Chapitre 12 : Un peu plus que de l'amitié
Voici de nouveau un chapitre joyeux (ça fait du bien je trouve en ces temps de covid...)
Bonne lecture !
Draco mange seul cette fois-ci encore. Le diner vient juste de commencer et les élèves parlent bruyamment autour de lui tout en se servant du ragoût ou de grosses louches de pommes de terre croustillantes. Il eut un temps où il aurait sifflé à ses voisins de se taire. Mais il n'est plus ce garçon-là, il le sait. Il n'a même plus la force de se tenir droit et de garder l'air pincé qui ne le quittait jamais, autrefois.
Il a un livre sur ses genoux et lit avec concentration, tentant de ne pas renverser de la sauce sur les pages. Gatsby le Magnifique. Il a fini Jane Eyre en début de semaine et Le Grand Meaulnes la semaine passée. Qu'ont-ils tous à écrire des histoires d'amour ? Qu'ont-ils donc de si spéciale Daisy, Mr. Rochester et Yvonne de Galais ? Qu'ont-ils donc qui fassent tourner les têtes et battre les cœurs des héros ? Qu'ont-ils qui vaille la peine de pleurer et hurler de désespoir pour eux ? Ce ne sont que des gens. Même pas des gens parfaits. Juste des gens comme il y en a partout.
Sauf que Harry se dirige vers lui et son sourire est grand et étincelant sur son visage et le cœur de Draco - son traître de cœur – bondit dans sa poitrine. Et peut-être, peut-être qu'il comprend pourquoi elles ont été écrites ces centaines et centaines de pages.
Il ne dit rien, tout d'abord, lorsque Harry s'assoit à côté de lui sur le banc des Serpentards. Il est trop occupé à tenter de retrouver une respiration régulière. Il se souvient soudain de ce jour, près des serres, où ils se sont tenus la main en silence. Il se souvient de ce contact, peau contre peau, et de l'insomnie qui l'avait empêché de dormir, la nuit-même. Il n'avait pu oublier les mots qu'ils avaient échangé et la chaleur de la paume de Harry.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Demande-t-il après s'être ressaisi.
Il a chuchoté. Plusieurs personnes sont déjà tournées vers eux, se demandant sans doute pourquoi le Sauveur vient de rejoindre l'ancien Mangemort.
Harry hausse les épaules et se serre une immense assiette de pomme de terre sur lesquelles il verse une quantité impressionnante de sauce.
- Je mange ?
Le brun le fixe, un sourcil levé, mâchant d'une manière exagérée.
Draco tente de garder une expression neutre mais il sait que le coin de ses lèvres tremble. Comment a-t-il pu un jour avoir envie de le gifler, de le faire souffrir, lui, le garçon aux boucles noires et à l'humour étrange ?
- Je vois ça. C'est la table des Serpentards, cela dit.
Harry relève la tête et arrête de mâcher.
- Oooh. Tu veux que je parte ?
- Non. Tu peux rester. Si tu te tiens bien.
Cette fois-ci il ne peux s'empêcher de sourire grandement et Harry cligne des yeux, comme s'il venait de voir quelque chose qu'il ne pensait jamais pouvoir observer.
- Je ne me tiens pas bien ?
- Pas de coudes sur la table, Potter. Et ne parle pas la bouche pleine.
- Potter ? Répète Harry, les yeux plissés.
Ses yeux brillent derrière ses lunettes. Draco ne répond pas. Il boit une gorgée de jus de citrouille puis jette un coup d'œil à Harry, qui n'a pas bougé, ses coudes toujours sur la table. Sont-ils en train de flirter ? Était-il lui en train de flirter avec Harry Potter ?
Il noie cette pensée avec une nouvelle rassade de jus de citrouille.
- Je voulais te demander quelque chose, souffle Harry en se resservant de l'eau.
- Hmm... ?
- Je voulais savoir tu souhaitais venir à Pré-au-Lard avec moi.
Les mains de Draco deviennent moites et bientôt, il ne sait plus comment fermer la bouche.
- Hermione et Ron seront là aussi, ajoute précipitamment le jeune homme avant d'essuyer un peu de sauce sur son visage.
- Ah, il dit bêtement.
Puis :
- Dans deux semaines ?
Harry hoche la tête.
- Si ça te ne gênes pas, bien sûr.
- Ce n'est pas comme si j'avais beaucoup de personnes avec qui y aller de toute manière.
Un éclair d'inquiétude traverse le visage de Harry. Sa main s'avance légèrement vers celle de Draco.
- Ça va, tente de le rassurer ce dernier. Je vais bien.
Et étonnement, pour la première fois depuis longtemps, ces mots ne sont pas un mensonge. Il va bien. Aussi bien qu'il peut aller compte tenu des circonstances. Leur amitié - ou peu importe ce que leur relation est – a changé quelque chose en lui. Elle soigne ses blessures. Et s'il longe toujours les murs, le jour, et s'il peine toujours à dormir, la nuit, sa vie n'est plus la même.
- Vraiment, dit-il.
Le reste du repas est rythmé par des conversations futiles sur leur devoir de potion à rendre pour la semaine suivante, sur ce qu'ils feront une fois à Pré-au-Lard et sur le nouveau tableau de Dumbledore, au deuxième étage, qui ne cesse de faire des clins d'œil quand les élèves passent. On peut même le voir, parfois, déguster un sorbet au citron, les yeux fermés de plaisir.
Le temps passe vite jusqu'au week-end de la sortie au village. Il faut dire qu'il y a beaucoup à faire cette année : les septièmes et huitièmes années n'ont que peu de temps pour eux, et la plupart de leurs journées sont rythmées par le travail. La sortie à Pré-au-Lard est donc attendue avec joie par tous, heureux de pouvoir enfin se divertir un peu. Comme chaque fois, tous se lèveront levés tôt, ce samedi matin de sortie, et à huit heures, le Grand Hall débordera déjà de cris d'adolescents surexcités, qui mangent, se chamaillent, font des listes tardives des choses qu'ils doivent acheter.
Mais ce jour-là, deux personnes sont levées plus tôt que les autres : ce sont Harry et Hermione. Harry n'a pas dormi de la nuit, ou presque. Cela est devenu une banalité pour lui, mais aujourd'hui la cause en est différente : il n'a pas pu dormir parce qu'il a peur de cette sortie, il a peur de ce que ses amis pourraient penser de Draco et de ce que ce dernier pourrait s'imaginer d'eux. Et si Draco les trouvait immatures ? Et si Hermione et Ron ne l'apprécient pas, finalement ? Et s'ils n'ont rien à se dire ? Et si ? Et si ?
Epuisé, la tête débordant de pensées angoissées, Harry est sorti à cinq heures de son lit dans le but de retrouver un peu de réconfort et de raison dans l'observation des flammes de la cheminée.
Hermione, elle aussi, s'est levée tôt. La salle commune étant toujours déserte, elle devient ainsi l'endroit idéal pour travailler. « J'aime travailler alors que même le soleil dort encore » avait-elle dit, une fois, après qu'il l'eût retrouvé à une heure impossible à la table devant le feu, avec ses montagnes de grimoires, sa plume tachée d'encre et ses cernes sous les yeux. Harry avait levé les yeux au ciel lorsqu'il avait pensé qu'elle ne le voyait pas.
Ce jour-là, elle est à la même place. Ses cheveux sont éparpillés dans son cou et sur son visage de sorte que Harry ne voit rien d'autre d'elle que son épaisse chevelure et le noir de sa robe.
- Bonjour, dit-il après un moment.
Il n'aime pas parler le matin. Hermione le sait très bien et après lui avoir rendu son salut, le reste tranquille. Il s'étend sur le canapé, baille, s'étire et ferme les yeux.
Ils passent trente minutes ou une heure ainsi, en silence. Dans la salle commune, pas d'autre bruit que le crépitement des flammes et les occasionnels bruits de pages qui se tournent. Harry se demande si quelque part dans le château, loin dans les cuisines, les elfes de maison sont déjà levés et préparent le petit-déjeuner. Mais sûrement dorment-ils encore à cette heure-ci. Il fait encore nuit. Peut-être Hermione et lui sont les seuls à être réveillés. Il pense à Draco qui dort, dans son lit, à ses cheveux blonds et à ses yeux clos. Ou peut-être est-il déjà réveillé, lui aussi et qu'il est étendu comme lui devant le feu de sa salle commune.
Harry sourit d'un sourire plein de fatigue à cette pensée. Il ouvre les yeux. Hermione le regarde. Il devine à son regard qu'elle sait à qui il pense.
- Je suis heureuse pour toi, Harry.
Il ne dit rien pendant un moment. Il a peur soudain, même s'il ignore d'où vient cette crainte qui lui alourdit le ventre et l'empêche de parler.
- Je…
- Je n'avais jamais pensé que vous auriez un jour ce type de relation, vous deux. Mais maintenant que je le vois, je ne peux imaginer les choses autrement.
- Je…
Les yeux de Hermione pétillent. Elle a lâché sa plume. Le bout de ses doigts est noir d'encre.
- Tu l'aimes, non ?
- Je ne sais pas… Murmure-t-il.
Soudain, il a l'impression d'être de nouveau un enfant. Cet enfant perdu qui parlait aux serpents et qui ne savait pas qui il était vraiment.
Hermione n'a pas cillé. Elle le regarde toujours.
- Peut-être. Peut-être que je l'aime.
Il n'a pas besoin de se voir dans un miroir pour savoir que ses joues sont écarlates.
Peu de temps après, les premiers Gryffondors descendent les escaliers. A chaque pas, le tintement des pièces qui s'entrechoquent dans leurs poches résonne dans la salle commune. Bientôt, leurs poches seront vides, mais leurs bras, eux, seront chargés de leurs achats de la journée.
Ils ne reparlent pas de leur discussion après cela. Mais lorsqu'il est l'heure de quitter le château et que Draco apparait, légèrement appuyé contre une statue, ses cheveux bien peignés et un sourire un peu anxieux sur les lèvres, Hermione se tourne Harry et lui fait un clin d'œil.
Les joues d'Harry rougissent de nouveau.
