Je ne possède aucun des personnages des films ou des livres
La vieille forteresse de fer en forme de lame géante avait été érigée par les Nains il y avait fort longtemps, mais désormais, elle était le repère des Orcs... et le lieu qui hanterait les cauchemars de Thranduil pour l'éternité
Texte écrit dans le cadre de la semaine des personnages du 17/11/2020 au 24/11/2020
Personnage : Thranduil
Je les aime tous les deux, et je m'excuse d'avance, c'est un texte sombre.
En espérant que cela vous plaise
Bonne lecture
PS : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)
REMINISCENCES
La scène était insoutenable. Elle le terrifiait, lui donnait la nausée et il ne comprenait pas comment il pouvait en être arrivé là. C'était une passe qu'il connaissait par cœur. Un fin goulet étroit et dangereux qui serpentait entre les montagnes en remontant en direction de Gundabad. La vieille forteresse de fer en forme de lame géante avait été érigée par les Nains il y avait fort longtemps, mais désormais, elle était le repère des Orcs et Idelwën le savait.
Thranduil avait tenté de la prévenir, mais sa femme partageait avec lui son fort caractère. Elle savait qu'il fallait marcher sur la forteresse maintenant pour que les Orcs ne croissent par trop, pour éradiquer cette source de péril avant qu'il ne devienne démesuré. Thranduil avait cédé. Les deux époux avaient tenté d'élaborer le meilleur plan possible, se séparant en deux cohortes pour coordonner une attaque simultanée… Sauf que Thranduil aurait dû savoir que rien ne se passait jamais comme prévu. Par un tour du destin qu'il ne parvenait pas à comprendre, les orcs avaient su… et ils les attendaient.
Les elfes sylvains pensaient pouvoir les prendre à revers et les enfermer dans une tenaille, sauf que c'étaient eux qui étaient tombés dans ce piège. La lutte avait été si brutale que Thranduil avait eu l'impression de se retrouver projeté à Dagorlad… Lui qui voulait protéger les siens, qui refusait de laisser la Destinée les transformer une nouvelle fois en martyrs sacrifiés, il n'avait pas vu venir l'ampleur du désastre. Les tâches rouge sang dansaient devant ses yeux. Les corps mutilés, les membres arrachés, les amas de chair, tout cela lui donnait la nausée. Thranduil tremblait comme une feuille, peu sûr de continuer à pouvoir marcher au milieu de ce carnage, de ce charnier à ciel ouvert… Pourtant, il le devait… Elle était là, parmi ses corps déchiquetés, il devait la trouver.
Il chercha la chevelure blonde de la sindar au milieu des corps des sylvains et des orcs. Il la chercha pendant de longues heures, refusant de l'abandonner et sursauta lorsque la main de Galion se posa sur son bras.
- Elle n'est pas là âr nìn[1]…
- Non, c'est faux, elle est forcément ici !
- Non, un groupe a été fait prisonnier des orcs, ils les ont emmené avant de se retrancher dans Gundabad.
Cette fois, ses jambes manquèrent de céder pour de bon et son cœur rata un battement. Galion le rattrapa par un bras, inquiet de le voir pâlir autant. Thranduil s'agrippa à lui le remerciant d'un hochement de tête, mais ne parvenant pas à s'arrêter de trembler. Elle était là, dans cette ancienne forteresse des nains, aux mains de ces créatures hideuses… et il ne pourrait pas la sauver seul… Il lui fallait de l'aide et pas n'importe laquelle… l'aide de ceux qui avait bâti cette citadelle… les nains… Ses jambes finirent de ployer pendant que les images de Doriath se superposaient à celle du charnier à ses pieds, pendant qu'il revoyait le corps en sang de sa mère et ses yeux grands ouverts dans l'effroi de ses derniers instants, quand la hache du nain, lui avait ouvert la poitrine en deux. Les bras de Galion finirent de le ceinturer et sa voix appela de l'aide juste avant que le noir l'englobe…
…
- Ada ? Ada ?
La voix était douce, fluette, mais elle tira brutalement Thranduil de sa torpeur. Le roi des elfes sylvain eut un sursaut et son bras balaya la carafe de vin en cristal qui se brisa sur le sol. Son cœur battait fort et il mit de longues minutes à comprendre où il se trouvait. Il n'était pas à Gundabad, il était chez lui, au palais. Il avait travaillé tard sur des cartes, bu trop de vin et le sommeil l'avait rattrapé d'un coup. Thranduil cligna des yeux.
- Ada ? Vous allez bien ?
Thranduil frissonna et tourna la tête, découvrit son petit garçon qui le regardait du haut de ses six ans. Legolas portait sa tenue de nuit et serrait contre lui la petite peluche en forme de cerf que son père lui avait offert pour l'aider à s'endormir. De la peur se lisait dans les yeux bleus de son petit et Thranduil s'en voulut. Il ne voulait pas l'exposer à ses cauchemars.
- Oui ion nìn[2], je vais bien.
- Est-ce que je peux dormir ici cette nuit ?
Thranduil détailla son tout jeune fils et soupira. Sans qu'il ne le veuille, Legolas avait dû sentir un changement dans son attitude comme chaque année à l'approche de cette date maudite. Thranduil hocha donc la tête.
- Bien sûr, viens ma petite feuille.
Thranduil se baissa, et prit son fils dans ses bras. Legolas se blottit contre la poitrine large de son père. Doucement ce dernier traversa la chambre et le déposa dans son lit. Il se baissa et lui déposa un baiser sur le front avant de s'allonger avec lui. Le petit elfe continua à se pelotonner contre lui tout en serrant sa peluche et Thranduil remonta la couverture sur eux. Il ressentait encore les effets du vin. Ses paupières étaient lourdes alors, il les laissa se fermer…
…
Gundabad était aussi sinistre que lors de son premier passage. La puanteur de la mort s'accrochait à ses vêtements pendant qu'il remontait la file des guerriers. Avec l'aide des nains, ils auraient pu passer par les tunnels secrets et se faufiler à l'intérieur pour les surprendre… Thranduil avait ravalé sa fierté. Il s'était rendu à la Montagne Solitaire. Il avait apporté des diamants purs et la parure de mariage d'Idelwën. C'était un objet auquel les deux tenaient beaucoup, un symbole de leur union, mais si ces pierres pouvaient la sauver elle, il était prêt à les sacrifier. Les nains, les avaient bien reçus, ils avaient accepté les pierres et puis… ils avaient renié leur parole… maudites créatures qui l'obligeait à attaquer de front… La lutte était acharnée, terrible et dans ce chaos, Thranduil aperçut un orc plus grand que les autres, plus solide et il tenait une forme par un bras. Une forme diaphane à la longue chevelure blonde.
Thranduil se précipita pour la rejoindre. Elle paraissait épuisée, à bout de force, marquée par les épreuves qu'elles subissaient depuis des jours dans la prison des orcs. Ses vêtements étaient en lambeaux, sa peau striée de marques rouges sanguinolentes. Elle redressa vaguement la tête quand il hurla son nom, tout en éventrant deux orcs qui se dressèrent devant lui.
Il l'avait presque atteinte… presque… L'orc monstrueux la cramponna par les cheveux et lui vrilla la tête à l'arrière, dégageant sa gorge à la peau fine et blanche. Thranduil accéléra, se maudissant de ne plus pouvoir tenir un arc depuis qu'il avait perdu son œil lors de la Guerre de Grande Peur… Il élimina un dernier adversaire et ses yeux croisèrent ceux de l'orc. Ce dernier lui adressa un sourire sadique et avant qu'il ne le rejoigne, il lui trancha la gorge. Le sang gicla de la plaie, finissant de maculer de rouge sa tenue blanche et Thranduil poussa un cri de rage. Il bondit, tentant de rejoindre le corps que l'orc venait de lâcher. Il ne lui fallut que quelques secondes pour l'atteindre, mais il trop tard, bien trop tard… elle reposait dans une auréole écarlate, ses yeux figés dans l'horreur de ces derniers instants, à demi décapitée et un haut-le-cœur faillit le terrasser, pendant qu'une horrible sensation de geler de l'intérieur l'envahit et…
…
Thranduil sursauta. Décidemment, il fallait qu'il arrête le vin et les assoupissements, surtout le jour anniversaire de la mort d'Idelwën. Par chance, son nouveau cauchemar n'avait pas réveillé son fils. Il se glissa donc doucement hors du lit, arrangea la petite peluche et remonta de nouveau la couverture, avant de sortir de la chambre.
Une silhouette était penchée à sa table au-dessus des cartes. A son pourpoint de velours rouge et sa chevelure noisette, il sut de qui, il s'agissait. Le roi se rapprocha de lui et le gratifia d'une tape sur l'épaule.
- Des nouvelles Galion ?
- Non, dit ce dernier en lui tendant une coupe.
- Je vais arrêter le vin pour aujourd'hui, marmonna Thranduil.
- C'est de l'eau avec deux gouttes de sirop de violette.
Thranduil sourit, prit la coupe et but une longue gorgée. Tous ces cauchemars lui donnaient la gorge sèche et il était touché par l'attention de son meilleur ami.
- Comment vous vous sentez ? Demanda ce dernier une fois qu'il eut posé la coupe.
Thranduil l'observa. Il aurait été facile de mentir, il le faisait à tout le monde, tout le temps, mais à quoi bon mentir à Galion ? Il était son meilleur ami et il savait quel jour maudit il était. Alors il soupira.
- Vous n'imaginez pas à quel point elle me manque. Si j'étais en train de me noyer, l'oxygène me manquerait moins… et…
Un long tremblement l'assaillit sans prévenir pendant qu'il se revoyait bercer son corps supplicié et sans vie… un tremblement qui vint à bout de sa résistance… Les larmes jaillirent par surprise et Galion tira une chaise pour qu'il s'asseye, déposant une main sur son épaule pour le soutenir.
L'amour d'Idelwën l'avait ramené à la vie après le bain de sang de Dagorlad, sa mort l'avait précipité dans l'abîme et son immortalité était devenu un fardeau… Thranduil n'en pouvait plus… Chaque jour il rêvait de la retrouver dans les cavernes de Mandos… Mais il avait un peuple à mener, à protéger et un fils… un tout petit garçon qui était la seule étincelle d'espoir qui lui restait, la seule raison que trouvait son cœur pour continuer à battre… avec la vengeance… parce que Thranduil se l'était promis, il ne trouverait le repos que lorsque les orcs seraient totalement exterminés… à commencer par celui qui avait ôté la vie d'Idelwën…
[1] Mon roi
[2] Mon fils.
