Il me reste encore un chapitre d'avance et ce sera tout, je devrais recommencer à écrire. Mais je me rends compte qu'en postant ces chapitres et les relisant, j'ai envie de finir cette histoire.

- Tout le monde est là ? Il ne manque personne ? Les chats sont mis à garder, tout le monde à une baguette magique ? persifla Drago Malefoy, exacerbé.

Sur une colline verdâtre un peu excentrée de Londres, dans le soleil couchant qui s'étirait en orange et rose, se trouvaient quatre personnes munies de valises ainsi qu'une télécommande que Drago tenait du bout des doigts, comme si elle allait l'électrocuter. Hermione avait trouvé ça très drôle au début ; il avait la même expression que lorsqu'il avait tenu le Mimbulus Mimbletonia. Puis, elle s'était rendue compte que dans sa colère, elle avait oublié de mettre Pattenrond autre part que chez elle et avait réussi à batailler avec Malefoy pour qu'il la laisse s'absenter trois minutes. La jeune femme avait ensuite précipitamment apporté le chat chez une Luna compréhensive et absolument émerveillée par les traits singuliers du félin.

Quand Hermione avait transplané une nouvelle fois pour la colline, Drago y était toujours, d'une humeur massacrante cette fois, accompagné de deux personnes. La première était une jeune femme plus petite qu'Hermione aux longs cheveux châtains et avec des lunettes très épaisses. Ce devait être Holly Tintan, la sorcière du département de la coopération magique internationale, chargée de relation entre l'Angleterre et la Norvège. L'autre personne était un Auror assez concentré qu'Hermione avait reconnu tout de suite. Il s'agissait de Terry Boot, qui avait été dans la même année qu'elle et Drago, seulement, à Serdaigle. Il avait fait parti de l'A.D et lui avait adressé un léger signe de tête ainsi qu'un sourire avant qu'ils n'échangent quelques banalités.

Sur ce, Holly Tintan, qui avait un air débordé assez proche de celui de la guérisseuse Nora Jamson, s'était rendue compte qu'elle avait oublié sa baguette. Drago avait éclaté d'un rire mesquin et Hermione avait pris sa défense, ce qui avait donné lieu à de nouveaux échanges houleux qui avaient laissés le temps à Holly d'aller récupérer sa baguette. Terry semblait plus inquiété par l'horaire qu'autre chose. Il regardait sa montre toutes les minutes, calculant sous doute le temps imparti. Holly avait fini par revenir avec un air désolé, n'osant plus croiser le regard de Drago.

- Oui, Malefoy, je crois que tout le monde est prêt, s'exaspéra la Gryffondor.

- Non, parce nous serions presque en retard, lâcha-t-il d'une voix maligne en montrant aux autres la télécommande qui s'agitait au bout de ses doigts.

Par réflexe, les trois autres eurent le temps d'attraper le boîtier avant que la sensation d'un crochet leur tirant le ventre ne surgisse.

Drago eu un petit sourire victorieux en voyant Hermione le fusiller du regard.


Le froid les entoura d'un coup, comme s'il les prenait dans ses bras. Instinctivement, Hermione serra ses bras autour d'elle dans un geste parfaitement inutile. Drago et Terry avaient déjà sur eux des capes conséquentes mais Holly était la pire de tous, son t-shirt était si fin que la Gryffondor se demanda comment elle faisait pour tenir encore debout dans ce froid dévorant. D'après ce qu'elle avait vu, il se trouvait tout au Nord de la Norvège et en cette fin novembre, cela se confirmait. La neige leur arrivait pratiquement jusqu'aux genoux et s'étendait à perte de vue.

Ils étaient arrivés dans un petit village, si petit qu'en se tournant, ils pouvaient en apercevoir le début et la fin à l'aide des lampadaires. Ils distinguaient aussi à l'horizon le début d'une forêt et, à part quelques cheminées fumantes, tout était aussi calme que la mort.

Hermione fit apparaître d'un coup de baguette deux manteaux épais en provenance de sa valise et en tendit un à Holly qui la remercia plus que de raison en s'enveloppant dedans.

Elle prit ensuite quelques secondes pour détailler correctement les alentours et s'aperçut qu'Holly et Terry faisaient de même alors qu' il semblait que rien n'atteignait Drago et que ce endroit ne méritait que son indifférence.

- Où va-t-on ? demanda-t-il brusquement.

- Nous devons retrouver le sorcier du ministère de Norvège devant un arrêt de bus, un peu plus loin d'ici, répondit Holly à toute vitesse, comme pour faire oublier son oubli de baguette par son assiduité. Ensuite, il nous guidera vers l'endroit où nous dormirons. Et ce village est un village très tolérant, majoritairement sorcier ou avec des moldus proches de sorciers, un peu comme Godric's Hollow, donc vous pouvez garder vos baguettes à la main.

Drago hocha la tête, manifestement satisfait de la réponse et se mit en marche. Hermione s'activa à son tour et eut un sourire en entendant derrière elle Terry demander à Holly ce qu'était qu'un « bus » chez les moldus.

Ils marchèrent ainsi, Drago, suivit d'Hermione puis Terry et Holly côte à côte derrière eux, suivant les indications que lançait la sorcière du département de la coopération magique internationale à chaque intersection.

Quand au loin l'arrêt de bus leur apparut enfin, la Gryffondor ne sentait plus ses orteils et avait les oreilles rouges. Un petit sorcier norvégien, la quarantaine, une légère barbe brune et l'air sérieux les attendait, immobile dans le froid et sa baguette à la main, allumée. Il les salua d'un signe de tête et attendit patiemment qu'ils se tassent tous à ses côtés sous l'abri réduit qu'offrait l'arrêt.

- Bien, commença-t-il. Je me présente, Sören Sjorn, employé du ministère de la magie Norvégien au département de la cohésion sorcière mondiale, chargé de relation entre la Norvège et l'Angleterre. Ravi de vous rencontrer. Je vais d'abord vérifier vos identités, puis, quelques détails avant de vous donnez des indications de bases.

Hermione et Holly hochèrent la tête en bonnes élèves, Terry régla sa montre et Drago n'émit pas le moindre intérêt pour ce que disait Sören Sjorn.

- Bien, répéta ce dernier comme s'il ne s'était jamais interrompu. Qui est Holly Tintan ?

La jeune femme leva la main, les yeux encore plus exorbités par l'attention.

- Donc, née en 1975, d'origine moldue...

- Excusez-moi, coupa soudainement Hermione, qu'est-ce que cela change ?

Il y eu un silence désagréable qui la fit frissonner.

Sören la regardait comme si elle était à la fois incompétente et impotente.

- Rien. Simplement cela permet au ministère d'instaurer une relation de confiance si vous êtes transparents sur votre parcours, expliqua-t-il comme s'il s'adressait à une enfant de deux ans. Ainsi, nous savons vous retrouvez plus vite si votre comportement au sein de notre pays devient dérangeant pour son bon fonctionnement. Reprenons, voulez-vous ?

Donc, d'origine moldue, envoyé dans la maison Poufsouffle à l'école de sorcellerie anglaise de Poudlard et y étant restée les sept années durant ?

- C'est exact, approuva Holly, comme impressionnée bien qu'Hermione était intimement persuadée qu'elle possédait autant d'informations sur Sören lui-même.

- Aucun élément notoire pendant votre scolarité, deux ans d'études après la sortie de l'école et intégration au terme de la formation du département nommé « coopération magique internationale », équivalent de celui de la cohésion sorcière mondiale en Norvège. Vous êtes chargée des relations entre nos deux pays depuis cinq ans, tout cela est-il correct ?

Holly hocha derechef la tête, énergiquement. La nuit était définitivement tombée, le froid s'était fait un peu plus mordant et il restait encore trois personnes à passer.

Hermione s'agaça de voir le manque de coopération et de confiance dont faisait preuve le ministère de la Norvège à leur égard. Sören Sjorn n'avait pas l'air de penser de la même manière et rangea son parchemin concernant Holly et en fit apparaître un autre d'un coup de baguette magique.

- Alors, Hermione Granger.

Il ne demanda pas qui c'était et continua simplement sa lecture de son ton monotone, rompu à l'exercice.

- Née en 1979, d'origine moldue, envoyée à Gryffondor à l'école de sorcellerie Poudlard, de nombreux éléments perturbateurs durant cette période, dont le plus notoire est le retour de Lord Voldemort - à ces mots, Drago réagit pour la première fois, il sursauta légèrement et posa son regard glacial sur Sören qui ne remarqua rien - vous n'avez effectué que six années là-bas, vous avez ensuite aidé à la destruction du mage noir, puis avez entreprit pendant deux ans des études avant de travailler dans l'actuel département de « contrôle et régulation des créatures magiques ». Ceci est votre premier mission sur le sol de notre pays.

- Tout est juste, excepté le fait que je n'ai pas effectué deux années d'études mais une seule.

Sören fit une pause, désorienté, ce qui prouvait que jusque là, personne n'avait osé mettre en doute la véracité de ses informations. Il se reprit vite.

- Deux ans d'études sont nécessaires au minimum pour pouvoir travailler au ministère à votre poste, dit-il d'un ton méprisant.

- Je sais, cependant j'ai refais ma dernière année à Poudlard afin de décrocher mes ASPIC, et je n'ai eu besoin que d'un an d'étude, par rapport à mes résultats obtenus.

Sören renifla dédaigneusement et consentit à griffonner quelque chose sur son parchemin.

Holly croisa les bras dans une tentative pour se réchauffer et Terry commençait à trouver le temps long. Dans le même intervalle, Sören faisait apparaître d'un coup de baguette un troisième parchemin.

- Drago Malefoy, né en 1980, d'origine sorcière, envoyé à la maison Serpentard à l'école Poudlard. Vous n'avez vous aussi effectué que six années là-bas, l'élément le plus marquant étant votre sixième année où vous avez infiltré des Mangemorts dans l'enceinte même de l'école...

Hermione aperçu du coin de l'œil le Serpentard contracter sa mâchoire et durcir son regard, exactement de la même manière que lorsqu'elle-même avait fait référence à la guerre dans son bureau, en Angleterre. Il se renfermait, touché.

- Ensuite, poursuivit Sören de son ton formel, vous avez vous même intégré les fidèles de Lord V...

- Je crois, coupa Drago d'une voix dangereuse, vacillante et tranchante, que tout le monde ici est au courant et que vos informations concernant mon passé sont justes.

Sören fut décontenancé pour la deuxième fois en quelques minutes et regarda enfin Drago, les sourcils froncés et l'air inquiet. Il avait à présent l'air de prendre conscience de ce qu'il disait, et de ce qu'il faisait remonter à la surface. Il se racla alors la gorge et abandonna le dossier de Drago pour passer à celui de Terry.

Le vent s'était levé entre temps et la nuit épaissit. Hermione aspirait sincèrement à changer d'endroit. Les lumières du village brillaient un peu plus loin et toute cette mise en scène commençait à devenir étrange.

Heureusement, Sören rangea rapidement le parchemin de Terry et leur fit part de détails essentiels, comme le décalage horaire entre l'Angleterre et la Norvège qu'Hermione avait déjà anticipé. Elle nota que le sorcier évitait soigneusement de croiser le regard de Drago, ce qui eu pour effet de l'agacer et de l'intriguer.

Pourquoi les gens avaient-ils aussi peur alors qu'ils était plus âgés et plus expérimentés que lui ?

Puis, il lui vint à l'idée que non, peut-être que Sören n'avait pas connu la guerre. Dans son esprit, Voldemort et la marque sur le bras gauche de Drago devaient se confondre et devenir la même chose. Il était un adepte de la magie noire de haut niveau, et un sorcier doué de toute manière.

- Bien, reprit Sören, ce qui devait être un tic de langage. Tout est en ordre, à présent, nous allons précéder au transplanage d'escorte, je vais vous amener devant la maison qui vous a été attribuée pour votre séjour, veuillez ne pas la quitter dans un périmètre d'un kilomètre en dehors des horaires affichés sur le panneau que vous trouverez sur la porte.

Personne ne le contredit, transis de froid et attendant impatiemment un endroit isolé et chaud. Sören présenta son bras à Terry et disparu avec lui. Il ne pouvait à priori transplaner qu'une personne à la fois.

Une fois qu'ils eurent disparu, bien que la place du minuscule arrêt de bus se soit faite moins étroite, personne ne bougea.

- Ne lui en voulez pas, tenta Holly. Ici, et dans les pays du Nord en général, c'est difficile de faire accepter des sorciers anglais, ils les associent à la guerre.

- Merci, Holly.

Hermione commençait sincèrement à éprouver de l'empathie pour cette sorcière maladroite, incroyablement gentille et généreuse. Il lui était difficile de s'imaginer qu'elle était plus âgée qu'elle de quatre ans. Holly lui répondit par un sourire, puis, Sören revint pour la faire transplaner à son tour.

Ils disparurent et Hermione resta dans le froid, Drago à côté dont le bras frôlait le sien. Il avait toujours le visage impassible, n'avait pas décrocher un mot depuis qu'il avait remis Sören à sa place.

Habituellement, Hermione se serait offusquée de son comportement mais comme elle n'appréciait pas non plus le petit sorcier norvégien, elle avait estimé que cela valait mieux qu'elle ne dise rien.

Cependant, quand au bout de plusieurs minutes inquiétantes Sören n'était toujours pas revenu, elle commença à se dire qu'il fallait agir. Drago s'impatientait aussi et avait fini par bouger, s'asseyant sur le banc au milieu de l'arrêt de bus.

- Il va revenir ce crétin du ministère ? asséna-t-il d'un ton abrupt.

La jeune femme se contenta d'hocher les épaules et s'assit à côté de lui, fatiguée.

Sa confrontation avec Ginny et même la matinée désagréable qu'ils avaient passés à se chercher et s'agacer lui semblaient bien loin maintenant. Le froid engourdissait ses muscles et la fatigue se répandait dans son sang. Elle frissonna en s'asseyant, sentant le métal froid contre ses cuisses, puis, se remit à attendre.

Bientôt, Drago fit claquer sa langue à nouveau.

- Il faut faire quelque chose là. Il ne reviendra pas.

- Si, assura Hermione. Il reviendra.

- Granger ! On est coincés dans un pays inconnu, gelé, de la neige jusqu'au genoux, à des kilomètres de chez nous et notre survie dépend d'un sorcier fermé d'esprit et imbu de sa personne !

Elle se tourna lentement vers lui. Il n'était pas agacé, ni exaspéré, il était en colère. Pas de cette colère massacrante qui l'avait imprégné juste avant qu'ils ne prennent le Portoloin mais une colère profonde et brûlante.

- Je sais, Malefoy, merci. Mais comme tu viens si bien de l'énoncer, c'est précisément parce que Sören Sjorn est imbu de lui-même qu'il reviendra et fera son métier. Et nous ne pouvons rien tenter, de nouveau pour les raisons que tu as donné.

Elle avait parlé calmement, fatiguée, ne voulant ni s'énerver avec lui, ni lui parler. Il sembla comprendre, ou plus probablement, il ne savait pas quoi répondre, et se tut à son tour.

La suite donna raison à Hermione.

Ils attendirent encore quelques minutes avant que Sören ne fasse une réapparition et emmène Hermione, puis, Drago.

Au moment où elle arriva, elle se demanda si Drago n'était pas capable de filer entre les doigts de tout le monde entre temps. Il en était capable. Mais il ne le fit pas puisque le sorcier norvégien revint avec lui quelques minutes plus tard. Hermione apprit plus tard que le retard de Sören avait été dû à Holly qui avait malencontreusement déclenché un sortilège qui avait failli toucher des moldus.

Les cinq sorciers se trouvaient à présent dans un endroit qui semblait identique dans le noir, même si moins lumineux. La neige était toujours très épaisse, Hermione distinguait des arbres autour d'elle, mais aucun autre source d'éclairage qu'un petit lampadaire à côté d'elle, à l'entré d'un petit chemin qui menait vers un chalet en bois, à quelques mètres seulement. L'impression d'être arrivée au milieu de nul part la reprit, encore plus que tout à l'heure.

- Vous trouverez tout le nécessaire à l'intérieur, les sortilèges sont fait pour ne laisser passer que vous, c'est pour ça que je devais bien vérifier les informations vous concernant. Bien, à présent je vous laisse.

Sur ce, il fit un léger signe de tête et transplana.

A peine la Gryffondor se retournait à nouveau vers le petit chalet qu'elle voyait déjà Holly et Drago passer les barrières de sécurité magiques et ouvrir la porte. Elle jeta un regard à Terry qui affichait toujours son air soucieux et se lança sur leurs traces.

L'intérieur était chaud, calme et appaisant. Hermione se sentit revigorée du simple fait de passer la porte. L'entrée et le salon se confondait. La porte ouvrait sur une petite pièce avec un petit canapé rouge, deux fauteuils et une table en bois avec quatre chaises. À droite se trouvait la cuisine et à gauche trois autres portes. Hermione poussa la première porte et trouva ses bagages ainsi que d'autres sur le lit.

- Cette chambre doit être pour toi et Holly, celle d'à côté pour moi et Malefoy, dit Terry qui était entré derrière elle, en reniflant de désapprobation.

Elle s'imagina un instant devoir partager une chambre avec le Serpentard, comprit soudain l'attitude de Terry et lui jeta un regard en s'efforçant de mettre toute sa compassion dedans. Il se contenta de hausser les épaules avec un petit sourire résigné.

- La dernière porte doit être la salle de bains. Bonne nuit Hermione, moi, je suis plus que fatigué maintenant.

Elle lui souhaita à son tour une bonne nuit et il rentra dans la chambre à droite de la sienne. Hermione ferma la porte derrière elle et choisit un des deux lits. Elle prit quelques minutes pour déballer ses affaires les plus importantes avant d'enfiler un pyjama trop large pour elle.

Puis, elle se glissa sous les couvertures, revigorée par la perspective d'une nuit réparatrice. Holly entra à ce moment-là dans un vacarme épouvantable. Elle s'excusa une demi-heure, Hermione la rassura autant de temps et Holly finit par se coucher à son tour.


Sa tasse lui brûlait les mains, mais elle ne s'en souciait pas vraiment. Il était six heures et le soleil commençait à se lever timidement. Toujours en pyjama et immobile depuis presque une heure sur le petit canapé rouge du salon, une couverture sur les épaules, Hermione attendait.

Cette nuit, elle avait fait un cauchemar, une personne indistincte mais à qui elle tenait était à quelques mètres d'elle, lui demandant son aide. Elle avait levé sa baguette pour l'aider, puis soudain, n'avait plus pu faire un seul geste. Et elle avait du rester là, immobile, à regarder le corps qu'elle aimait devant elle se tordre de douleur, hurler, supplier. Elle s'était réveillée, en sueur, les joues humides et les mains tremblantes.

Hermione avait presque honte de ses cauchemars, ils revenaient. Alors avant qu'Holly ne puisse voir quoi que ce soit, elle s'était levée, était allée prendre une douche, puis s'était fait un café. Mais elle ne l'avait pas bu.

Perdue dans ses pensées, coincée dans ses cauchemars. Elle ne comprenait pas, passait en revu tous les éléments de sa vie, détaillant chaque passage de ces derniers mois, et elle ne trouvait pas pourquoi ça recommençait. Elle avait évité Georges, tout souvenir de la guerre. Alors pourquoi ? Elle frissonna et une porte claqua près d'elle.

- Bonjour, Hermione.

En relevant la tête, aperçut Terry, les cheveux en bataille, baillant mais habillé et l'air plus ou moins alerte.

- Qu'est-ce que tu fais debout si tôt ? demanda-t-il en se laissant tomber à côté d'elle.

- Je m'étais levée pour réfléchir, inventa-t-elle en remuant distraitement le contenu de sa tasse. Et toi ?

- La même chose. Enfin, non, il faut que je m'entraîne. Auror c'est toute une conception des heures de sommeil.

Il avait beau dire ça avec ironie, une certaine fierté transcendait au travers de ses paroles. Hermione pensa avec une certaine amertume qu'elle aurait aimé parler de son métier comme ça.

- Tu ne bois pas ton café ?

- Non, tu le veux ?

Terry hocha la tête, très intéressé. Hermione sortit alors sa baguette de sa poche et d'un simple coup de poignet réchauffa le contenu avant de le tendre au jeune homme. Il le but d'une traite et patienta quelques minutes dans le calme, à ses côtés, avant de jeter un coup d'œil à sa montre et d'annoncer qu'il était l'heure d'aller s'entraîner. Il se leva alors et posa la tasse sur la table avant de sortir sans aucune hésitation.

Hermione se demanda où il allait chercher toute cette énergie, sachant que dehors, un brouillard épais s'était installé et que le vent semblait se percuter lui-même. Un autre bruit en provenance des chambres l'arracha à sa rêverie et lui signifia que tout le monde était levé. Elle s'extirpa doucement du canapé, les muscles endoloris par sa position gardée trop longtemps et alla s'habiller avant de s'atteler au petit déjeuner.

Terry ne réapparut pas jusqu'à neuf heures, Drago ne sortit pas de sa chambre, si bien qu'elle resta tout ce temps avec Holly qui lui parlait avec passion de son métier.

Elle la trouva étonnante, sincère et adorable. Elles parlèrent avec animation, faisait des plans et des spéculations et pour la première fois depuis qu'elle avait accepté cette mission, Hermione se disait que peut-être que ce ne serait pas si désagréable.

Mais ce repos pour ses pensées torturés fut interrompu par Sören Sjorn qui revint à neuf heures précises, heure à partir de laquelle, à en croire les horaires sur la porte, ils pouvaient s'aventurer à plus d'un kilomètre autour de la maison. Terry était revenu, les joues et le nez rouges mais un sourire béat sur le visage. Drago aussi s'était enfin décidé à sortir de sa chambre.

- Bien, commença le norvégien quand au bout d'une dizaine de minutes ils furent tous rassemblés dans le salon à présent étroit. Maintenant que vous êtes tous réunis, je vous annonce le programme de la journée. Holly viendra avec moi pour que nous réglions les nombreux formulaires administratifs, les autorisations d'entrées sur le territoire et toutes ces formalités. Quant à vous trois, je vous donne un plan d'ici, et vous laisse vous occupez de cette affaire plus que dérangeante pour nos deux communautés. Des questions ?

Hermione se sentit soudainement perdre pied. Elle avait finit par se dire qu'avec Holly et sa fraîcheur naturelle, elle aurait pu s'amuser, mais ses perspectives venaient d'être détruites en quelques mots de la part du petit sorcier qui commençait à présent à lui inspirer un certain ressentiment.

Elle n'osa rien dire, ne voulant pas faire l'enfant, mais fut profondément déçue. Au vu de leur accueil d'hier, des règles de sécurité mises en place autour de la maison, elle se doutait qu'aucun sorcier norvégien ne viendrait les aider. Les sirènes étaient anglaises, c'était leur affaire. Ils n'étaient ici que pour régler cette malencontreuse affaire et le ministère norvégien évitait en effet tout contact avec eux qui ne fut non nécessaire, se contentant de leur fournir ce dont ils avaient besoin et de les garder sous haute surveillance. Sans doute considéraient-ils que la communauté anglaise avait déjà posé assez de problèmes ici. Ce qui signifiait qu'elle allait devoir travailler en exclusivité avec Malefoy, Terry n'était chargé que de leur sécurité.

Au départ, elle avait voulu refuser net d'emmener un Auror, aujourd'hui, elle était heureuse de sa présence à leurs côtés. Même si elle se doutait qu'il n'était là que parce que la loi exigeait la présence d'au moins un Auror dans ce genre de mission ; Hermione et Drago étaient infiniment plus doué que lui, que ce soit en matière de défense ou d'attaque.

C'est alors le cœur serré que la Gryffondor regarda Holly et son grand sourire repasser la porte avec le sorcier norvégien qui venait de leur distribuer tout ce dont ils auraient besoin.

La journée ne fut pourtant pas aussi difficile que le pensait Hermione.

Ils se mirent rapidement d'accord sur la stratégie à adopter, à savoir se rendre sur les lieux des crimes grâce au plan et interroger les maisons sorcières. Le plan donnait, à la façon de la carte du maraudeur, une indication sur la nature des gens habitant chaque maison.

La matinée fut longue, trainante. Quelque chose entre la neige et la pluie tombait, en plus du brouillard qui tenait Terry sur ses gardes. Malgré cette protection, Hermione et Drago gardaient aussi leurs baguettes à la main.

La plupart des maisons leur donnèrent une réponse négative, personne n'avait vu quelque chose de suspect, personne n'avait entendu parler du récent meurtre. La seule femme qui voulut bien leur parler leur avoua simplement qu'il était de mise en ce moment de ne pas s'approcher du petit lac, à quelques kilomètres du village.

L'après-midi même, ils suivirent cette maigre piste.

C'est à ce moment précis que l'impatience de Drago prit le dessus et qu'il s'agaça contre Hermione. Au départ, cette dernière laissa passer les remarques, puis, finit par y répondre. Ils s'agacèrent alors jusqu'à monter le ton et Terry dut les séparer.

Les deux bouillonnaient encore de rage quand un bruit suspect dans l'eau mit fin à toute dispute.

- Les sirènes sont ici, affirma Hermione.

- Alors ça, c'est une remarque particulièrement perspicace, merci, vraiment, rétorqua Drago.

- Ta remarque est tout aussi inutile alors, à part embêter tout le monde, tu n'aides pas vraiment.

Et passablement agacée par son manque cruel d'aide, elle redoubla d'allure et entama le tour du lac, vite suivie par ses acolytes masculins. Ils avaient trouvé les sirènes, mais aucun moyen de les joindre. Tout deux savaient pertinemment que ça ne servaient à rien de les appeler, elles seraient plus offensées qu'autre chose.

Alors le reste de l'après-midi, Terry lança des sorts de protections, et se tint au aguet alors que les deux autres passaient en revu toutes les solutions possibles. Mais si la plupart des sirènes étaient habituées aux hommes et se montraient à leur présence, celles-là n'avaient pas réagit.

Ils ne firent alors que patasser dans la neige, essayant quelques sorts chacun leur tour, s'échangeant des ordres sur des tons secs et la journée fini dans une ambiance pesante.

Quand ils rentrèrent tous les trois, Terry était toujours d'humeur égale. Drago n'était plus en colère ou frustré de ne plus avancer, il avait simplement reprit un visage calme, impassible. Comme résigné. Hermione quant à elle espérait que le lendemain leur amènerait plus de chance et moins d'agacement. Elle se rappela qu'il fallait absolument qu'elle lise les livres sur les sirènes qu'elle avait amenés, au moment où Terry rentrait.

Hermione épuisée, s'apprêtait à ouvrir la porte à son tour quand une voix grave l'arrêta.

- Je crois que nous avons à parler, Granger.

Elle se retourna lentement et leva ses yeux bruns sur ceux gris de Drago.

- À propos de quoi ?

- Des leçons sur les forces du mal que je dois te dispenser. Ne tire pas cette tête, ça ne m'amuse pas plus que toi.

Il n'avait pas de sourire en coin, aucun trace d'ironie. Elle le trouva sérieux dans ce qu'il disait et pour la première fois, elle se fit la réflexion qu'il n'avait plus grand chose du gamin de Poudlard.

Il était réfléchi, calme. Il prenait en compte ce qu'elle disait, s'aggravait de lui parler en essayant de mettre de côté son agacement et il ne l'attaquait pas par méchanceté, mais par un mélange d'exaspération et d'habitude. Et cela la déstabilisait encore plus ; elle savait se débrouiller avec les insultes, les regards dégoûtés et le ton hautain. Pas avec cet autre Drago, plus calme, plus adulte, plus détruit par la guerre. Bien-sûr, il avait encore ce sourire en coin, souvent, mais la moquerie faisait part entière de lui, il n'était pas réservé qu'à elle, ce ton dédaigneux. Mais ce n'était que pour ce qu'elle disait, pas pour ce qu'elle était. Il avait toujours dans son port de tête, dans chacun de ses gestes, une exigence et une prétention mais tout cela, il n'y croyait plus, ce n'était que des habitudes, une manière de faire, rien de plus.

- Bien, allons-y alors, puisqu'il faudra bien y passer.

- Formidable, grinça-t-il. Suis-moi.

Il lui tendit son bras gauche.

- Tu me fais quoi là, Malefoy ?

- On part, expliqua-t-il avec impatience, transplanage d'escorte. Tu attrapes mon bras et on y va. Prends ton temps surtout.

Hermione lui jeta un regard noir et posa timidement sa main dans la sienne. Il serra ses doigts, glacés, autour des siens et les fit instantanément transplaner.


A peine arrivés à quelques mètres de l'entrée du village où ils avaient tous atterri la première fois par Portoloin, il lâcha Hermione et rangea son bras sous sa cape. La jeune femme ne rajouta rien et se contenta de le fixer.

- Allons-y.

Il prit la tête de la marche, se déplaçant avec difficulté dans la neige haute, ne voyant pas très loin à cause du vent qui recommençait à souffler, faisant danser les flocons autour d'eux.

Autrefois, à Poudlard, Hermione était amoureuse de cette neige, si pure, des flocons qui s'accrochaient dans ses cheveux. Cette fois-ci, elle ne s'arrêta pas.

- Malefoy, nous allons où ?

Elle attendit mais il ne répondit rien. Sa première hypothèse fut qu'il refusait de lui parler, se dépêchant de finir sa corvée. La seconde, quelques secondes plus tard, fut que dans le vent qui soufflait, il ne l'avait pas entendu. Préférant s'appuyer sur sa deuxième idée, elle recommença.

- Malef...

- J'ai entendu, coupa-t-il. Ici.

Il lui désigna d'un geste un bar minuscule, comme écrasé entre deux grands immeubles, étouffant. Une longue pancarte de bois recouverte de plusieurs centimètres de neige affichait un nom qu'on ne déchiffrait plus.

Depuis l'extérieur, Hermione sentait les reflux d'alcool, la sueur et le moisi. Elle fronça le nez et le cacha de nouveau derrière son écharpe.

Des gros rires, gras et menaçants s'élevaient, quelqu'un poussa un cri, d'autres aussi crièrent. Puis, une femme, visiblement en colère, cria quelque chose d'incompréhensible. Le premier cri recommença, terrifié. Interdite, Hermione reconnu la voix d'un enfant. N'écoutant que ce qui lui soufflait d'aider la petite voix, elle s'approcha en vitesse, prête à pousser la porte.

- Je crois que tu devrais m'attendre et m'écouter avant de rentrer, Granger, asséna la voix glaciale de Drago, exactement avec la même inflexibilité que lorsqu'il avait remis Sören Sjorn à sa place.

Sa remarque laissa soudain place à un silence remarquable, autant à l'intérieur du bar où tout le monde s'était tut sans explication ; ils n'avaient pas pu entendre Drago par dessus leur vacarme.

Puis soudain, avant même que quelqu'un ait pu réagir, les lampadaires s'éteignirent, comme soufflés et la lumière du pub cessa d'éclairer les lieux. La nuit leur tomba violemment sur les épaules.

La neige crissa derrière Hermione, les paroles du jeune homme, sa voix implacable, résonnaient dans sa tête.

Le cri d'enfant retentit encore une fois et pour la première fois depuis longtemps, la peur déchira le ventre d'Hermione de toute ses forces.