Et voici le second chapitre ! Surtout n'hésitez pas à me donner votre avis :D
Chapitre 2 : Café crème
- Allez, avoue le. Jérémy est un pauvre mec.
Aelita releva les yeux vers William. Et aussi curieux que cela puisse paraître, elle lâcha un petit rire. Puis un second. Jusqu'à devoir se retenir de pleurer.
- Je n'ai jamais insulter personne tu sais, finit-elle par répondre.
- C'est le moment de commencer, dit William avec un petit sourire en coin.
Aelita sourit à son tour, et regarda sa tasse de café fumant. Ils étaient installés dans un petit café à l'intérieur même de Paris, là où semblait vivre William. La jeune femme était juste passée chez elle récupérer des affaires, et elle avait bien entendu trouvé un appartement vide. Elle avait pris tout un gros sac de vêtement, comme si elle s'apprêtait à partir en voyage. Pourtant, le voyage avait été simple. Quelques arrêts de métro après la sortie de la gare, et elle était assise à une terrasse à boire du café avec l'ex pire ennemi des anciens Lyoko guerriers. Aelita se demanda un instant ce que pourrait dire Yumi. Bien sûr, elle la sermonnerait. La japonaise était certes très coulante, mais elle avait ses limites. Et sa limite s'appelait bien entendu William. Un William chez qui Aelita avait accepté de dormir pour une durée indéterminée.
- D'accord, finit par abdiquer la jeune femme aux cheveux roses. Jérémy est un pauvre mec.
- C'était ton amour, et maintenant il te pourrit la vie, lâcha William en avalant une gorgée de son café. Alors crois moi, il mérite ton insulte.
Aelita poussa un profond soupir.
- Je n'ai rien fait dans ma vie d'incertain, expliqua-t-elle. Jérémy était gentil, les études étaient faciles, le boulot simplissime. J'ai envie de plus. Je veux… faire des trucs de dingue.
William sourit plus encore.
- Toi, la sage petite fille, tu veux faire des trucs de dingue ?demanda-t-il avec amusement.
Aelita pinça les lèvres, un instant gênée.
- Pour ça, il va donc falloir que tu te mettes à boire des litres entiers de tequila, sans bien entendu oublier de danser sur la table d'un bar, reprit le jeune homme en passant une main dans ses cheveux broussailleux.
- Depuis la dernière fête de Odd, j'évite de boire de l'alcool, répondit doucement Aelita.
William éclata de rire, et la jeune femme pencha la tête sur le côté, interrogative.
- Tu ne dois pas être simplement pompette, Aelita, s'expliqua William. Le truc de dingue c'est vomir sur la table après avoir enlever tout tes vêtements.
Aelita écarquilla les yeux. Elle avait un petit rapport à l'alcool, et n'avait bien entendu jamais expérimenté de tels extrêmes. Avoir la tête qui tourne lors des vingts ans de Odd lui avait suffi.
- Donc tant que je n'ai pas vomi sur une table comme un alcoolique en manque de sensation je n'ai pas vécu une vrai vie, résuma Aelita en réfléchissant. C'est bien ton argument, non ? Ah, et je dois êtes entièrement nue, n'est ce pas ?
- Je dis simplement que tu dois te laisser aller, répondit William en buvant le reste de son café.
Aelita réfléchit à ce que William venait de lui dire. Curieusement, la perspective d'une soirée fortement alcoolisée lui parut presque tentante. Mais elle chassa bien rapidement cette idée de sa tête. Ça ne lui ressemblait pas. Mais est ce que ce qui lui ressemblait la rendait heureuse ? La réponse était évidente. Bien sûr que ses ordinateurs et Jérémy scotché dessus avec une tasse de thé ne l'amusaient plus.
- Peut-être que ça réveillera ta vie sexuelle...murmura William avec un petit sourire.
Aelita rougit violemment.
- Je ne te parlerai pas de ça, répliqua-t-elle, gênée. Je te revois tout juste, alors ne compte pas sur moi pour étaler ma vie intime devant toi.
- Je sens que je vais avoir beaucoup de travail avec toi, soupira William.
Aelita l'interrogea du regard.
- Tu veux faire des trucs de dingue, et je vais t'aider, reprit le jeune homme. Et pour ça, il va falloir que tu mettes la sage petite fille au placard. Tu es intelligente, Aelita, alors je peux affirmer que tu as toi même compris où était le problème. Tu n'as que deux choix dans la vie. Resté rangé et boire de la tisane, ou t'éclater et profiter de la vie. T'as toute la mort pour les regrets, et toute la vie pour expérimenter. Alors, tu veux pencher de quel côté ?
Aelita sourit avec timidité. Les paroles de William étaient claquantes de vérité. Aelita perdait son temps à acheter des sachets de thé et des plaids, alors qu'à son âge, elle avait bien d'autres choses à faire. Elle était vieille avant l'heure. Et elle réalisa qu'elle avait des tas d'envie autres. Elle voulait apprendre à faire les mojito, se promener au bord du canal Saint martin en pleine nuit, arpenter les boutiques de fringues jusqu'à ce que mort s'en suive, et bien entendu plaire à nouveau. Elle voulait porter des talons et se faire inviter au restaurant. Cette idée la fit rosir. Elle regarda ses vêtements. Elle portait un bête jean noir et une jolie blouse à fleur. Rien de bien osé. Alors elle poussa un soupir consterné. Elle se sentit soudainement agacée par elle même.
- Je pense que je vais commencer par manger une boîte de raviolis, lâcha alors Aelita. Je ne mange jamais de plats préparés.
- C'est un début, rit William de bon coeur.
Aelita soupira. Manger des raviolis. Voilà de quoi elle était capable après toute cette courte vie à mourir d'ennui. La perspective de rébellion était comme qui dirait plutôt avortée.
- J'ai une idée.
Aelita releva la tête vers William.
- Soyons les meilleurs amis d'un soir, reprit le jeune homme. J'ai besoin de vider un énorme sac, et toi aussi. Et nous n'avons personne d'autre avec qui le faire. Alors soyons meilleurs amis. Juste ce soir.
Aelita pinça les lèvres. Meilleurs amis. Elle ignorait comment elle pourrait se permettre une telle chose après avoir trahi William. Il lui demandait du soutien, elle avait besoin du sien. Mais qu'était elle en droit d'espérer de sa part ? À quoi allait rimer cette mascarade ? Aelita ne savait comment cela pouvait se terminer. Pourtant, et sans plus y réfléchir, elle hocha timidement la tête. Car William avait malheureusement raison. Ce n'était pas juste un sac qu'elle avait à vider, mais bien une maison entière.
- Juste pour ce soir ?demanda timidement la jeune femme.
- Juste pour ce soir, affirma William avec un grand sourire.
Aelita inspira profondément, et appela doucement le serveur. William l'interrogea du regard.
- Je crois que dans ce cas, je vais commander une bière, lui expliqua Aelita avec un petit sourire.
- Je croyais que tu ne buvais plus ?s'étonna William.
Aelita fit la moue.
- Je croyais aussi, répondit-elle honteusement.
William la regarda un instant. Puis il éclata de rire, la faisant rougir. Mais Aelita réalisa bien vite que cette crise de rire était la meilleur chose qu'elle ait vécu aujourd'hui lorsqu'elle se mit elle aussi à rire. Elle rit aux larmes. Et cela lui fit un bien fou. Elle venait de trouver un meilleur ami d'un soir, et elle avait terriblement envie d'en profiter. Elle vit la une renaissance, celle qu'elle cherchait depuis des semaines.
ooo
- Alors… c'est ici que tu vis ?
William ferma maladroitement la porte de l'appartement, et Aelita dut s'appuyer au mur pour ne pas tomber en enlevant ses chaussures. William passa une main dans ses cheveux, et la pressa un instant sur son front.
- Non, répondit-il. Enfin … Oui. Mais plus pour longtemps.
Aelita pencha la tête sur le côté.
- Je partageais cet appart avec une fille… qui est partie il y a une semaine, expliqua William en laissant tomber ses clés dans un petit plateau. Et pour tout t'avouer, ça m'a fait un bien fou.
Aelita trébucha sur le tapis de l'entrée, et se rattrapa de justesse. Elle voyait flou. Elle ignorait combien de verres elle avait bu au bar avec William. Elle n'était plus sûre de rien, sinon d'une chose. Ils avaient définitivement abusé de l'alcool pour ce soir.
- C'est plutôt sympa comme déco, tenta Aelita en riant à moitié devant les étagères mal rangées. Un peu poussiéreux, mais sympa.
- Te moques pas, marmonna William en rougissant. Je suis pas le roi du ménage.
Aelita posa un doigt dans la poussière, et en regarda la couche étalée sur sa peau. Elle sourit comme une idiote, et montra son doigt à William.
- J'ai jamais été aussi heureuse de voir de la poussière, lâcha-t-elle d'une voix hésitante. Chez moi tout est beaucoup trop propre. Ça commence à me rendre folle. Ça confirme bien qu'il n'y a aucune vie dans mon appartement…
William la regarda tristement, avant de se diriger vers le bar du salon en chancelant.
- Tu aimes donc la poussière, dit-il, sûr de lui. Pas étonnant que tu ais craqué sur cette tâche de Jérémy !
- Oh !s'offusqua Aelita. Ça, c'est pas très gentil !
William haussa les épaules, l'air peu concerné, et revint avec deux verres pleins. Aelita renifla l'alcool et l'identifia comme du rhum.
- Bois, ça va te ramoner, lâcha William.
Aelita s'exécuta, et toussa violemment. Elle s'essuya les lèvres, et reprit une gorgée. Elle sentit l'alcool la réchauffer. Curieusement, cela lui plu, et elle reprit une autre gorgée, jusqu'à descendre la moitié de son verre en quelques minutes.
- Pour vomir sur la table t'es plutôt bien partie, fit remarquer William avec admiration.
Aelita s'excusa du regard.
- Tu as besoin de te confier je crois, toi aussi, finit-elle par dire.
- Exact, répondit doucement William en sirotant son rhum.
Aelita lui fit signe de parler, et le jeune homme inspira profondément.
- Ma copine m'a plaqué pour mon voisin de fac, et je n'ai jamais eu réellement d'autres amis, avoua-t-il. Je pense souvent à vous. Je me sens renié et abandonné, mais en vérité, vous êtes les seuls personnes avec qui je me suis senti bien. Vous êtes les seuls qui à me correspondre. La vie est injuste, non ?
- Personnellement, je ne sais plus vraiment à qui je corresponds, marmonna Aelita.
William ricana, et remis un peu de rhum dans le verre vide d'Aelita.
- Tu corresponds au rhum, et c'est déjà pas mal, dit-il, amusé.
La jeune femme aux cheveux roses lui rendit son sourire.
- Je peux te confier un secret ?demanda William en retrouvant son sérieux.
- Bien sûr, répondit Aelita. On est meilleurs amis pour ce soir, tu te souviens ?
William sourit avec une pointe de tristesse.
- J'ai couché avec Yumi.
Aelita recracha sa gorgée de rhum, et toussa plusieurs secondes.
- Quand on avait dix huit ans, reprit William. Elle et Ulrich n'osaient toujours pas admettre qu'ils s'aimaient. Alors quand Ulrich a joué au plus con en draguant une autre fille par pure fierté, Yumi est sortie avec moi. C'était… émotionnellement merdique, mais sexuellement tout à fait convaincant.
- J'ai pas envie d'entendre ça, dit Aelita d'une voix mal assurée.
William éclata de rire.
- Bien sûr que tu as envie !affirma-t-il. Mais ça te mets mal à l'aise au fond de ton petit coeur…
Aelita rougit.
- Pauvre sombre et sinistre Aelita…railla William, amusé.
Aelita n'eut pas besoin de lui pour trouver la bouteille de rhum. Et elle ne prit pas la peine de s'en servir un verre, étant donné qu'elle se mit à boire au goulot.
- Allez, la suite…grogna-t-elle avec un demi sourire, s'essuyant les lèvres. Comment ça s'est fini ?
- Je l'ai plaquée, expliqua William. Pas que j'en avais envie. Mais c'était le seul moyen pour que Yumi saute dans les bras d'Ulrich, et pour que ce crétin ravale son égo de la taille de Jupiter. J'aimais vraiment Yumi. Mais je ne voulais pas la voir triste avec moi. Elle est heureuse maintenant, et je crois que ce couple est ma plus grande réussite.
Aelita songea doucement à son amie. Yumi avait tout. Elle avait l'amour de sa vie à ses côtés. Elle était belle, intelligente, elle faisait de bonnes études, du sport, et avait bien entendu une famille prête à prendre soin d'elle. Aelita n'avait personne sinon Mister Puck, qu'elle gardait toujours dans son sac à main.
- Personnellement, je n'ai rien, finit-elle par soupirer. À part une poupée ridicule et un cerveau de plusieurs mégatonnes. Rien. Nada. Ma vie est aussi plate que merdique. Je n'ai ni vie intime, ni vie sociale, j'ai l'impression d'avoir plus de mille ans et d'être dans un hospice.
William pinça les lèvres. Il attrapa la bouteille de rhum et lui donna.
- Bois là entièrement, lui dit-il. Un bilan de vie comme ça ça s'arrose.
Aelita avala une gorgée. Puis une autre. Et elle prit soudainement un air beaucoup plus grave. Elle venait de prendre une décision. La décision la plus importante de sa vie.
- William, il faut que tu fasses quelque chose pour moi, déclara-t-elle en serrant les poings.
- Me demande pas de coucher avec toi, répondit le jeune homme. Faut rester réaliste. T'as un cul de mouche.
- Il faut que je change aussi mon cul, c'est ça ?demanda innocemment Aelita en essayant de regarder son derrière.
William haussa un sourcil, et Aelita rougit, peu fière de son éternelle insouciance.
- William, reprit finalement la jeune femme. Tu dois me changer. Je te donne un mois. En un mois, tu peux me faire faire tout ce que tu veux, mais le but final est que j'aime ma vie.
William se gratta un instant le crâne, et Aelita serra fermement ses mains autour de la bouteille de rhum. Elle s'y accrochait comme à la barre du bus. Elle ne pouvait pourtant pas tomber plus bas que le canapé, mais une peur terrible la prenait. Elle eut l'impression que la réponse de William allait déterminer le prochain tournant de sa vie morose. Et finalement, elle sentit ses forces l'abandonner et son corps entier trembler lorsque William sourit franchement.
- Et bien écoute, je vais poser mes congés, dit-il en prenant son verre.
Aelita entre ouvrit les lèvres. Elle sentit ses joues se teinter et une vague de chaleur l'envahit. William tendit son verre vers elle, et le claqua gentiment contre la bouteille qu'Aelita tenait.
- Meilleurs amis pour un mois, alors, déclara le jeune homme.
Aelita sentit plusieurs larmes roulées contre ses joues.
- Meilleurs amis pour un mois…murmura-t-elle, y croyant à peine.
Et elle s'écroula sur la moquette en riant, bientôt rejointe par William. La nuit passa sans qu'ils se couchent. Ils ne firent rien de plus que parler ou donner des noms aux tâches sur le plafond. Mais pour la première fois de son existence, Aelita faisait quelque chose d'inutile et que Jérémy n'approuvait pas. Alors elle se sentit vivre.
