Chapitre 13 : Pré -au-Lard


Voici le chapitre de la sortie à Pré-au-Lard !

Merci encore une fois pour vos reviews, j'adore les lire même si je prends du temps à répondre.

Ce chapitre est un peu plus long que les autres. Plus le temps passe, plus ils s'élargissent (heureusement étant donné le temps que je mets avant d'en poster un nouveau...)

Bonne lecture !


Les rues de Pré-au-Lard sont pleines ce jour-là. Des citrouilles aux sourires lumineux décorent les vitrines des boutiques. Halloween approche.

Ils marchent tous les quatre côtes à côte. Ils ne parlent que peu au début. Mais maintenant les mots filent tous seuls. Ron raconte les après-midis qu'ils ont passé ici, à rire dans le brouillard de l'hiver écossais. Et peut-être que Draco ne se sent pas totalement à sa place en compagnie des trois membres du trio, peut-être qu'il se sent de trop et qu'il peine à rire aux plaisanteries échangées, mais de temps à autre, quand il n'a pas dit un mot pendant un moment, Harry se tourne vers lui et lui sourit pour lui dire que tout va bien, qu'il n'a pas besoin de parler s'il n'a rien à dire, qu'il est là, et que cela lui suffit.

Alors il marche en silence la plupart du temps, mais il sourit.

Ils croisent des élèves sur la route vers le Magasin de plumes Scribenpenne. Seamus. Sean. Ginny et son amie blonde que Draco a toujours pensé être folle : Luna, qui porte encore une fois des radis étranges aux oreilles.

- Bonjour, dit-elle d'une voix rêveuse, presque endormie.

Ses cheveux blonds sont tressés avec des fils rouges, bleus, violets, roses et oranges. Les petites tresses volètent dans le vent.

- Bonjour Draco, ajoute-t-elle après un moment.

Sans doute vient-elle juste de le remarquer Sa voix est douce, comme si elle se moque de qui il est, de ce qu'il a fait par le passé. Mais peut-être n'a-t-elle pas distinctement conscience de cela, peut-être que cela - comme beaucoup de choses du monde réel - se perd dans quelque coin isolé de son esprit.

- Très joli ton T-shirt, Harry.

Harry baisse les yeux vers son T-shirt, bleu sans aucun motif excepté une tache marron au niveau de l'abdomen. Draco croise son regard et Harry hausse les épaules.

Ils parlent un peu tous les six. Ou plutôt, les cinq parlent et Draco écoute. Ginny leur vante le latte au potiron épicé que propose un salon de thé. Elle dit avoir regretté d'en avoir pris qu'un seul, qu'elle en aurait pris deux, ou même trois si son estomac et son porte-monnaie le lui avaient permis.

Draco la regarde, elle et Harry. Ils sont côte à côte mais ne se touchent pas. Il essaie de voir quelque chose qui pourrait lui indiquer qu'ils se sont aimés, qu'ils s'aiment encore, rien qu'un peu. L'ombre d'un rougissement sur les joues. Un tic nerveux. Un sourire un peu trop heureux. Mais il ne voit que deux amis qui parlent d'un latte au potiron, deux amis dont le rouge des joues ne vient que du vent froid, et son souffle se stabilise à cette pensée.

- Au revoir, dit Harry aux deux filles, lorsqu'elles s'apprêtent à partir.

Harry, Hermione et Ron disent aurevoir à leur tour et tous se prennent dans les bras, comme s'ils ne se reverraient pas avant Noël. Draco les regarde un peu à l'écart, ayant l'impression d'observer quelque chose de très beau mais de très lointain, comme un tableau qu'on ne peut qu'admirer de loin, sans jamais pouvoir se fondre dans ses paysages colorés.

Il comprend ce besoin qu'ont les gens, aujourd'hui, de s'embrasser, de se prendre dans les bras, de se rappeler continuellement leur amour. La guerre a enraciné en eux l'idée que rien n'est éternel et que l'amour plus que toute chose ne doit pas être retenu. Draco comprend ce besoin. Il aurait juste aimé avoir lui aussi, quelqu'un à prendre dans ses bras.

Mais Luna n'hésite pas avant de le prendre dans ses bras elle aussi, bien qu'il n'ait jamais eu d'autres mots pour elle que des insultes et des moqueries. Bientôt, Ginny le serre aussi dans ses bras, et même si l'étreinte est maladroite et traduit un certain malaise, il sourit un peu.

- A bientôt ! s'écrit-Luna alors qu'elle s'éloigne déjà.

Elle s'arrête soudain et regarde le trio et Draco.

- Oh ! Et faites attention, les chats sont souvent porteurs de mauvaises nouvelles !

Confus, Draco cherche ses yeux, mais Luna s'est déjà retournée et sautille aux côtés de Ginny.

Ron rit lorsqu'il intercepte son regard plein d'incompréhension.

- Honnêtement, j'ai arrêté d'essayer de comprendre ce que dit cette fille.

- Elle peut dire des choses intelligentes, dit Hermione en resserrant son écharpe rouge et or autour de son cou. Parfois.

Ils rient et continuent leur chemin, longeant les magasins lumineux de la rue principale.


Il ne leur fallut finalement que peu de temps pour goûter le latte au potiron dont Ginny leur avait parlé.

Le salon de thé se trouve dans la rue principale, là où, l'année dernière, une boutique de balais avait été détruite par des Mangemorts. La façade est colorée et accueillante, si semblable aux constructions de l'après-guerre où toute couleur sombre est proscrite pour donner l'impression que la vie reprend, et qu'elle reprend bien.

Ils s'installent près de la fenêtre, à une table circulaire décorée d'un bouquet de fleurs séchées. Peu de temps après avoir commandé, leurs boissons apparaissent devant eux. Harry boit une gorgée de son latte et écarquille les yeux. Ginny a raison : la boisson est divine.

- Quel sort ont-ils jeté sur cette boisson pour qu'elle ait ce goût ? demande Draco en soufflant sur ses doigts aux extrémités rougies par le froid.

Harry doit faire un effort pour résister à la tentation de prendre ses doigts fins dans ses mains et de les réchauffer lui-même.

Ron ne répond pas, trop occupé à boire son latte à une vitesse extraordinaire, les yeux clos de plaisir.

- Pas de sort, souffle la serveuse qui passait entre les tables, ses cheveux bleus tombant en cascade sur son tablier blanc. Seulement un très léger extrait de pistil de fleurs de lune.

- De fleurs de lune ?

- A chaque pleine-lune, les fleurs de lune poussent aux pieds des arbres centenaires dans les forêts magiques, clarifie automatiquement Hermione sans ciller. Elles permettent de relever le goût de toutes les saveurs, quelles qu'elles soient.

La serveuse sourit.

- Exactement.

Après avoir reposé son verre, Ron fronce les sourcils.

- Pourquoi est-ce que je n'étais pas au courant de cette information hautement importante ?

Hermione croise les jambes et jette un regard indéchiffrable à son petit-ami.

- Parce que tu n'écoutes jamais en cours de Botanique.

Elle penche légèrement la tête. Ses yeux bruns pétillent de malice.

- Et parce que tu es tout sauf talentueux en cuisine.

Ron baisse les yeux vers la table en acajou. Ses sourcils sont froncés, sa bouche comiquement tordue, comme s'il était la victime d'une farce de mauvais goût.

- C'est vrai Ron, dit Harry, en tentant de retenir le rire qui gonfle dans sa gorge. La dernière fois que tu as voulu faire une omelette au Terrier, tu as activé le sort d'extinction d'incendie.

Harry ne peut empêcher un petit hoquet de franchir ses lèvres au souvenir de la cuisine enfumée, d'un Ron semblant infiniment surpris, une spatule en bois à la main, la bouche grande ouverte, et d'un Percy excédé à deux mètres de lui, qui hurle quelque chose à propos de crétinerie congénitale.

Ron ne dit rien pendant un moment. Il a déjà fini sa boisson et son verre trône devant lui. Le matériau transparent déforme sa main, agrandi ses doigts et les décale du reste de sa main.

- A ta place je ne me moquerais pas de moi. Tu as eu toi aussi ton lot de situations gênantes.

A côté d'Harry, Draco boit une gorgée de sa boisson et lui adresse un sourire qui n'a rien de timide et tout d'espiègle.

- Potter ? Le sauveur du monde a des secrets gênants ? Impossible.

Le rouge envahit les joues d'Harry lorsqu'il distingue du coin de l'œil Ron ouvrir la bouche. Il ne sait pas encore ce qu'il va dire mais il peut déjà savoir que la gêne va être immense. Peut-être devrait-il mieux se lever et quitter le salon de thé en courant. Peut-être même que fuir à l'autre bout du monde ne serait pas une mauvaise idée. Il a soudain envahi d'aller élever des dragons en Roumanie, ou autre-part : dans un lieu encore plus retiré du monde sorcier.

- Tu es au courant pour sa carte de Poudlard ?

Harry ferme les yeux. Il sent Draco lui jeter un coup d'œil.

- Sa carte magique ? Oui.

- Eh bien avant votre rapprochement, notre cher Harry ici présent a développé un loisir qui consistait à suivre avec la plus grande attention tous tes déplacements. En fait, cette obsession pour ta Némésis n'a pas cessé avec la naissance de votre amitié, n'est-ce pas Harry ?

Harry grommelle quelque chose d'incohérent et se morigène intérieurement d'avoir oublié sa cape d'invisibilité dans sa malle. Plus que des sorciers maléfiques, c'est de ce genre de situations qu'il veut se cacher.

Etonnamment, Draco ne dit rien et quand Harry relève la tête, il découvre que le jeune homme est aussi rouge que lui.

Il n'ose pas se tourner vers Hermione, mais il sait qu'un sourire calculateur est peint sur son visage.

Lorsqu'ils ont fini, ils vont à Honeydukes où Ron fait des réserves de sucreries pour au moins trois ans, puis ils vont à Derviche et Bang et passent un long moment à observer les nouveaux objets magiques que la boutique propose : des guirlandes de citrouilles qui chantent, des globes terrestres qui tournent tout seuls, des sphères de feu volantes... A chaque fois qu'Harry entre dans une boutique de produits magiques, il ne peut s'empêcher de manifester son émerveillement devant un tel déploiement de magie. Cela au beau faire des années et des années que Hagrid s'est présenté à lui le jour de ses onze ans, il a l'impression que c'est hier seulement qu'il a découvert que lui, Harry Potter, le garçon sous l'escalier, est un sorcier.

Enfin, après des heures et des heures passées dans les boutiques et à profiter de la joie des rues de Pré-au-Lard, il est temps de rentrer. Ils sont tous fatigués d'avoir trop mangé, trop marché et trop ri et ils ne parlent guère sur le chemin du retour, mais c'est un silence qui est confortable, comme après un festin lorsque le ventre est plein et que le sommeil arrive.

Ils ont parcouru la moitié du parc de Poudlard lorsqu'un chat fait irruption sur la pelouse. Une seconde plus tard, c'est une femme qui se tient à sa place. Ses traits sont plongés dans la semi-obscurité du soir mais Harry ne peut pas ne pas remarquer leur crispation plus accentuée que d'ordinaire. Elle redresse ses lunettes d'un geste vif. McGonagall a son visage des mauvais jours.

Harry croit qu'elle va lui dire quelque chose – c'est toujours à lui qu'elle s'adresse lorsqu'elle a cette tête, lui semble-t-il - mais c'est Draco qu'elle regarde.

- Monsieur Malfoy, je suis désolée d'interrompre aussi brutalement votre soirée mais je pensais que cette information ne pouvait attendre plus longtemps.

Elle prend une grande inspiration.

- Saint-Mangouste m'a contacté il y a de cela une quinzaine de minutes : c'est votre mère.

Draco cligne des yeux. Une fois. Puis deux. Est-ce des larmes qui brillent dans ses yeux ?

Harry pense à Luna qui dit beaucoup de choses qu'il ne comprend pas. Des choses qui n'ont aucun sens. Mais parfois, parfois, il y a ces mots qui surgissent de nulle-part et qui sont plus vrais que tout ce qu'il a déjà entendu en cours de Divination.

Les chats sont souvent porteurs de mauvaises nouvelles

Les mains de Draco tremblent. Derrière eux, le soleil a disparu.