De toute sa vie, elle n'avait jamais eu ni confiance, ni peur en Drago Malefoy. Curieusement, elle le considérait incapable de lui faire le moindre mal. Il n'avait jamais fait quoique ce soit pour lui faire du mal volontairement, à part des paroles.

Mais cette nuit, sa certitude s'ébranla violemment.

Elle considérait le jeune homme derrière elle comme entièrement acquis aux forces du mal, mauvais et irrécupérable. Alors pourquoi n'avait-elle jamais pensé qu'il pu attenter à sa vie ? Certes, elle se doutait à chaque geste ou parole qu'il émettait, d'une trahison ou d'un mot tranchant, mais jamais qu'il ne s'en était pris physiquement à elle. Mais à ce moment-là, la marque sur le bras de Drago, le Manoir Malefoy et plusieurs autres atrocités prirent en tenaille ses pensées.

Finalement, pourquoi ne la blesserait-il il pas ?

- Granger.

Elle ne réussit pas à répondre, la possibilité de se retourner et de se confronter à un jeune homme l'ayant attirée dans un piège et sûrement pas seul, la clouait sur place. Il n'y avait toujours plus aucun bruit au alentour.

Dire qu'elle avait mis sa main dans la sienne en pensant qu'il ne ressemblait plus à l'être ignoble qui arpentait les couloirs de Poudlard.

- Nous sommes dans un village moldu, poursuivit le jeune homme de son ton calme, Et comme les choses moldus marchent toujours mal, il n'y a plus de lumière. Je ne sais pas pourquoi, mais toi, tu dois savoir.

Il essayait de lui faire croire à une panne d'électricité où c'était réellement ce qui s'était passé ?

Hermione fut réveillée par ses paroles et réfléchit correctement. Ils étaient en mission, pour et par le Ministère, il n'oserait pas. Peut-être était-il dangereux, mais il était lâche, prisonnier d'un pays qui savait tout sur lui et à mille lieux du sien.

Elle s'autorisa à respirer et sa peur diminua d'un coup, elle ne se dirigeait plus vers lui, dans son dos, mais vers l'intérieur du bar qui doucement, se réveillait à coup de chuchotement. Elle attrapa sa baguette et la serra à blanchir ses jointures, des ampoules sur sa paume.

- Ce que je voulais te dire, c'est que quoi que tu découvres à l'intérieur, tu ne dis rien, tu ne t'en mêle pas.

Elle ne répondit rien, l'entendant et le sentant se rapprocher d'elle.

- Compris ? demanda-t-il, soufflant presque dans son oreille, avec insolence.

- Ne me donne pas d'ordre quand tu es incapable de définir le concept même de l'électricité, trancha-t-elle, toute peur disparue au frisson du dégoût qui l'avait parcourue en le sentant si près d'elle, la touchant presque.

Là-dessus, elle abaissa la poignée et rentra sans plus attendre. Immédiatement, elle regretta et s'arrêta dans un hoquet.

À terre, au centre de la pièce se trouvait un animal étalé, parcouru de soubressauts, le corps tailladé de plaies immondes. Il avait un oeil entaillé, du sang séché sur son pelage et un long son glapissant s'élevait du fond de sa gorge. C'était une sorte de castor avec des palmes violettes et un long bec de la même couleur qui terminait en spirales.

Les sorciers et sorcières réunient autour dans un silence glaçant, ne bougeant pas. Hermione entendit le Serpentard se poster juste derrière elle et fut incapable de bouger.

Dehors, les lampadaires se rallumèrent et elle put enfin distinguer la scène précisément.

Un sorcier d'une quinzaine d'année était accroupi près de l'animal, deux doigts posés sur sa gorge. Soudain, il sourit méchamment et la foule s'exclama.

Hermione comprit alors que le cri d'enfant qu'elle avait crut entendre était le glapissement de ce drôle d'animal et que quelqu'un, qui était forcément ici, l'avait tué.

Elle reconnu l'animal comme était un Lumphonus, inoffensif, habitant les pays très froids, cette espèce de petite loutre se nourrissait exclusivement d'écorces de bois et de magie, rampant le soir à proximité des maisons sorciers pour en capter. Autrement dit, totalement inoffensif pour l'être humain.

La jeune femme, profondément dégoûtée porta sa main à sa bouche. Quels étaient ces gens et quel était ce genre de bar ? Pourquoi torturaient-ils ce petit animal inoffensif à mort ?

Avant qu'elle ne puisse approfondir ses réflexions, Drago lui empoigna le bras avec force, lui arrachant un grognement de douleur. Il la traîna ensuite vers le fond du bar, passant devant le comptoir, au milieu des gens qui commençaient à s'éloigner du cadavre, riant, échangeant des galions.

Elle se dégagea d'un mouvement et il la lâcha, s'installant à une petite table bancale, sombre. Hermione n'arrivait pas à décrocher son regard du cadavre. Puis, les larmes aux yeux, elle se laissa tomber en face du jeune homme.

- Je dois faire quelque chose, c'est immonde. On ne peut pas les laisser agir comme ça !

- Je sais que tu te sens responsable de la misère du monde mais là, crois-moi tu ne peux rien faire. Les gens d'ici ont des coutumes différentes de nous, torturer ces animaux en fait parti, apparement.

Le cœur serré, Hermione porta à son tour son regard sur les gens autour. Ils avaient des sourires insolents, méchants mais tristes. Comment pouvait-on faire ça ?

- Pourquoi ils font ça ?

- Regarde-les, répondit Drago, désabusé.

Il ne riait pas de sa colère, de sa tristesse devant tant de cruauté. Il s'était résigné depuis longtemps aux plaies du monde.

Autour d'elle, les gens riaient, le gamin qui l'avait déclaré mort chargeait la bête sur ses épaules. L'horrible son des galions tapants les uns contre les autres lui écorchait les oreilles, les rires gras la révoltait. L'alcool qui coulait à flot, les chopes qui éclataient entre elles aussi. Ils étaient fiers.

- Ils ont parié sur le temps qu'allait mettre l'animal à mourir, expliqua la voix froide de son ennemi de toujours. Ensuite ceux qui ont visé juste font la fête, les autres se jurent que la prochaine fois, ils jugeront mieux le temps. Le Lumphonus est rare et ses dents valent une fortune, c'est le gamin qui l'emporte qui l'a capturé, celui qui gagnera toute cette fortune.

Hermione frissonna de dégoût, une flamme dans les yeux. Ils étaient abjects.

- Tu es déjà venu ici, n'est-ce pas ? demanda-t-elle à Drago.

Il la fixa, puis, répondit en détachant ses mots.

- Oui, il y a longtemps. Pendant la guerre, ajouta-t-il.

Elle savait ce que ça voulait dire, en mission pour Voldemort.

Soudain, elle se sentit triste pour lui, elle eut pitié. Elle l'avait toujours vu comme un gamin insupportable, profondément mauvais sans aucun regret. Honnêtement, elle ne pensait toujours pas qu'il en ai, mais peut-être n'était-il pas fier.

Chaque fois qu'ils abordaient la guerre, il se renfermait. Il refusait de parler. Pour lui aussi, les souvenirs devaient être douloureux. A ce qu'elle sache, son père était toujours à Azkaban.

Il avait vraiment grandi. Plus homme qu'enfant. Il avait changé, ni en bien, ni en mal juste changé. Et elle éprouva de la pitié pour cet homme qui avait été forcé de se soumettre, par peur et sûrement à cause de sa famille.

- Alors, reprit-elle dans un élan de compassion, souhaitant mettre fin aux pensées de Drago qui se lisaient sur son visage, il faut que tu m'apprennes quoi ?

- Les bases de la magie noire, il n'y a que cette magie qui est capable de permettre à ces sirènes des conditions de vie dans de telles eaux. On va commencer par la partie que tu préfères.

Là-dessus, il lui tendit un livre et lui intima de se taire. Son injection ne servit à rien, quand Hermione Granger lisait, elle était aussi immobile et concentrée qu'une statue.

Lui-même fit semblant de lire le sien, mais en vérité, il la surveillait en relevant à intervalles réguliers son regard sur elle. Elle n'était pas vraiment impulsive mais sa joue se rappelait de son coup de poing en troisième année. Il avait dégainé sa meilleure arme, un livre. En vérité ce soir, il aurait dû lui parler des différentes sortes de magie noire, ça aurait été plus rapide que de lire, mais il valait mieux qu'elle soit coupé du vacarme ambiant. Il redoutait qu'un sort parte malencontreusement dans sa colère contre cet endroit et les gens qui le peuplait.

Ils finirent la soirée de cette manière, dans le calme, à l'écart, les échos joyeux et dégoûtants des sorciers norvégiens aux oreilles.

Drago répondit aux questions plus poussées d'Hermione à propos de certaines sortes de magie noire. Sa curiosité la poussait à savoir mais il fit semblant de ne pas remarquer l'éclat de désapprobation qui passait régulièrement dans ses pupilles brunes.

Ils finirent par sortir du bar au bout de deux heures et d'une bonne centaine d'explications. Le froid les transperça et Hermione s'empressa d'accepter la main que lui tendait Drago.

Quand ils arrivèrent, au bout du petit chemin menant à leur chaumière, il reprit la conversation.

- N'oublie pas, repense à toutes ces magies, il faut que tu sois capable d'identifier de quelle sorte il s'agit quand tu t'approcheras des sirènes, ça nous aidera à savoir quel type de personne s'est débrouillé pour les amener ici. Tu t'en souviens j'espère ?

- Bien-sûr, répondit Hermione. La magie noire partielle, qui n'est qu'une magie blanche modifiée à l'extrême et poussée dans ses derniers retranchements. La magie noire existentielle qui existe chez l'individu depuis le début, qui n'a pas été apprise mais intégrée dès le départ, autrement dit l'individu se révèle incapable de pratiquer la magie blanche. La dernière est la magie noire totale, celle qui a été apprise et qui, pour avoir été apprise, demande d'avoir fait un sacrifice, c'est-à-dire émotionnel ou physique.

- Il ne s'agissait pas d'apprendre le livre par coeur, Granger, se moqua-t-il.

Ils avançaient sur le chemin, finissant leur discussion. Leurs pas crissaient dans la neige.

- Ce n'est pas parce que toi tu n'y es pas arrivé que je ne peux pas le faire.

- D'accord, concéda-t-il en grinçant, apprends si tu veux.

Cette dernière phrase jeta le silence sur leurs épaules et ils parcoururent les derniers mètres sans même s'adresser un mot. Ils rentrèrent l'un derrière l'autre et juste avant qu'il ne disparaisse dans sa chambre, Drago lança une dernière phrase.

- Demain, il faut qu'on réalise les potions pour lesquelles on a acheté les ingrédients. Debout à cinq heures.

Puis, il claqua la porte.


Même s'il ne lui avait pas dit de se lever tôt, elle l'aurait fait. Pas de cauchemars mais elle s'était réveillée à trois heures et malgré tout ses efforts, n'avait pas réussi à se rendormir. En ayant marre de fixer le plafond et de faire tourner dans sa tête des images pas vraiment joyeuses puisque tirées des jours précédents, Hermione avait finit par se lever et s'habiller avant de se rendre dans le cuisine pour boire un café.

Drago ne tarda pas et elle l'aperçut depuis la porte entrouverte de la cuisine sortir de sa chambre pour se diriger vers la salle de bains. Il avait les cheveux blonds en bataille, les yeux cernés, le torse nu. Elle détourna le regard dès qu'elle vit à peine le blanc de sa peau, comme brûlée, bien qu'il ne l'ai pas remarquée. Elle éprouva un malaise étrange ainsi qu'une pointe de dégoût à l'avoir aperçu autrement que tiré à quatre épingles.

Il ne mit pas longtemps à venir à son tour dans la cuisine, ne lui accordant ni salut ni regard. N'importe qui en aurait été blessé, ou offusqué de ce manque certain de politesse. Mais cela venait de Drago Malefoy et recevoir un signe de simple respect de sa part était inconcevable pour la plupart des personnes et puis Hermione considéra même le fait qu'il l'ignore comme un pas en avant immense. Elle préférait le silence à ses remarques, ses yeux rebutés.

Il avala à son tour un café avant de daigner enfin ouvrir la bouche.

- Bien, il nous faut faire un philtre de paix et une potion d'Impuissance Pure, articula-t-il de sa voix rauque.

- Pourquoi ?

Il tourna enfin ses yeux vers elle, un sourcil levé.

- Le philtre de paix sert à...

- Je sais, Malefoy, interrompit-elle, excédée, à calmer l'anxiété ou tout sentiment nuisible à un calme intérieur et la potion d'Impuissance Pure à rendre tout pratiquant de la magie noire en état de ne pratiquer que la magie blanche pour un petit temps, proportionnel à la puissance de celui qui a réalisé la potion. Ce que je cherche à te demander, c'est en quoi cela va nous servir ? Cela m'étonnerait que celui où celle qui a entraîné les sirènes ici, peut -être même que ce n'est pas contre leur gré, accepte de boire.

Malefoy soupira et posa sa tasse sur la table dans un bruit claquant. Il se redressa ensuite et se posta face à elle, les bras croisés, le menton haut et l'air hautain.

- Merci Granger pour ces informations essentielles auxquelles personne n'avait pensé. Le philtre de paix est pour les sirènes, il me semble que tu leur a apporté un présent, non ? Il suffira de l'incorporer...

- Comment sais-tu ce que j'ai apporté ? reprit-elle, suspicieuse.

- Ignatius m'en avait vaguement parlé, expliqua-t-il d'un ton évident. Et pour la potion d'Impuissance Pure, comme tu le sais sûrement, elle marche si on la respire aussi, donc nous n'aurons qu'à briser le flacon au lieu de la faire boire. Et comme nous pratiquons la magie blanche, nous n'en serons pas affectés.

Elle se mordit la lèvre, se retenant de lui demander s'ils pratiquaient bien tous les deux uniquement la magie blanche.

- Mais les chances que la potion marche en étant respirée sont infimes.

- Je sais, répliqua-t-il avec un air profondément ennuyé. C'est pour ça que tu la préparera, comme ça si ça rate, ce sera entièrement ta faute, Miss je-sais-tout. A moins que tu ne saches transformer une potion en une autre et dans ce cas nous prendrons une petite potion déjà prête pour la métamorphoser...

Il avait fini sa phrase avec un ton de défi.

- C'est impossible, c'est l'une des cinq exceptions à la loi de Gamp sur la métamorphose élémentaire, tout élément créé magiquement par mélange ne peut être métamorphosé en un autre.

Son interlocuteur remit sur ses lèvres son sourire narquois, si caractéristique des Malefoy. Elle comprit à cet instant qu'elle venait de se faire piéger, il le savait parfaitement et se moquait simplement d'elle.

-Merci Granger, lança-t-il avec sarcasme, apparement bien heureux de l'avoir prise au piège.

La jeune femme se retint de lever les yeux au ciel et fit preuve de diplomatie tandis qu'il allait chercher les ingrédients des potions.

Ils n'avaient pas eu le temps de les préparer en Angleterre et elles figuraient sur la liste des éléments essentiels pour la mission. Bien que ce ne fut que théorique vu le peu de chance qu'ils avaient rencontrés jusqu'ici, il valait mieux s'assurer plus de chances de réussir.

Drago installa deux petits chaudrons sur la table, ouvrit un grand livre, puis, déversa une pile d'ingrédients. Hermione agita sa baguette en direction des deux chambres dans un sortilège informulé pour ne pas risquer de réveiller leurs deux compagnons, puis, se mit à ses côtés.

Sans qu'ils ne se concertent, il s'accordèrent pour réaliser leurs potions dans un silence et une concentration parfaite. Étrangement, cela ne pesa pas à la jeune femme qui retrouvait le calme de leurs études de Poudlard. Elle mit toute son ardeur dans sa potion, très complexe, alors qu'à côté le Serpentard s'amusait presque.

Elle cassa la pierre de lune et la fit tomber dans son chaudron avant de faire apparaître un léger feu sous la marmite. Drago, lui, remuait un liquide bleu presque transparent.

Soudain, bruit sourd se fit entendre dehors et il sursauta. Il resta un instant les sourcils froncés et le regard vissé sur la porte sous la perplexité attentive d'Hermione.

Puis, il dirigea à nouveau ses yeux gris vers elle. Elle ne cilla pas alors que ses pupilles indiquaient clairement qu'il fallait qu'elle s'occupe de ses propres hippogriffes.

Étrangement, la jeune femme repensa à cette drôle de pitié et de compassion qu'elle avait ressenti pour lui hier et les ressentit à nouveau. Il sursautait au moindre bruit. Un homme brisé plus qu'une petit garçon prétentieux.

- Ne me regarde pas avec ces yeux remplis de pitié, Granger, ou je te crèves tes deux iris, trancha-t-il agressivement en replongeant le nez dans son chaudron. J'ai simplement cru que c'était Sören Sjorn.

Elle ne pensa même pas à se vexer.

Il se refermait parce qu'ils parlaient de la guerre. Au final, tout se rapportait à la guerre. Avant, il n'aurait pas sursauté au moindre bruit. Avant, elle ne se noyait pas dans les cauchemars et son visage ne trahissait pas son manque de sommeil.

Et puis, depuis quand un Malefoy se justifiait-il ?

- Moi non plus je ne l'aime pas, reprit-elle après un petit silence, d'un ton presque doux. A cause de lui, on ne voit jamais Holly.

Il eut un petit rire moqueur. C'était bien elle ça, de se soucier en permanence des autres. Il se fichait bien de cette Holly, et n'était même pas sûr de retenir son prénom plus de deux jours. Curieusement, le seul événement notable à son propos lui restant en tête était son oubli le premier matin.

- Oh, Holly est absolument indispensable, effectivement, répondit-il en faisant tomber minutieusement un peu de poudre bleue dans son chaudron. Qui nous ferait la blague particulièrement hilarante d'oublier sa baguette, sa baguette tout de même, à une minute de prendre un Portoloin ? Quelle bout-en-train cette Holly.

- Ne commence pas à dire tout le mal possible des personnes qui t'entourent. Holly est très compétente dans son domaine, asséna Hermione, très peu disposée à lui accorder du crédit.

C'était incroyable, elle tentait de se montrer compréhensive, de lui changer les idées et inlassablement, il recommençait à la chercher.

- Remarque, reprit-il d'un ton détaché, celles qui oublient de mettre leur chat en pension sont pas mals dans leur genre non plus.

Il sourit victorieux mais elle se refusa à répondre. Elle remua dans un petit bol à part la poudre de scolopendres des Neiges et y ajouta un peu de jus de Mimbulus Mimbletonia avant de verser le tout dans son chaudron.

Mais Drago ne semblait pas décidé à en rester là.

- Je n'ai jamais mis en doute ses compétences, ne me fait pas dire ce que je n'ai pas dit. Simplement, elle oublie la moitié des choses, est paniquée à l'idée de sa charge de travail ou même de l'heure, impossible d'avoir deux minutes de tranquillité. Et ne me dis pas le contraire !

Hermione se tut résolument, décidée à ne pas lui donner raison et à ne pas mentir non plus.

Oui, Holly était assez intenable, mais cela était vivable et elle la trouvait si naïve, si fraîche, qu'elle lui pardonnait volontiers.

- Tiens, reprit Drago, apparement décidé à continuer cette conversation, elle me fait penser à toi.

- Moi ? s'exclama la jeune femme.

Elle releva la tête vers lui pour la première fois et pu s'apercevoir qu'il était sérieux. Il disait ça avec un visage impassible, presque concentré, l'examinant comme un sujet d'étude particulièrement complexe.

- Oui, poursuivit-il en détournant finalement le regard pour se concentrer sur la plante, toujours stressée, réglée à la minute près, affolée et débordée.

- Je ne suis absolument pas comme ça !

- Non, bien sûr, répondit ironiquement le Serpentard, en plus tu es une Gryffondor ce qui est la pire des tare que l'on peut avoir !

Hermione tourna sept fois dans le sens des aiguilles d'une montre sa potion, installant un silence qui lui permit de digérer les paroles du jeune homme.

Drago quant à lui se débattit un instant avec le Mimbulus Mimbletonia, considérant avoir gagné cette manche.

- Je suis dans cet état les jours d'examens, les jours importants. Sinon le reste du temps, je ne suis absolument pas comme ça.

- Ah, vraiment ? répondit Drago, parfaitement désintéressé.

- Vraiment. Et puis tu m'as tellement étudiée ?

Elle avait eu le dernier mot mais c'est avec un sentiment de profonde contrariété qu'elle remua une nouvelle fois sa mixture. Ennuyée, elle relut les indiquations, malgré le fait que sa potion eut exactement la couleur désirée.

Terry se leva à ce moment-là, pour aller s'entraîner et ils ne parlèrent plus jusqu'à l'arrivée du sorcier norvégien.

Drago ne sursauta pas cette fois.

Ce ne fut que plus tard qu'elle se rendit compte que cette conversation était la première qu'ils avaient eu qui était civilisée. Peut-être qu'il l'avait cherchée et qu'elle aussi, mais aucun ne s'était moqué, il avait été sérieux et réellement intéressé par les ressemblances entre Holly et elle. Ils n'avaient pas parlé de la guerre. Et surtout, aucun de deux ne s'était enfuit à la fin.

Et puis, les potions étaient prêtes et très bien réalisées, prêtes à servir.


Ils n'en eurent cependant pas besoin car les deux jours qui suivirent n'apportèrent aucun changement. Chaque matin, à l'heure indiquée sur la porte, Holly les quittait pour le ministère de la magie norvégien tandis que Terry, Drago et Hermione allaient auprès du lac, tentant par tous les moyens de faire venir ces sirènes.

Il y eu moins de tension que le premier jour mais quand ils rentrèrent le dernier soir, Terry commençait à s'ennuyer, Hermione pensait à ses parents et devenait singulièrement découragée tandis que Drago s'impatientait.

Ils n'eurent d'ailleurs pas le temps de reprendre les leçons qu'il devait lui donner ; il ne leur aurait plus resté de temps pour dormir et le froid mangeait leurs maigres défenses.

Enfin, la réponse à ce manque d'avancement apparut sous la forme de Sören Sjorn.

- Bien, commença-t-il un soir en revenant avec Holly, planté au milieu de leur salon, étudiant l'état de la pièce. Il semblerait que votre mission se complique...

Personne n'avait répondu, attendant silencieusement. Sören Sjorn parut tout à coup horriblement mal à l'aise.

- Je dois vous dire que, selon de récentes recherches, il s'avérerait que les sirènes aient quittés le lieu qu'on vous a indiqué le jour même de votre arrivée, et...

- Comment ça ? s'écria Drago. Vous voulez dire que depuis deux jours, vous savez que notre mission n'avancera absolument pas et vous n'avez rien dit ?

L'atmosphère se tendit un peu et Holly essaya de se racler la gorge, cela ne changera rien, Drago avait toujours l'air hors de lui et Sören commençait tout juste à retrouver son air hautain.

Hermione échangea un regard avec Terry et tout deux ne purent que soupirer. La jeune femme trouva assez invraisemblable qu'un ministère flanqué d'un émissaire aussi pointilleux se trompe à ce point.

Et honnêtement, elle s'en doutait, et elle était presque sûre que Drago aussi, encore plus qu'elle. Au fil du temps, elle avait senti la magie noire diminuer, lui avait dû y être encore plus sensible.

- Non, le ministère ne le sait que depuis quelques heures, vous pensez, reprit le sorcier norvégien en évitant les yeux d'aciers qui le fixait avec furie. Sinon, nous vous aurions avertis plus tôt.

- C'est pire, vous êtes d'une incompétence à mettre trois jours à vous rendre compte qu'elles ont disparu !

- Et vous, s'agaça le petit sorcier qui sortait réellement de ses gongs pour la première fois, vous auriez pu le voir !

-Nous le savions, asséna Drago. Je le savais et je suis assez persuadé que Granger aussi.

L'atmosphère se tendit un peu plus et Drago attrapa le regard d'Hermione, demandant confirmation.

Elle en fut étonnée, pour la première fois, son avis comptait. Puis, elle se reprit.

- Oui, la condensation de magie noire autour du lac a sensiblement diminuée et je veux bien croire que les sirènes n'apprécient pas les humains mais elles finissent souvent par se manifester si trois personnes armés magiquement passent trois jours autour de leur lac.

Drago reporta son regard fier sur Sören Sjorn qui s'était décomposé au fur et à mesure qu'Hermione parlait. Cette dernière pouvait presque voir en Drago, un grand serpent orgueilleux, prêt à fondre sur sa proie, trop intimidable.

- Alors... pourquoi n'avez-vous rien dit ?

Ce fut presque un murmure qui sortit de la bouche du sorcier norvégien.

Personne ne répondit. Hermione n'avait rien dit parce qu'elle avait peur de se tromper, la magie noire était un domaine où Drago, pour une fois, la dépassait, et elle refusait de se tromper. Et parce que ce n'était pas vraiment dans ses habitudes de contredire l'autorité compétente en la matière. Elle devinait assez facilement que lui n'allait pas se rendre dans un ministère déjà plus qu'hostile à sa présence pour remettre en doute des capacités.

Alors tous deux s'étaient tus en s'acharnant sur une cause déjà perdue.

Un silence passa, puis, Sören Sjorn expliqua que les sirènes se trouvaient dans la mer de Barents, sur le côté bordant la Russie. Ce n'était donc plus de son ressort. Un portoloin devait les emmener dans une heure, il fallait faire leurs bagages et partir.

Drago le remercia de la façon la plus impolie qui soit et le petit sorcier disparu. Holly s'affola et courut récupérer ses affaires tandis que Terry se chargeait de rédiger un courrier à l'intention du ministère magique anglais.

Et pour la première fois depuis le début du voyage, Hermione et Drago tombèrent d'accord sur le fait que décidément, ils détestaient ce sorcier norvégien.