Voilà un nouveau chapitre !
Info : J'ai enfin trouvé mon rythme d'écriture et je pense qu'à partir de maintenant je publierais un chapitre tous les samedis (ou le dimanche exceptionnellement).
brigitte26 : Eh oui, Ginny est toujours là pour sauver notre pauvre Harry en détresse ! Et heureusement parce que Harry avait vraiment l'air de ne pas savoir quoi faire (à sa place je me serais mise en PLS en attendant que ça passe).
Bonne lecture !
Chapitre 6 - Tartes à la mélasse et éclaircies
Draco n'est pas étonné lorsque revient au dernier étage de la Tour d' Astronomie cette fois-ci.
Il ne l'avouerait pour rien au monde mais il est même heureux qu'il soit revenu. Pas qu'il souhaitait revoir Potter évidemment ! Non. Il est juste heureux qu'un autre être humain accepte d'être dans la même pièce que lui.
Bien sûr, il aurait été préférable que Potter ne soit pas un insupportable imbécile. Mais ça Draco ne peut rien y faire.
Le dit imbécile s'approche de Draco et demande :
« Tu lis quoi ? »
Draco lève les yeux de son livre et regarde Potter, un sourcil levé.
« Un livre, Potter. Tu sais, ce truc avec des mots que tu n'ouvres jamais. »
Potter s'affale près de lui en râlant :
- Eh ! C'est faux !
- Honnêtement ? Pas tellement. Je te vois si peux avec un livre que je me suis demandé plusieurs fois si tu savais vraiment lire.
Le brun ne prend pas la peine de répliquer, trop occupé à dérober le livre des mains de Draco.
- Hé ! S'exclame Draco.
- Le Portrait de Dorian Gray, lit Potter, les sourcils légèrement froncés. Tu lis des livres moldus ?
Le jeune homme le regarde avec de grands yeux étonnés. Draco plisse les yeux.
- Oui. Je ne peux pas toujours lire que des livres sur la magie noire, réplique-t-il d'une voix moqueuse.
- Je n'ai pas dit ça. Je suis juste étonné, c'est tout. Je suppose que tes parents ne t'ont pas élevé pour lire des livres moldus écrits par un auteur gay et provocateur.
- Tu ne sais rien de mes parents, lâche Draco même si au fond c'est vrai : son père l'aurait déshérité s'il avait su qu'il lisait ce genre de livres.
- Désolé. C'est vrai.
Cette fois c'est au tour de Draco de regarder Potter avec des yeux étonnés. Cela lui semble toujours étrange d'entendre Potter s'excuser. Ils n'ont fait qu'échanger insultes et menaces pendant si longtemps et voilà que Potter va jusqu'à s'excuser pour quelque chose qui n'en vaut même pas la peine.
Il regarde le jeune homme retirer le film plastique d'une généreuse part de tarte à la mélasse. Draco fronce les sourcils devant la pâtisserie légèrement écrabouillée et peu appétissante.
- T'en veux un bout ? Lance Potter en désignant le bout de tarte.
Draco plisse le nez.
- N'approche pas ça de moi Potter. Surtout si c'était posé sur la table des Gryffondors. On ne sait pas quels genres de microbes circulent là-bas.
Potter hausse les épaules et fourre un gros morceau de tarte dans sa bouche.
- Tant-pis pour toi, lâche-t-il en postillonnant des miettes dans la direction de Draco.
Ce dernier se décale avec empressement, protégeant son livre de ses mains.
- Merlin ! Tu es répugnant !
En guise de réponse Potter se contente d'engloutir un nouveau morceau de gâteau.
Le jour d'après et ceux qui suivent, Potter revient à la Tour. Parfois, ils n'ont même pas Histoire de la Magie.
Draco ne s'étonne pas cette fois de sa venue, il accepte simplement la présence du brun qui s'assoit près de lui et qui lui parle de tout et de rien. C'est incroyable toutes les choses que ce garçon peut dire sans rien vraiment révéler de lui. Draco a l'impression d'être proche de lui maintenant. Pas proche comme deux amis peuvent l'être bien sûr, mais plus que deux simples inconnus. Et bien plus proches évidemment que deux ennemis.
Harry parle du goût de la tarte à la mélasse, de l'odeur de la pluie qui se mélange à celle de la terre, de la sensation du soleil sur sa peau l'été quand l'astre fait fondre l'asphalte des rues grouillantes de Londres.
Draco aime la manière dont il parle, la tête un peu renversée, ses yeux verts perdus dans quelques souvenirs lointains. Il aime la manière dont ses mots transforment chaque goutte de pluie en une perle brillante. Avec lui chaque ombre cache un secret, chaque personne un soleil.
Draco se demande s'il voit un soleil en lui. Un soleil rond et chaud, blotti paisiblement dans le creux de sa poitrine. Mais Draco, lui, sait qu'il n'y aucun soleil en lui, ou bien il est mort il y a bien des années de cela, ne laissant plus que des tentacules d'ombres qui s'enroulent autour de ses os, étranglant ses poumons, transperçant son cœur.
La plupart du temps Harry parle seul et Draco se contente de faire semblant de lire ou de faire ses devoirs alors qu'il boit en réalité ses paroles. Parler seul ne semble pas gêner Harry, au fond, il sait sûrement que derrière son visage fermé, Draco l'écoute.
Un jour pourtant Draco prend la parole :
- Comment tu fais ? Pour voir le monde de cette manière ?
Harry hausse les épaules.
- Je ne le vois pas toujours comme ça. La plupart du temps mon monde n'est qu'un orage sans fin dans lequel j'erre presque aveugle, perdu entre les nuages noirs. Il sourit. Mais parfois il y a une éclaircie.
Ses yeux brillent dans la Salle d'Astronomie où le soleil se couche lentement.
- J'aime les éclaircies. Il n'y en a pas beaucoup mais c'est pour elles que je vis. Pour ces rares moments, ici, à Poudlard où tout ne semble pas si nul que ça finalement.
Draco observe Harry, la tête légèrement penchée sur le côté. Harry, lui, fixe le sol sur lequel ils sont assis.
Il est encore étrange pour Draco d'entendre Harry se confier à lui comme cela.
Harry. Il ne sait même pas quand le prénom a remplacé le nom de famille. Cela c'est fait comme cela, d'un coup. Un jour il n'a juste plus été capable de dire Potter.
Ce nom, Potter, témoigne de la distance, d'un refus de connaître le brun en quelque sorte, une manière comme une autre de montrer l'existence de ce mur entre eux. Mais ce mur il est tombé il y a peu. Et le nom de famille est tombé avec lui.
- Au moins tu as Weasley, Granger et Weasley fille aussi. Et tous les autres. Souffle Draco en traçant des mots dans la pellicule de poussière du sol.
Vide. Il écrit. Vide vide vide vide. Ses v sont majestueux, tout en envolées, ils les fixent, les parcourent sans réellement les voir.
- Je sais. Je suis heureux qu'ils soient là. Ca rend tout plus facile. Il sourit. Je me sens mal parfois, de leur en demander autant alors qu'ils ont presque autant souffert que moi pendant la guerre.
Draco acquiesce. Il a toujours l'impression que Granger et Weasley n'ont rien eu à affronter ou presque durant la guerre. Il oublie toujours qu'ils ont agi, qu'ils ont été en première ligne eux aussi, dans cette quête aux horcrux, puis plus tard, lors de la bataille de Poudlard. Il oublie toujours que Hermione c'est fait torturer par Bellatrix, là-bas au manoir et qu'elle garde sûrement des cicatrices, tant physiques que celles plus invisibles - mais non pas moins douloureuses - qui recouvrent l'âme.
Et Ron. Ron a perdu un frère ce jour-là. Un des jumeaux. Etait-ce Fred ? George ? Draco n'a jamais pu les différencier, pour lui c'étaient simplement « les jumeaux », ces Gryffondors bizarres aux idées encore plus bizarres. Mais aujourd'hui « les jumeaux » n'existent plus : il ne reste plus qu'un seul farceur, une oreille en moins et le sourire moins grand, moins vrai qu'auparavant. Draco n'ose même pas penser à ce que cela doit faire de perdre un frère. Un jumeau en plus. Certains disent que c'est comme perdre la moitié de son âme. D'autres affirment que c'est pire encore que la mort.
- Tu pourrais parler aux gens, tu sais, dit Harry en le fixant. Pas forcément aux Serpentards, mais aux autres. Tous ne te haïssent pas. La semaine dernière, j'ai entendu un Poufsouffle dire à une Serdaigle que rien de ce que tu as fait n'était vraiment de ta faute, que tu étais simplement né dans un milieu imprégné de haine envers les moldus et nés-moldus qui t'a évidemment influencé, mais que tu as changé depuis la guerre.
Draco renifle.
- Bien sûr qu'il a dit ça. C'est un Poufsouffle après tout.
- Mais il n'est pas le seul. Chez les Gryffondors aussi les gens commencent à changer leur manière de te voir. Dean et Seamus ont dit qu'ils comprenaient au fond et qu'ils auraient certainement fait les mêmes choix à ta place. Hermione a bien évidemment tracé un trait sur ton passé. Et Ron ne t'a pas insulté depuis au moins un mois, ce qui est énorme pour lui !
Draco rit d'un rire sans joie.
- Ils ne me détestent pas tous. D'accord. Mais cela ne veut pas dire qu'ils m'apprécient. Ils ne sont pas là après tout, ils ne sont jamais là, ne me parlent jamais, me regardent à peine.
Harry se lève sans le quitter des yeux.
- Peut-être serait-il temps que tu arrêtes de repousser tout le monde alors. Le monde entier ne te déteste pas Draco. Il faut juste que tu apprennes à ouvrir les yeux.
