On remercie SoraaKami pour la correction. Et on tue pas l'auteur.
On part pour six semaines de drama o/


1

« Maman, c'est quoi ces marques ? » demanda son adorable fils un jour, en lui montrant les deux petites lettres cachées sur son aine.

Son Sanji, si doux et généreux. Elle ne regretterait jamais d'avoir pris le risque de mourir pour que ses enfants puissent être autre chose que les desseins de son mari. Cela n'avait pas marché parfaitement, cela n'avait marché correctement que sur son troisième fils. Mais ce n'était pas grave.

Durant le peu de temps qui lui restait, elle ferait en sorte de veiller à ce que ses trois autres garnements ne deviennent pas des monstres froids et sans âmes.

« Ce sont les initiales de ton âme-sœur, Sanji. La personne que tu aimeras le plus au monde. » sourit-elle en glissant son doigt sur les deux lettres si noires sur la peau blanche de son petit homme, le faisant doucement rire.

La pendule sonna, les arrêtant tous les deux et arrêtant la douceur de l'instant. Sanji se referma, se cachant sous le masque qu'elle n'aimait pas voir sur son visage d'ange. Alors elle l'attrapa avant de l'embrasser fortement sur la joue, le faisant rire à nouveau. Elle lui fit un dernier signe de main alors qu'Epony le faisait sortir de ses appartements pour qu'il se rende à son entraînement.

Oui. Elle ferait tout pour que ses fils ne deviennent pas des monstres sans émotion durant le temps qu'elle avait. Elle le devait au moins à Reiju et Sanji.

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Sauf que bien sûr, rien ne se passa comme elle l'aurait voulu. Elle mourut quelques jours plus tard.

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Elle avait beau hurler, elle avait beau pleurer, cela ne changeait rien. Ses fils, ses précieux fils, battaient leur quadruplé sans pitié. Elle avait beau hurler, elle avait beau pleurer, son mari regardait ce spectacle avec amusement.

Elle avait beau hurler, elle avait beau pleurer, Reiju ne pourrait rien faire pour sauver son petit-frère.

Elle avait beau hurler, elle avait beau pleurer, Soraa ne pouvait rien faire pour empêcher son rayon de soleil de finir à moitié mort sur le sol froid du château.

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Elle voulait faire exploser chaque pierre du palais. Elle voulait exploser chaque scientifique qui avait pu oser la toucher, lui parler. Elle voulait exploser son immonde mari.

Mais tout ce qu'elle pouvait faire, c'était regarder Sanji et cet affreux casque qui cachait son visage pendant que l'on annonçait sa mort dans le royaume. Son garçon, son si doux garçon, effacé auprès du peuple parce qu'il avait des émotions.

Elle soupira en regardant la marque sur son annulaire, se demandant une nouvelle fois comment son âme-sœur avait pu devenir l'homme qu'elle voyait à présent depuis son perchoir.

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Ses fils, ses trois petits garnements, devinrent tout ce qu'elle voulait éviter. Ils retrouvèrent leur frère, un jour, elle ne sût vraiment comment. Et elle ne put rien faire pour les arrêter. Ils frappèrent, encore et encore. Ils cassèrent, encore et encore.

« Tu es vraiment sûr qu'on partage le même sang ? Non parce que j'ai un gros doute là hahaha ! » ria son aîné à pleins poumons, pendant que Niji et Yonji continuèrent à faire pleuvoir les coups.

Elle n'essaya même pas de leur demander d'arrêter. Elle pleura silencieusement depuis son perchoir. Pleurant pour ses trois garçons devenus sans vie et son quatrième roué de coups.

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C'était inespéré mais Soraa ne remercierait jamais assez les peuples Kotzie d'être aussi houleux. Son fils allait enfin fuir cette cellule et ce château sans âme. Il aurait enfin une vie digne d'un être humain. Il pourrait enfin vivre.

Jamais elle ne remercierait assez sa fille pour avoir veillé sur son petit-frère, jamais elle ne la remercierait assez d'avoir fait son possible pour lui, sans se mettre en danger. Reiju était forte, elle était intelligente. Elle survivrait au Royaume Germa. Elle pouvait se modeler à l'image de son père tout en restant à l'image de sa mère.

Ses fils n'était qu'à l'image de leur père. Sanji était trop à son image.

Soraa surveillerait ses deux prunelles depuis là où elle était, en espérant plus que tout que sa fille finisse par partir elle aussi. En espérant que son fils vive.

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2

Le navire restaurant où Sanji se réfugia fût étrangement accueillant pour lui. Mais le personnel du Hobbit était heureux d'avoir une nouvelle paire de bras, aussi petits soient-ils, pour les aider en cuisine.

Pour la première fois depuis longtemps, son enfant sourit. Et elle aussi.

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Ce bonheur dura deux ans. Deux ans durant lesquels elle rencontra les morts flottants autour des membres d'équipage du Hobbit. Elle discutait avec Paola, la femme du chef pâtissier, avec Gunther, le frère du sous-chef, avec d'autres femmes, d'autres hommes.

Et ensemble, ils regardaient leurs proches vivre leur passion commune pour la cuisine durant deux ans.

Deux ans.

Deux ans avant que les pirates ne débarquent et que la tempête détruise le peu de bonheur que son fils avait eu. Ses camarades disparurent avec la tempête, ne laissant avec elle que des pirates proches de celui qui avait sauvé son fils.

Et l'enfer, un autre, nouveau et inconnu, commença.

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« Ils vont pas tenir. » avait dit Shiro, un jour, elle avait déjà arrêté de compter, alors qu'ils regardaient tous le capitaine Zeff et son fils sur ce rocher. Elle priait pour qu'on lui prouve le contraire. Parce qu'elle ne voulait pas que son fils meure alors qu'il connaissait enfin le bonheur et la joie.

Alors pour se consoler, elle allait voir Reiju.

Mais voir sa fille, sa prunelle, sous les entraînements inhumains montrant qu'elle avait failli à sa mission de mère la rendait tout aussi désespérée que le destin tragique de ses trois garçons sans-âmes et du quatrième mourant de faim.

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Elle pleurait à chaudes larmes dans les bras de Smith, parce que son fils, son petit rayon de soleil, s'était évanoui dû à la faim trop grande.

Elle pleurait à chaudes larmes dans les bras de Smith, parce qu'un bateau s'approchait, enfin, après quatre-vingt-cinq jours, du rocher où son petit homme était.

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3

La construction avait pris du temps mais le Baratie était sur l'eau. Soraa n'avait jamais douté de Zeff et de son rayon de soleil. Le bateau-restaurant allait pouvoir voguer sur East-Blue avec à son bord deux amoureux de la cuisine et deux rêveurs d'All Blue.

Elle n'arrivait pas à arrêter ses larmes de bonheur à l'idée que son fils allait pouvoir vivre son rêve. Elle n'arrivait pas à arrêter ses lèvres de mimer des gratitudes envers ce capitaine pirate qui avait tout sacrifié pour son enfant.

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Des fois, elle allait rendre visite à Reiju.

Elle devenait doucement une magnifique jeune femme, comme elle l'avait toujours imaginé. Elle la regardait durant ses entraînements, durant ses sessions d'essayage pour sa tenue future, durant ses moments seule. Durant les moments où elle était avec ses frères. Avec son père.

Ces moments, Soraa n'arrivait pas à les regarder sans sentir le goût immonde de la bile dans sa bouche et sans vouloir trancher la tête de Judge sur le champ.

Alors elle espaçait ses visites, pleurant sur le futur de sa prunelle.

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D'autres morts se joignirent à elle et ceux de Zeff petit à petit. Et ensemble ils regardèrent leurs êtres chers devenir un restaurant réputé pour sa bonne cuisine et son ambiance un peu musclée.

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Durant ces années, elle regarda son enfant devenir un homme. Un bel homme plein de vie et de passion, peut-être un peu trop. Elle comprenait.

Mais elle voyait aussi les choses qui n'étaient pas normales, qui n'étaient pas totalement humaines. Ce que les autres autour d'elle ne remarquèrent pas mais qu'elle, scientifique et reine du Royaume Germa, voyait comme le nez au milieu de la figure.

Il fumait. Oui. Zeff et les autres cuisiniers se plaignaient de cela. Les fumeurs se plaignaient du fait que leurs papilles avaient disparu au bout de quelques années. Sauf que celles de Sanji, elle le savait en le voyant goûter les nouveaux produits, elles n'avaient pas disparues. Elles ne disparaîtraient pas.

Parce que malgré tout, elle n'avait pas réussi.

Il ne tombait pas malade. Qu'importe qu'il soit celui qui s'occupe des voiles durant une tempête, qu'il soit en manteau ou non sous la neige et la pluie diluvienne. Qu'importe que quelqu'un lui refile une maladie par un toucher, une accolade ou un baiser. Il ne serait jamais malade.

Parce que malgré tout, cela n'avait pas suffi.

Il avait une force supérieure à ceux des plus forts cuisiniers du navire. Alors qu'il venait tout juste d'être un homme. Il pouvait porter sans réel effort les cartons et autres caisses de produits jusqu'au bateau, il pouvait se battre et casser un nombre incalculable d'os juste avec ses jambes. Il pouvait faire un trou dans le parquet en s'appuyant un peu trop. Et ce n'était pas que le résultat de l'entraînement de Zeff.

Parce que malgré tout, elle n'avait pas trouvé la formule parfaite.

Sanji. Son Sanji. Son rayon de soleil ne serait jamais parfaitement humain. Parce qu'elle avait échoué, au final, à le protéger, lui aussi.

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4

Soraa rit doucement en voyant son fils se faire, à nouveau, accoster pour devenir chef sur un bateau. Ce n'était pas rare. Malgré ou à cause de la réputation du Baratie, beaucoup d'équipages, qu'ils soient marchands, Marines ou pirates, venaient au restaurant pour demander à un chef de les rejoindre.

Des fois, les équipages se fichaient bien de qui pouvait être dans leur cuisine. Des fois, ils demandaient un nom. Bien sûr, la plupart du temps, aucun chef ne quittait le navire. Mais il arrivait que des chefs rêvent eux aussi d'aventures et poursuivent leurs routes sous d'autres voiles.

Elle ne s'étonna pas du refus de son enfant. Mais elle ne pouvait s'empêcher d'être triste à cela.

Elle savait que son Sanji rêvait de parcourir les mers. De trouver la mer légendaire. Mais elle savait que son sens du devoir était trop présent également. Il n'arrivait pas à se résoudre à quitter Zeff, parce que cet homme lui avait sauvé la vie.

Elle ne pouvait que comprendre tout en étant rêveuse à son tour. Un jour, elle espérait à la fois dans longtemps et bientôt, son fils prendrait la mer pour sa propre aventure.

En attendant, il défendrait son mentor, son père, comme elle l'avait protégé lui.

Quitte à mourir en essayant.

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Elle savait que les mots de Zeff n'étaient que ça : des mots.

Mais, même si Sanji ne les croyait pas, cela lui brisait le coeur de voir le vieux pirate obligé d'insulter son fils pour le pousser à réaliser son rêve. Et que son rayon de soleil se bute à vouloir continuer à suivre son mentor comme la forte tête qu'il était.

Ce spectacle n'était pas le premier mais ça lui brisait toujours le coeur.

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« Mais qu'est-ce que - » commença Saya, faisant que tous se tournent vers l'immense bâtiment qui naviguait sur les flots, fonçant sur le Baratie.

Elle serra ses mains contre sa poitrine d'effroi, autant par la taille du navire que par son état déplorable. Cela ne pouvait pas être une bonne chose.

Ce n'en fût pas.

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Ses yeux se fermèrent de nombreuses fois en voyant son fils se prendre coups sur coups, lui remémorant des images qu'elle n'avait pas vu depuis bien des années. La bile dans sa gorge ne cessait de remonter encore et encore sans qu'elle ne puisse s'en débarrasser.

Ses yeux virent une lueur d'espoir en ce garçon au chapeau de paille se tenant aux côtés de son enfant. Une chance qu'ils gagnent cet affrontement. Une chance qu'il le suive en mer.

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Ce n'était que des mots. Seulement des mots. Des mots qu'elle avaient entendus de la bouche de Zeff plusieurs fois déjà afin de pousser Sanji en mer. Mais pour une fois, elle en rit.

Parce que cette fois, son petit rayon de soleil allait véritablement prendre le large.

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Euphorique, Soraa décida d'aller voir sa fille aînée.

Pour la voir au milieu d'un champ de bataille entièrement rempli de corps sans vie, avec ses frères autour d'elle. Et du sang. Le sang d'autres.

Si elle était encore en vie, sa nausée aurait eu foi d'elle. Mais elle était morte et ne pouvait qu'hurler d'horreur à en perdre la voix sans que ses enfants ne puissent l'entendre.

Ses trésors étaient ce qu'elle voulait à tout prix éviter. Des monstres.

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5

Elle n'avait connu que très peu d'Hommes-Poissons dans sa vie. Bien sûr, en tant que Reine du Royaume Germa, elle avait dû en côtoyer pour des affaires d'État, pour les Rêveries ou pour des réunions commerciales. Mais il y avait une grande différence entre la famille royale et le peuple même, ça l'était déjà entre elle et Judge, ce n'était pas différent entre Neptune et Arlong.

Mais Arlong… Arlong n'était pas un Homme-Poisson.

C'était un monstre.

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« Je voulais juste qu'elles vivent sans souci... » déclara une femme aux cheveux auburn à ses côtés.

Elles se regardèrent quelques secondes avant que Soraa ne lui sourit doucement. En un regard, elles s'étaient comprises.

Que ne ferait pas une mère pour ses enfants ?

Même la promesse douce de la mort ne les arrêtaient pas.

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Soraa se doutait depuis le moment où son enfant avait dit oui à cet adolescent au chapeau de paille que Sanji aurait à se battre, régulièrement, encore et encore, contre des fois des ennemis trop forts pour lui.

Elle ne s'était pas attendu à ce qu'il se batte seulement deux jours après être entré dans l'équipage de ce pirate.

« Vas-y Zoro détruis-le ! » hurla la petit brune à ses côtés, encourageant son ami depuis le perchoir où elles étaient toutes.

Un sourire passa ses lèvres en voyant la fougue de l'enfant à ses côtés, sourire qui passa sur les lèvres des deux femmes avec elles.

« Tu sais qu'il ne peut pas t'entendre n'est-ce pas ? » demanda-t-elle tout de même.

« Bah oui je sais. Mais c'est pas grave, ça ne change rien au fait que je veuille qu'il gagne. » répondit la plus jeune, sans bouger son regard de l'homme aux cheveux verts qui semblait bien assez d'attaque pour remettre à sa place l'Homme-Poisson face à lui.

« Tu as raison. » Un regard se fit entre les trois femmes et elles hurlèrent à leur tour le nom de leur enfant ainsi que des encouragements.

Quelques heures plus tard, la jeune fille dansait avec elle en hurlant sa joie parce que leurs proches avaient gagné contre Arlong. Sous le rire de la femme aux cheveux auburn et les applaudissements de celle aux cheveux noirs.

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« Je suis Bellmère, la mère de Nami. » se présenta l'auburn en premier. « J'imagine que nous allons faire un bout de voyage ensemble. »

« Bankina, la mère d'Usopp. » sourit celle aux cheveux noirs.

« Kuina, je suis Zoro parce qu'il s'est perdu. » les trois femmes rigolèrent légèrement à la légèreté des paroles de cette enfant.

« Soraa, je suis la mère de Sanji. »

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« Roronoa Zoro ? » fit-elle, plus tard, pendant que la fête battait son plein sous elles. Son regard pouvait voir son fils tourner autour de jeunes femmes sans pour autant qu'il ne lâche du regard certains jeunes hommes. « R.Z donc. » elle ricana légèrement « Ce sont les initiales sur la peau de mon fils. »

Bellmère haussa un sourcil mais Bankina fût plus rapide « Ça serait amusant qu'ils soient véritablement âme-sœur. Kuina, tu te rappelles des initiales de Zoro ? »

La petite brune haussa les épaules pour toute réponse, avant de réfléchir pendant quelques secondes. « Je me rappelle qu'elles sont sur l'intérieur de sa cuisse mais c'est tout. Je le regarde pas tout le temps non plus et pas cette zone-là ! »

« Nous le découvrirons bien assez tôt. » s'amusa Bellmère.

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Elles ne tardèrent pas à savoir vu que Zoro finit en salle d'opération durant plusieurs heures où l'ancienne marine ne se priva pas de regarder.

« V.S. Enfin si j'ai bien deviné sous la rature pour la première lettre. » déclara-elle à Soraa. « Ça correspond ? »

Elle acquiesça simplement, sans en dire plus, n'étant pas étonnée pour la rature. Oui, cela correspondait. Mais son fils ne parlerait jamais des lettres sur sa peau. Il ne parlerait jamais de son nom. Il ne parlerait jamais d'où il vient. A moins d'être forcé par les évènements, à moins que les Germa ne se présentent à lui un jour.

Mais Judge avait promis que cela n'arriverait pas, pensa-t-elle en caressant légèrement la marque sur son annulaire.

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Elle allait le voir des fois.

C'était arrivé peu souvent mais c'était arrivé. Il était son âme-sœur, son mari, son Roi. L'homme qu'elle avait aimé de tout son être.

Mais dès que ses yeux bleus se posaient sur sa silhouette massive, la rage reprenait le pas sur tout.

Alors elle limitait ses visites. Parce qu'à part se briser le coeur encore et encore, cela ne changeait rien.

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Les femmes et la jeune fille regardèrent le départ de Kokoyashi avec un sourire et quelques rires. Il était l'heure pour de nouvelles aventures.