Voici le troisième chapitre. Surtout n'hésitez pas à laisser un petit commentaire !


Chapitre 3 : Les reines du shopping

- Allez debout !

Aelita maugréa. Elle était encore allongée sur la moquette du salon de William, dans une position des plus inconfortable. Elle posa une main sur son front. Elle avait un mal de crâne plus que douloureux, et son estomac semblait sur le point de se vider. Elle était pire qu'écoeurée, et pria tous les saints de ce monde pour ne pas vomir par terre. Elle se redressa en chancelant, et un grognement passa la barrière de ses lèvres. Elle avait la bouche pâteuse. Et elle fronça le nez en sentant une drôle d'odeur s'échapper de la cuisine. William était de dos face à une casserole.

- C'est quoi cette odeur…marmonna-t-elle avec difficulté.

- Des raviolis, répondit William en souriant. Tu voulais en manger, non ?

Aelita grimaça. Elle se mit debout en s'aidant du canapé. Elle avait les cheveux coiffés au pétard et les vêtements chiffonnés.

- J'ai l'estomac en vrac, souffla-t-elle avec difficulté. Je sais pas si j'arriverais à manger quelque chose…

- C'est fort dommage, lâcha William. C'est des raviolis cent pour cent chimiques et industriels, les pires du rayon !

Aelita esquissa un faible sourire. Elle marcha doucement jusqu'au jeune homme, et regarda la casserole. Les raviolis avaient en effet l'air plus que douteux.

- Bon, alors je vais faire un effort, plaisanta-t-elle malgré sa terrible envie de vomir.

Puis elle attrapa son téléphone, et regarda dans ses mails. Celui de son patron la fit sourire.

- Mes congés ont été acceptés, dit-elle avec une certaine joie.

- Les miens aussi, ajouta William. On a donc bel et bien un mois pour faire de ton enfer un véritable paradis.

Aelita sourit grandement. Puis elle songea à la soirée de la veille. Elle avait bien abusé de l'alcool, et s'était donnée en spectacle toute la nuit, à rire comme une poule écervelée à des blagues idiotes, ou encore en faisant part des pires hontes de sa vie à un William plus qu'attentif. Cette seule pensée fit rougir la jeune femme. Elle songea à Yumi et à ce que lui avait avoué William. Jamais Aelita ne se serait doutée d'une telle chose. Devait-elle en parler à la japonaise ? Certainement pas. Une question lui vint à l'esprit, et Aelita se tourna vers William. Elle se mordit la lèvre, et le jeune homme haussa un sourcil.

- Ulrich sait que tu as couché avec Yumi ?demanda timidement Aelita.

- Pour mon bien, j'espère que non, répondit William en faisant la moue.

Aelita réfléchit un instant. Cette histoire était bien étrange. Yumi ne lui avait jamais fait part de cette petite amourette. Aelita la soupçonna d'en avoir honte.

- Ulrich ne te tuerait pas, finit-elle par dire. Il n'irait pas jusque là.

- Je serai éternellement le gros méchant de sa vie, et tu le sais parfaitement, répliqua William en volant un raviolis dans la casserole. Mais jusqu'à preuve du contraire, il faut quand même être deux pour décider de faire l'amour avec quelqu'un. Alors je ne vois pas pourquoi je serais le seul coupable dans cette histoire. Crois, Yumi était plus que consentante.

Aelita hocha doucement la tête. Elle ne pouvait qu'approuver de tels arguments, mais quelque chose la titillait. Elle releva les yeux vers William, et avant de parler, avala le raviolis que lui tendait le jeune homme. Son estomac retourné la fit grimacer.

- Tu n'as pas brusqué Yumi ?demanda-t-elle avec gêne.

- Pas du tout, répondit William. Pour tout te dire, c'est même elle qui a engagé les choses. Elle cherchait par tous les moyens à oublier Ulrich, je crois.

- Et ça n'a pas marché, ajouta Aelita.

William lui sourit et hocha positivement la tête. Le silence se fit, et Aelita prit une fourchette pour manger quelques raviolis directement dans la casserole. Chez elle elle ne faisait jamais ça. Elle prenait toujours la peine de mettre les petits plats dans les grands. Mais jamais Jérémy ne la remerciait de tenir aussi bien l'appartement. Et elle réalisa curieusement à quel point elle pouvait être heureuse d'avoir envie de vomir au dessus d'une casserole de raviolis chimique avec sur elle ses vêtements de la veille. C'était très étonnant comme sentiment, mais loin d'être désagréable.

- Bon allez, finit par dire William. Finis de digérer, et on y va.

- On va où ?demanda Aelita.

William esquissa un bref sourire mutin qui inquiéta la jeune femme. Elle en cessa même la mastiquassion de son raviolis.

- Ce soir, on va sortir, répondit William en brandissant fièrement sa fourchette. Et pour ça, il te faut autre chose qu'un jean et des baskets. Tu vas devoir ressembler à une femme fatale et non à une adolescente.

Il regarda Aelita de la tête aux pieds. La jeune femme haussa un sourcil.

- Ou encore à une femme au foyer qui a cessé d'espérer des surprises de la vie, ajouta William en ricanant.

Aelita entre ouvrit les lèvres, et croisa férocement les bras contre sa poitrine.

- Je …

- Oh si !la coupa immédiatement William. Tu es une fille jolie qui a du goût, mais qui se prive. Alors oui, pour l'instant tu as l'air d'une vieille fille qui va mourir seule et dévorer par des chats.

- Et donc ?demanda Aelita avec un brin d'agacement.

William éteignit le feu sous la casserole et finit de racler les raviolis dans le fond pour les manger.

- Donc on va aller faire un peu de shopping, répondit William d'un air assuré. Et avant que tu le demandes, oui, j'adore le shopping. Et non, je ne suis pas gay.

- Je n'ai jamais soupçonné ça, murmura Aelita.

William lui sourit. Puis saisit un torchon et lui claqua la jambe. Aelita recula brutalement.

- Va t'habiller mieux que ça, vieille fille, dit William en ricanant.

Aelita maugréa une petite insulte avec honte, et se dirigea vers son sac. Elle attrapa de quoi se doucher, des vêtements propres, et s'enferma dans la salle de bain. Elle prit le temps d'observer un peu ce qu'il y avait autour d'elle. La salle de bain était plutôt bien rangée, mais quelques petits détails attirèrent l'attention de la jeune femme. En effet, il y avait du maquillage dans un coin, et quelques gels douches féminins. William n'avait pas menti. Une femme avait vécu ici il y a peu.

Aelita se doucha difficilement, nauséeuse. Elle s'habilla en vitesse, puis jeta un autre regard au maquillage. Elle ne se maquillait jamais. Elle ne prenait pas la peine de le faire. Jérémy n'avait cessé de lui dire que c'était une chose inutile, et qu'elle n'avait de toute manière à plaire qu'à lui. Aelita n'avait jamais réalisé combien cela pouvait la faire souffrir. Au delà de lui plaire à lui, elle sut qu'à présent elle devait se plaire à elle. Alors elle saisit le mascara, et commença à en mettre sur ses cils. Elle avait souvent vu Yumi le faire. Maladroitement, elle étala de la poudre sur son teint, et ajouta même un peu de rose sur ses joues. Elle sourit en se regardant. Elle avait l'air plus frai, et au-delà de ça, elle semblait différente. Cela lui plu bien plus qu'elle n'aurait pu l'imaginer.

Finalement, Aelita sortit de la salle de bain. Elle se vit dans le reflet de la fenêtre et grimaça. Si son visage était plaisant, son jean et sa chemise blanche étaient bien fades.

- Je vois que tu as trouvé le maquillage de Mathilde.

Aelita sursauta et se tourna vers William. Ce dernier souriait, et la jeune femme se sentit rougir.

- C'est très bien, ajouta le jeune homme. Un peu maladroit, mais bien. J'ai bien fait de le garder. J'avais pour projet de le vendre sur le net avec toutes ses affaires, mais finalement je vais plutôt t'en faire cadeau.

- Tu vends les affaires de ton ex copine sur internet ?s'exclama Aelita. C'est un peu extrême, non ?

William hocha négativement la tête.

- Aurais tu oublié que je n'ai aucune mesure ?s'étonna-t-il.

- C'est vrai, les affiches collés partout dans ton ancien collège, soupira Aelita, amusée.

William rit un instant, puis il chercha dans son placard pour en tirer une paire de chaussure. Des rangers, comme toujours. Il les laça, et fit signe à Aelita d'enfiler ses baskets.

- En route, madame, déclara-t-il. Il est temps de te faire découvrir le merveilleux monde de la mode !

- Tu es sûr que tu n'es pas une fille ?plaisanta Aelita avec un sourire.

William éclata de rire en claquant la porte de son appartement. Aelita gloussa à son tour. Elle regarda William. Il avait toujours la même coupe de cheveux en bataille et le même visage pâle. Son regard était tout aussi mystérieux, et la jeune femme trouva pour la première fois cela charmant. William était beau, Aelita en avait conscience. Mais elle ne l'avait jamais remarqué. Elle ne l'avait toujours vu que comme William, et non comme un homme. Et curieusement, elle avait une irrésistible envie de le connaître. Peut-être allait-elle pouvoir se faire pardonner de toutes ces années d'absence.

ooo

- Non, non, vraiment, je ne peux pas !

Aelita avait le front en sueur. Elle tremblait, et s'accrochait avec horreur à la main de la vendeuse de chaussure, qui semblait un brin agacée. La jeune femme aux cheveux roses était perchée sur des bottines à talons aiguilles vertigineuses, et paraissait aussi à l'aise qu'une mite en pullover. Finalement, la vendeuse lâcha Aelita. Elle s'éloigna, et la pauvre Aelita se retrouva seule face à un William hilare. Nerveusement, la jeune femme attrapa la boîte à chaussure sur le fauteuil, et la lança au visage de William. Ce dernier l'esquiva habilement, et rit un peu plus fort.

- Fais quelques pas !dit William entre deux rires.

- Ce n'est pas une bonne idée !s'écria Aelita d'une voix suraiguë en avançant un pied.

William pinça les lèvres. Et pouffa une nouvelle fois. Aelita se sentit rougir. Tout le monde les regardait dans le magasin. Jamais elle n'avait fait une telle chose. Les talons hauts étaient comme le maquillage pour Aelita. Des choses qu'elle jugeait inaccessibles car pas aux goûts de Jérémy. Jérémy. C'est curieusement cette pensée qui fit bomber le torse à Aelita.

- Je dois l'envoyer au diable…marmonna la jeune femme.

William haussa un sourcil, puis sembla comprendre. Alors Aelita fit un pas. Puis un second. Elle tenta de se grandir au maximum, et William sembla un instant impressionné. Aelita sentit son coeur battre plus fort. Un grand sourire apparut sur ses lèvres. Puis elle s'écroula en avant après s'être tordue une cheville. Elle glapit et ferma les yeux, mais ne toucha jamais le sol. Elle rouvrit les yeux. William l'avait rattrapé de justesse. Aelita sentit sa respiration ralentir.

- Merci, dit-elle. Sans toi, j'étais par terre.

William sourit avec une franchise non feinte.

- Ces chaussures sont parfaites, déclara-t-il.

- Vraiment ?demanda timidement la jeune femme.

William hocha la tête, et remit Aelita sur ses pieds. Il la regarda. Et Aelita sentit son coeur s'accélérer. Jamais un homme ne l'avait autant détaillé. Dans un autre contexte, elle aurait trouvé cela gênant. Mais cette fois ci, cela lui faisait un bien fou. Elle se sentait emplie d'une chaleur nouvelle. William ne la regardait pas comme Jérémy la regardait. Si ce dernier la regardait par habitude sans plus prêter la moindre attention à sa tenue, William était au contraire très attentif aux moindres plis de ses vêtements. Et Aelita rougit de cette attention. Même venue de William. Aelita se sentit jolie pour la première fois de son existence.

- Il ne manque plus que la tenue, déclara le jeune homme. Et crois moi, ce soir, tu vas bel et bien vivre.

- Je crois que je ne pourrai jamais te remercier assez, murmura Aelita.

- Me remercier pour quoi ?demanda William innocemment. L'alcool, l'envie de gerber, les raviolis, ou les échasses ?

Aelita rit, et attrapa une de ses baskets pour lui lancer au visage. Lorsque William saisit une boîte à chaussure, les vendeuses durent intervenir. Finalement, ils sortirent du magasin tout sourire. Aelita tenait sous son bras la boîte de ses nouvelles chaussures. William avait raison, elles étaient magnifiques. Il ne lui restait plus qu'à apprendre à marcher avec. Et une fois de plus, elle allait devoir faire confiance au pire ennemi des lyoko guerriers. Quelle folie.