Le souffle aimé ralentit et son coeur fit de même en s'en rendant compte. Les longs cheveux pâles qu'il avait maintes fois caressés s'étalèrent sur ses épaules, lui effleurant le cou et il hoqueta quand le temps d'un instant leurs yeux se rencontrèrent. L'espace de quelques secondes, il vit tout ce qu'il n'avait pas vu jusqu'alors. La dévotion, le respect, l'admiration et surtout l'amour dans ce regard qu'il avait maintes fois admiré en cachette, désespérant de se faire remarquer par lui. Mais il n'était qu'un homme,un mortel. Comment pourrait-il prétendre le mériter ? Alors quand un autre coeur s'était épris de lui, il avait laissé s'envoler ses espoirs et attrapé au vol cette échappatoire que lui offrait la vie.

Un voile brumeux tomba sur les prunelles et le poids de la tête sur son épaule lui parut soudain bien infime à côté de celui reposant sur son coeur.

Une unique larme glissa le long de sa joue et effleura la joue pâle avant de s'écraser au sol, dans un silence total.

Brisé, il déposa réverencieusement le gardien de la Lórien sur le sol, se jurant de retrouver son corps et se jeta à corps perdu dans la bataille.

L'homme, les yeux tourmentés marchait depuis maintenant des heures cherchant des yeux un signe. Quelque chose qui lui indiquerait qu'il avait été là quand la vie l'avait quitté. Un instant infiniment long après, il s'arrêta net et tomba à genoux dans un bruit sourd, observant malgré lui, ce qu'il restait du corps de son aimé. Une carcasse. Dépouillée par les charognards. Il lui sembla entendre un craquement en lui et une souffrance le déchira, le contraignant à se plier en deux. Il haleta faiblement, peinant à reprendre son souffle puis renonça et se laissa tomber au sol, les yeux écarquillés. Sa main se tendit et se referma sur la dague à sa taille. Resserrant sa main sur la fraîcheur rassurante de la lame, il ramena vers lui son bras et leva les yeux vers le ciel, adressant une dernière prière aux divinités avant d'abaisser l'arme, grimaçant quand elle perfora sa chair. Son souffle ralentit et il ferma les paupières acceptant calmement sa destinée.

Un sourire aux lèvres.