Chapitre 1 : Voie 9 3/4
– Tu promets de nous écrire?
– Tous les jours, affirma Lily, la gorge nouée, les larmes aux yeux.
– Tu as ton chaudron ? Ta baguette ? Ton balais ?
Malgré l'émotion qui s'était emparée d'elle, Lily Evans éclata de rire, amusée.
– Un balais ? Tu sais bien que j'ai le vertige, maman.
– On ne sait jamais, sourit Dahlia Evans, ses incroyables yeux verts en amande étincelant d'amour et de tristesse.
Lily eut un drôle de rire et enlaça longuement sa mère. Patrick Evans les regardait, lui-aussi ému. C'était toujours difficile de laisser sa cadette s'envoler pour Poudlard après deux mois de bonheur, tout en sachant qu'il la retrouverait à son retour toujours plus changée, plus mature, plus épanouie, plus joyeuse, plus malicieuse et plus… éloignée de leur monde. Le plus dur serait lorsqu'elle reviendrait avec un petit-ami. Aussitôt, une douloureuse d'amertume faillit le faire s'étouffer. Ah non ! Décidément, il n'était pas près pour ça.
Il se racla la gorge en essayant d'effacer cette affreuse image de son esprit et rappela d'un ton artificiellement sévère :
– Le train part dans quinze minutes, mademoiselle Evans.
– Monsieur, protesta Lily, toujours dans les bras de sa mère. Je serais bien mieux encline à partir si la lourde malle à ma droite pouvait se déplacer toute seule.
Patrick Evans haussa un sourcil.
– Tu es une sorcière.
– Vous savez bien que ce que vous sous-entendez de manière si honteuse est interdit ici, chère père.
– Bien entendu. Serait-ce un message caché, alors ? s'enquit Patrick Evans, le regard habité par une lueur faussement réprobatrice.
– Pas le moins du monde ! s'exclama sa fille avec malice.
Patrick Evans soupira et se chargea de la grosse valise de Lily en grommelant. Cette dernière se dégagea avec douceur des bras de sa mère et avisa tristement sa sœur aînée, Pétunia, qui attendait sur le côté. La jeune fille s'approcha lentement d'elle, plongea son regard vert dans le sien et lui attrapa timidement les mains.
– Allez, Tunie, souris, dit Lily en essayant de paraître calme et sûre d'elle. On se revoit à Noël ! Et puis, en attendant, je pourrais t'envoyer quelques hiboux…
– Des hiboux ? Non merci. Ne peux-tu pas utiliser le service postal normal, comme tout le monde ? riposta Pétunia, ses yeux étrécis imaginant probablement la humble maison des Evans salie par des plumes et fientes d'oiseaux nocturnes.
La jeune sorcière tressaillit et tenta de ne pas prendre le dégoût de son aînée comme un affront. Elle se mordit la lèvre.
– Et si tu me disais plutôt ce qui ne va pas ?
– Je n'ai pas envie de te revoir partir pour cette école bizarre, répliqua Pétunia, ses bras pâles croisés sur sa robe d'été jaune et les paupières agitées de tics nerveux.
– Tu sais bien qu'elle fait mon bonheur, cette école, insista sa sœur, désemparée.
Pétunia ne pipa mot. Lily tenta de prendre un ton enjoué.
– Quand je reviendrai, on fera des batailles de boule de neige !
Sa grande sœur se détendit un peu, avant de se crisper de nouveau.
– Sans magie, hein ? s'inquiéta Pétunia en frémissant.
– Sans magie, affirma Lily avec un sourire forcé. Mais n'as-tu donc pas passé l'âge de te rouler dans la neige ?
– Jamais !
Les deux sœurs se jaugèrent du regard et, brusquement, fondirent dans les bras l'une de l'autre. Lily, se retenant de renifler, souhaita que cette embrassade ne prenne jamais fin. Elle aimait tellement sa sœur. Les yeux clos, elle inspira et expira doucement, les narines dilatées afin d'essayer de se souvenir de l'odeur si familière de sa grande sœur… Mais, malheureusement, un toussotement embarrassé de son père les rappela à l'ordre.
– Plus que dix minutes, Lily !
A contrecœur, Lily recula et fit un clin d'œil à Pétunia, qui, les lèvres pincées, s'était absorbée dans la contemplation du sol carrelé de la gare. La jeune fille embrassa sa mère pour la dernière fois et se redressa. Elle se rapprocha de son père en évitant de justesse une vieille dame se déplaçant avec une vitesse et une agilité étonnantes pour un âge aussi avancé et, ensemble, ils coururent vers les voies 9 et 10, zigzaguant entre les Londoniens hautains et réprobateurs devant tant de fougue. Arrivés là, Patrick redonna sa malle à Lily et la contempla avec affection, le regard brillant.
– Amuse-toi bien !
Il se ravisa.
– Mais pas trop quand même.
– Papa, râla la jeune sorcière. Je sais bien que Poudlard n'est pas un lieu pour faire la fête. J'étudie très sérieusement.
– Et c'est bien là ce qui m'inquiète, murmura son père. (Il se redressa.) On se voit pour décembre. En attendant, essaye de… d'être heureuse.
– D'accord, fit Lily en éclatant de rire. Je serai heureuse. Promis.
Patrick Evans embrassa sa fille sur le front qui, après un doux sourire et après avoir vérifié que personne ne la regardait, se retourna et se mit à courir, les joues roses. Il la regarda foncer dans le mur de pierre entre les deux voies, puis disparaître.
Longtemps après qu'elle se fût volatilisée, longtemps après même que le train eût pris son départ, il resta planté là. Puis, le cœur serré, il se remit en mouvement, comme au ralenti. Il se frotta les yeux et il fit demi-tour, avant de rejoindre sa femme ainsi que sa fille aînée.
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Lily Evans émergea sur la voie 9 3/4. Aussitôt, sa peine et son amertume s'envolèrent et un immense sourire fendit son visage en deux. Sur les rails, près au départ, la locomotive rouge qu'était le Poudlard Express crachait de grands panaches de vapeur. De nombreuses familles se pressaient sur le quai. Les parents criaient des dernières recommandations et enlaçaient les enfants retardataires.
Happée par cette foule, Lily eut du mal à s'orienter vers une porte de la locomotive. Partout, les sorciers criaient, les mères réprimaient leur tristesse et les étudiants affichaient un visage à la fois anxieux et réjoui. Enfin, elle atteignit la porte d'un wagon et hissa avec peine sa lourde malle à l'intérieur. Elle fut bousculée par un élève de première année apeuré qui, à en juger par ses lamentations, venait de perdre son chaton. Durant un instant, Lily songea à l'aider, car c'était son rôle de préfète. Mais le garçon poussa un cri de ravissement et se mit à serrer contre lui une adorable peluche noire qui s'était terrée sous la valise cabossée d'un élève.
Attendrie, la jeune sorcière se mit à déambuler dans le couloir, à la recherche de ses amies – bien qu'elle devrait rejoindre le wagon des préfets durant une grande partie du trajet qui se profilait. Derrière les fenêtres de la locomotive rouge, le soleil disparaissait et de gros nuages s'amoncelaient. Sérieusement intriguée, Lily se demanda pourquoi il ne faisait jamais beau lors du trajet aller du Poudlard Express. Le soleil ne daignait sortir qu'au retour. Après quelques secondes de exploration, la porte coulissante d'un compartiment s'ouvrit sur sa gauche. Aussitôt, Lily sentit une grande bouffée du parfum à la vanille de sa meilleure amie, Rena Finley, l'assaillir. À peine eut-elle le temps de lâcher sa malle que Rena fondit sur elle et l'étreignit de toutes ses forces.
Joyeuse, Lily s'esclaffa :
– J'ai l'air de t'avoir beaucoup manqué.
– Tu n'as pas idée, gémit Rena avec affliction.
Lily poussa sa valise à l'intérieur du compartiment, où discutaient joyeusement Isabelle Healmont, Alice Lometh et Ariane Vermen. Elle referma la porte du compartiment derrière elle et se laissa tomber sur un siège, la joie l'envahissant et n'arrêtant pas de sourire débilement
– Salut, les filles, s'exclama Lily en replaçant une mèche d'un roux foncé flamboyant derrière son oreille.
– Hello, Lily, fit Alice. Alors, tes vacances ?
– Regrettablement courtes, soupira l'intéressée.
Les cinq amies se mirent à échanger avec entrain, avec joie et bonne humeur. Alors que le sujet dévia sur les notes que chacune d'entre elles avaient obtenus aux BUSE, Lily arrêta de parler pour ouvrir sa valise. Elle en sortit son insigne de préfète dorée qu'elle épingla à son pull orangé avec soin, ainsi que son manuel de Potions de niveau 6 qu'elle posa sur son siège. Elle se leva et dut prendre congé de la fringante bande pour rejoindre les autres préfets de Poudlard. Au dernier moment, la jeune sorcière se retourna et contempla ses amies, un étrange sentiment lui serrant le cœur.
Il y avait Alice Lometh, la jeune sorcière aux cheveux noirs coupés courts et au visage mutin excellant en Botanique. En deuxième année, Lily s'était retrouvée nez-à-nez dans le train avec une étrange plante qui avait manqué de peu de la dévorer. C'était en réalité une fleur d'Alice, et lorsque cette dernière, après avoir apaisé la plante irascible, se confondit en excuses, embarrassée, Lily décida sur-le-champ qu'elle l'aimait bien.
Être amie avec Alice, c'était également l'être avec Isabelle Healmont, car les deux sorcières étaient tout simplement inséparables. Isabelle était une jeune fille toujours pleine d'énergie qui savait toujours tirer le meilleur dans chaque situation. C'était une grande brune aux nez saupoudré de taches de rousseurs et aux yeux noisettes constamment éclatant de vitalité. Elle était la meilleure en Astronomie, et si sa passion pour les étoiles, planètes et constellations en étonnait plus d'un, ses incroyables connaissances dans ce domaine les rendait tout simplement muets d'admiration.
Ariana Vermen ne s'était jointe au groupe qu'en troisième année. Jusque là solitaire et froide, elle se lia rapidement d'amitié avec les filles et apprit à s'ouvrir plus au monde. Fine, la peau pâle, la bouche délicate, le regard bleu et les cheveux souples et dorés, elle rendait les filles envieuses et faisait se retourner les garçons sur son passage. Elle avait d'excellentes notes sans jamais prendre le temps d'ouvrir un manuel ou d'étudier à la bibliothèque. Lily ressentait énormément d'affection pour elle, elle qui l'avait prise la première sous son aile il y a de cela trois ans et qui lui avait doucement montré comment partager une amitié.
Enfin venait Rena Finley. C'était la meilleure amie de Lily, et ce depuis son premier trajet dans la locomotive écarlate du Poudlard Express. Perdue, inquiète et nerveuse, Lily cherchait désespérément un compartiment libre. Le dernier n'étant occupé que par une seule personne, elle s'en était approché mais n'avait pas osé prononcer un mot ou entrer. Rena, sans lever les yeux, lui avait assuré qu'elle pouvait s'asseoir, comme si elle avait pu sentir sa présence derrière la vitre. Cela avait sorti la rousse pâle et immobile de sa torpeur qui, lentement, s'était assise en face d'elle.
Très mal à l'aise, Lily avait pris son livre de Métamorphose et commencé à le relire pour la centième fois depuis qu'elle en avait fait l'acquisition sur le Chemin de Traverse. Désemparée à l'idée que les autres élèves, issus de parents sorciers, sachent des choses très difficiles à rattraper pour une Née-Moldue comme elle, elle s'était plongée corps et âme dans la lecture de ses manuels scolaires tout l'été.
La voix de Rena l'avait tirée de sa lecture.
– Tu es en première année ?
Lily avait relevé les yeux et détaillé ses boucles brunes, ses yeux ambrés et son sourire confiant.
– Oui.
– Moi aussi.
– Ah bon, avait soufflé Lily, étonnée de voir autant d'assurance chez une nouvelle étudiante.
Un silence inconfortable s'était de nouveau installé. Lily avait tenté de se replonger dans son livre d'école, mais était troublée par les effluves de vanille qui venaient lui chatouiller les narines. Déconcentrée, elle avait abaissé son manuel.
– Ça sent la vanille.
– C'est mon parfum, avait répondu Rena de manière laconique.
Les joues empourprées, la rousse avait eu peur de l'avoir blessée. Puis elle avait murmuré, plus pour elle-même que pour son étrange interlocutrice :
– Je ne comprends pas pourquoi les filles veulent sentir comme des gâteaux.
Rena avait brusquement éclaté de rire, et Lily était restée momentanément surprise par la cascade de clochettes argentées qui avait résonné dans le compartiment. Et s'était sentie encore plus étonnée lorsque la jeune sorcière en face d'elle lui avait tendu une main ferme chargée de bagues d'aspect précieux.
– Rena Finley. Enchantée.
– Lily Evans, avait souri la Née-Moldue.
Cela avait été le début d'une longue et forte amitié. Lily avait vite découvert que la brune appartenait à une vieille famille de sorciers, et cette dernière avait été franchement intriguée par son origine. Sa curiosité avait été intarissable sur le monde des Moldus et elle avait été presque effrayée d'apprendre que ceux-ci devaient faire le ménage tout seuls.
Six ans plus tard, Lily repensait à tout ça, en regardant papoter les quatre personnes qui comptaient le plus pour elle à Poudlard. Soudainement émue, elle referma la porte du compartiment en étouffant les rires et les paroles des sorcières.
Dans le couloir, elle ne vit personne qu'elle ne connaissait vraiment. Elle rappela à l'ordre une deuxième année à la peau sombre qui jouait avec un Frisbee magique et qui s'amusait à l'envoyer dans les compartiment des étudiants plus âgés. Elle allait atteindre celui des préfets quand une voix douloureusement familière la fit sursauter.
– Hé, Evans !
Lily se retourna, détaillant le grand jeune homme aux traits droits, aux cheveux sombres tellement ébouriffés que cela en devenait comique, aux yeux noisettes pétillants cerclés de lunettes rondes et à la voix grave qui venait de l'interpeller. James Potter.
– Potter, le salua-t-elle poliment, ses doigts crispés sur le tissu en laine de son pull.
James Potter lui adressa un sourire franc et joyeux, et Lily se retint de lui dire ses quatre vérités. Comment osait-il lui parler avec autant d'aisance et de malice après ce qu'il avait fait avant les vacances d'été ? Après qu'il ait attaqué Severus, le poussant à prononcer des mots qui avaient été fatals pour l'amitié que partageait ce dernier avec Lily ? Elle qui lui était venu en aide ?
Certes, Potter n'avait pas contraint Severus à l'insulter. Ce n'était pas de sa faute. Soit. Cependant, il avait été l'élément déclencheur. Depuis ce jour, Lily n'arrivait pas à oublier les affreux mots « Sang-de-Bourbe » que le Serpentard avait craché avec haine. Pendant l'été, Sev, désespéré et désireux de se faire pardonner, avait beaucoup écrit à la jeune fille qui, la gorge nouée et les larmes aux yeux, n'avait réussi à lui répondre. Sa trahison lui avait laissé un goût ineffaçable dans la bouche, un goût amer qui l'empêchait de déglutir correctement lorsqu'elle pensait à lui.
C'était vers juillet, après une énième lettre reçue puis brûlée, que Lily s'était rendue compte qu'elle avait définitivement perdu son ami d'enfance.
Et cela lui avait fait mal.
James dut voir quelque chose dans son regard car il ajouta, d'un ton incertain :
– Tu m'en veux encore ? J'ai été incroyablement con, et je m'en excuse.
Surprise, Lily battit des cils, mais, très vite, le sorcier reprit la parole, le ton confiant et – sembla-t-il – un peu agacé...
– Mais je n'ai fait que révéler la véritable nature de Servilus. Je savais bien qu'il était cruel. Sans moi, tu n'aurais jamais su ce qu'il pensait de toi.
– Que… cruel… balbutia Lily en manquant de s'étouffer.
Elle ferma les yeux et, lorsqu'elle les rouvrit, ses deux émeraudes s'étaient changés en silex verts durs et tranchants.
– Comment ça, cruel ? Qui a attaqué qui, alors qu'il était sans défense ? Qui a fait ça parce que – si j'ai bien compris – son meilleur ami s'ennuyait ? Qui passe son temps à jeter des sorts aux autres simplement parce qu'il le peut ?
– Hé, Evans, du calme, j'ai déjà entendu ça quelque part, tenta de plaisanter James, mais il avait blêmi.
– Qui fait des farces avec ses trois autres amis débiles à longueur de temps sans se soucier si elles peuvent être dangereuses ou non ? Qui croit drôle d'embêter les Serpentard plus jeunes alors qu'ils n'ont absolument rien fait ?
– Je ne...
– Si lui est cruel, alors toi, tu n'es bon qu'à entrer dans les rangs du mage Voldemort, assena la rouquine, la voix froide.
Elle fit volte-face et gagna à grandes enjambées furieuses sa destination. La sorcière ouvrit d'un claquement sec la porte, faisant sursauter Remus Lupin qui attendait déjà à l'intérieur du wagon des préfets, absorbé par les pages d'un livre sur les créatures magiques. Elle s'assit en le saluant brièvement et, en se mordant la lèvre inférieure, elle se demanda fugitivement si Potter n'avait pas raison, et si elle n'avait pas été un peu trop abrupte...
James, qui l'avait regardée s'éloigner avec un sérieux découragement, se demanda comment il faisait pour toujours tout faire rater avec Lily Evans. Il avait simplement voulu s'excuser ! Mais voir la douleur dans ses splendides yeux verts, à cause de cet abruti de Rogue, cela lui avait fait prononcer la phrase de trop. Bah, comme souvent, se dit-il.
Les mains dans les poches, les épaules légèrement voûtées, il alla rejoindre ses amis.
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– Et là, elle m'a carrément dit que je méritais de grossir les rangs de… voilà, conclut James, abattu. Je ne sais vraiment pas quoi faire avec elle. Je suis juste un parfait idiot quand elle est là.
– Au moins, le fait que tu reconnaisses que tu es un idiot avec elle est un bon début, lâcha Sirius d'un ton goguenard.
Peter se contenta d'acquiescer, n'osant prendre la parole pour dévaloriser la personne qu'il admirait tant. James les dévisagea, et comprit que les deux étaient quand même assez ébranlés par l'insulte de Lily. Ces temps-ci étaient trop sombres pour que l'on puisse plaisanter sur quelque chose d'aussi grave.
Le brun soupira longuement et se passa une main dans ses cheveux de jais. Il était amoureux de Lily. Il l'aimait, d'un amour inconditionnel, et ce depuis six ans. Il le savait, comme il savait que la terre était ronde et que se mettre à dos Sitna, la concierge aigrie et ridée qui prenait un malin plaisir à punir les élèves pour des délits mineurs, était dangereux. Il le savait, et pourtant, malgré tout, elle ne l'aimait pas.
Pendant six ans, alors que le visage espiègle du jeune homme perdait les rondeurs de l'enfance et devenait plus mature, alors qu'il avait grandi et que ses épaules s'étaient élargies, que toutes ces heures passées à jouer au Quidditch l'avait musclé, que des dizaines de filles donneraient n'importe quoi pour sortir avec lui, Lily, elle, n'éprouvait que de l'indifférence. Pire, de la colère, du dégoût.
Et, pour la première fois, debout devant ses deux meilleurs amis, James Potter comprit pourquoi, et se dit qu'elle avait sûrement raison.
Mais pas pour le fait de rejoindre Voldemort.
Ce dernier, mage noir très puissant, connaissait une ascension fulgurante et arrivait à se constituer une armée de fidèles dangereux. La plupart des postes du Ministère étaient corrompus, et des meurtres et des disparitions inexplicables étaient commis chaque jour.
James avait eu une enfance marquée par des crises de pouvoir de mages noirs. Mais cette fois, c'était différent. Ce n'était pas un imbécile arrogant qui voulait devenir maître du monde, et qui n'était guère pris au sérieux. Non. Voldemort était réellement dangereux, et précipitait le monde de la magie vers le chaos.
Le jeune homme savait que deux camps se distinguaient : ceux qui cédaient, par peur, par cupidité ou par lâcheté, qui étaient recrutés par le sorcier, et ceux qui résistaient. Et il était assez intelligent pour savoir que Poudlard, pourtant l'endroit le plus sûr au monde, commençait à être infesté par des fidèles de Voldemort. Il était persuadé que certains Serpentard étaient tombés sous sa coupe, comme Malefoy et Rogue. Et même si ça lui faisait mal de l'admettre, les membres des autres maisons, et même les Gryffondor, n'étaient pas tous blancs.
Mais jamais les Potter ne céderaient contre lui. Et s'ils n'en avaient jamais vraiment parlé, James savait que les Maraudeurs, et même Lily, combattraient contre le mage si ça devait arriver. Pourquoi devenir l'esclave d'un malade qui supprimait les Nés-Moldus et ceux qui refusaient de prêter allégeance ? Comment… James déglutit. Comment Evans avait-elle pu croire un instant qu'il rejoindrait quelqu'un qui désirait la mort des gens comme elle ?
Toute motivation l'ayant abandonné, il se laissa lourdement tomber à côté de Sirius qui se mit à le regarder d'un drôle d'air. Peter, anxieux, se mit à gigoter et à se tordre les doigts. À la surprise de tous, c'est lui qui prit la parole en premier :
– Si tu t'excuses pour de bon, sans dérapage, elle comprendra.
– J'en doute, maugréa James, perdu dans ses noires pensées sur Voldemort et Lily. Je suis un parfait crétin.
Peter inclina la tête sur le côté et dit timidement :
– Lily est généreuse. Elle a un bon fond. Je pense juste que Rogue est un sujet un peu sensible pour elle.
– Et puis, sérieusement, Cornedrue, déclara Sirius en posant une main sur l'épaule de son meilleur ami. Depuis quand tu te mets dans des états pareils pour une fille ?
James se contenta de hausser un sourcil. Depuis quand Lily n'était qu' « une fille » ? Elle était vingt fois plus, et Sirius Black dut le comprendre, car il eut un haussement d'épaules gêné.
– Va la voir, et dis-lui ce que tu penses vraiment.
– Patmol, ça ne sert à rien, elle est énervée, répondit James en le regardant droit dans les yeux. Puis, ça la rendrait furieuse que je la dérange pendant son travail de préfète. Non, j'attendrais d'être arrivée au château.
Sirius hocha lentement la tête, et Peter se mit à se ronger les ongles dans un mauvais tic qu'il avait attrapé, ressemblant de manière frappante au rongeur qu'il incarnait toutes les nuits de pleine lune. Un silence mal à l'aise s'installa.
James fixa Sirius, son visage séduisant encadré par ses cheveux noirs qui retombaient avec une désinvolture et une élégance inimitables, et il se détendit. Si Remus et Peter étaient d'excellents amis et qu'il donnerait leur vie pour eux, si tous les quatre formaient les Maraudeurs, le groupe le plus aimé, farceur et craint de l'école, Sirius était plus que ça. Sirius était son frère.
Et il était heureux de le revoir.
Derrière les vitres, le temps nuageux se couvrit davantage, et une pluie violente se mit à s'abattre contre le verre. Malgré le brinquebalement de la locomotive, James entendit le vent souffler avec rage à l'extérieur, et il se sentit satisfait de ne pas être dehors.
Voyant que les deux garçons ne disaient rien, gênés et sûrement respectueux de son abattement causé par la courte courte altercation qu'il avait eu avec Lily, il sourit, pour les rassurer et pour changer de sujet.
– Je suis content de vous revoir, les mecs.
Peter sursauta, et se mit à se trémousser de plaisir, peu habitué à ce que James soit aussi sincère, ce qui rendit ce dernier coupable. Il se promit d'être plus gentil avec le jeune sorcier. Sirius lui adressa un clin d'œil entendu et, sembla-t-il, soulagé, et James enchaîna sans plus attendre.
– Est-ce que ça vous dit, une petite partie Bataille explosive ?
– Alors, je ne suis pas contre ! s'esclaffa Sirius dans un rire qui sonnait comme un aboiement de chien sauvage. Je vais vous exploser, tous les deux ! Lunard n'est pas là, alors je suis sûr de gagner
Peter se contenta de sortir le jeu de sa malle.
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Le Poudlard Express filait à travers les pâturages anglais, assailli par des bourrasques de plus en plus agressives. La pluie formait un large rideau insondable et glacé. Le tonnerre se mit à gronder, et des éclairs déchirèrent le ciel sombre. La température chuta de plusieurs degrés, frôla le zéro et descendit largement en-dessous de cette barre.
L'herbe boueuse et verte se mit à geler lentement, et les élèves du train purent voir de la glace recouvrir peu à peu les vitres des wagons. La foudre s'abattait sans relâche, et le vent était d'une force dévastatrice.
Soudain, le son fut coupé.
Des formes légères et grisâtres apparurent. Le vent violent ne les déviait pas de leur course, malgré le fait que ces silhouettes encapuchonnées et voilées ne semblaient pas peser bien lourd. Parfois, les bourrasques soulevaient des pans de leur cape, et on pouvait alors distinguer en-dessous la chair en putréfaction des créatures.
Ces dernières flottaient par centaines, et s'approchaient peu à peu du train malmené par le vent. À l'intérieur, un silence pesant s'était fait.
Les Détraqueurs arrivaient.
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Voilà pour mon premier chapitre. C'est ma première fiction, je n'ai que 14 ans et je sais que c'est loin d'être parfait. N'hésitez pas à commenter pour m'aider à m'améliorer (méchanceté gratuite à bannir s'il vous plaît merci xD), ou pour éventuellement… me dire que c'est nul de manière polie et pourquoi.
J'adore écrire, c'est vraiment ma passion, et si je sais que je ne suis pas nulle pour quelqu'un de mon âge, peut-être que ceux qui sont plus vieux vont trouver ça désolant, affreux, horrible, et j'en passe.
Bon, pour faire la conversation… Quels sont vos pairings préférés ?
Mon top 3 (qui change souvent) :
1 – Lily et James (facile à deviner…)
2 – Drago et Hermione (très célèbre, très aimé et très haï par les fans)
3 – J'aime bien Lucius et Narcissa, Remus et Sirius, Ginny et Harry et Harry et Severus (en terme de relation paternelle hein)
Aller, bonne soirée à tous !
