Et voici le quatrième chapitre ! Le début des ennuis ... ;)
Chapitre 4 : Le début de la fin
Aelita se regardait dans le grand miroir. Et la seule chose à laquelle elle songeait était qu'elle s'aimait. Elle jeta un coup d'oeil à son téléphone. Elle avait trois appels manqués de Jérémy. Puis Aelita se tourna à nouveau vers le miroir. Et aujourd'hui, elle sut. Elle sut qu'elle s'aimait non pas parce qu'elle lui plaisait à lui, mais bien parce qu'elle se plaisait à elle. Elle portait une mini jupe en cuir ainsi que de ses nouvelles bottines, le tout sublimé par un collant résille. Aelita eut le réflexe de tirer un peu sur sa jupe. Elle marquait divinement sa petite taille, et le pull a col roulé qu'elle regardait sous toutes les coutures moulait sa poitrine. Aelita l'avait toujours trouvé petite, mais cette fois ci cela ne lui posait pas le moindre problème. Elle s'était maquillée en suivant un tutoriel sur internet, mais avait encore un léger doute.
- Aelita, tu es prête ?
William était dans le salon, et il devait déjà être prêt à partir. Il était plus de 19 heures, et Aelita se décida enfin à sortir de la salle de bain. Elle était gênée. Et elle le fut encore plus lorsque William écarquilla les yeux en la voyant devant lui. Aelita se sentit rougir. Une idée la frappa. Elle voulait plaire. Mais se pouvait-il qu'elle plaise à un homme aussi charismatique que William ? Charismatique. Sans qu'Aelita comprenne pourquoi, elle rougit plus encore. Oui, aujourd'hui elle réalisait qu'en plus d'être elle même jolie, William était particulièrement beau. Peut être était ce le mystère de son caractère chaotique ou de son apparence rock aux allures de bad boys.
- Tu es magnifique, dit finalement William avec un grand sourire.
- C'est...vrai ?demanda timidement Aelita.
William lâcha un petit rire franc. Et Aelita sentit un large sourire se dessiner sur son visage.
- Un peu arrangé, tu n'es pas mal non plus, dit-elle doucement.
William fit devant elle une petite courbette qui la fit beaucoup rire. Puis il se redressa avec un air grave, et Aelita perdit son sourire. William partit dans la salle de bain, et en revint avec la trousse de maquillage. De laquelle il sortit un tube de rouge à lèvre.
- Elle ne l'a jamais utilisé, dit-il en s'approchant d'Aelita.
- Je ne sais pas en mettre…murmura-t-elle honteusement.
William fit un geste auquel la jeune femme ne s'attendait pas. Il ouvrit le rouge à lèvre, et saisit le visage d'Aelita avec délicatesse. Il appliqua calmement le rouge à lèvre avec une main d'expert. Il était d'un beau rouge, et Aelita le sentit s'étaler sur sa bouche. Curieusement, elle trouva les sensations agréables. Autant le rouge à lèvre que la main de William. La seule main d'homme qu'elle avait pu sentir sur elle était celle de Jérémy. Et Aelita découvrit que ce nouveau contact était autant surprenant qu'agréable. Peut-être manquait elle simplement de chaleur humaine.
- Où va-t-on ?demanda Aelita lorsque William s'éloigna.
- On va manger au bord de la Seine, bien sûr, répondit le jeune homme avec un naturel presque troublant.
Aelita ouvrit de grands yeux. Elle n'avait jamais mangé dans un tel lieu. Elle sortait rarement dans les restaurants, mais celui de ce soir allait certainement lui faire battre le coeur. Elle adorait ce fleuve, elle aimait se promener sur ses bords.
- Et ensuite, nous irons danser, ajouta William en s'amusant gentiment de sa surprise.
- Mais, William …commença Aelita.
Le jeune homme posa un doigt sur les lèvres d'Aelita, ce qui la fit immédiatement taire.
- Je te tiendrai la main pour que tu ne tombes pas, dit-il. Je te le promets.
- En vérité…chuchota Aelita. Tu devrais me laisser tomber. Rien qu'une fois. Pour qu'on soit quitte.
William ouvrit la porte de son appartement, et sans gêne, saisit la main d'Aelita.
- Je ne te laisserai jamais tomber, déclara-t-il avec force. Tu es ma meilleure amie du mois, souviens toi. Et on ne laisse pas tomber sa meilleure amie, aussi vilaine soit-elle. Tu es la douceur incarnée. Alors je ne te laisserai pas faire de faux pas.
Aelita se sentit touchée en plein coeur. Elle n'avait pas ressenti ce genre de picotement, de la tête jusqu'au cuir chevelu, depuis bien longtemps. Elle se sentit plus que jamais reconnaissante, mais aucun mot ne put passer la barrière de ses lèvres.
- Allez, dit William. J'ai une table réservée, alors on ferait mieux de courir vers le métro. Enfin courir… à ton rythme bien sûr.
Aelita sourit franchement, et un rire passa la barrière de ses lèvres. C'est à cet instant précis, alors qu'elle quittait l'appartement de William, qu'elle réalisa une des choses les plus importantes de sa vie. Elle comprit ce qui avait pu séduire un temps Yumi. William possédait un sens aigu de l'honneur. C'était un homme bon et intègre, et d'une beauté froide. Il était un mystère à lui tout seul, mais Aelita avait à présent la certitude que c'était une bonne personne. Il lui faisait du bien. Il l'apaisait. Aelita venait à peine de le revoir, et ces vérités la frappaient maintenant alors qu'elles auraient du lui apparaître des années auparavant. William n'était pas cet homme égoïste et frimeur que ses amis n'avaient cessé de juger. Il était bien entendu bourré de petits défauts, mais ils étaient tous rattraper par sa capacité à prendre soin des gens. Il prenait soin d'Aelita alors qu'il ne lui devait rien. Il avait cela pour lui. Il prenait soin des autres sans attendre le moindre retour. Et Aelita se sentit rougir de se savoir dans son appartement, dans son salon, sur son canapé. Au delà d'être chez William, elle était chez un jeune homme charmant qui prêtait attention à elle comme jamais personne ne l'avait fait. Cela poussa Aelita à se mordre la lèvre. Elle ne saisissait pas la source de cette drôle de gêne qu'elle ressentait. Peut être était ce le rouge à lèvre qu'il lui avait mis. Elle s'en souvint, et grimaça. Elle s'arrêta devant une vitre en entrant dans la bouche de métro, et nettoya ses dents. William s'arrêta, et sourit.
- Tu es aussi pitoyable avec le rouge à lèvre qu'avec les chaussures à talons, visiblement, fit-il remarquer avec amusement.
- Je manque un peu de pratique, répondit Aelita d'un ton qu'elle voulait léger.
William secoua la tête. Puis ils prirent le métro. Aelita rougit encore plus. La main de William venait de saisir la sienne.
- Je ne voudrais pas que tu tombes, se justifia ce dernier. Je t'ai promis, tu te souviens ?
Aelita hocha timidement la tête. Ne pas tomber. Elle tombait depuis bien trop longtemps, et depuis deux jours elle se sentait finalement tirer vers le haut. William lui avait lancé une corde. Jusqu'où Aelita pourrait-elle grimper ? Jusqu'au ciel, elle l'espérait. Loin de sa misérable petite vie tranquille, même si pour cela elle devait prendre une amende pour excès de vitesse ou stationnement interdit.
La jeune femme fut tirer de ses pensées par la sonnerie de son téléphone. Elle regarda l'écran. C'était Jérémy. Aelita poussa un profond soupir agacé.
- Tu devrais lui répondre, dit William. Histoire qu'il n'appelle pas les flics. Ça nous ferait une très mauvaise expérience à tous les deux.
- Oui, tu n'as pas tort, avoua Aelita.
Elle regarda son portable. Mais elle n'eut pas le courage de répondre de vive voie à son actuel compagnon. Elle choisit plutôt de lui envoyer un sms. Un message très court, lui demanda simplement de ne pas s'inquiéter ou de ne pas la chercher. Elle se doutait que Jérémy avait du appeler tous leurs amis afin d'éclaircir le mystère de sa disparition. Mais peu importa à Aelita. Ce soir, elle allait manger au bord de la seine, et danser. Elle ne savait pas danser, mais cette perspective lui parut malgré tout très amusante.
- On arrive.
La voix de William tira Aelita de ses pensées. Elle suivit le jeune homme hors de métro. Ils sortirent à l'air libre, et le froid fit frissonner Aelita. Elle resserra son blouson contre elle. La nuit commençait à tomber. L'automne était bien là. Aelita regarda les lampadaires. Ils commençaient à éclairer les rues de leur douce lumière dorée.
- Redresse toi, lui dit William en lui posant du doigt sur la colonne vertébrale. Tu es perchée sur des talons et tu es belle. Il serait tout de même fort dommage que tu ais l'air d'une infirme de quatre vingts ans.
Aelita rit un instant.
- C'est vrai, répondit-elle avec douceur. Il faut que j'arrête un peu d'avoir mille ans.
- J'aime mieux ça !s'exclama William en la tirant à sa suite.
Aelita s'amusa de la situation, alors qu'elle se laissait guider sur les quais de la Seine par un William toujours plus enjoué. Elle respirait l'air froid à plein poumon, et cherchait par tous les moyens à mettre un pied devant l'autre sans tomber. Ce fut finalement moins difficile qu'elle l'aurait d'abord penser. Bien sûr, Aelita tremblait encore au bout de la main de William, mais elle songea que ce n'était pas les chaussures qui lui faisaient un tel effet. C'était sans aucun doute le froid ou l'excitation. Elle osa même sautiller un instant pour se placer à la hauteur de William. Ce dernier haussa les sourcils.
- Je n'ai pas mille ans, se justifia Aelita. Je peux encore sautiller sur des pavés.
- Fais attention, la mit en garde William. Les talons aiguilles se coincent souvent dans les pavés.
Aelita éclata de rire, et William l'interrogea du regard.
- Tu en portes souvent, peut être ?lui demanda la jeune femme en essayant de retrouver son calme.
- Très drôle, soupira William. Tu es très drôle, Aelita.
- Encore une fois, je n'ai pas mille ans, répéta Aelita avec un petit sourire mutin.
William s'arrêta, et vint de placer devant elle. Il avança doucement vers la jeune femme, et cette dernière rougir. Puis William, visiblement très amusé, posa un doigt sur le bout du nez d'Aelita. Cette dernière loucha sur le dit doigt.
- Fais attention à ne pas trop offenser ton hôte, murmura William. Ce dernier pourrait te condamner à dormir sur le tapis de la douche.
Aelita rit, puis écarta le doigt de William. Ce dernier secoua la tête avec amusement, puis ils reprirent leur chemin. Aelita sentait vide de tout problème. Elle était loin de son quotidien, de sa pauvre vie. Elle renaissait. Et lorsqu'elle aperçut enfin les restaurants, elle sentit son coeur battre plus fort que jamais. William alla même jusqu'à tirer sa chaise pour qu'elle s'assoit lorsqu'ils furent placés. Après cela, Aelita eut bien des difficultés à choisir son plat tant le jeune homme la faisait rire. Le rire. Comme cette sensation était douce, et comme elle avait manqué à Aelita.
ooo
- Tu veux ma mort, lâcha Aelita d'une voix blanche.
- Ta mort n'est pas pour tout de suite, répondit William avec un grand sourire. Ce serait dommage de ne pas profiter un peu de tes chaussures avant de trépasser !
Aelita regardait la piste de danse du bar d'un air absolument terrifiée. William lui saisit la main, et la traîna à sa suite. La jeune femme le suivit, tremblante. Elle eut l'impression que tout le monde les regardait. Elle se sentait affreusement mal à l'aise. Jamais elle n'avait fait une telle chose. Elle ne cessait de tirer sur sa jupe, gênée.
- Ce n'est pas nous qu'ils regardent, dit finalement William au dessus de la musique. C'est toi seule !
Aelita rougit violemment. Et réalisa que c'était en partie vrai. Les hommes et même plusieurs filles la dévisageaient. Mais il y eut un détail qu'elle se surprit à trouver dérangeant. Beaucoup de femmes regardaient William. Pire encore, elles le dévoraient d'un air avide. Aelita ne sut placer de mot sur ce drôle de sentiment qui la prenait. Elle n'aimait pas cela, et elle ne se l'expliquait pas. Bien sûr, William était beau. Bien sûr qu'il plaisait. Mais Aelita n'avait jamais réalisé quelle ampleur cela pouvait prendre. Ils se fréquentaient depuis à peine deux jours, et elle déjà elle se sentait plus proche de lui que de n'importe qui. Et aujourd'hui, ce soir, cela prenait une proportion dérangeante. Elle n'aimait pas ce qu'elle voyait. Elle n'aimait pas les regards voyeurs, les petites joues frémissantes. Elle était avec William. Et elle comprit qu'elle ne voulait danser qu'avec lui. Elle voulait s'amuser, mais elle n'y parviendrait pas si William se laissait aller avec d'autres filles. Il n'était pas une bouée de sauvetage aux yeux d'Aelita. Il devenait ce soir le gentlemen qui le tirait hors de son trou, et elle ne supportait soudainement pas l'idée d'être abandonnée. Elle voulait plus de la vie.
- Que se passe-t-il ?demanda William en la regardant de côté.
Aelita réalisa qu'elle était restée immobile à penser plusieurs minutes. Elle rit avec gêne.
- Je crois que tu devrais m'apprendre à danser, finit-elle par bredouiller.
- Je crois aussi, répondit William avec un large sourire.
Aelita tenta de sourire à son tour. Elle n'eut pas le temps de poser plus de question. William la saisit par la taille, et commença à la faire danser. Aelita se sentit aérienne. Elle était sur la piste depuis une demi seconde seulement, mais cela fut suffisant pour qu'elle soit certaine de son nouvel amour pour la danse. Elle allait adorer ça. Elle adorait déjà.
Elle regarda William droit dans les yeux. Ce dernier l'imita. Aelita se sentit transporter dans une autre dimension. Plus rien n'existait autour d'eux. Ni la chaleur, ni la musique, ni la foule. Aelita était simplement entrain d'apprendre à danser au milieu d'une pièce vide, les yeux remplis d'étoiles scintillantes. Elle se sentait à sa place, les mains de William autour de sa taille. Et lorsqu'il la fit tourner, Aelita lâcha un petit rire. Elle se sentait entière et pleine de vie. Pleine de sentiments nouveaux et confus. Elle se sentait heureuse. Alors elle posa une main sur la joue de William.
- Meilleurs amis ?demanda-t-elle doucement.
- Meilleurs amis, répondit William en posant une main sur celle de la jeune femme.
Aelita sentit le monde s'évaporer. Elle était soudainement plus légère qu'une plume.
