Bonjour !

Merci de l'accueil que vous avez fait au prologue :) J'espère que la suite de cette histoire vous plaira tout autant.

En décembre, je publierai un chapitre chaque mercredi. Pour vous donner une idée de mon avancée, à l'heure où j'écris ces lignes j'ai écrit 7 chapitres.

Bonne lecture.


Mrs. Bones
Pardonnez-moi de vous déranger, je sais que nous avons rendez-vous la semaine prochaine, mais est-il possible de vous voir plus tôt ? Demain par exemple ? Ou après-demain ?
Merci d'avance
H. P.

Mr. Potter,
Je peux vous proposer une séance ce soir à 19h.
Bien cordialement
Dr. Jane Bones

J'arrive par Cheminette dans le salon comme à mon habitude. D'ordinaire Mrs. Bones n'accepte pas que ses patients entrent ainsi chez elle, mais pour moi elle a accepté de faire une exception. Il faut dire que ma situation est particulière. Si on me prenait en photo en bas de son immeuble, elle ferait la couverture de la Gazette du Sorcier dès le lendemain. De la même manière, je ne peux pas risquer de croiser ses autres patients qui pourraient trouver un intérêt à vendre l'information aux journalistes.

Comme toutes les semaines depuis plus de quatre ans, je suis accueilli par Mrs. Bones et son sourire chaleureux. Elle me serre la main avec fermeté et m'invite à la suivre dans la petite chambre qui lui tient lieu de cabinet. Je m'assois toujours dans le fauteuil rouge plutôt que sur le divan recouvert d'un velours bleu ciel qui m'irrite au toucher. Ma psychomage s'installe dans son propre fauteuil, jumeau du mien, son carnet sur les genoux et sa plume à la main. Comme d'habitude, la Plume à Papotte qu'elle utilise avec la plupart de ses patients reste sagement sur le bureau. Trop de mauvais souvenirs. Lorsque j'en vois une s'agiter sur le parchemin, même si on m'assure qu'elle ne prend pas note de mes paroles, les mots se bloquent dans ma gorge et il m'est impossible de prononcer le moindre mot.
— Qu'est-ce qui vous amène, Harry ? J'imagine qu'il y a eu un imprévu pour que vous demandiez à avancer votre séance.
Je hoche la tête. Je n'essaye pas de fuir, je sais très bien pourquoi je suis ici. J'ai besoin d'en parler à quelqu'un et il était impensable d'attendre encore une semaine entière avant de vider mon sac. D'une main tremblante, je sors un parchemin de la poche arrière de mon jean. Il est déjà tout froissé et plié alors que je l'ai reçu hier.
— J'ai reçu… cette lettre.
Je la déplie machinalement avant de la tendre à Mrs. Bones. Néanmoins elle n'esquisse pas le moindre geste et garde ses mains sur son carnet.
— De qui provient-elle ?
Ça bloque immédiatement. Pourtant Merlin seul sait combien de fois j'ai prononcé ce nom dans l'intimité de ce cabinet. Aujourd'hui, ça me paraît insurmontable.
— Lisez-la, s'il vous plaît, je murmure en espérant naïvement échapper à l'exercice qui se profile.
— Vous savez très bien qu'en me montrant que vous êtes incapable de me dire qui vous l'a envoyée et ce qu'elle contient, vous m'encouragez à insister pour que vous me racontiez tout ça à voix haute.
Je sais. C'est toujours comme ça. Mes yeux se posent sur le haut du parchemin où l'écriture fine et pointue me nargue. J'aurais reconnu cette écriture entre mille. Avant même de l'ouvrir, je savais qui me l'envoyait rien qu'en observant la façon dont était tracé le P de Potter. J'aurais aimé trouver la force de ne pas ouvrir cette lettre. Je l'ai rangée dans le tiroir de mon bureau et j'ai essayé de passer à autre chose. J'ai tenu un quart d'heure avant de déchirer l'enveloppe, le cœur battant.

Je ne m'attendais pas à recevoir ce courrier, mais il m'est arrivé d'en rêver. Surtout l'année dernière, quand avec Mrs. Bones nous travaillions sur les souvenirs liés à cette personne. Je lui en ai même écrit, une lettre. Elle doit encore être dans mon dossier, je n'avais voulu ni l'emporter, ni l'envoyer. Mrs. Bones était contre l'idée que je la détruise et m'a proposé de la conserver au cas où je souhaiterais la relire un jour. Je pressens qu'elle va me la ressortir. Je la connais.
Les minutes passent. Je commence à paniquer. Il faut absolument que j'arrive à en parler aujourd'hui. Je suis venu pour ça. Je sens venir une de ces séances dramatiques où je me retrouve incapable de parler. Il n'y a rien de pire.
— Qu'avez-vous fait cette semaine ?
Il faut que je réponde. J'ai la réponse toute prête dans ma tête. J'ai commencé à travailler sur un nouveau roman. Ron m'a parlé d'une affaire sur laquelle un de ses collègues travaille en ce moment, une sombre histoire de trafics de potions de sommeil et ça m'a inspiré. J'ai passé la nuit de mardi à prendre des notes, jusqu'à tomber de fatigue au petit matin. Cela faisait longtemps que je n'avais pas fait de nuit blanche.
— Comment vont vos amis ? me demande encore Mrs. Bones.
— Très bien.
Enfin quelques mots franchissent mes lèvres.
— Vous les avez vus cette semaine ?
— Ron est venu à la maison lundi soir.
— De quoi avez-vous parlé ?
— Du Ministère, de son patron qui lui tape sur les nerfs, d'Hermione. Et un peu de mon dernier livre qu'il a enfin pris le temps de lire.
Mrs. Bones poursuit ses questions qui ont le mérite de me débloquer. Ça me fait du bien, même si j'appréhende le moment où elle va revenir sur la raison de ma venue.
— Il est sorti le mois dernier, je me trompe ? Comment il s'appelle déjà ?
— Lily Moon et la baguette de pouvoir.
— Il se vend bien ?
— Mon éditeur est content. Il a fait un meilleur démarrage que le précédent.
C'est mon troisième roman, le troisième de la série policière Lily Moon. J'écris des histoires depuis trois ans déjà, toujours autour du même personnage : une Auror orpheline avide de sensation et de justice. Le premier tome a eu un immense succès, le second a bien moins marché. J'ai beaucoup d'espoir dans ce nouveau roman. Je pense que c'est mon préféré.
— Qui vous a envoyé cette lettre ?
— Drago Malefoy.
Si elle est surprise, ma psychomage n'en montre rien. Elle me regarde droit dans les yeux.
— Et pourquoi il vous a écrit ?
— Pour me demander pardon et pour…
Je m'arrête. Je ne peux pas dire ça. Les larmes me montent aux yeux, je me contiens avec difficulté. Mrs. Bones ne me quitte pas du regard, elle attend. Je prends une profonde inspiration, ferme les yeux. Il faut que je le dise.
— Pour me dire qu'il m'aimait. Ou plutôt qu'il m'avait aimé à l'époque, je corrige d'une voix tremblante.
Cette fois, je ne peux pas observer la réaction de Mrs. Bones car mes yeux sont complètement embrumés de larmes. Les émotions me submergent, comme la première fois que j'ai lu la lettre. Ça déborde en moi et je ne sais plus comment les gérer. Alors je pleure. Mrs. Bones fait léviter jusqu'à moi la boîte de mouchoirs dans laquelle je me sers sans me faire prier. Elle attend patiemment que je retrouve un semblant de calme avant de reprendre la parole.
— Il vous a demandé pardon dans cette lettre, et il vous a avoué qu'il vous avait aimé.
L'entendre dire par une autre personne est encore plus déstabilisant. Ça rend cette information encore plus réelle. Il m'a aimé. Drago Malefoy m'a aimé. Et jusqu'à aujourd'hui, je n'en avais aucune idée. Je parcours la lettre les yeux, mais je la connais déjà par cœur.
— Qu'est-ce que vous ressentez actuellement ?
— J-je ne sais pas.
J'attrape le parchemin posé sur la table basse à ma droite. C'est une liste des émotions que Mrs. Bones met toujours à disposition. Moi, ça m'aide à faire le tri et à mettre des mots. Mais là, tout de suite, j'ai l'impression que je les ressens toutes.
— La colère, la tristesse, la peur, le dégoût, la culpabilité. La honte aussi, un peu.
Et la joie. Je n'ose pas le dire. Alors je le garde pour moi.
— Sur une échelle de 1 à 10, vous avez l'impression que cette lettre vous perturbe à combien ?
— 12.
C'est pour ça que je suis venu. Je ne fais que lire et relire cette lettre depuis que je l'ai ouverte. J'ai fait des cauchemars toute la nuit sur l'époque de Poudlard, et sur Drago. Je me suis revu dans les toilettes, au manoir Malefoy, dans la Salle sur Demande. Et je n'avais personne à qui en parler. Personne n'est au courant. Seulement ma thérapeute.

Mrs. Bones hoche à nouveau la tête et prend des notes. Je reste silencieux et m'enfonce un peu plus dans mon fauteuil. Après avoir posé sa plume, elle tire sa baguette de sa manche et l'utilise pour faire glisser la Pensine jusqu'à moi. Je me raidis. Déjà ? Je penserai qu'on parlerait encore un peu avant d'aller fouiller dans mes souvenirs.
— Fermez les yeux, comme d'habitude, commence la sorcière.
Je m'exécute avec une certaine appréhension.
— Pensez à cette lettre que vous tenez dans vos mains. Pensez à Drago. Imaginez-le en train de vous écrire.
J'ai peur, mais j'obéis. J'ignore à quoi il ressemble aujourd'hui alors que je visualise à 18 ans, la dernière fois que je l'ai vu, lors de son procès. Il doit porter des robes de sorciers luxueuses. Le dos courbé sur son courrier, comme à Poudlard. Son écriture acérée. Je me revois en sixième année, lorsque je le suivais dans les couloirs comme une ombre.
Le souvenir m'échappe sans que je puisse le contrôler. C'est une sensation froide sur ma tempe à laquelle je suis habitué. Ça ne dure que quelques secondes. Je rouvre les yeux pour observer le filament argenté tomber lentement dans la Pensine.
— Je vous laisse regarder ?

Je plonge tête la première. Je suis dans un couloir de Poudlard. Le moi de 16 ans a la Carte du Maraudeur dans une main, ma baguette dans l'autre. Je ne suis plus un enfant, mais je me trouve un air encore innocent. À cette époque, j'ai l'impression d'avoir connu le pire, mais je n'ai aucune idée de ce qui m'attend.
Je dépasse la version jeune de moi-même pour m'approcher de la personne que je suis à la trace, à savoir Drago. Il marche à grand pas, dans cette robe noire très seyante qu'il portait souvent cette année-là. Il n'a pas sa cape d'uniforme, seulement sa cravate. Elle est trop serrée, il a l'air d'étouffer. Le jeune moi le suit le plus discrètement possible. Je pense que si Drago avait été un peu attentif ce jour-là, il m'aurait remarqué. Mais son esprit était ailleurs. Il doit déjà penser à sa prochaine tentative de réparer l'armoire à disparaître dans la salle sur demande. Il doit penser à ses parents. Et je réalise que peut-être, il pense aussi à moi.
À ce moment, j'étais complètement obsédé par lui. Bien sûr, j'avais l'excuse de vouloir le démasquer et savoir si oui ou non, il avait pris la Marque. Cependant, il y avait plus que ça. Seulement, je refusais de le voir. Il était impossible d'envisager quoi que ce soit. C'était plus qu'une obsession. J'aurais pu suivre ses mouvements sur la carte. Oui, j'ai parfois demandé à Dobby de surveiller Drago à ma place, mais j'appréciais plus que tout le faire moi-même. Le suivre. Le regarder. Le dévorer des yeux.
Il était tellement beau à 16 ans. La Pensine ne rend pas justice à la nuance argentée de ses cheveux et encore moins à ses yeux d'orage. Mon cœur se serre. Il m'aimait. Si la version de moi-même qui actuellement le suit avec acharnement sortait de sa cachette et lui tendait la main, est-ce qu'il la prendrait ? Est-ce que l'histoire aurait pu être différente ? Est-ce qu'on aurait pu s'aimer ?
Je suis arraché au souvenir qui s'étiole soudainement. Me revoilà dans le fauteuil de Mrs. Bones. Cette dernière récupère mon souvenir pour le placer dans une minuscule fiole qu'elle me tend. Je la récupère immédiatement pour la fourrer au fond de ma poche.
— Qu'avez-vous vu ?
— La sixième année, quand je passais tout mon temps libre à surveiller Drago.

Je me force à l'appeler Drago. Mrs. Bones y tient. Malefoy, c'est trop impersonnel et ça ne m'aide pas à le distinguer de son père. Elle tient à ce que je le considère comme une personne, pas comme le fils d'un ennemi. Au début, c'était difficile. Son prénom me laissait un goût amer dans la bouche. Aujourd'hui, ça va mieux. J'ai pris l'habitude.
— Qu'est-ce que ça vous évoque ?
— Du regret.
— Pourquoi ?
— Parce que je me dis qu'on s'est manqués ?
Mrs. Bones soupire. Je me mords la lèvre.
— Quand est-ce qu'il était amoureux de vous exactement ?
Amoureux de moi. Amoureux de moi. Amoureux. C'est surréaliste.
— Dans sa lettre, il dit que c'était en quatrième année. Mais qu'il ne l'a vraiment accepté qu'en septième année quand…
— Quand vous étiez en fuite et donc absent de Poudlard, complète ma psychomage. Si vous aviez su, qu'auriez-vous fait ? Si vous aviez su que Drago vous aimait dans ce souvenir.
Je réfléchis. Rien. Je n'aurais rien fait. Cette information m'aurait au mieux terrifié, au pire dégoûté. Si j'avais su, j'aurais fui le plus loin possible. Je reste silencieux, baisse les yeux.
— Vous vous souvenez de la lettre que vous lui aviez écrite ?
— Oui.
Comment oublier ? J'ai connu des séances très dures, des séances où je ressortais dans un état pire que celui dans lequel j'étais arrivé, mais celle durant laquelle j'ai écrit cette lettre était particulièrement intense. C'était la première fois que je mettais des mots sur ces sentiments confus qui m'envahissaient dès que je pensais à Drago.
Un parchemin vole jusqu'à moi. C'est la lettre en question. Je range celle de Drago dans ma poche. Mrs. Bones me regarde par-dessus ses lunettes. J'inspire profondément avant de m'emparer du vieux parchemin.
— J'aimerais que vous me la relisiez à voix haute.
J'en aurais mis ma main au feu. Je me racle la gorge. Ce n'est pas la première fois que je fais cet exercice. Je l'ai lue à haute voix encore et encore. Jusqu'à ce que ça rentre. Jusqu'à ce que la honte s'estompe, au moins en partie.

Drago,
Cette lettre est un peu étrange et je ne sais pas bien pourquoi je te l'écris. Je crois que tout simplement, j'ai beaucoup de choses à te dire. Il y a tellement de choses que je ne t'ai pas dites.
On n'a jamais été amis, je dirais même qu'on était plutôt ennemis. Surtout quand on était enfants. En grandissant, c'est devenu un peu plus compliqué. Pour moi en tout cas.
Il faut que je vide mon sac et que j'arrête de tourner autour du pot. Je t'ai tellement, tellement désiré Drago. Ça me rend dingue encore aujourd'hui d'y repenser. J'ai honte. Parce que ça n'aurait jamais dû arriver, parce qu'il a fallu que ça soit toi entre tous les mecs de Poudlard. En même temps, tu es aussi celui que j'ai le plus observé, le plus dévisagé, le plus suivi en douce.
En 6e année, j'étais complètement obsédé par toi. C'est là que je me suis rendu compte que plus que de te mettre mon poing dans la figure, j'avais envie de te déshabiller et de te baiser. J'ai refoulé ce désir tellement profondément que la plupart du temps, j'oubliais qu'il existait. Et puis je te croisais dans un couloir avec ta foutue cravate trop serrée et ça me tordait le ventre. J'arrive pas à comprendre pourquoi c'est arrivé, mais le fait est qu'avec les mois, tu es devenu l'un de mes plus grands fantasmes. Si tu savais tout ce que je t'ai fait dans mes rêves. Je savais même pas que c'était possible d'être attiré par un mec. Ça me terrifiait d'être, encore une fois, anormal et bizarre.
À la fin de la guerre, ça a été pire. Je n'arrivais pas à me sortir ce qu'on avait vécu de la tête. Le manoir, ta baguette, la salle sur demande. Je pensais tout le temps à toi. À tes bras autour de ma taille, à tes yeux gris saisissants. Je me suis convaincu que j'étais amoureux de toi. Je ne sais pas si c'est vrai, de toute manière j'étais complètement en vrac à cette époque. Incapable de penser de façon cohérente. Je ne sais pas pourquoi je me suis arrivé à croire que si je t'évitais la prison, tu me tomberais dans les bras. Mais tu es quand même allé en prison, malgré tous mes efforts. Lors de l'audience, tu ne m'as pas regardé une seule fois. Quand tu es sorti, j'ai cru que tu viendrais me voir. J'ai attendu. J'ai attendu un an. Après, ta période de sursis s'est terminée et tu as fui en France. J'ai cru que j'allais crever. J'ai voulu crever.
Tu te foutrais tellement de ma gueule si tu lisais cette lettre. J'imagine ce rictus insupportable sur ton visage. Ça me donne envie de vomir. Tu me donnes envie de vomir. Penser que j'ai pu avoir envie de coucher avec un type comme toi, pire, que je t'ai aimé, ça me fout la gerbe. Ça n'aurait pas dû arriver.
Je sais pas ce que je veux. Je crois que j'aimerais te revoir. Pour mettre de l'ordre dans tout ce bordel. Comprendre enfin ce que je ressens. J'aimerais te revoir et réaliser que tout est terminé, que je ne ressens plus rien pour toi.
Harry.

Je n'ai pas été capable de faire des belles phrases comme lui, et encore moins de présenter une pensée cohérente. Cependant lui, il a dû écrire et réécrire sa lettre jusqu'à ce qu'elle soit parfaite, car il comptait réellement l'envoyer. La mienne relève plus du journal intime que de la correspondance.
Il dit que son amour n'était pas sain et pur, mais en me relisant, je me rends compte que j'étais bien pire. Il me décrit ses sentiments et moi je raconte combien j'avais envie de le baiser. Le gouffre entre nous ne pourrait pas être plus grand.
Cette lettre m'a occupé plusieurs séances. J'ai essayé de comprendre comment c'était arrivé, pourquoi lui en particulier. Ce n'était pas qu'une histoire de physique. Il y avait bien plus que ça. Je pense que le refoulement de ma sexualité a beaucoup joué. Fantasmer sur Malefoy, c'était un moyen de concentrer cette attirance pour les hommes en une personne totalement inaccessible. Parce qu'il était impossible qu'il m'aime et me désire en retour, c'était presque rassurant. Sans compter qu'il est évident que je ne parviens pas à laisser quelqu'un m'aimer. Il suffit de voir comment ça s'est terminé avec Ginny.

Mrs. Bones pense que c'est dû à mon enfance. J'ai l'impression de n'avoir jamais aimé, je n'ai pas connu mes parents et ma seule famille m'a toujours rejeté. Personne ne m'a appris ce que c'était, l'amour. Résultat, je le cherche partout, inlassablement, y compris là où il n'est pas, sans être capable de le reconnaître quand il est vraiment là. Je ne sais pas si c'est vrai ou si c'est de l'analyse à deux mornilles.
Et dire que mon pouvoir sur Voldemort, c'était l'amour. Quelle connerie. L'amour a été mon arme, mais maintenant que le combat est terminé, je suis perdu. Je ne sais pas comment aimer, une fois sorti du champ de bataille.
— Ça vous fait quoi de relire ces mots maintenant que vous savez ce qu'il vous aimait ?
— Ça me met en colère.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il a attendu sept ans pour me le dire.
C'est long, sept ans. Et encore, s'il m'aime réellement depuis la quatrième année, ça fait encore plus longtemps que ça.
— Vous auriez voulu qu'il vous contacte plus tôt ?
— Je ne voulais pas qu'il quitte l'Angleterre. Je l'ai attendu. S'il m'aimait, pourquoi il n'est pas venu ?
— Comment aurait-il pu savoir que vous éprouviez des sentiments à son égard ?
Il n'aurait pas pu savoir, c'est vrai. Il n'a aucune idée de ce que je pouvais ressentir. La preuve, il m'envoie cette lettre pour se faire pardonner et étale ses sentiments comme une excuse pour son comportement odieux. Je lui en veux tellement.
— Est-ce que vous allez lui répondre ?
— Non, je réponds immédiatement.
Je n'ai même pas besoin de réfléchir pour savoir que je ne répondrai pas. C'est impossible. Je ne veux pas lui écrire encore. Je n'ai rien à lui dire. J'ai tourné la page depuis longtemps. Cette lettre déterre suffisamment de souvenirs sans avoir besoin d'en rajouter. De toute manière, qu'est-ce que je lui dirai ?

Salut Drago, j'espère que tu vas bien. T'inquiètes pas, je t'ai pardonné depuis un bail. Au fait, j'avais grave envie de coucher avec toi quand on était à Poudlard et même après. Dommage ! Au plaisir de se recroiser. Bises

Je ne peux décemment pas lui répondre ça. Alors il vaut mieux que je m'abstienne.
— Et si vous essayiez de me lire à voix haute la lettre de Drago ? Comme ça je pourrais en prendre connaissance.
Je serre les dents. Elle pourrait tout aussi bien la lire toute seule. J'inspire profondément et lui rends ma vieille lettre avant de sortir à nouveau le parchemin signé par mon… puis-je encore l'appeler mon vieil ennemi ? Mon ancien fantasme ? Mon vieux camarade de classe ? Je serais incapable de décrire le lien qui nous unit aujourd'hui. Il a été tellement de choses pour moi.
— Allez, levez-vous Harry. Et lisez-moi cette lettre.


J'espère que ce premier vrai chapitre vous a plu. N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire pour me donner votre avis.

A mercredi prochain !