred pour lui tirer les vers du nez.
En attendant, elle avait un rendez-vous à la bibliothèque avec Mary Nolabel, une jeune élève de Serpentard, pour lui donner un cours de soutien en Sortilèges, dans le cadre de ses obligations de Préfète. Un rapide coup d'œil à sa montre lui indiqua qu'elle avait encore dix minutes, ce qui était largement suffisant pour se rendre à la bibliothèque, et préparer ses affaires et les exercices pratiques qu'elle avait inventés pour aider Mary.
Rose finit son thé et se leva sans attendre, en adressa un « à plus tard » à la volée à l'attention d'Elias et Scorpius, dont les assiettes étaient encore pleines à craquer.
Elle quitta la Grande Salle et prit les escaliers principaux pour se rendre à la bibliothèque, ses pas la menant machinalement vers l'un des endroits du château où elle avait passé le plus clair de son temps depuis son arrivée à Poudlard, sept ans plus tôt. Un sourire triste fendit son visage lorsqu'elle pensa que dans peu de temps, elle ne pourrait plus déambuler librement dans les murs de l'école. Sans avoir à y penser, elle enjamba la marche farceuse sur le palier du troisième étage et continua sa route.
Lorsqu'elle arriva au quatrième étage, son regard, habitué à traquer tout détail sortant de l'ordinaire, repéra immédiatement le couple lové dans un renfoncement en pierre, dissimulé derrière une armure rutilante. Penchés l'un vers l'autre, Beau et Melody discutaient à voix-basse avec animation. Rose fut incapable de manquer le sourire resplendissant de Melody et le regard adorateur que Beau posait sur elle.
Rose se mordit l'intérieur de la joue pour éviter son sourire de la trahir et continua sa route, tête baissée, soulagée que ces deux-là se soient rabibochés. Même si elle n'était pas responsable de leur rupture, elle savait que l'article qu'elle avait publié sur Melody et Scorpius peu de temps après, leur avait fait beaucoup de mal aux deux amoureux séparés.
Dès qu'elle leur eut tourné le dos, Rose entendit la voix de Melody l'interpeller. Elle se figea sur place avant de se tourner avec appréhension, mais Melody avançait vers elle avec un immense sourire, celui qui la rendait si populaire auprès de leurs camarades, Beau sur ses pas, les mains plongées dans les poches de son pantalon avec un sourire plus réservé, mais non moins heureux.
– Rose, attends !
Rose attendit et Melody fendit sur elle en prenant les mains dans les siennes pour les joindre devant elles.
– Je… je tenais à te remercier pour ton article. Je pense qu'il a fait beaucoup de bien à beaucoup de gens, alors merci infiniment. Tu aurais pu écrire un article à charge, mais le fait que tu aies fait tout le contraire en recueillant des témoignages et en soulevant le mal-être des élèves… je pense que ça a aidé beaucoup d'élèves à se sentir un peu moins seuls et accablés…
– Elle a raison, fit Beau en se glissant près de Melody, un bras s'enroulant naturellement autour de sa taille, au moment où Melody lâcha les mains de Rose. Ton article, enfin, ton article et celui de Scorpius, m'a permis de me rendre compte que j'étais loin d'être le seul et… ça aide à remettre certaines choses en perspective…
Melody grimaça en voyant la surprise se dessiner sur le visage de Rose.
– Désolée, fit-elle aussitôt. Je lui ai dit, mais il ne dira rien à personne, c'est promis !
Rose secoua la tête avec un sourire triste.
– Ça ne fait rien. De toute façon, c'est fini, il n'y aura plus de Gazette de Poudlard. Mais je suis contente que cet article ait pu vous aider…
– Oh, fit Melody en fronçant les sourcils. Est-ce que je peux faire quelque chose pour ta Gazette ?
– Non, il n'y a rien à faire. Mais c'est gentil de le proposer, merci, répondit Rose en adressant un sourire peu vaillant à la Préfète-en-Chef. J'ai un cours de soutien dans quelques minutes, alors…
– Bien sûr, je ne te retiens pas ! Mais … merci encore, Rose, acheva Melody avec un sourire sincère.
Pour toute réponse, Rose hocha la tête, l'air de dire « de rien », et tourna les talons pour rejoindre Mary à la bibliothèque.
11 février 2024 – Grande Salle, Poudlard, Ecosse
Après le cours de soutien de Mary, Rose était restée à la Bibliothèque pour travailler sur ses propres cours, avant d'aller déjeuner et de retrouver Scorpius à la table de Serdaigle. Elias était absent et Rose ne vit pas Roxanne à la table de Gryffondor, ce qui était le résultat d'une coïncidence extraordinaire, soit la preuve qu'il se tramait quelque chose entre ces deux-là.
Après le déjeuner, Rose s'était rendue à la Serre n°2, où Roxanne passait la plupart de son temps, mais elle n'y était pas non plus.
Sans son journal, Rose se sentait désœuvrée. Cela faisait des années qu'elle jonglait entre ses cours, ses obligations de Préfète, et son journal, si bien qu'elle s'était toujours rigoureusement organisée pour pouvoir tout faire dans les temps. Désormais, elle avait du temps libre dont elle ne savait que faire.
Elle décida donc de passer du temps avec son petit-frère, qui lui, devait sûrement passer du temps avec Hagrid. Elle s'était donc rendue en lisière de la Forêt interdite où, sans surprise, elle avait trouvé son petit frère en compagnie de Hagrid, attelés à soigner un Augurey malade dont le chant arracha à Rose une larme qu'elle essuya d'un revers de la manche de sa robe.
Hagrid et Hugo l'accueillirent avec plaisir et lui montrèrent comment amadouer l'oiseau malade. Après avoir passé deux heures dans le froid, Hagrid les invita à boire une tasse (qui ressemblait davantage à un seau qu'à de porcelaine fine anglaise) de thé. L'infusion de pissenlits sauvages qu'il leur servit remua l'estomac de Rose, qui vida néanmoins le contenu de sa tasse avec un sourire poli.
En fin d'après-midi, Rose abandonna Hagrid et son frère, tout en rappelant à ce dernier de ne pas rentrer trop tard et de finir ses devoirs avant le dîner, puis décida de passer le reste de la journée, lovée dans un fauteuil de la Salle Commune de Serdaigle, le nez plongé dans la dernière biographie écrite sur sa mère, armée d'une plume à la recherche de la moindre erreur, de la moindre incohérence. Elle était en train de raturer furieusement une anecdote douteuse à propos de la quatrième année de sa mère à Poudlard et le Tournoi des Trois sorciers, lorsque la voix grave et calme de Scorpius l'arracha à sa tâche.
– Tu apprends des choses intéressantes ? se moqua-t-il gentiment.
Elle releva la tête, un sourire habillant machinalement ses lèvres lorsqu'elle croisa le regard du jeune homme, qui se laissa tomber dans le fauteuil à côté du sien.
– Je traque les erreurs, fit Rose en refermant l'ouvrage biographique et en reposant sa plume.
Scorpius laissa échapper un léger éclat de rire.
– C'est un passe-temps… intéressant…
Rose rougit avant de hausser les épaules.
– C'est une habitude que j'ai développée en arrivant à Poudlard, expliqua-t-elle, presque honteusement. Certains de nos livres d'Histoire étaient bourrés d'erreurs ou de fausses informations sur mon oncle et mes parents… et sur ta famille aussi, parfois, avoua-t-elle en baissant légèrement les yeux. Alors je les note, et j'envoie un mémo à l'éditeur pour qu'il publie un erratum.
Le sourire de Scorpius s'effrita légèrement, mais il ne cilla pas. Il avait l'habitude de ce genre d' « erreurs ». Il avait grandi avec. Mais alors qu'il avait choisi de les ignorer et de ne jamais les laisser le tirer vers le bas, ou l'abattre, Rose, elle, avait décidé de les combattre, à sa façon, armée de sa plume comme elle savait si bien le faire. Et ça, en revanche, ça avait le don de le faire sourire.
Scorpius se leva et se planta devant Rose, une main tendue pour qu'elle l'attrape. Rose fronça les sourcils, mais attrapa la main (dont le bout des doigts était toujours gelé) que Scorpius lui tendait et se laissa guider jusqu'au petit canapé situé directement devant la cheminée avant de s'y asseoir à côté de lui, les joues roses.
Scorpius s'éclaircit la gorge et planta son regard gris glacé dans celui bleu, pétillant de Rose.
– Je sais que je te l'ai déjà dit, mais tu sais que tu ne dois pas laisser les lettres de refus que tu as reçues de la part de ces journaux te laisser penser que tu n'es pas faite pour ce métier, n'est-ce pas ?
Rose hocha la tête, un léger soupir au bord des lèvres.
– Je sais.
– Et est-ce que tu as pensé à la réaction de ta famille ?
– Comment ça ?
– Si tu crées ton propre journal…
– … ou que je rejoins un journal…
Scorpius balaya la remarque de Rose d'un geste de la main.
– Non, non, je vote pour l'autre option. Après tout, tu l'as déjà fait, et très bien fait, à part quelques erreurs de parcours sur lesquelles nous ne reviendrons pas, ajouta-t-il avec un sourire en coin qui lui valut un regard noir de la part de Rose et un pincement au bras.
– Je te ferais remarquer que l'erreur de parcours à laquelle tu fais référence avec autant de subtilité qu'un Troll des montagnes s'est bien terminée, puisque Melody et Beau forment à nouveau un couple heureux et amoureux comme n…
Rose s'interrompit, un fard écarlate venant dissimuler les taches de rousseurs éparpillées sur ses joues lorsqu'elle se rendit compte de ce qu'elle était sur le point de dire et baissa aussitôt les yeux sur les flammes qui crépitaient dans la cheminée avec une fascination feinte, sans remarquer le sourire en coin de Scorpius, et le fard qui colorait également ses joues.
– Tout ça pour dire, reprit Scorpius en se grattant la nuque, que lorsque tu créeras ton journal, ton frère et tes cousins vont forcément se rendre compte que tu étais Freckles pendant tout ce temps, tu ne crois pas ? Ou du moins, ils auront des doutes…
Rose grimaça. Elle savait cela depuis des années, mais avait toujours refusé d'y penser. Elle savait qu'un jour ou l'autre, la Gazette de Poudlard mourrait en même temps qu'elle quitterait l'école pour devenir journaliste professionnelle.
– Rose, tu ne penses pas que tu devrais le leur dire avant qu'ils ne l'apprennent lorsque tu signeras ton tout premier article de ton nom à toi ?
Malgré l'angoisse qui nouait ses entrailles devant cette éventualité, Rose trouva le moyen de sourire. Elle releva la tête vers Scorpius, une petite étincelle amusée dans le regard :
– Alors c'était ça ton plan depuis le début pour me forcer à révéler mon identité ? Et je n'y ai vu que du feu…
Scorpius éclata de rire, avec plus de décontraction qu'il n'en faisait preuve habituellement, si bien que de nombreuses têtes se tournèrent vers lui avec surprise.
Lorsqu'il se calma après quelques secondes et reprit son sérieux, le regard glacé de Scorpius était incroyablement chaleureux, et plus encore.
– J'ai pourtant eu l'obligeance de te prévenir, fit-il avec un sourire malicieux : c'est toi qui révéleras ton identité, pas moi. Il se trouve simplement que j'ai gagné un peu plus que je ne l'espérais dans cette histoire…
Avant que Rose ne puisse répliquer quoi que ce soit, les lèvres de Scorpius vinrent s'écraser doucement contre les siennes, et elle oublia complètement de le traiter de goujat.
Note : Bonjour à tous en ce second week-end de confinement :)
J'espère que vous allez bien.
Et j'espère que la publication de ce nouveau chapitre sur FF ne sera pas aussi catastrophique que la semaine dernière où mon chapitre a disparu, réapparu, redisparu... toute la semaine.
Enfin bref, à part ça, j'espère que ce nouveau et avant dernier chapitre vous aura plu.
Et que Scorpius et Rose vous auront apporté un peu de la douceur dont on a tous besoin en ce moment.
Un grand merci, comme toujours, à DelfineNotPadfoot pour la correction de ce chapitre :)
Bonne fin de week-end à tous,
LittlePlume
