Voici le troisième chapitre, j'ai beaucoup aimé l'écrire et j'espère avoir mieux développé les sentiments des personnages par rapport aux chapitres précédents. J'attends vos reviews avec impatience !
En plus d'être exaspérant, terriblement impatient, arrogant et désintéressé de toute chose autre que sa personne, Drago Malefoy n'était pas ponctuel. Il était précisément huit heures trente neuf et le Serpentard avait neuf minutes de retard.
Rien de tel pour mettre Hermione dès ce matin de novembre dans un état de calme et de bons sentiments à son égard. Elle rejeta son exaspération à la pensée des douze jours et refit encore une fois les cent pas dans la ruelle juste devant l'Allée des Embrumes.
C'est à ce moment-là qu'elle entendit un léger «pop» derrière elle. Elle se retourna et aperçu Drago Malefoy qui se trouvait maintenant à quelques mètres d'elle, époussetant ses vêtements impeccables, n'ayant pas l'air de l'avoir vue.
- Ça va Malefoy, tu me dis si je te dérange ?
Il ne répondit pas, ne lui jeta même pas un regard, prenant une bourse accrochée à sa taille et se mit manifestement à compter ce qu'elle contenait. Cela irrita encore plus la jeune femme qui détestait particulièrement son attitude à son égard ainsi que le fait de se faire ignorer avec un tel manque de respect.
- Tu as précisément neuf minutes de retard, il va falloir faire des efforts ! Déjà que je dois me coltiner ta présence pendant...
- Nuance, Granger, interrompit-il d'une voix calme, énumérant toujours les gallions qu'il possédait, je me coltine tes cheveux emmêlés et tes cris offusqués, n'inverse pas les rôles.
Hermione fit un geste d'exaspération et lâcha un petit cri, comme estomaquée d'un tel manque de jugement. Il leva enfin les yeux vers elle, l'air de lui dire « voilà, exactement ces petits cris offusqués », elle l'entendait presque le lui dire de sa voix traînante.
Merlin que cette matinée commençait bien.
- Peut-être veux-tu aller chercher encore un peu d'or à Gringotts ? se moqua-t-elle en examinant la taille démesurée de sa bourse. Tu risques de ne pas en avoir assez...
- Premièrement il s'agit de l'argent du ministère parce qu'il est hors de question que je paye de ma poche les frais d'une mission aussi désagréable, deuxièmement, je n'ai plus d'or à Gringotts. Après toi.
Il lui indiqua l'entrée de l'Allée des Embrumes et attendit, c'est à dire resta en place sept millièmes de seconde, qu'Hermione se décide, puis, trancha et passa devant.
Cette dernière se sentait un peu désorientée, elle avait beau le chercher, le narguer, il répondait placidement avec des arguments crédibles et stables, justifiés. Rien à voir avec le gamin de Poudlard qui aurait tout pris au premier degré et sans même chercher à se défendre de façon logique, aurait insulté ou appelé à la pureté de son sang qui semblait lui conférer le droit de proférer des énormités sur un ton convaincu.
- C'est pour aujourd'hui ou pour demain, Granger ?
La jeune femme restée en place s'éveilla et rattrapa en quelques pas le Serpentard, calant son pas sur le sien, rapide.
Ils n'échangèrent pas un mot, elle ne demanda même pas où ils allaient. Non seulement parce qu'ils allaient encore s'agacer mutuellement mais aussi parce qu'elle était persuadée qu'il savait parfaitement où il l'emmenait. Ils passèrent devant une boutique qui lançait de par sa grille d'aération des fumées oranges à intervalles réguliers, puis une sorcière essaya de leur vendre des colliers anti-poison. Drago n'essaya même pas de la dissuader par des paroles, il se contenta d'un regard et de la repousser par l'épaule et la vieille femme répugnante s'éloigna de quelques pas, un air effrayé sur le visage.
Hermione continuait à le suivre, s'enfonçant dans un labyrinthe de ruelles étroites et semblables et finit par se faire la réflexion qu'il aurait très bien pu la perdre avec une facilité déconcertante. Un instant, elle se demanda même si ce n'était pas ce qu'il allait faire. Mais leur arrivée devant une grande boutique sombre, peinte entièrement de noire et qui affichait fièrement en lettres argentées « Magic of the Snake Co. » dissipa ses doutes.
Sans hésitation, le jeune homme poussa l'une des lourdes portes et s'infiltra. Après s'être pris la porte dans l'épaule et s'être fait un avis sur la galanterie, ou tout simplement le savoir vivre de Malefoy, Hermione entra à son tour, d'humeur encore plus orageuse, se sentant définitivement piégée.
Des étagères bancales à n'en plus finir s'étendaient de par et d'autre, remplient de chaudrons fumants, de fioles, de tête de mort, de vieux livres et autres babioles plus intrigantes et dangereuses les unes que les autres.
Drago tira sur une corde accrochée au mur à droite de la porte et le son lointain d'une clochette résonna. Une vieille sorcière, presque pliée en deux, les yeux plissés et habillée entièrement d'orange se dégagea du fond de la pièce, se dirigeant rapidement vers eux. Elle s'arrêta juste devant, les détaillant à tour de rôle. Cela ne plut ni à l'un ni à l'autre mais aucun de deux ne s'exprima, le visage fermé.
Enfin, la vieille femme esquissa un sourire sournois et s'inclina légèrement.
- Monsieur Malefoy ! Que puis-je pour vous...
Hermione avait immédiatement pensé en la voyant qu'elle allait avoir une voix aiguë, traînante et couinante, comme celle qu'elle avait autrefois entendue dans la bouche de Peter Pettigrow. Mais elle avait parlé d'une voix posée, tranquille et suave.
Intéressée, Hermione observa un peu mieux sa figure quand elle releva des yeux avides sur le visage du jeune homme. Elle avait des yeux bleus profonds, durs et sereins, des traits qui autrefois avaient dû être fins et une élégance répugnante se dégageait de son corps alourdi par l'âge. Elle avait dû être belle, c'est pourquoi sa voix n'était pas un mélange de dévouement et de fascination.
- Je veux tous les objets présent sur cette liste, déclara Malefoy, sortant de sa poche un parchemin qu'il lui remit dédaigneusement.
La vieille femme jeta un coup d'œil rapide.
- La poudre de scolopendre des Neiges est au dernier rayon à droite et le Mimbulus Mimbletonia est au fond de la pièce, vers la pièce des miroirs. Vous connaissez les règles. Je me charge des autres ingrédients.
Là-dessus, elle leur tourna le dos et repartit d'où elle était venue, pressée.
- Qu'est-ce que sont ces règles ? demanda soudainement Hermione qui s'était pourtant jurée de ne poser aucune question, mais il fallait croire que la curiosité la démangeait.
- Tu ne rentres dans aucune pièce autre que celle-ci, tu ne touches à rien d'autre qu'à ce que tu es venu chercher et tu ne poses pas de question sur ce qui ne te regarde pas. Je sais que ça va être dur Granger, mais fait un effort.
- Figure-toi que je sais parfaitement garder mes mains dans mes poches...
- Oh, je ne parlais pas de ça, reprit Drago avec un sourire narquois au bord des lèvres, je parlais de garder au fond de ta gorge de Gryffondor toutes les questions que tu poseras de toute façon. La curiosité maladive, c'est malheureux.
- Et toi ? reprit Hermione, piquée au vif. Tu crois que tu arriveras à trouver ce qu'on cherche ? Ça n'a jamais été ton fort à Poudlard de trouver quelque chose plus vite que moi...
Drago se retourna complètement vers elle, planta ses yeux dans les siens.
Il détestait quand elle lui rappelait que quelque soit l'épreuve de sorcellerie, elle avait fini devant lui. Il n'aimait pas l'idée qu'elle se débrouille mieux que lui. D'ailleurs, il n'aimait pas l'idée que quelqu'un, n'importe qui, fasse mieux que lui.
- Ce n'est pas parce que tu as été privilégiée pour je ne sais quelle raison que tu dois te sentir pousser des ailes d'hyppogriffes, reprit-il d'un ton dédaigneux. Nous ne sommes plus à Poudlard, contente-toi donc de trouver la poudre, je me charge du Mimbulus Mimbletonia.
Il la planta ici, tournant résolument les talons vers le fond du magasin.
Hermione ravala avec hargne les répliques qu'elle préparait sur son propre avis concernant le favoritisme et les façons douteuses que Rogue avait de noter, puis, se dirigea vers la droite de cette immense pièce.
Elle remarqua vite que tout n'était pas silencieux, des objets s'égosillaient, sursautaient, sifflaient. Amusée autant qu'intriguée, Hermione se dirigea vers une étagère bancale qui lui semblait comporter plusieurs poudres. En s'approchant, elle vit en effet de nombreux flacons comportants des notations qu'on ne lisait plus à cause de la poussière et du temps. Elle souffla doucement dessus et détailla chaque annotation, cherchant cette fameuse poudre de scolopendre des Neiges. Elle la trouva enfin et attrapa la minuscule fiole.
Un grand froid l'envahit dès qu'elle posa ses doigts sur la surface de verre et elle perdit le petit sourire qu'elle avait sur les lèvres. Peut-être avait-elle de la magie autour d'elle, mais ce n'était que de la magie noire, tremblante, branlante et instable. Une magie profonde qu'elle ne comprendrait jamais, liée au mal, à la mort, aux pertes et à la guerre, aux douleurs et aux blessures.
Soudain mal à l'aise, elle déglutit et referma sa main sur la poudre avant de regarder imperceptiblement à droite à gauche pour tenter de faire demi tour dans ce dédale de bazar. Un chaudron fumant dégageant une fumée rose claire, très pâle, attira soudain son regard. La fumée s'élevait en des ronds très fins, parfaitement symétriques. Incapable de reconnaître cette potion, même en fouillant dans sa mémoire, Hermione, les sourcils froncés, lu l'inscription posée en dessous du chaudron, il indiquait « Philtre d'Innocence ».
- Vous avez trouvé ce que vous cherchiez ? s'exclama une voix mi-douce, mi-vicieuse.
La jeune femme sursauta et se redressa. La vieille sorcière, les yeux toujours plissés, l'air de chercher à lire à travers elle, la fixait.
- Oui, oui.
- Évitez de tourner autour de ça, ajouta son interlocutrice en désignant d'un geste hautain le chaudron, les choses les plus délicates sont les plus affreuses. Vous, vous n'êtes pas jolie, vous ne pouvez pas comprendre...
Elle fit une courte pause, les yeux soudainement voilés, hésita, puis continua sur un ton tremblant, murmurant.
- Tout ce qui est attirant n'a pas toujours un bon fond, cela vaut pour les objets comme pour les êtres humains. La beauté ne fait pas toujours la sécurité...
Elle se tut soudainement, comme soucieuse, puis secoua vivement la tête et contourna ensuite Hermione, les yeux fuyants et l'esprit ailleurs. La Gryffondor, s'interrogeant sur son changement d'humeur si rapide, jugea plus prudent de la suivre pour éviter de se retrouver de nouveau tentée de regarder de plus près une autre potion.
Drago, qui avait déjà trouvé ce qu'il lui fallait, se tenait de nouveau dans l'entrée, l'air insensible à tout autre chose, impatienté. Il vit revenir la vendeuse et Hermione avec un certain soulagement. Cette matinée était presque finie.
Encore une boutique et c'était bouclé, Granger et sa crinière retourneraient s'épanouir loin de lui.
Il dû cependant demander deux fois à la vieille sorcière combien tout cela lui coûtait et il remarqua son air encore absent quand elle lui répondit.
Suspicieux, il tourna les yeux vers Hermione. S'il avait bien appris quelque chose sur elle au cours de ces années, c'était qu'elle était à peu près incapable de cacher ce qu'elle pensait, ce qui se trouvait être un inconvénient comme un avantage.
Et en ce moment même, la jeune femme semblait en pleine réflexion, les yeux résolument fixés sur la vieille femme toute vêtue d'orange. Drago s'agaça alors, avec l'impression très nette de ne pas savoir quelque chose qui n'échapperait à personne d'autre. Il asséna d'une voix dure un ordre à la vendeuse qui sembla enfin se réveiller et qui finit par les faire payer, revenue sur Terre.
Il quitta ensuite la boutique, un Mimbulus Mimbletonia entre les mains et une Gryffondor sur les bras.
- Où va-t-on maintenant ? demanda soudain Hermione. Il ne nous manque plus que la pierre de lune et du sisymbre distillé.
D'ailleurs, à quoi va nous servir tout ça ?
- À réussir cette mission, Granger, je pensais que tu allais le deviner tout de même, se moqua Drago en reprenant une énième ruelle.
- Sans doute, grinça la Gryffondor, mais à quel usage précis sont destinés tous ces ingrédients ?
- Réfléchis, après tout, tu as eu mieux que moi à chaque examen non ?
- Très drôle Malefoy, vraiment.
Hermione serra un peu plus fort la poudre de scolopendre des Neiges au creux de sa main. Il avait été vexé par sa réflexion tout à l'heure, et bien tant pis pour lui. Il était agaçant de passer de la moquerie au sérieux et de la logique à la vexation. Elle se tut opiniâtrement se contentant de la suivre.
Au bout de trois boutiques, elle remarqua qu'il ne prononçait pas un mot non plus. En relevant la tête, elle aperçu qu'il avait pris un air dégouté, semblable en tout point à celui de Poudlard. Depuis qu'elle l'avait revu, jamais il n'avait repris ces attitudes pincés, comme si le monde qui l'entourait ne méritait pas sa présence. Elle chercha un moment ce qui le faisait tirer une tête pareille, se demanda même si ce n'était pas elle ; elle avait tellement eu le droit à ce regard dégoûté.
Mais bientôt, elle réalisa que c'était la plante, semblable à un cactus, qui suintait et était loin d'être la définition même de l'élégance qui se trouvait au creux de ses bras, qui posait problème au jeune homme. Cette constation suffit à lui faire retrouver le sourire et elle le suivit d'un pas plus vif.
Ils arrivèrent devant une boutique bien plus petite, plus sombre et plus sale. Hermione laissa apparaître sur son visage qu'elle désapprouvait fortement de se fournir ici.
- Tu ne rentres pas, annonça Malefoy d'une voix qui laissait entendre qu'il ne tolérerait pas sinon le contredise.
Sauf qu'il avait en face de lui Hermione Granger.
- Comment ça je ne rentre pas ?
- Écoute, reprit le blond, ennuyé, tu t'appelles Hermione Granger, grand héroïne de guerre et tout ça, donc tu ne peux pas rentrer dans toutes les boutiques de l'Allée des Embrumes en étant approuvée. Ici, ces gens ne sont toujours pas très à l'aise avec l'idée de sang égaux.
- J'ai bien pu pour rentrer dans l'autre.
Drago s'agaça de son entêtement à rester. Elle ne pouvait pas faire comme tout le monde, lui dire oui et s'en aller ?
Il changea l'horrible plante qu'il tenait dans les bras de côté et reprit, essayant de rester calme et explicite.
- Oui, mais comme tu me l'a si bien dit hier, la magie noire, c'est mon domaine. Je sais où aller et pourquoi, ce que pense les gens et voilà, je te le dis, si je rentre ici avec toi, il n'aura pas ce qu'on veut, quoi qu'on veuille.
Hermione lui lança un regard suspicieux, pas réellement convaincue. Elle n'y croyait qu'à moitié, d'un côté il devait avoir raison, de l'autre, c'était Drago Malefoy.
Puis, elle vit là une échappatoire à cette matinée déplaisante.
- Très bien, je te laisse finir tout seul, mais la prochaine fois, ne me fait pas venir si c'est pour ça et seulement ça.
Elle déposa sur les bras pliés du jeune homme la fiole de poudre qui tangua dangereusement avant que Drago ne la rattrape de justesse avec un juron. Hermione ne s'en préoccupa pas et tourna les talons, décidée à s'en aller.
De toute façon, elle savait ce qu'il allait acheter et elle avait fait la moitié de ces achats avec lui, sa part du contrat était remplie.
Quand elle arriva chez elle, Pattenrond s'étirait au soleil et une lettre l'attendait sur le rebord de sa fenêtre. Elle se débarrassa de sa veste et de ses chaussures avant d'en prendre connaissance en se laissant tomber sur son canapé. C'était une lettre de Ginny. Hier, dans une petite missive, Hermione lui avait annoncé qu'elle avait finalement accepté cette mission.
Hermione,
Je ne comprends pas vraiment pourquoi tu as voulu y aller. Je t'ai déjà vue enthousiaste à voir de la neige mais de là à partir en Norvège, il y a une certaine différence. En plus, la présence de Malefoy ! Dire que je t'ai supporté te plaindre pendant deux heures pour finir par t'entendre dire que tu pars au final... Je te souhaite du courage ! Tu m'écriras ?
Ginny
Hermione eu un petit sourire triste. Cette lettre était encore plus courte que la précédente. Bientôt, elles ne s'écriraient que des mots, puis, plus du tout. Malgré toute la déception qu'elle ressentait et la nostalgie qui lui tiraillait le cœur, Hermione n'arrivait pas à en vouloir à Ginny.
Elle avait failli tout perdre, elle avait failli perdre Harry et pendant quelques minutes, avait vraiment cru à sa mort. Alors forcément, la rouquine se renfermait un peu sur elle-même, profitant de ce bonheur bancal, d'Harry et de sa présence. Harry lui-même ne la contredirait pas trop, il considérait qu'il avait déjà perdu trop d'années sans elle et qu'il avait une chance incommensurable de l'avoir encore devant lui, vivante, ce qui n'était pas vraiment faux.
Et au milieu d'eux deux et malgré tout le bonheur qu'elle avait pour leur situation, Hermione se sentait seule. Elle avait un peu mûri depuis la guerre, pleurait un peu moins, prenait un peu moins les choses à cœur, et sans doute était-elle un peu moins joyeuse. La guerre laissait ses traces, sur le corps et dans l'esprit.
Hermione s'en voulut soudain de penser ça et décida de passer voir Ginny, elle partait ce soir même, aller rendre visite à ses meilleurs amis n'était pas une mauvaise idée. Elle n'avait plus vu Harry depuis l'affaire de St-Mangouste.
Légèrement revigorée par cette nouvelle perspective, la jeune femme finit de faire sa valise et s'assit dessus pour la fermer. Pattenrond n'était pour une fois pas dans ses pattes. D'ailleurs, elle pensa à faire d'une baguette deux sorts en déposant son chat chez Ginny qui pourrait le garder les douze jours durant. Une fois sûre que tout était prêt pour son départ, et avoir englouti son repas, Hermione transplana avec un sourire satisfait.
Elle arriva à quelques rues du manoir où habitaient Harry et Ginny. Tout était calme, le vent soufflait doucement et les arbres laissaient tomber à intervalles réguliers des feuilles tigrées. Hermione déposa Pattenrond à terre et ce dernier la suivit sans broncher le long de l'allée menant chez ses amis. Le grand portail lui apparut bientôt. Il était noir, fermé et semblant presque briller. Hermione avança et le traversa, comme s'il n'existait pas. Ginny avait conçu ce maléfice pour éviter de recevoir tous les jours des centaines de personnes ou hiboux cherchant Harry Potter. Seules les personnes autorisées pouvaient accéder au manoir.
Hermione remonta lentement la grande allée menant à la porte, la tête ailleurs. Elle se souvenait d'il y a un an, un jour très chaud de juillet, dans ce parc. C'était la dernière fois qu'il avait tous été rassemblés, Ron, Harry, Ginny, Luna, Neville et elle. Depuis, plus jamais ils ne s'étaient revus tous ensemble. Depuis, tout simplement, elle n'avait plus vu ni Ron, ni Luna, ni Neville dans ce manoir. C'est avec un pincement au cœur qu'elle frappa à la porte.
Ginny apparut quelques secondes plus tard, un sourire éblouissant sur les lèvres.
- Oh, Hermione, lança-t-elle avec un petit rire gênée. Tu voulais quelque chose ?
Ce manque cruel d'enthousiasme fit redescendre un peu la motivation d'Hermione à entretenir des relations courantes avec ses amis, mais elle ne se laissa pas abattre pour autant. Ce n'était effectivement pas dans ses habitudes de passer sans prévenir, encore moins avec son chat au creux des bras, mais elle s'accrocha à l'idée de ne perdre ni Ginny, ni Harry.
- Je voulais vous voir, souffla-t-elle simplement.
Ginny eut un sourire contrit, un rire de bébé résonna à l'intérieur de la maison et la rouquine se plaça en face d'Hermione, refermant la porte derrière.
Elle eut un frisson dans le jour tombant de ce mois de novembre qui ne sembla pas altérer la bonne humeur transpirante de son visage.
- Je suis vraiment désolée, commença-t-elle avec un ton doux, mais Teddy est là et Harry aussi. Il n'y a que nous, nous avions prévu une soirée spéciale, un peu en famille...
Cette fois-ci, le sourire d'Hermione diminua franchement bien qu'elle s'efforçait de faire bonne figure. Jamais elle n'aurait pensé se sentir indésirable dans cette maison.
Les choses avaient-elles donc tant changées ?
- Ce n'est rien, marmonna la Gryffondor, je passais juste en coup de vent.
- Ne t'inquiète pas, reprit Ginny d'un ton joyeux, toute condescendance envolée et apparement soulagée, on se reverra bientôt, quand tu reviendra de Suède, d'accord ?
Hermione hocha doucement la tête, trop dépitée pour ne prononcer qu'un seul mot.
- Formidable, s'enthousiasma son amie. Alors, au revoir Hermione !
Là-dessus, la rouquine se retourna, entrouvrit la porte et disparut à l'intérieur.
Il ne s'était passé qu'une seconde pendant laquelle la porte avait été ouverte, mais ça avait été suffisant.
Elle avait aperçu, à côté de Harry qui tenait Teddy entre ses bras, des mèches rousses qu'elle aurait reconnues entre mille.
Ron.
Ginny avait menti, il n'y avait pas qu'eux, ils ne voulaient juste pas d'elle.
La réalité lui noua le ventre et la gorge et la cloua devant la porte. Elle venait en quelques minutes de se faire renvoyer, gentillemment mais fermement par sa meilleure amie. Il fallait sans doute qu'elle comprenne, Ron était de la famille, elle, non.
Et pourtant, le chagrin mêlé à un certain désarroi l'envahissait.
Puis, la rancoeur.
Peu de fois dans sa vie, et pratiquement exclusivement à Ron, elle en avait voulu à quelqu'un et fait la tête pendant des jours, il en fallait beaucoup pour qu'elle soit rancunière. Mais ce soir, elle sentait qu'elle allait en vouloir longtemps à ses amis de s'être retrouvée seule devant cette porte, Pattenrond dans les bras.
Elle se sentait trahie, exclue et triste. Vide, seule. Ce n'était pas la première fois, elle traînait ce sentiment au fond depuis la fin de la guerre, depuis que chacun s'était concentré sur ses propres blessures. Elle ravala ses larmes, déglutissant difficilement et se décida à partir.
- Je vais en Norvège, pas en Suède.
Ce fut la dernière phrase qu'elle lança à la porte avant de repartir, blessée, son chat contre la poitrine.
