Bonjour, bonjour

...ça fait un an que je n'ai rien publié mais je suis de retour (pour un temps du moins...)

Merci beaucoup pour vos reviews, je pense que j'aurais totalement arrêté d'écrire cette fic, sans ça !

Voici un chapitre joyeux pour compenser avec tout le drama des chapitres précédents :

Babylon : Je ne sais pas si tu continueras de lire ma fic après mon longue absence mais merci beaucoup pour ton commentaire ! Heureuse que la fin te plaise, j'ai toujours peur de trop verser dans le pathos !


Chapitre 11 : Au coin du feu


Après cela les choses sont différentes.

Harry ne sait pas si c'est leurs dernières confidences qu'ils se sont échangés à côtés des serres, les minutes qu'ils ont passé en silence à se tenir la main, ou si c'est juste le développement logique de leur relation, mais les choses ne sont plus les mêmes.

Ils retournent souvent près des serres, même si la Tour d'Astronomie reste leur cachette favorite. Parfois il y a déjà du monde qui fume des joints en groupes sur l'herbe humide, et ils repartent, énervés de s'être fait voler leur place. D'autres fois, la pluie ou le froid découragent les fumeurs et ils ont l'endroit pour eux seuls. Ils ne font rien la plupart du temps. Ils ne font que parler comme ils en ont l'habitude.

Ils parlent. Ils parlent beaucoup. Et cela ne reste pas inaperçu.

Un jour, alors que Ron et Harry jouent aux échecs moldues dans leur salle commune, Ron lance :

- On ne te voit plus beaucoup ces derniers temps.

Le ton est léger mais Harry comprend tout de suite que la phrase a été des dizaines de fois répétée dans l'esprit de Ron avant qu'elle ne franchisse ses lèvres.

- C'est qu'on a les Aspics à la fin de l'année.

Ron ne relève pas la tête mais ses sourcils se froncent légèrement.

- Harry. Je n'essaie pas de te coincer ou quoi que ce soit, mais je pense que ça n'a rien avoir avec les ASPICS. Si Hermione n'a pas placé un lit de camp dans la bibliothèque, c'est que les examens de fin d'année ne sont absolument pas une priorité absolue.

Harry pousse un pion en avant, sans même prendre la peine de réfléchir à une tactique de jeu. Il joue comme à chaque fois : sans penser.

- C'est elle qui t'a envoyé me parler, non ?

- Je suis tout à fait capable de prendre la décision de parler à mon meilleur ami moi-même. Merci bien !

Un première année crie quelque chose à propos d'un encrier renversé sur son devoir. Harry l'ignore et se concentre sur son ami.

- Ron.

Ron fait une petite grimace puis soupire.

- Bon. D'accord. C'est Hermione qui m'a demandé de te parler. Mais là n'est pas la question.

Un court silence interrompt leur conversation. Le Fou de Ron élimine la Tour de Harry.

- Elle dit que tu parles à Draco. Elle dit que tu passes beaucoup de temps avec lui.

Harry croise et décroise nerveusement les jambes.

- Et toi ? Que dis-tu ?

Il hausse les épaules.

- Je ne sais pas. La même chose je suppose. C'est Hermione qui a toujours raison. Et puis c'est vrai qu'on te voit souvent disparaître sans savoir où tu vas.

Le Fou de Ron fauche de nouveau un pion de Harry. Maudit Fou. Harry ne l'avait pas vu.

- Pourquoi lui ? Pourquoi Draco ?

- Je ne sais. Je ne comprends pas moi-même la moitié du temps. Il a juste…

- Changé ?

Harry hoche la tête.

- Oui. Changé. En bien. Et peut-être qu'il a aussi toujours été un peu comme ça. On était simplement trop plongé dans notre guerre entre Gryffondors et Serpentards pour le voir.

- On était con, nan ? De les détester comme ça.

- Depuis quand es-tu devenu si sage ?

Les yeux de Ron se plissent et se mettent à briller plus fort.

- Essaie de sortir avec Hermione. Tu vas voir. Ca fait des trucs bizarres sur le cerveau. La semaine dernière je suis même rentré à la bibliothèque. Seul ! Et de mon plein grès !

Un rire s'échappe des lèvres d'Harry.

- Toi ? Ron ? C'est fou !

En parlant de fou, celui de Harry – le dernier – se fait éjecter hors du plateau d'échec par une pichenette de Ron. Il y pose son pion à la place et chantonne doucement.

- Tu es en train de perdre, dit Ron.

- Je sais.

Impossible de gagner lorsqu'on a Ron pour adversaire. Il se rappelle avoir gagné quelques fois, par pure chance. Une fois, ils avaient joué alors que Ron était saoul, si saoul qu'il n'avait pas remarqué que son roi était en position de faiblesse.

- J'ai gagné, avait lancé Harry, sans trop y croire lui-même.

Mais même cette fois-ci, la victoire avait été remportée de justesse.

Au bout d'un moment, Ron avoue :

- Ce que je voulais dire – même si c'était d'une manière peu délicate – c'est qu'on est heureux que tu te sois fait un nouvel ami, Hermione et moi.

- Même si c'est Draco ?

Un sourire.

- Même si c'est Draco.

Ses lèvres se courbent plus encore sur le mot Draco et Harry a l'impression qu'il se moque de lui. Il lui donne un coup de coude qui envoie valser un des pions du roux au sol.

- Eh, attention !

Ron fait un geste avec sa baguette et le pion se relève pour se reposer tout seul sur l'échiquier. Quel frimeur.

- Hermione a même proposé quelque chose.

Il se penche par-dessus la table en acajou, comme pour faire une confidence et Harry se penche à son tour.

- Elle dit qu'il peut venir avec nous à Pré-au-Lard dans deux semaines. S'il veut.

Si Ron n'est pas enchanté par cette idée, il n'en laisse rien paraître.

- Hermione a dit ça ?

Ron hausse les épaules, puis recule.

- Tu la connais. Défenseuse des Elfes de maisons, des né-moldus et des plus faibles. Elle a même plaidé pour la construction d'une école primaire pour enfants de moldus et de sorciers afin de 'recréer une cohésion entre les sorciers dès l'enfance et de lutter contre les discriminations', imite-t-il, prenant une voix extrêmement aigüe.

Harry réfléchit un instant.

- Effectivement. Ça sonne bien comme Hermione.

Pendant que Ron réfléchit à son prochain coup, Harry trace des dessins sur la fenêtre contre laquelle leur table est collée. Un garçon sur un balai, le bras tendu. Devant lui, un point dégoulinant représentant le vif d'or. Il plisse les yeux et regarde avec une moue ses gribouillis enfantins. Le dessin n'a décidément jamais été un de ses talents. Peut-être que cela aurait pu l'être s'il n'avait pas été occupé toute son enfance à faire la cuisine pour un oncle et une tante insupportables et à combattre des ennemis toujours plus puissants.

Ron avance un pion. Harry en avance un à son tour. Ron le regarde et sourit. Ses tâches de rousseur frétillent sur ses joues lorsque celles-ci se redressent.

- Echec et mat.

Harry écarquille les yeux, fixe l'échiquier, Ron puis de nouveau l'échiquier.

- Non.

- Si. Echec et mat. Désolé Harry.

Il avance avec lenteur sa Tour, et avec une lenteur encore plsu pronnoncée, renverse dramatiquement le Roi qui s'écrase hors du plateau.

- Faux frère.

- Mauvais joueur.

Après leur partie, ils descendent aux cuisines où les Elfes de maison les accueillent chaleureusement malgré la préparation du diner qu'ils doivent assurer. Les garçons remontent dans la salle commune les bras chargés de gâteaux appétissants. Ron porte avec difficulté trois tasses de chocolat chaud fumantes.

- J'en prends une pour Hermione, avait dit Ron, dans les cuisines. Elle est toujours de meilleure humeur le ventre rempli de chocolat chaud.

- Quel bon petit-ami.

- Je sais.

Lorsqu'ils arrivent dans la salle commune, les conversations se taisent pendant un moment et tous les regards se tournent vers eux, comme toujours lorsque Harry entre dans une pièce. Mais pour une fois, cela ne lui fait rien. Rien du tout. Il est même plutôt heureux lorsque deux premières années se lèvent quand ils s'approchent de la cheminée et leur donnent leur place, avec de petits sourires nerveux.

- Merci, souffle Harry aux enfants qui s'enfuient en gloussant.

Hermione arrive peu de temps après, les cheveux ébouriffés, un grimoire épais comme une brique sous le bras. Elle s'assoit auprès d'eux, dans les fauteuils moelleux près du feu. Ils parlent longtemps. Des examens de fin d'année, de leur prochaine sortie à Pré-au-Lard, des bonbons qu'ils achèteront, des feuilles rouges-orangées, dehors, qui donnent au château un aspect de conte de fée. Ils parlent de Draco aussi. Harry ne leur dit rien de ses angoisses, de la folie de sa mère mais il dit le reste : les petits rien, les blagues échangées, les conversations futiles. Et quand il rit, Ron et Hermione rient avec lui.

Peu à peu, la salle commune se vide, l'heure du diner est passé et ils ne restent plus qu'eux, quelques cinquième et quatrième années qui jouent à la bataille explosive dans un coin et deux filles qui dessinent près d'une des fenêtres. Le chocolat chaud qu'ils ont bu plus tôt était onctueux et parfait. Leur ventre est plein des gâteaux rapportés de la cuisine et ils sont bien, assis là. Les flammes du feu font danser des ombres sur leurs visages. Ils ne parlent plus mais Harry ne s'ennuie pas pour autant. Au bout d'un moment, Hermione a quitté son fauteuil pour s'installer sur les genoux de Ron. Harry sourit à leur vue : Ron dort, ses chaussettes sont dépareillées et trouées au niveau des orteils, sa bouche et ouverte et il ronfle un peu. Hermione ne dort pas, mais ses yeux sont fermés aussi. Elle ouvre un moment les yeux, sourit en croisant le regard de Harry, puis les referme, se blottissant un peu plus dans les bras de son petit ami.

Harry les regarde et se demande si le temps ne pourrait pas s'arrêter, là, maintenant qu'ils sont tous heureux et qu'il fait si bon d'être en vie.

Cette nuit, pour la première fois depuis longtemps, il dort bien.