Chapitre 6 : Contrôle de la foule
Accomplir le petit rituel ne fut rien de bien compliqué, le plus long en étant les préparatifs. Et accessoirement de demander la permission à Ouranos pour faire une chose comme modifier le fonctionnement d'un skill, car cet acte titillait les limites des règles du jeu des dieux dans le gekai. Mais le seigneur de la ville avait encore besoin du garçon, trop pour se permettre de le regarder perdre du temps avec les conséquences provoquées par la bêtise d'Ishtar.
Ce fut donc avec l'aide de Loki et Miach qu'Hestia put terminé de préparer la modification de skill. Cela lui prit une demi-journée, à préparer la falna de Bell pour le changement, mettre en place le catalyseur qui utiliserait le sang de Freya et accomplir l'acte de modification, qui se conclut comme une simple augmentation de Statut.
Et tout aurait pu s'arrêter là, sauf que la petite déesse devint rouge de colère quand elle constata qu'un autre skill était apparu entre temps, Ishtar n'avait pas fini de lui pourrir l'existence.
De quoi, de quoi ? Fit Loki en s'approchant jeter un œil. Elle vit alors la raison de la colère d'Hestia et explosa de rire, avant de se rouler par terre.
J'y crois pas, elle est vraiment tenace cell'la ! Par contre, désolée, mais on va pas aller r'demander du sang à Freya, alors fais avec la naine.
Effectivement, le nouveau skill était moins gênant que le premier, mais sa simple existence l'énervait prodigieusement. Le nouveau « cadeau » de la déesse de beauté se nommait La Fortune d'Ishtar. Ce skill permettait à l'utilisateur d'augmenter temporairement la puissance de toute aventurière avec qui il couchait. Et plus les ébats se montreraient intenses, plus l'effet serait puissant.
Bon, va falloir que tu arrives à garder ça secret, sinon, j'te dis pas le nombre de familias qui vont vouloir le récup' pour en faire un lapin de compet'. Remarque ça peut faire un plan d'retraite sympa pour plus tard.
Le simple fait de l'imaginer suffisait à lui faire avoir une nouvelle crise de fou rire. Elle avait juré sur son ichor qu'elle n'utiliserait rien de ce qu'elle apprendrait dans cette affaire, mais elle avait quand même le droit de se payer la tête d'Hestia. Et comble du malheur, le concerné avait tout entendu.
Tu m'entends Bell ? Ne parle jamais de ce skill ! Sors-le de ta mémoire et envoie son souvenir à jamais dans le néant !
Oui, Kami-sama ! répondit-il paniqué aux gros yeux de sa déesse. Cette nouille de Bell étant chroniquement incapable de mentir, le risque était énorme. Loki parvint tout de même à se relever et récupérer son souffle, même si on la sentait prête à exploser de rire à tout moment.
Promis, j'essaierai pas d'te piquer ton gosse. Par contre, tu crois que tu pourras m'le louer à l'occasion ?
CRÈVE !
Loki-sama ! S'il vous plait, ne plaisantez pas avec ça ! Bell aurait déjà bien aimé oublier cette histoire et la réputation de coureur de jupons qu'il risquait d'en retirer. Il n'avait pas besoin en plus qu'on essaie d'en faire un authentique gigolo.
Je paie bien vous s'vez.
Loki… commença Hestia avec une lueur meurtrière dans le regard. Je vais devoir utiliser ton nouveau point faible.
La déesse de la tromperie croisa instinctivement ses bras sur son buste tout en ayant un mouvement de recul.
T'oserais pas ?
Je vais me gêner… En plus, il parait qu'ils grossissent si on les masse.
Les dix minutes suivantes furent dignes d'un cartoon avec Loki tentant d'échapper à Hestia qui voulait lui tripoter la poitrine en vengeance. Comme quoi cette histoire avait eu d'étranges répercussions secondaires.
Elles furent arrêtées par un raclement de gorge gênée de Mikoto qui avait assisté à toute la scène.
Hestia-sama, ne serait-il pas temps de passer à la partie suivante ?
Oui, fit la déesse avec un peu plus de sérieux. Bon, Bell, maintenant on va voir si tu as le contrôle de ce skill. Tu le sens ? Tu peux le contrôler ?
Le garçon ferma les yeux et se concentra profondément. Il chercha une sensation similaire à son Argonaut. Il lui fallut une bonne demi-heure de concentration et de méditation pour enfin comprendre les mécanismes de sa capacité. Ce pouvoir était comme une sorte d'aura qui pulsait de lui par vagues.
Je le sens.
Tu peux l'arrêter ?
Il se concentra à nouveau et fit en sorte de rétracter cette aura, de l'atténuer et finalement, la faire disparaitre.
Oui, je crois que c'est bon.
Parfait ! répondit la déesse. Faites rentrer le sujet d'expérience n°1 !
C'est pas gentil de m'appeler comme ça, vous savez. Fit une certaine prum en rentrant dans la pièce.
Détails, détails ! Dis-nous plutôt ma petite porteuse, comment te sens-tu présentement ?
Comprenant le sens de la question, Lili s'approcha de Bell et le regarda intensément dans les yeux. Elle aimait Bell, comme au jour où il l'avait sauvé, le jour où leur relation était devenue sincère. Les expériences de la fameuse nuit resteraient gravées dans sa mémoire, mais elle ne sentait plus comme une lapine en chaleur avec le besoin impérieux de lui sauter dessus.
Tout va bien, Hestia-sama. Je ne me sens plus l'envie incontrôlable de lui sauter dessus si c'est votre question.
Très bien. Bell, faisons tout de même un test, réactive le skill, vérifions que tu le contrôles bien.
Oui Kami-sama.
Le garçon se concentra et libéra de nouveau cette étrange aura autour de lui. Sauf que s'il avait trouvé les commandes on/off, il n'avait pas encore mis la main sur le modulateur et relâcha son skill à pleine puissance. Il sentit alors quelque chose le percuter et il tomba en arrière. Lili était installée sur lui, le regardant comme une prédatrice devant un steak, une lueur de folie dans le regard et semblant prête à lui déchirer les vêtements.
BELL ! PRENDS-MOI TOUT DE SUITE !
Mikoto et Hestia attrapèrent la porteuse, qui se débattait comme une diablesse, sous les cris de la petite déesse.
Haaaaaaaaaaaa ! Coupe-le ! Coupe-le ! Coupe-le !
Étrangement, Bell n'eut aucun mal à se souvenir comment arrêter rapidement son skill. Lili revint à la raison et alla se cacher dans un coin de la pièce, morte de honte d'avoir agi ainsi devant tout le monde et surtout devant Bell.
C'est officiel, ce truc est une aberration ! fit Hestia. Bell, je t'interdis formellement de t'en resservir.
Aucun problème kami-sama ! Il était plus que ravi de suivre cet ordre. Si beaucoup d'hommes verraient vraiment cette capacité comme un don, ce n'était pas le cas du garçon. Bell était gentil et voulait que ses relations avec les autres soient sincères, et non motivées par une capacité, quand bien même se contentait-elle d'exacerber un désir déjà existant. Il ne pouvait pas revenir sur ce qui avait déjà été fait, il ne pourrait que vivre avec en espérant que cela ne changerait pas trop son rapport avec les autres. Et surtout, il allait vraiment pouvoir s'excuser cette fois.
La première étape était le manoir du crépuscule, non seulement pour s'excuser, mais aussi pour remercier comme il se devait la déesse Loki pour son aide. Il s'était un peu renseigné sur cette dernière et avait appris qu'elle aimait les bons alcools, du coup, il avait sacrifié une partie de ses économies pour lui acheter une bonne bouteille. Coup de chance pour lui, Loki savait qu'il arrivait et avait donc fait le nécessaire pour que les quatre concernées soient à la maison et la plupart des autres dehors, notamment Bete, qui avait certainement envie de tuer le garçon et qu'il avait fallu assommer à plusieurs reprises pendant les derniers jours. Fort heureusement, Miach vendait aussi des somnifères puissants.
Loki aurait dû être beaucoup plus enragée que ça, surtout pour quelqu'un qui pouvait se montrer aussi assez possessive avec les filles de sa familia. Mais ce qui était fait était fait. Le garçon n'était pas responsable, Ishtar demeurait la seule fautive. Et puis, elle avait elle aussi craqué pour sa bouille de lapin malheureux. Alors en prime, quand il se présenta à elle avec une bouteille du meilleur cru en guise de remerciement, il termina de la convertir, dorénavant, elle ne pouvait vraiment plus le détester.
T'es l'meilleur mon lapinou ! Si tu cherches les filles, elles sont à la maison, moi j'vais passer un agréable moment avec cette gentille copine. Fit-elle en câlinant la bouteille qu'on venait de lui offrir. Bell la salua et quitta son salon.
Il tomba immédiatement sur Riveria qui l'invita à venir prendre le thé avec elle. La situation semblait plus détendue, elle n'était plus prise d'une envie soudaine de lui faire des câlins cochons.
Je suis vraiment désolé pour tout ça Riveria-san. Dit-il en s'inclinant poliment, heureux de pouvoir enfin faire des excuses en bonnes et dues formes à la princesse elfe.
Bell-kun, c'est bon, tu n'as pas à t'en faire, ce n'est pas de ta faute, ce qui est fait est fait. Lui dit-elle avec un sourire chaleureux et sincère. On m'a tout expliqué, c'est la faute de la déesse Ishtar et ce skill n'a fait qu'exacerber des choses qui existaient de manière larvée. Même si j'admets que je ne pensais pas que tu m'attirais de cette manière. Comme quoi, on se connait parfois difficilement soi-même.
Bell rougissait encore beaucoup et même la beauté aux cheveux d'émeraude avait parfois le regard un peu fuyant. Ils avaient couché ensemble après tout, dans une soirée à plusieurs et de manière débridée.
Tout le monde dans la familia aime me surnommer « maman ». Beaucoup voient en moi cette figure maternelle et ça me fait plaisir. Mais cette histoire m'a permis de me rendre compte que je suis aussi une femme. On me titille sur mon âge, mais selon les critères elfes, je suis jeune. Tu me trouves trop vieille Bell-kun ?
Pas du tout ! Vous êtes belle… et magnifique… comme… comme une déesse. Le garçon parlait timidement, il était maladroit, gêné, mais adorable et sincère. La haute-elfe comprit encore plus pourquoi il y avait eu tant de femmes lors de cette fameuse nuit. Bell savait naturellement se faire aimer.
Je vais t'avouer un secret, je suis en réalité une grande romantique. J'ai envie d'un rendez-vous par une belle journée, d'une balade main dans la main, d'une promenade en tête-à-tête sur lac et d'un dîner romantique à la lueur d'une lumière tamisée. Je me dis que je suis un peu ridicule en fait.
C'est faux ! Vous avez le droit de rêver à ça. Si c'est ce que vous voulez, alors faites-le. Dit le garçon, tentant maladroitement de l'encourager.
Tu es vraiment adorable. Alors voilà ce que je te propose, je te pardonne totalement… si tu fais tout ça avec moi. Je trouve que nous avons sauté trop d'étapes. Offre-moi une journée romantique, un rendez-vous en tête-à-tête et un dîner rien que nous deux et tu feras de moi une femme comblée.
Si c'est ce que vous voulez, avec grand plaisir Riveria-san. Il serait sans doute peu doué, mais si elle y tenait, il lui offrirait avec plaisir. Et puis, il y avait pire dans la vie que de passer une journée en tête-à-tête avec elle. L'elfe se leva ensuite et se rapprocha de lui.
Si tu fais tout ça bien, moi je m'occuperais de la nuit qui suivra le dîner… elle lui murmura ces mots à l'oreille avant de déposer un baiser tendre au coin de ses lèvres. Oui, rien ne serait plus comme avant, elle s'était entichée de lui et comptait simplement l'assumer. Quant à Bell, il était resté figé sur place, rouge tomate après l'audacieuse déclaration de l'elfe. Son premier réflexe fut ensuite de vérifier que son nouveau skill était bien désactivé, ce qui était le cas. Comme Freya l'avait déjà vu, son âme était restée pure, rien de tout cela ne l'avait corrompu.
Un petit peu confus, il quitta la pièce et ne put malheureusement pas se calmer, car il tomba nez à nez avec celle qui était l'objet de son admiration, la fameuse princesse à l'épée.
A-Aiz-san. Dire qu'il était troublé était largement en dessous de la réalité. De toutes les femmes concernées, c'était avec elle qu'il avait le plus de mal à assumer. Toute cette histoire remettait complètement en cause ses sentiments. Il s'était convaincu qu'Aiz était l'objet de son amour, mais avec le recul, il se rendit compte qu'elle était l'objet d'une admiration sincère et profonde. Elle était le modèle de force et de beauté qui constituait son idéal.
Bell-kun…
Ils en étaient au moment très gênant où aucun des deux ne savait quoi dire à l'autre. Tout semblait plus simple quand ce qu'ils faisaient de plus intime était de laisser Bell dormir sur les genoux d'Aiz. Ce fut d'ailleurs cette pensée qui inspira à la jeune femme une de ses idées saugrenues.
Viens. Fit-il simplement en attrapant le garçon par la main. Elle l'amena dans le salon et s'assit tout simplement sur la banquette, en faisant s'installer Bell pour qu'il soit allongé avec la tête sur ses cuisses.
Heu… Aiz-san ? demanda-t-il d'un air gêné alors que la jolie blonde lui caressait doucement la tête.
C'est… plus simple comme ça.
Heu… d'accord. La jeune femme était parfois dans son petit monde, mais il avait appris à aimer aussi ce côté de sa personnalité. Avec les souvenirs qui revenaient petit à petit, il n'allait plus s'enfuir pour un contact aussi mignon. Pas alors qu'il l'avait enlacé d'une manière particulièrement intime lors de cette fameuse nuit, lui découvrant une expression qui lui était inconnue.
Bell-kun… Tu voudras bien que je t'entraine encore ?
Avec plaisir ! répondit-il avec un grand sourire. Finalement, leur relation était toujours là. Il avait toujours envie de la suivre, de devenir pour fort pour être digne de se tenir à ses côtés. Peut-être que la jeune femme cherchait encore comment il grandissait aussi vite, mais dorénavant, elle voulait aussi passer du temps seul à seul avec lui.
Si tu fais des efforts à l'entrainement, je trouverais des récompenses adaptées…
Elle appuya ses mots d'un petit clin d'œil complice, ce qui le fit immédiatement rougir… et s'enfuir en courant, parce que Bell serait toujours Bell. La belle blonde eut un sourire amusé, finalement, son petit lapin adoré était toujours le même.
Bell se retrouva dans l'entrée, se sentant idiot d'avoir une nouvelle fois fui devant Aiz.
Ha ! Argonaut-kun ! Il n'était pas difficile d'identifier la voix enjouée de Tiona, qui semblait ravie de retrouver héros lapin préféré.
Bonjour, Tiona-san.
Qu'est-ce que tu es venue faire à la maison ? Tu viens pour le second round ? fit-elle d'une voix volontairement taquine.
Ne plaisantez pas avec ça. Répondit-il en rougissant. Je suis vraiment désolé pour cette histoire.
Pourquoi t'excuser ? D'accord, les circonstances sont particulières, mais y'a pas mort d'homme, des tas de gens bien s'envoient en l'air tous les jours tu sais.
Le moins que l'on pouvait dire, c'était bien le fait qu'elle vivait la situation de manière très positive.
J'ai le souvenir de m'être bien amusée, niveau plaisir, je n'ai pas eu à me plaindre et je t'ai toujours trouvé craquant, alors pourquoi se prendre la tête ?
C'est… une façon de voir les choses, je suppose. Ce serait un euphémisme de dire que le jeune homme était décontenancé par la façon de voir les choses de l'amazone.
Mais bon, si ça te tiens vraiment à cœur de te faire pardonner, alors j'ai une idée. Tu veux bien être mon héros ?
Votre héros ? Sa façon de lui présenter les choses le laissait perplexe. Il savait déjà que Tiona aimait au moins autant que lui les contes et les légendes héroïques, mais pour le coup, il ne voyait pas trop ce qu'elle voulait.
Oui. Dans les contes, quand le héros triomphe, il retrouve enfin l'héroïne et l'emmène avec lui. Alors, moi aussi, j'ai envie d'être la princesse pour une fois. Donc, porte-moi mon héros !
À ses mots, elle sauta dans ses bras et prit position de manière à ce que Bell soit obligé de la porter selon la méthode dite de la princesse, alors que la beauté à la peau sombre entourait son cou de ses bras.
Porte-moi jusqu'à ma chambre et tu seras le meilleur des héros.
Encore une fois, il avait un doute sur la possible activité de son skill, mais il constata que celui-ci était bien en sommeil. Tout ça était juste un des délires habituels de Tiona. La tenant fermement, il monta donc à l'étage, alors que sa « princesse » du jour chantonnait joyeusement, visiblement de très bonne humeur. Il pensait qu'elle lui dirait de la déposer devant sa porte, mais non, elle insista pour qu'il rentre et la pose sur le lit, elle profita ensuite de sa force pour l'attirer contre elle, plantant son regard dans le sien, lui parlant d'une voix plus basse et sensuelle.
Et là, c'est normalement le moment où la princesse offre une récompense bien méritée à son héros.
Il se redressa soudainement, échappant à son emprise et devenant de nouveau une tomate bien mûre.
Haaaa… pas aujourd'hui ? Dommage, mais ta timidité, c'est une des choses qui te rendent craquant Argonaut-kun.
Bell ne répondit rien et se contenta de rougir encore plus, si cela était possible. L'amazone se leva et s'approcha de lui.
Partie remise, mais je veux mon second round… et je l'aurais tôt ou tard. Fit-elle d'une voix taquine avant de planter un baiser furtif sur les lèvres de son héros. Lequel eut le sentiment que son cœur venait de rater un battement et s'enfuit en courant, encore.
Malheureusement, il fut intercepté par une certaine elfe boudeuse, qui parvint à l'attraper de justesse et le plaqua contre le mur, s'assurant qu'il ne puisse pas s'enfuir.
L-Lefiya-san.
À bien y réfléchir, c'était elle qu'il craignait le plus dans cette familia, cette fille avait toujours des réactions assez extrêmes le concernant. En fait, plus il la connaissait, plus il la trouvait différente des stéréotypes habituels des elfes. Lors de la fameuse nuit, elle s'était révélée particulièrement… sauvage, quasiment au niveau d'une amazone. Chose qui énervait prodigieusement la jeune femme, qui avait découvert un aspect de sa personne qu'elle ne soupçonnait pas.
Je sais que tu utilises encore ce skill ! Loki-sama te fait confiance, mais j'ai encore des doutes, je suis sûre que tu t'en sers en ce moment.
Je vous jure que non, je ne l'utilise pas ! Je l'ai promis à tout le monde. Et ceux qui le connaissaient savaient qu'il était trop honnête pour mentir, encore plus sur un sujet aussi grave.
Tu mens sale petit pervers d'humain ! Si tu ne l'utilises pas, alors pourquoi je me sens encore toute bizarre ? Elle parla en rougissant. Oui, ce n'était plus aussi impérieux, mais elle ressentait quelque chose pour lui. Quelque chose de nouveau, de plus intime.
Je ne sais pas, je vous le jure ! Et ce n'était certainement à lui qu'il fallait demander une psychanalyse freudienne.
Je déteste ça… maugréa-t-elle.
Oui, je sais que vous me détestez… dit Bell d'un air triste en baissant la tête.
Justement non ! Je n'arrive pas à te détester Bell Cranel ! Et c'est ça que je déteste, tout serait plus simple sinon !
Je suis… désolé. Bell continuait à se torturer mentalement. Devant le visage gêné de Lefiya, il se rappela les mots de son grand-père, « quand une femme ne va pas bien, il faut la consoler ». Le garçon s'apprêta à le faire, à enlacer la jeune femme pour un gros câlin, mais elle repoussa ses bras.
Non ! Dorénavant, c'est moi qui décide !
Heu… quoi ? Le lapin était complètement perdu devant son ton dominant, mais l'elfe, malgré le fait que son visage soit rouge jusqu'à la pointe des oreilles, poursuivit sur sa lancée.
C'est moi qui choisis où et quand ! Et quand je décide, tu as intérêt à être disponible. N-non négociable ! Il n'était pas totalement sûr de savoir de quoi elle parlait, même s'il avait son idée là-dessus. Il poussa un couinement de surprise quand les lèvres de la jolie elfe se posèrent sur son cou et commencèrent à aspirer, laissant une jolie marque rouge, le tout alors qu'une certaine amazone, qui n'était pas très loin, observait la scène avec un grand sourire amusé et une réaction de surprise.
Ho ! Quelle audace Lefiya-chan…
La demoiselle en question finit par relâcher le jeune homme et prononça quelques mots.
Maintenant, tu es à moi. Fit-elle tout bas avant de s'enfuir à son tour. Elle avait besoin d'une douche, froide de préférence. Sa propre audace la surprenait et il lui faudrait un peu de temps pour l'assumer.
Décontenancé, Bell sursauta en sentant une main sur son épaule et se retourna pour croiser le regard amusé de la déesse des lieux.
Bon, mon p'tit lapin, j'crois que t'as assez fait le tombeur pour aujourd'hui. En plus, j'ai quasiment plus d'somnifères pour calmer Bete.
Heu… pardon ? demanda-t-il, pas vraiment rassuré.
Rien ! Fais pas attention et rentre chez toi, avant qu'ta naine de déesse me r'chie une pendule.
Écoutant le conseil, et encore un peu déboussolé de toutes ces dames qui lui refaisaient des avances et pour lesquels il ne pouvait pas donner d'explication, il quitta donc les lieux et rentra chez lui.
Dans la demeure de la Freya familia, la déesse des lieux s'était quelque peu calmée et si on omettait une grosse migraine, elle allait plutôt bien. Quelqu'un avait nettoyé les lieux, ce qui incluait de très nombreuses bouteilles d'alcool vides, mais aussi les résidus de quelques… accidents gastriques.
La déesse était maintenant posée dans son trône, le regard fier et droit, elle était de nouveau sensuelle et royale. Son fidèle capitaine, Ottar, se tenait à ses côtés, comme une statue. La déesse contemplait de nouveau le monde par sa fenêtre, un verre à la main. Sauf que ce n'était pas du vin, mais du jus de raisins, pour donner le change. Elle avait décidé de lever un peu le pied sur tous les alcools après tout ça.
Ottar.
Oui, ma déesse ?
Nous ne reparlerons jamais de mon… petit coup de mou.
Naturellement. Dit-il tout simplement.
Une sorte de long silence gênant s'installa, puis l'homme-sanglier reprit la parole.
Par pitié, ne refaites jamais ça.
À suivre…
