Hermione allait être en retard, et ça, il en était absolument hors de question. Elle avala le reste de sa bièraubeurre d'un coup sec et faillit s'étouffer, déposa deux mornilles et quatre noises sur la petite table bancale où elle s'était installée au Chaudron Baveur et sortit discrètement en se faisant un passage parmi les nombreux consommateurs, saouls pour la plupart.

A peine dehors, elle transplana pour une rue sombre du centre de Londres où les bâtiments de chaque côté semblaient vouloir se rejoindre et tendant à se rapprocher au sommet. Hermione ne s'attarda pas dessus et rejoignit la grande rue où de nombreux Moldus riaient, criaient et créaient un bruit de fond qu'elle n'avait plus entendu depuis longtemps, trois ans pour être exact, chez les sorciers.

Elle s'enfonça dans la rue, cherchant un magasin de vêtement intitulé « Purge Pionce Ltd. ». Le bâtiment, triste et délabré, apparu enfin et elle se plaça devant, attendant distraitement qu'il y ai moins de passants. Elle n'aimait pas du tout ce qu'elle allait faire, mais il le fallait. Aller dérober le dossier d'un patient soupçonné d'entre un ancien Mangemort caché dans un hôpital, ce n'était mais alors pas du tout le service qu'elle s'attendait à ce qu'Harry lui annonce.

Mais voilà, le nombre de recru chez les Aurors avait considérablement baissé ces derniers années, sans doute parce que le taux de mortalité, dû à la guerre, avait nettement augmenté et Harry se retrouvait à lui demander, occasionnellement, de lui rendre service. Ce n'était jamais dangereux, mais toujours étrange, Hermione n'aimait pas le faire, il lui fallait mentir, fouiller, parfois menacer et ça ne faisait pas partit de sa façon d'être, elle aurait préféré récupéré ce dossier avec un mandat. Mais voilà, St-Mangouste était un organisme privé qui demandait beaucoup d'argent quand le ministère tentait d'intervenir dans ses affaires, et la guerre avait laissé des difficultés financières plutôt extrêmes au dit ministère.

Quand il y eu enfin moins de passants, elle se tourna vers le magasin pour s'adresser au mannequin particulièrement hideux qui s'y tenait en permanence.

- Je viens pour une consultation, chuchota-t-elle, j'ai rendez-vous à onze heures précises.

Le mannequin se redressa très légèrement et hocha la tête tout aussi discrètement. Hermione jeta de vifs regards à droite et à gauche, puis, se laissa glisser dans la vitre.

Elle se retrouva instantanément dans un hall tout aussi bruyant que la rue, mais d'une façon moins calme. Des sorciers et sorcières, ici pour des raisons plus ou moins fantasques, faisaient la queue, étaient assis ou émettaient d'étranges sons.

Légèrement tendue, Hermione ne s'y attarde pas plus et se dirigea vers l'ascenseur en examinant le plan. Elle devait se rendre au deuxième étage : Virus et microbes magiques, pour un rendez-vous avec Nora Jamson, guérisseuse en pathologie rare. Elle monta donc dans l'ascenseur, entre une grosse femme au visage qui semblait fondu et qu'elle essayait tant bien que mal de tenir entre ses mains et un vieil homme qui tournait la tête dans tous les sens, puis, hurlait de toute ses forces « Mensonges » sans prévenir. Hermione appuya avec difficulté sur le bouton et l'ascenseur s'éleva immédiatement. Elle arriva finalement à descendre, avec l'assurance que son tympan droit était fichu. Le son d'un nouveau « Mensonges » disparut avec le cliquetis de l'ascenseur et elle s'engagea dans les couloirs.

Elle ne mit pas longtemps à trouver la porte de la guérisseuse. Elle inspira de toute ses forces. Ce n'était pas qu'elle avait peur, simplement qu'elle n'aimait pas faire ça, son rôle à elle était de défendre les faibles, pas d'arrêter les méchants, spécialement quand elle n'avait aucune preuve de leur culpabilité. Elle toqua doucement et une voix sèche lui ordonna d'entrer. Nora Jamson, dos à elle et debout au milieu d'un bureau où des notes volaient et se bataillaient, cherchait désespérément quelque chose.

- Asseyez-vous, intima-t-elle à Hermione.

Celle-ci s'exécuta en se disant qu'un simple bonjour n'aurait pas été de trop et Nora trouva enfin ce qu'elle cherchait et s'assit en face d'elle, sans lui jeter un regard, le nez collé sur un bloc note.

- Symptômes ?

Prise au dépourvue, Hermione chercha à se rappeler la maladie qu'elle avait inventé pour venir ici mais deux notes se plantèrent dans ses cheveux et elle fut plus occupée à contenir son agacement qu'à s'en souvenir.

- Écoutez, reprit à toute vitesse la guérisseuse, miss..., elle chercha son nom sur la liste entre ses mains et daigna enfin relever la tête pour lui parler. Écoutez miss Granger, j'ai trois consultations par quart d'heure donc je n'ai pas le temps. Symptômes ?

Hermione se reprit et articula ostensiblement sans mettre aucun son. Fatiguée, Nora Jamson lui jeta un sort.

- Réassayez de parler.

Hermione articula encore en s'empêchant d'émettre le moindre son. Elle n'avait jamais été très douée au mensonge mais elle avait bien étudié les procédés de St-Mangouste et elle savait que si le sort ne marchait pas, on passait aux potions.

- Attendez, intima Nora Jamson qui ne devait définitivement connaître des verbes qu'à l'impératif.

Elle se leva et passa la porte, toujours avec son air débordé. Hermione avait calculé son propre temps pour monter du rez-de-chaussée, où étaient les potions, jusqu'ici, il était de deux minutes, plus le temps que la guérisseuse trouve les potions, elle avait plus ou moins quatre minutes devant elle.

- Accio dossier Waren ! dit-elle en agitant sa baguette.

Comme elle s'y attendait, seul le bruissement des notes voletantes lui répondit. Cela l'agaça et elle jeta un sortilège d'insonorisation à ces insupportables bouts de papiers volants. Elle contourna le bureau et ouvrit tous les tiroirs possibles, malheureusement, ils étaient dans un bazar équivalent à l'ensemble de la pièce. Elle soupira et s'attela à la tâche, rapidement et précisément.

Le bureau des Aurors ne pouvait pas demander de renseignement sur un patient, même avec une dérogation ou quoi que ce soit parce que secret médical oblige. C'était donc à Hermione qu'incombait la tâche de trouver le dossier dans un fouillis pas possible, en se débrouillant pour prendre un rendez-vous pour le lendemain alors que le délai habituel était de trois mois et en essayant de découvrir si le personnel médical était au courant du statut de l'homme qu'ils herbageaient et tout ça sans qu'on découvre jamais qu'elle avait volé un dossier. Quelque chose de simple tout compte fait.

Au moment où elle ouvrait le dernier tiroir, elle finit par attraper le dossier qu'il lui fallait. Boris Waren, soupçonné d'avoir aidé les forces du mal durant la guerre et se terrant à St-Mangouste. Harry avait fini par remarquer sa curieuse pathologie qui ne semblait toucher personne d'autre que lui et avait fait ses recherches. Il en avait conclu que Waren devait, à l'aide d'on-ne-sait-quelle -formule-de-magie-noire, s'appliquer lui-même ses symptômes. Il avait alors décidé d'intervenir et d'aller le chercher discrètement ; St-Mangouste était un organisme à lui entier et détestait les scandales, les éclats en son sein. C'est à ce moment là qu'un soulèvement de Mangemort avait éclaté au milieu de Londres, sous le nez des Aurors et qu'Hermione avait dû servir de remplacement de dernière minute.

C'était d'ailleurs la dernière fois qu'elle se faisait avoir, se promit-elle. Elle n'était pas à l'aise, elle fouillait, mentait et volait uniquement par nécessité et elle savait par dessus tout qu'elle enfreignait la loi car n'ayant aucun diplôme d'Auror, ce n'était pas la seule parole d'Harry qui lui conférait le droit de voler dans un établissement tel qu'un hôpital.

A peine fut-elle rassise et eut-elle dissimulé le dossier que Nora revint, les yeux collés à sa potion et pas disposée pour le moins du monde à lui accorder un regard. Cette impolitesse devenait exaspérante aux yeux de la Gryffondor.

- Prenez cette potion, miss...

- Granger, s'exclama Hermione, merci mais votre sortilège a fait effet, je me sens beaucoup mieux.

Nora Jamson leva des yeux inquisiteurs sur la jeune femme, puis, haussa les sourcils, en se disant qu'en même temps, elle vivait dans un environnement lui demandant de côtoyer chaque jour des sorciers à tête d'éléphant ou avec des plumes poussant de partout.

La guérisseuse lui indiqua simplement la sortie de la main et reprit ce qu'elle faisait avant de son air affairé.

- Merci, de vos efforts et de votre aide, bonne journée, au revoir, lança Hermione en insistant sur chaque mot de politesse, avant de quitter le bureau.

Elle rouvrit précipitamment le dossier et se dirigea vers la chambre vingt quatre. Un médicomage passa dans le couloir et la salua de la tête, elle y répondit par un petit sourire et ralentit le pas. Dès qu'il fut passé, elle ouvrit rapidement la porte de la chambre et entra.

Il ne fut pas difficile de trouver Boris Waren, allongé sur le seul lit de la chambre, froide et non décorée. Elle s'avança doucement, l'homme dormait, les mains croisés sur son ventre. Ce n'était peut-être qu'une illusion de sa part mais il ne semblait pas avoir le visage calme des gens endormis mais un air plutôt soucieux planait sur ses traits.

« Je ne suis pas sûr de ce que j'avance Hermione. Je sais que cet homme a un rapport à la magie noire quand je vois quelle pathologie il réussit à s'infliger pour rester à St-Mangouste, mais je suis incapable de te regarder dans les yeux et de te dire qu'il était un Mangemort ou qu'il avait un quelconque lien avec les forces du mal. Cependant, mon travail est de protéger la population sorcière, notamment en prévoyant. Essaye de chercher dans son dossier et au moindre soupçon, tu lui jettes un simple sortilège d'Amnésie, tu peux le faire ? »

Les paroles d'Harry lui revinrent en mémoire à cette instant, elle se rappela lui avoir dit ensuite que peut-être trouverait-elle quelque chose dans ce fichu dossier mais pas suffisant pour incriminer cet homme. Harry avait doucement haussé les épaules, lui signifiait d'exécuter tout de même un sortilège d'Amnésie. Hermione n'était pas idiote, elle savait qu'en acceptant, elle faisait gagner un temps précieux à Harry et lui permettait d'emmener un autre Auror avec lui pour maîtriser l'émeute d'anciens Mangemorts au creux de Londres. Et elle savait qu'une seule personne comptait et que peut-être qu'il y aurait moins de morts grâce à ça, alors mettant sa conscience de côté, elle avait accepté.

Mais elle savait aussi que si elle ne l'avait pas fait, quelqu'un d'autre s'en serait chargé. Elle s'assit à côté de l'homme et commença à feuilleter le dossier, rapidement. Il se pouvait qu'elle trouve une preuve mais elle savait parfaitement que ce ne serait jamais assez pour prouver la culpabilité de cet homme. Ce serait simplement suspect. Mais elle savait aussi que la loi avait changé depuis la guerre et qu'au non de la protection par prévention de la population magique, les Aurors avaient à présent le droit de rendre amnésique un homme sur simple soupçon. C'est ce que Ginny s'amusait à critiquer en reprenant les mots moldus « Mieux vaut prévenir que guérir », avec une voix sarcastique.

La jeune femme trouva enfin les symptômes de la pathologie unique de cet homme et, pour s'assurer de la présence de magie noire sur son corps, lança un sortilège informulé qui le lui révéla alors. Elle avait un soupçon, cela suffisait et elle le savait.

Lentement, elle se leva et s'avança prêt du lit. Une seconde, elle se souvint de ses parents et du sort qu'elle leur avait fait subir quelques années au paravant. Elle secoua sa crinière brune pour chasser ces images, et posa sa baguette sur la tempe de l'homme allongé.

- Oubliettes, souffla-t-elle.

Un frisson parcourut le corps étendu et puis, la respiration reprit son cours. Elle dédoubla d'un coup de baguette le dossier et déposa l'original sur le lit, puis, n'osa pas regarder une seconde de plus Boris Waren et s'enfuit, avant qu'une guérisseuse ne s'aperçoive qu'il lui manquait un dossier.

Pattenrond se remit en travers du chemin d'Hermione et faillit la faire tomber.

- Dis-donc, toi, râla la jeune femme, tu ne veux pas aller voir autre part si j'y suis ?

Elle était enfin de retour à son petit appartement. Harry lui avait finalement confirmé, à partir du dossier rapporté et d'une enquête menée en parallèle par un autre Auror, que Boris Waren avait bien un lien avec les forces du mal, ce qui l'avait rassurée sur son geste, mais elle s'était cependant demandée avec une boule au ventre comment réagissaient les Aurors à qui l'on annonçait qu'ils s'étaient trompés, qu'ils avaient arrachés les souvenirs d'un innocent, et même si quand Harry l'annonçait, il ne partageait pas aussi cette culpabilité du fait d'avoir donné l'ordre d'agir.

Mais il était comme elle, il avait vécu la guerre, ses horreurs, ses blessures et s'en souvenait encore certaines nuits, en se réveillant trempé de sueur et hurlant. Il voyait comme elle la population sorcière, trois ans après, qui s'en remettait difficilement, se relevant petit à petit et essayant de faire le deuil. Alors sans doute comme elle aussi au moment d'agir, il se disait que mieux valait un sortilège d'Amnésie à la mauvaise personne qu'un Mangemort en liberté.

Il n'avait d'ailleurs pas mal réagit quand Hermione lui avait annoncé ne plus recommencer, qu'elle comprenait qu'il lui manquait des effectifs mais que par acquis de conscience, elle ne voulait plus. Il avait sourit, puis, haussé les épaules. Et elle était partie.

Son appartement se trouvait au dernier étage d'une petite rue moldue. Elle avait préféré faire ainsi, parce que malgré tout, le monde moldue restait une partie d'elle même.

Au bout de maintes caresses elle réussit à ses débarrasser de Pattenrond et partit prendre une douche. Elle en ressortit, calme et apaisée, puis, se promettant de se concentrer sur le département de contrôle et de régulation des créatures magiques où elle travaillait, elle s'endormit pour une nuit sans cauchemars.

Sans savoir que ça ne durerait pas.

La première chose que fit Hermione en se levant, comme depuis cent-trente-sept jours aujourd'hui, ce fut d'opposer une croix à une feuille accrochée au mur en face de son lit. Cent-trente-sept jours qu'elle ne s'était pas réveillée en hurlant, cherchant désespérément un repère dans le noir, qu'elle ne se demandait pas au réveil si tout ceux qu'elle aimait étaient encore en vie, et qu'elle ne se réveillait pas chaque heure et saisissait sa baguette, dans l'attente d'une attaque.

Pattenrond, qui semblait presque comprendre, miaula en se frottant contre ses jambes.

- Et oui, murmura-t-elle, j'ai tenu jusqu'ici, je tiendrais la nuit prochaine, n'est-ce pas ? Les plaies finissent par se refermer...

Elle accompagna sa phrase d'une caresse sur la tête du chat qui ferma les yeux de contentement. Hermione profita de ces instants où les rayons du soleil passant par sa baie vitrée réchauffèrent son corps et où tout semblait simple. Puis, elle se fit la réflexion qu'elle allait être en retard et cela l'alarma.

Mécontentent d'être délaissé sans comprendre que le travail de sa maîtresse lui permettait de manger la quantité impressionnante de croquette qu'il avalait chaque matin, Pattenrond la gêna, du café à l'habillage en passant par l'enfilage de ses chaussures, le chat la suivit et se frotta contre elle. La jeune femme eu beau le chasser, pester et râler, le chat revenait, si bien qu'elle abandonna. Une heure, dix huit caresses et trois oublis plus tard, elle transplantait depuis son palier.

Arrivée sur la place devant le Ministère de la Magie, elle s'accorda une seconde pour le regarder, grand et fort, restauré, et surtout ayant survécu à la guerre.

Ses cheveux bruns en bataille et ses yeux chocolats absolument réveillés, elle passa dans le hall. Le brouhaha habituel l'accueillit et, comme elle ne connaissait personne, elle ne s'attarda pas et fila dans l'ascenseur en appuyant sur le bouton du quatrième niveau.

Quand elle arriva à proximité de son bureau, elle trouva, pour changer, des notes qui volaient partout devant sa portée, l'attendant.

D'habitude, cela lui annonçait beaucoup de travail et elle se disait que sa journée allait servir à quelque chose mais cette fois-ci, elle avait les souvenirs de bruit incessant dans le bureau de Nora Jamson et ça ne lui inspira que de la contrariété.

- Bonjour Hermione, lui sourit Clint, le secrétaire de l'étage.

- Bonjour, répondit-elle, est-ce que tu en sais plus sur le décret de défense des elfes de maison qui doit être discuté cette après midi ?

- Non, absolument pas.

- Merci, souffla-t-elle avant de finalement passer la porte de son bureau, suivie de près par une dizaine de note dont la moitié se prirent dans ses cheveux.

Clint était très agréable et toujours souriant mais aussi d'une incompétence déconcertante. Il ne savait rien et n'était jamais au courant de rien, cela devenait agaçant. Mais Hermione dans son éternel gentillesse, s'agaçait sur le moment et oubliait l'instant d'après.

Elle s'installa et commença à ouvrir une par une les notes, se débattant avec celles perdus dans sa masse capillaire. Devant les dossiers particulièrement difficile de ce matin, elle envoya elle-même une note à Clint en lui recommandant de ne la déranger sous aucun prétexte. Le silence était de mise quand Hermione Granger s'attelait à des travaux difficiles.

Elle reçu la réponse du secrétaire quelques minutes plus tard quand il passa la porte de son bureau dans un vacarme à faire fuir un troupeau de centaure.

- Clint, soupira-t-elle en se massant les temps, que t'ai-je demandé ?

- De ne pas te déranger.

- Et tu fais quoi là ?

Le visage du jeune garçon se décomposa, ne sachant plus si ce qu'il avait à dire était plus important que sa demande de calme.

- Mais...je pensais que...enfin parce que...je veux c'est le...

- Ce n'est pas grave, reprit calmement la jeune femme, maintenant que tu es là, autant me dire pourquoi de manière intelligible.

Elle l'encouragea d'un regard.

- J'ai une lettre du directeur de la coopération magique internationale pour vous. Il m'a dit de vous la remettre dès que vous arriviez mais j'en ai...

- ... oublié, termina Hermione qui se rappelait la demi-douzaine de rendez-vous manqués par des oublis de ce genre. Merci, Clint.

Le jeune homme lui tendit la lettre et repartit en sens inverse. Il était habituel que les différentes branches du ministère communiquent entre elles, mais elle n'avait cependant jamais reçu de lettre d'un directeur d'un autre département.

Miss Hermione Granger,

le département de contrôle et de régulation des créatures magiques ainsi que celui de la coopération magique internationale doivent une nouvelle fois travailler en harmonie afin de régler un problème concernant les sirènes d'Ecosse. Il se trouve qu'en raison de leur statut d'animaux, elles ne sont pas considérées comme essentiellement conscientes de leurs actes et il incombe donc au ministère d'en répondre. Je vous demande donc à vous, spécialiste des créatures magiques, de bien vouloir travailler de pair avec l'une de nos agentes de la communication magique internationale ainsi que toutes les personnes nécessaires pour mener à bien la résolution du problème que posent ces sirènes, émigrées en Norvège.

Ps : La situation étant des plus urgents, je vous demanderais donc de bien vouloir vous rendre immédiatement à mon bureau après avoir reçu cette lettre

Bien à vous,

Ignatius Verdeton, directeur du bureau de la coopération magique internationale

Hermione sentir rapidement que si le directeur même avait pris la peine de lui écrire ; c'était urgent, elle n'allait pas vraiment pouvoir refuser, le problème se trouvant en Norvège elle allait sans doute devoir voyager et elle allait se retrouver avec un petit nombre de personnes sur les bras.

Elle aimait particulier et les voyages mais détestait le froid quand il était permanent. N'ayant pas d'avis précis sur la question, la jeune femme se décida d'étudier le discours et les conditions que le directeur de la coopération magique internationale lui présenterait avec de se décider.

Elle s'empara donc de la missive et reprit l'ascenseur pour le cinquième étage. Le bureau d'Ignatius Verdeton ne fut pas bien difficile à trouver, la porte était ouverte et une voix grave s'égosillait. En arrivant dans l'embrasure, elle put apercevoir un homme d'une cinquantaine d'années à la barbe de quelques jours grisonnante et au ventre rebondi qui râlait a voix haute en griffonnant sur un parchemin.

La jeune femme frappa quelques coups sur la porte et il releva la tête, sa mauvaise humeur s'évapora instantanément.

- Miss Granger ! Je désespérais de vous voir !

- Mon secrétaire avait oublié de remettre la lettre, s'excusa-t-elle.

Elle n'aimait pas accuser les autres mais il était encore pire qu'on la soupçonne d'être en retard ou de n'être pas rigoureuse.

Ignatius Verdeton répondit par un sourire et tenta de se lever. Au bout de trois tentatives infructueuses, il demanda à Hermione de fermer la porte et l'invita à s'asseoir.

- Alors, voyons voir... La Norvège, oui, c'est ça, il faut que je vous parle de la Norvège. Ensuite, vous accepterez ou non, mais sachez que le ministère se verrait ravi que vous vous engagiez et que je porte de grands espoirs sur vous.

Il allait falloir plus que des flatteries pour convaincre Hermione d'y aller.

Premièrement parce qu'elle n'aimait le froid qu'occasionnellement, ensuite parce que ça devait nécessairement être dangereux pour qu'elle se retrouve convoquée ici et surtout parce qu'elle allait devoir être aidée et elle aimait faire les choses calmement.

- Donc, reprit Ignatius Verdeton après une quinte de toux qui fit penser à Hermione que visiter St-Mangouste n'était pas pour lui une mauvaise idée, certaines sirènes écossaises ont, depuis peu, émigrés dans les eaux du Nord. Ceci est problématique car elles vivent normalement dans des eaux chaudes et si elles se trouvent là-bas, cela signifie qu'elles ont été aidées par magie. Or selon, le statut d'animaux qu'elles ont reprit...

-...un an après avoir été invitées par le ministre de la magie Grogan Stmp en 1811 à prendre le statut d'êtres, finit Hermione.

- Tiens, c'est étonnant comme les miss-je-sais-tout ne changent jamais, rétorqua une voix moqueuse qu'elle reconnut immédiatement.

Elle se retourna lentement et découvrit avec horreur un jeune homme aux cheveux platines et aux yeux gris, un sourire narquois qui trainait au coin des lèvres.

Drago Malefoy, était adossé à la porte du bureau qu'il avait manifestement ouverte sans attendre d'autorisation.

- Malefoy, lâcha-t-elle avec tout le mépris qu'elle pouvait.

- Ravi que tu te souviennes de moi, Granger.

- Monsieur Malefoy, nous vous attendions, déclara soudainement Ignatius en sentant l'atmosphère se tendre. Asseyez-vous donc.

Hermione leva des yeux surpris sur le directeur qui voulaient clairement dire « Ah oui ? Nous l'attendions ? »

- Donc, reprit-il, les sirènes ont donc repris le statut d'animaux...

- Pouvez-vous m'expliquer la présence de Malefoy ici ? interrompit Hermione, absolument outrée et pas du tout disposée à ne rien dire.

- J'y viens, j'y viens, soupira Ignatius Verdeton en se disant que ça allait peut-être être plus difficile que prévu.

Hermione essaya de jeter un coup d'œil pour apercevoir la réaction de Malefoy mais il fixait le directeur, impassible, son éternel sourire au coin du visage.

- Donc ces sirènes, recommença-t-il pour la troisième fois, posent de nombreux problèmes. Les populations au alentour deviennent sourdes et de nombreux meurtres étranges ont eu lieu. C'est pourquoi je vous demanderais de vous y rendre, au nom du ministère, pour rétablir l'ordre. Vous aurez avec vous une traductrice, Holly Tintan, ainsi que des Aurors si vous le déciderez. Ainsi qu'un sorcier qui vous guidera concernant la form...

- Excusez-moi, interrompit une nouvelle fois la jeune femme, qui est ce sorcier ?

- Eh bien..., tenta Ignatius, complètement dépassé, il est...

- C'est moi, le sorcier qui te guidera, s'exclama soudain Malefoy, complètement sarcastique, en lui plantant ses yeux gris dans les siens.

- C'est une blague, c'est ça ?

- Je ne savais pas non plus que l'experte en créatures magiques ce serait toi, Granger. Il ne te reste plus qu'à refuser, malheureusement pour moi, j'ai déjà signé.

Ignatius soupira et Hermione lui lança le regard le plus noir qu'elle avait en réserve.

- Miss Granger ? Je vous ai donc dévoilé l'essentiel de ce projet, pour le reste, si vous acceptez, un dossier vous sera transmis. Je vous le demande à présent : voulez- vous bien accepter ? Au nom de la communauté sorcière et de l'entraide et puis ça ne durera que douze jours, le temps de régler ce problème...

Un séjour de douze jours en compagnie de Drago Malefoy dans un des pays les plus froids du monde ?

- Non.