Chapitre 2 : Nuit gémissante, lendemain qui déchante
La soirée était bien avancée, au loin, le soleil s'était couché depuis un moment, laissant le voile de la nuit prendre sa place. Avec Hestia, Welf et Mikoto de sortie, ainsi que Lili et Haruhime au lit, Bell était encore la seule personne debout au manoir de sa familia. Tranquillement installé dans le grand salon, il s'occupait de la maintenance de son matériel, nettoyant son armure et ses armes. Un aventurier qui ne contrôlait pas régulièrement son matériel était une proie facile pour le Donjon, une leçon qu'il avait très vite apprise. Fredonnant tranquillement un air de son enfance, le jeune humain travaillait de bon cœur, quand il s'arrêta soudainement.
Il était presque sûr d'avoir entendu quelque chose. Il se leva et ouvrit la porte, mais derrière, il n'y avait rien d'autre que le couloir sombre, à peine éclairé par la lumière de l'astre lunaire.
Hmm ? J'ai dû rêver. Se dit-il, pas spécialement plus inquiet que ça. Le jeune homme alla se réinstaller sur la banquette et se remit au travail. Mais moins de cinq minutes après, il entendit encore quelque chose, la preuve qu'il n'avait pas rêvé. Il se leva de nouveau, mais une nouvelle fois, il ne vit que les ténèbres du couloir.
Lili, Haruhime, si vous me faites une blague, c-c'est pas drôle.
Étrangement, il n'était pas vraiment rassuré, sans doute une question d'instinct. Il retourna dans le salon, puis il sentit ensuite quelque chose l'attraper par le col et le jeter au sol, suivi d'un poids sur son corps.
Le cri du héros résonna dans la nuit, mais nul ne vint à son secours…
Le lendemain matin à l'aube. Hestia rentrait chez elle après une nuit blanche. Elle passa la porte tout en bâillant à s'en décrocher la mâchoire. Fichu Ganesha avec ses banquets à rallonge ! Il lui avait tenu la jambe quasiment toute la nuit. Heureusement que le buffet était délicieux au moins. Elle constata en marchant dans le couloir qu'il semblait y avoir quelque chose dans le salon. Pourtant, il était encore tôt.
Bonjour ! Quelqu'un est déjà révei…
Quand elle entra dans la pièce, elle fut sans voix, la bouche grande ouverte, mais aucun cri ne parvint à s'en sortir, la déesse en était carrément aphone, le souffle coupé devant le spectacle qui s'offrait à elle. Il y avait tellement de choses qui sortaient de l'ordinaire qu'il lui était difficile de savoir où poser le regard ou même comment trier les informations.
Pour commencer, le salon était littéralement sens dessus dessous ! Des meubles avaient été poussés sans ménagement, les banquettes avaient été déplacées, des matelas, certainement ramenés des chambres, étaient posés au sol, de nombreux coussins et oreillers étaient étalés. En bref, on avait transformé la moitié des lieux en une espèce de lit géant improvisé.
Mais le principal souci tenait au fait que les lieux n'étaient pas vides, il y avait onze personnes dans la pièce, qui toutes dormaient comme des bienheureuses ! Et tout ce petit monde dormait complètement nu, avec quasiment rien pour se couvrir. Et malheureusement, il n'y avait pas que ça, il y avait aussi des odeurs et des « traces » diverses et variées qui attestaient que si tout le monde était nu, ce n'était pas une question de confort à cause de la chaleur. Cette pièce fut durant la nuit un véritable antre de la luxure.
Quant aux concernés, on pouvait assez aisément deviner de qui il s'agissait. Au milieu de ce… dispositif, il y avait Bell, allongé sur le dos, dormant à poings fermés. Liliruka dormait, accrochée à l'une de ses jambes et Haruhime dormait blottie contre elle. Aiz était du même côté, un peu plus haut, dormant la tête posée sur une épaule du garçon. Riveria dormait derrière elle, allongée sur le côté. De l'autre côté du jeune homme, Ryuu dormait, allongé à la perpendiculaire du lapin en tenant une de ses mains contre sa joue. Lefiya dormait à côté, se servant du ventre de Bell comme oreiller. Eina dormait sur le dos, juste à côté. Tiona dormait sur l'une des banquettes, avachie sur le dos, une jambe et un bras dans le vide, visage de bienheureuse, se grattant même le ventre dans son sommeil. Cassandra dormait sur l'autre banquette, roulée en boule et Aisha dormait à moitié sur le ventre, ce qui mettait en avant son postérieur bronzé d'amazone.
Hestia était connue pour être jalouse et possessive quand il s'agissait de Bell. La déesse n'était pas idiote et savait aussi qu'elle avait de nombreuses rivales. Elle ne pouvait pas vraiment leur reprocher dans le fond de s'intéresser au garçon, Bell avait de nombreuses qualités. Elle savait très bien qu'une de ses rivales pourrait toujours tenter quelque chose, que Bell pourrait finir par craquer. Mais là, c'était littéralement une vision d'apocalypse, Bell venait de succomber… à quasiment toutes ses rivales à la fois. Un crève-cœur abominable qui la laissait presque sans voix.
Beeeeeeeeeelllll… finit-elle par grogner. Le garçon émergea lentement, mais sûrement. Ses souvenirs étaient confus, il se réveillait, comme d'un profond sommeil. Pourquoi n'était-il pas dans sa chambre ? D'ailleurs, où était-il ? La première chose que son regard embrumé capta, ce fut le visage de déesse.
Bonjour, kami-samaaaaAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHH ! Tout en parlant, il vit les femmes nues de sa connaissance devant lui. Il tourna la tête à gauche et en vit d'autres.
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHH !
Il tourna la tête à droite et constata que ce n'était pas mieux.
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHH !
À peu près au même moment, Welf venait de rentrer, la soirée avec Héphaïstos avait été interrompue par Tsubaki et la demi-naine l'avait forcé à picoler plus que de raison, résultat, il avait une migraine atroce et en prime, il se faisait accueillir par les hurlements de Bell.
Ha ! Pitié Bell, ferme-la ou passe au « B » et… BORDEL DE MERDE !
Tout en parlant, il s'était dirigé vers le salon et était tombé sur la scène à son tour. Finalement, Bell ne fit que la seule chose qui pouvait lui passer la tête : il prit la fuite, sans même faire attention au fait que son « couteau » était toujours à l'air libre. En chemin, il eut même le sentiment de croiser le fantôme de son grand-père qui lui souriait, pouce levé.
Le harem est l'ultime romantisme de l'homme !
Tais-touuaaaaaaaaaaa !
Welf, de son côté, tomba immédiatement à genou, les mains au sol, comme si le poids du monde croulait soudainement sur ses épaules.
J'aime Héphaïstos-sama de tout mon cœur, je peux le jurer devant tous les dieux ! Alors pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'en tant qu'homme, je ressens cet immense sentiment de défaite ?
Hestia était toujours bloquée. Mais bien évidemment, du côté de la dizaine de concernées restante, tout ce foutoir commença à les réveiller, surtout que certaines avaient perdu leur confortable oreiller. Elles avaient des regards embrumés, visiblement encore fatigués, comme un lendemain de cuite mal digérée. Leurs mémoires étaient floues, mais elles se virent les unes les autres, nues et dans un sacré état. Leurs instincts leur soufflaient qu'elles s'étaient toutes livrées à de sacrés exercices physiques avec Bell la nuit dernière. Cependant, personne ne parla, le choc était encore trop vivace.
Le silence fut rompu par la voix de Mikoto qui venait aussi de rentrer et qui parlait dans le couloir.
Hestia-sama ! Il y a quelque chose qui ne va pas, je viens de trouver Bell-dono dans le bain, assis en position fœtale, avec le regard vide comme si on avait aspiré son âme.
Quand elle rentra à son tour dans la pièce, elle resta aussi sans voix. Même elle arrivait à deviner ce qui avait pu s'y passer. Elle avait une tonne de questions en tête, mais elle était incapable d'en poser une seule, son esprit ne savait même pas par où commencer.
Du côté des diverses invitées, le réveil commençait à se faire et même si la mémoire ne revenait pas, les sensations, elles, étaient toujours là comme des fantômes. Les quatre femmes de la Loki familia s'étaient instinctivement regroupée et quand Riveria s'aperçut que Lifeya s'apprêtait à pousser un grand cri et Tiona à parler, elle leur mit chacune une main sur la bouche, pour en empêcher une de hurler et l'autre de sortir des conneries. Fort heureusement, Aiz, malgré la situation, gardait son calme.
Vous trois. Aucune question pour le moment, retrouvez vos affaires, on s'habille et on s'en va rapidement !
Ce qu'elles firent, profitant de la confusion pour se regrouper et s'enfuir, pendant que la déesse Hestia était encore sous le choc.
Eina était aussi sous le choc et quand elle saisit enfin la portée de ce qu'il s'était passé, elle fit elle aussi un gros blocage.
Par les dieux ! Qu'est-cequej'aifaitqu'est-cequej'aifaitqu'est-cequej'aifaitqu'est-cequej'aifait ! répéta-t-elle comme une sorte de mantra, parvenant malgré tout à récupérer ses vêtements pour s'enfuir.
Ryuu était rouge de honte, elle n'en revenait pas de ce qu'elle avait fait. Trahir Syr comme ça, profiter de la bonté de Bell. Pourtant son esprit n'arrêtait de lui dire qu'elle avait adoré chaque seconde de cette nuit. Elle parvint néanmoins à attraper ses affaires et parler.
Excusez-moi !
Et elle partit sans demander son reste. Si Mia ne la tuait pas, ce serait la gêne qui allait s'en charger.
Cassandra était complètement en panique, elle ne parvint pas à baragouiner le moindre mot compréhensible. Elle retrouva ses vêtements, tenta de s'enfuir, se vautra lamentablement pas terre… deux fois, mais parvint néanmoins à quitter les lieux.
Aisha, bien que confuse, se leva, se rhabilla comme si de rien n'était et s'en alla d'un pas tranquille après avoir fait un petit signe de la main pour saluer les occupants des lieux. Certes, sa mémoire avait des trous, mais après des années au quartier des plaisirs, elle avait une certaine expérience de la bizarrerie.
Il ne restait donc plus que Lili et Haruhime qui, elles, n'avaient nulle part où s'enfuir et pourtant, elles auraient vraiment voulu.
Finalement, au bout de quelques très longues minutes d'un silence extraordinairement pesant, Hestia se reprit. Elle avait le regard sombre et sa voix était d'un calme effrayant.
Welf.
Le concerné se releva immédiatement, quasiment au garde-à-vous. Soudainement, Hestia faisait comprendre par son ton qu'elle était une déesse et qu'elle pouvait en avoir l'autorité.
Oui Hestia-sama !
Va t'occuper de Bell et vois ce que tu peux en tirer.
Tout de suite !
Et il partit sans demander son reste. Il ne savait pas trop ce qu'il allait faire, mais il avait envie d'être loin de la tempête.
Mikoto.
O-Oui !
Elle aussi était maintenant tendue, sous l'effet de l'aura autoritaire d'Hestia.
Nettoie-moi ce bazar.
Oui Hestia-sama !
La déesse s'avança ensuite vers la prum et la renarde, qui s'étaient reculées contre le mur. Elles étaient blotties l'une contre l'autre, tremblantes comme des chiots apeurés.
Vous deux, vous venez avec moi, vous allez commencer par vous laver, ensuite, on va avoir une longue, très conversation toutes les trois.
Sans mot dire, elles suivirent leur déesse, avec la même joie de vivre que des condamnés à mort allant à la potence.
Au manoir du crépuscule, ce furent quatre femmes bien déboussolées qui venaient de rentrer. Enfin, trois étaient extrêmement confuses, mais Tiona était guillerette, elle fredonnait même. Certes, elle n'avait pas vraiment idée de comment elle s'était retrouvée à aller faire une orgie avec son petit argonaut adoré, mais les quelques souvenirs qui remontaient lui confirmaient qu'elle s'était bien amusée. En gros, elle vivait tout ça plutôt bien.
Dans le hall d'entrée, elles furent interceptées par Finn qui avait l'air un peu inquiet.
Vous revoilà. Où étiez-vous passé cette nuit ?
Aiz, Riveria et Lefiya restèrent silencieuses, ne sachant absolument pas quoi dire. Ce fut Tiona qui mena la conversation.
On a passé la nuit chez Argonaut-kun !
Finn fut extrêmement surpris de l'entendre dire ça, tout comme pas mal d'autres membres parmi les plus matinaux.
Chez la Hestia familia ? Mais qu'est-ce que vous faisiez là-bas ?
Hé hé ! On a pris du bon temps.
Le prum soupira, tirer les verres du nez de Tiona n'était pas toujours chose aisée.
Bon, plus sérieusement ?
Je viens te le dire. On a fait plein de choses amusantes avec lui.
Tu devrais arrêter de parler de manière aussi ambigüe, les gens vont finir par se faire des idées.
Des idées sur quoi ?
Sur le fait que vous vous auriez fait des choses, disons… douteuses.
Où est le problème ? Puisque c'est effectivement le cas.
Heu… qu'est-ce que tu veux dire ? demanda-t-il, plus vraiment sûr de suivre la conversation. Tiona soupira, un peu énervée de devoir se répéter.
Mais combien de fois il va falloir que je le dise ? On a passé la nuit à s'envoyer en l'air avec Argonaut-kun !
Tout le monde se figea sur place en entendant la bombe que l'amazone venait de lâcher comme si de rien n'était. Subtilité ? Retenue ? Pudeur ? Ces concepts étaient parfaitement étrangers à quelqu'un comme Tiona Hiryute. Le prum eut un petit rire nerveux, mais se reprit.
Tiona, les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures, tu sais.
Rooo ! Mais tu m'énerves à la fin, je suis parfaitement sérieuse, tu n'as qu'à leur demander si tu ne me crois pas ! fit-elle en désignant du doigt les trois autres femmes qui étaient restées en retrait. Et quand Finn les regarda plus attentivement, il commença à douter. Tenues débraillées qui semblaient avoir été remises à la va-vite, cheveux complètement décoiffés, fortes rougeurs aux joues, regards fuyants, autant de signes qui ne trompaient pas et rendit le capitaine de la familia plutôt blême.
Tu es… vraiment sérieuse ? Tenta-t-il vainement une dernière fois.
À cent pour cent ! Fit-elle en détruisant tout espoir. Il y eut ensuite le bruit sourd de quelque chose qui venait de se cogner.
C'était quoi ça ? Demanda Finn. Et ce fut Gareth, son ami nain, qui lui répondit.
C'est rien, c'est juste Loki qui vient de tomber dans les pommes.
Finn soupira de nouveau, la journée allait être très longue…
Ailleurs, dans une pièce sombre à la lumière tamisée, décorée de lourdes étoffes de velours. Une certaine déesse aux cheveux d'argent était assise dans un somptueux fauteuil qui ressemblait plus à un trône. Un homme-sanglier, colosse à la carrure sans pareil, rentra dans les lieux et fut choqué de voir le regard de sa déesse.
Freya-sama. Tout va bien ?
Mais la déesse ne lui répondit pas. Elle avait le regard perdu dans l'horizon lointain. La veille au soir, elle avait voulu contempler un peu son précieux Bell Cranel, l'objet de son affection obsessionnelle. Mais par un coup du destin, ou parce que son instinct de déesse était bien aiguisé, elle tomba au pire moment, et eut droit à une diffusion live de ses ébats avec ses dix invitées imprévues. Elle fut incapable de décrocher son regard de la nuit, perdue entre fascination et jalousie. Si elle n'avait pas été figée devant son miroir divin, elle aurait peut-être même ordonné sur le moment à Ottard d'aller défoncer la porte de la demeure d'Hestia. Mais elle avait été incapable de détourner le regard, de parler ou d'agir.
Pourtant, les parties fines, elle en avait vu, elle avait participé à nombre d'entre elles, mais le fait de voir sa petite âme chérie s'adonner à ça, là ce fut très différent. Pour la première fois depuis une éternité, Freya en avait perdu ses moyens.
Ottar ?
Oui Freya-sama ?
Apporte-moi à boire… quelque chose de très fort…
Tout de suite.
Malgré sa surprise, il accepta son ordre. C'était la première fois qu'il la voyait ainsi et c'était la première fois qu'elle demandait à boire quelque chose de plus fort que les vins de grands crus qu'elle sirotait habituellement.
À suivre…
