et deuxième semaine de cette histoire, have fun !
6
Il n'y avait pas un jour où Soraa ne riait pas, où elle ne souriait pas. Bankina l'avait prévenu, les membres de l'équipage au chapeau de paille était de joyeux adolescents ou jeunes adultes qui s'amusaient pour un rien.
Mais elle ne s'était pas attendu à voir son fils aussi vivant que sur ce petit bateau.
Elle avait l'impression de revoir le visage de son enfant quand elle était encore à ses côtés, à l'embrasser pour le faire rire et le faire oublier ses soucis.
Kuina lui demanda pourquoi elle pleurait mais les deux femmes à ses côtés ne dirent rien, comprenant.
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L'insouciance du jeune Luffy la surprenait. Mais sa maturité encore plus.
Il ne posait jamais de question quand Sanji remontait sur le pont pendant sa garde. Il ne disait jamais rien sur la manie étrange de son fils à toujours farfouiller dans ses cheveux comme pour vérifier qu'il n'y avait rien dans ou sur ces derniers.
Il le laissait faire ce qu'il voulait. Des fois, il le suivait dans la cuisine et c'était le silence. Des fois ils discutaient.
Le plus drôle était quand Zoro était de garde. Kuina et elle avaient commencé à parier sur lequel des deux commencerait une bagarre, que ce soit par les insultes que par les coups. Soraa savait que son enfant était à fleur de peau après ses cauchemars. Bon, elle pouvait aussi dire qu'il l'était presque tout le temps.
Il avait déjà les mêmes sur le Hobbit, puis sur le Baratie. Avec le temps, ils s'étaient peu à peu espacés. Mais le changement entraînait avec lui son lot de choses à réapprendre. Dont ces souvenirs qui lui donnaient envie de serrer son fils contre elle.
Bien sûr, cela ne manqua pas ce soir-là non plus et les deux hommes commencèrent à se chercher sous les yeux amusés des quatre femmes.
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« Ça ne sert à rien qu'il continue à les attendre. » déclara Zoro, le soir où ils partirent du Cap des Jumeaux.
Les deux hommes étaient dans la cuisine, suite à un des nombreux cauchemars du blond et le tour de garde du vert. Sûrement trop surpris par l'air totalement horrifié de son enfant d'être vu si tôt après un de ses souvenirs, Zoro n'avait rien dit.
Kuina avait serré sa main, elle aussi trop étonnée par la terreur qui s'était figé sur le visage de son rayon de soleil.
« De quoi tu parles ? » demanda Sanji, en posant deux tasses de thés devant eux.
« Laboon. Ça ne sert plus à rien qu'il les attende, tu ne crois pas ? »
Elle put voir l'ombre qui passa dans l'œil bleu de son fils, avant qu'il hausse les épaules.
« Certaines personnes valent la peine d'attendre. » avait-il répondu, simplement, mais elle savait que ses mots n'étaient que cela. Il n'y croyait pas réellement. Il n'y croyait plus.
« T'attends pas quelqu'un toi ? Genre ton âme-sœur vu ton romantisme à la noix ? »
Il eut un léger silence à la question. Non. Son fils n'attendait personne. Parce à quoi ça servait d'attendre auprès des autres quand même sa propre famille s'en prenait à lui.
« Non. » fit-il, la voix un peu plus grave et douloureuse qu'avant. « Non, je n'attends personne. »
Parce que personne ne t'a promis de te retrouver avant, pensa-t-elle avec amertume et le coeur pleurant. Personne n'a cherché à te retrouver, sauf une mère morte qui ne peut rien pour prendre ta peine…
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Bankina haussa un sourcil en voyant une femme aux cheveux bleus se mêler à elles. Mais Soraa la reconnut presque instantanément. C'était Nefertari Titi, la Reine d'Alabasta. Si la Reine était là…. La jeune femme aux cheveux aussi bleus que la mer n'était pas dans une agence criminelle pour le profit. Elle était là pour autre chose.
Titi sembla très surprise de la voir ici. Sa bouche était ouverte et la Reine Germa eut un rire gêné.
« Mais si vous êtes là - » commença la reine bleue.
« Vous vous connaissez ? » demanda Bellmère, croisant les bras d'une manière qui aurait pu être intimidante si les deux femmes n'étaient pas habituées à des jeux de forces plus importants.
« Oui. » répondit Soraa. « Je vous présente sa Reine Nefertari Titi, reine d'Alabasta. Sa fille doit être sous-couverture actuellement et elle est avec nos enfants sur le Merry. »
Kuina couina d'excitation à cette annonce, commençant déjà à donner pleins de théories plus ou moins farfelues à Bankina qui essayait de garder son rire pour elle en vue de la situation.
« Votre fils vous ressemble énormément Reine Soraa. » ses trois camarades eurent différents bruits de surprise alors que la blonde essayait de paraître neutre. « Que fait-il sur un bateau pirate ? »
« Tu es reine ? » commença la jeune enfant, se mettant devant elle avec des étoiles dans les yeux. Les questions fusèrent de ses lèvres et Soraa n'eut le temps de toutes les comprendre.
La seule qui sortit du lot des nombreux mots de la jeune bretteuse fût celle-ci : Mais ça veut dire que Sanji est prince ?! Ouah trop cool ! Zoro va devenir un prince.
« Non. » fit-elle, coupant l'élan de Kuina ainsi que des autres femmes qui attendaient des réponses. « Sanji est juste un chef. Il n'est rien d'autre. »
La jeune fille la regarda la bouche bée, maintenant habituée à voir la détresse dans ces yeux bleus. Ses deux camarades ne posèrent pas de questions. Elle devait avoir le regard qu'elle avait quand elle revenait après ses courtes disparitions.
Ces fois où elle allait voir sa fille grandir. Voir sa fille devenir un monstre.
« Mon fils est chef dans un navire pirate. » dit-elle à la bleue, avec l'air royal qu'elle avait laissé tomber il y a si longtemps, « C'est un pirate. »
La Reine du désert acquiesça, son regard dans celui de la Reine des sciences. Elle ne poserait plus de questions sur son fils, c'était tout ce qu'elle voulait.
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Comme elle s'y était attendue, la fille de Titi était sous couverture afin d'obtenir des informations sur l'agence criminelle pour laquelle elle travaillait.
Les quatre femmes écoutèrent la discussion avec autant d'attention que leurs proches, sans compter son fils et Usopp qui dormaient toujours à vrai dire. Rien ne l'étonnait dans son discours, pas même qu'un Grand Corsaire n'ait commencé à faire main basse sur son peuple dans l'ombre.
Après que votre âme-sœur vous fasse ingérer des solutions chimiques pour faire de vos enfants des êtres sans émotions, rien n'était étonnant.
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« Je n'avais jamais remarqué que ta marque d'âme-sœur était derrière ton oreille Vivi. » avait déclaré Usopp, un soir après qu'ils soient parti de Little Garden.
Une des mains de la jeune femme alla se placer exactement à la place des initiales et Soraa eut le même réflexe idiot. Et elle vit très bien son fils faire de même.
« Il est sur Alabasta. » le sourire qu'elle avait été doux mais mélancolique « Nous n'avons pas totalement les mêmes idées et il ne sait pas pour Baroque Works… Mais il aime notre pays autant que moi. » Elle eut un regain d'énergie avant de demander des informations sur les âmes-sœurs des autres.
Usopp parla d'une jeune femme nommée Kaya avec enthousiasme, faisant sourire sa mère de manière rêveuse ainsi que les autres mères. Luffy déclara qu'il ne savait pas, le fruit du démon ayant effacé la marque s'il en avait eu une.
Les personnes sans initiales sur le corps n'étaient pas si rares. Ses trois autres fils en étaient le parfait exemple. Peut-être que sans les machinations de son mari, ils en auraient eu mais elle ne pourraient jamais répondre à cette question.
« V.R pour moi. » sourit Nami.
Soraa et Sanji se tendirent tout deux. Bien sûr que l'ancienne marine le remarqua. Bien sûr qu'elle le vit. Elle avait été entraîné à voir cela. Même ses années en tant que Reine ne pourrait la sauver des yeux entraînés d'une marine. Mais elle n'en avait cure pour le moment. Ses yeux étaient plongés sur le corps de son fils, dont personne ne semblait avoir vu la tension.
« J'ai une rature mais je suis assez sûr que c'est un V.S. »
Elle vit le moment où son fils perdit sa cigarette de ses lèvres pour qu'elle tombe dans l'évier sous lui. Elle vit le moment où Luffy le remarqua. Elle crût voir le moment où le brun allait demander à Sanji ce qu'il se passait.
Mais au lieu de ça, ce fût pire : « Oh c'est drôle ! Imaginez vos âmes-sœurs sont de la même fratrie ! »
Sous les hurlements d'indignations de Zoro et Nami, personne ne remarqua que son enfant essayait de calmer sa respiration devenue trop frénétique.
Ils oublièrent tous de lui demander ses propres initiales à cause des rires et des disputes amicales entre les deux plus vieux compagnons de l'élastique.
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« Ma fille se nomme Reiju. » avait-elle dit à Bellmère quelques heures après. « Ses initiales, si ma mémoire est bonne, sont C.N. »
« C ? » s'étonna l'auburn. « Nami n'a pas mon nom et je ne connais pas celui de ses parents. J'imagine que cela doit venir d'ailleurs. Ou alors nos enfants ne sont pas liées. »
Soraa n'aurait su dire. Aucune des deux femmes n'ajoutèrent quoique ce soit.
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La question des âmes-sœurs ne revint que plus tard, quand l'équipage fut dans le monde enneigé de Drum. Titi et elle avaient toutes deux grincé des dents en écoutant l'histoire de ce pays. Elle savait qu'elle n'en avait aucun droit, vu que son Roi faisait de la plupart de son peuple des soldats à sacrifier comme de la chair à canon.
Mais il y avait eu une époque où ce n'avait pas été comme ça. C'était si loin aujourd'hui qu'elle n'en avait que de vagues souvenirs.
A vrai dire, c'était le jeune renne qui s'était avancé vers Zoro pour savoir s'il voulait voir Sanji alors qu'il était toujours dans sa phase de repos post-opération qui avait relancé la discussion des âmes-sœurs.
« Moi ? » Le vert regarda ses camarades tour à tour avant de se pencher vers le jeune adolescent « Pourquoi je voudrais le voir ? »
« Tu n'es pa- pardon j'ai dû confondre les lettres ! »
Il s'était enfui comme il était venu pour repartir dans la chambre du blond, sous le regard étonné de ses futurs camarades.
« Mon Chopper ne confond pas des lettres ! » argumenta l'homme étrange qui les avait rejoint depuis ces derniers jours. Il s'était présenté comme le Docteur Hiluluk et il avait autant fait rire Kuina qu'il l'effrayait. Alors aucune d'entre elles n'était réellement heureuse de l'avoir sur leur perchoir avec elles pour le moment.
« Votre » commença-t-il en la pointant du doigt « fils ? J'imagine que c'est votre fils. » elle acquiesça simplement, le sourcil vers le ciel « Vous avez de la chance que mon fils comprenne qu'il ne doit pas se mettre dans la route des âmes-sœurs, surtout non divulguées ! »
Elle aurait voulu répondre quelque chose, vraiment, mais la voix de Nami l'arrêta.
« On a jamais eu les initiales de Sanji. » tout son équipage la regarda avec surprise « C'est vrai. On était tellement pris dans notre non-envie d'être beaux-frères et sœurs qu'on a totalement oublié de lui demander les siennes. »
Vivi ouvrit la bouche, de même qu'Usopp, mais aucun des deux n'arriva à dire quelque chose. Et Soraa sentit une boule se former dans sa gorge.
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Chopper avait rejoint l'équipage. Et le Docteur Hiluluk avait suivi avec lui.
Aucune d'entre elles n'était réellement ravie de cela vu qu'il continuait à effrayer Kuina une phrase sur deux mais elles étaient coincées avec lui le temps de leur voyage.
Et personne ne demanda à Soraa les initiales que son fils portait sur le corps.
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« Le nom du vieux sur le Baratie, c'est quoi ? » demanda Zoro, le lendemain du réveil de Luffy après la guerre d'Alabasta. Les deux hommes étaient sur une des immenses murailles du palais.
Sanji s'était retranché ici afin de fumer tout en regardant l'immensité du désert et Soraa le comprenait. C'était un paysage magnifique autant qu'étouffant. Comme pouvait l'être la vue derrière les barreaux de la cellule il avait pu être des années avant.
« Le vieux grincheux ? » le bretteur acquiesça, paraissant étonné d'avoir une réponse sans qu'aucune insulte ou parole acerbe ne lui soit adressée.
Son fils savait que l'homme à ses côtés sur cette muraille était son âme-sœur. Il savait mais ne faisait rien pour l'atteindre. Peut-être qu'il ne s'en sentait pas digne. Peut-être qu'il avait trop peur. Peut-être qu'il ne savait pas comment faire. Peut-être.. Tellement de choses.
Peut-être qu'il pensait ne valoir rien, comme son père et ses frères l'avaient si souvent dit.
Et elle ne pouvait rien faire pour lui dire le contraire.
« Aucune idée. » il haussa les épaules, se tournant afin de faire dos au désert pour s'appuyer sur le mur de pierres.
« Tu ne connais pas le nom de ton père ? Ton propre nom sérieusement ? » L'étonnement de Zoro la fit rire et Sanji eut la même réaction qu'elle. Sauf que son éclat de rire était bien plus amer que le sien.
Kuina lui lança un regard mais elle ne posa pas de question. La petite brune commençait à comprendre que c'était trop à demander. C'était trop dur, trop difficile, trop éprouvant. Elle ne voulait pas décrire l'horreur à une enfant.
Elle ne voulait pas que cette enfant soit présente le jour où son rayon de soleil parlerait à Zoro son histoire.
« Zeff n'est pas mon père marimo. » la surprise fût encore plus grande sur le visage du bretteur mais avant qu'il ne dise quoique ce soit, le blond reprit « Enfin je le considère comme tel mais je ne suis pas lié à lui par le sang. »
Un silence se fit et aucun des deux n'essaya de le briser.
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7
Une femme se joint à leur perchoir. Elle se présenta comme Olivia, mère de la brune qui squattait actuellement le navire. Les enfants ne l'avaient pas encore remarqué, vu qu'elle se cachait bien mais eux la voyaient.
Bellmère et elle connaissaient le visage d'Olivia. Parce qu'elles connaissaient les vieux avis de recherches, ceux qui dataient d'avant leurs enfants. Ceux de leur génération. Ceux parmi lesquels elle avait figuré.
Oui la Reine Germa était une ancienne pirate, qui avait tout arrêté en rencontrant son âme-sœur. Le romantisme ne coulait pas dans les veines de son fils pour rien hein.
Elle n'avait pas fait partie d'un équipage très connu mais ils avaient réussi à avoir une petite poignée d'avis de recherches contre eux. Puis elle était devenue reine d'un pays hautement dangereux et la Marine n'avait rien pu faire pour l'empêcher de régner sur le royaume scientifique.
Ses enfants ne sauraient jamais cela sur leur mère. Elle ne savait pas si elle voulait réellement qu'ils le découvrent ou non. Son rayon de soleil oui, pour qu'il sache qu'il ne fût pas le seul dont la mer était la maison. Que l'océan coulait dans ses veines. Sa prunelle aussi, peut-être.
Il faudrait qu'elle aille lui rendre une visite.
L'insouciance de Luffy la surprenait toujours, mais pour cette fois elle n'était pas sûre d'être totalement sereine à l'idée. Oh elle s'en fichait de la réputation de la jeune fille ou de sa mère. Elle savait très bien que le gouvernement mentait assez régulièrement pour cacher des méfaits et la destruction d'Ohara lui avait toujours paru suspecte.
« Je comprends vos aprioris mais nous allons visiblement rester ensemble un moment alors tâchons de bien nous entendre. » leur avait dit la blanche à Bellmère et elle.
Oh elle se fichait bien de tout cela. Ce qui l'inquiétait était que sa fille venait de quitter une organisation criminelle pour rejoindre un équipage pirate comme si de rien n'était, comme s'il ne s'était rien passé.
Cette Robin avait-elle un coeur ?
Elle poussa un soupir amusé en voyant son fils déjà se mettre en quatre pour faire plaisir à une ancienne ennemie.
Ce n'était pas comme si elle et Bellmère avaient leur mot à dire après tout.
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Soraa eut un doux sourire à l'évocation des aventures de Norland. C'était un des nombreux livres qu'ils avaient lus ensemble, des mois avant sa mort. C'était un des livres que Sanji avait demandé à Zeff de faire parvenir sur le Baratie en même temps que les produit venant de North Blue. Peut-être une de ses seules demandes d'enfant.
C'était peut-être un des seuls objets qu'il avait amené avec lui sur le Merry, même si personne ne le savait.
C'était peut-être un des seuls bons souvenirs que son fils avait encore du royaume auquel il appartenait.
« Mais je croyais que tu venais d'East Blue toi aussi.. » fit Usopp, étonné d'apprendre que son camarade était né sur la mer du Nord.
« C'est l'endroit où j'ai grandi. Enfin peu importe... » répondit son enfant, éludant totalement la question en donnant un peu plus d'informations sur le livre et son héros.
Peu importe hein ? Elle eut un sourire amer. Oui, peu importait. Ce n'était pas sa patrie. C'était peut-être la sienne mais elle ne serait jamais celle de son garçon. Elle caressa à nouveau les initiales sur son doigt sans réellement s'en rendre compte.
Elle ne put lâcher le blond des yeux, parce qu'elle savait qu'il retenait beaucoup trop à l'instant. Parce la mention de sa mer natale n'était pas anodine et que cela lui faisait du mal.
Pourtant elle ne pouvait que regarder. Comme toujours.
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Voir son fils être, encore et encore, frappé par la foudre l'horrifiait.
Mais encore une fois, elle ne pouvait que regarder. Quand bien même leurs mains étaient toutes jointes et qu'ils hurlaient des encouragements que leurs enfants et amis ne pourraient entendre.
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Kuina et elle se retrouvèrent à l'écart des autres, leurs proches l'étaient également. Ce n'était pas rare. Cela ne l'était plus disons. Pas depuis Drum et la discussion que l'équipage avait eu sur les initiales de Sanji.
Aucune des deux ne savait si c'était parce que Zoro voulait savoir à tout prix celles-ci ou si c'était juste parce qu'ils commençaient doucement à se tourner autour depuis Alabasta. Elle savait, après tout, que son fils aimait les hommes également.
Croyez la, elle savait. Elle s'en serait passé.
Mais entre voir son fils faire la bête à deux dos ou voir sa fille faire un carnage, elle avait vite choisi…
« C'est comment North Blue ? » demanda Zoro de but en blanc, faisant se claquer le front à sa pauvre amie d'enfance qui marmonnait dans sa non-barbe à quel point son meilleur ami était un boulet. Elle ricana légèrement à cela.
Heureusement, son fils eut la même réaction qu'elle.
« On t'a jamais dit que ton tact était inexistant marimo ? » répondit-il avec un sourire, soufflant la fumée de sa cigarette qu'il avait allumé bien avant l'arrivée de son camarade.
Zoro haussa des épaules et Kuina poussa un long soupir avant de commencer à compter sur ses doigts. Elle-même avait un vague souvenir que son enfant avait déjà dit ça à son compagnon d'équipage, mais le bretteur semblait n'en avoir cure.
« Je m'en souviens pas. »
C'était un mensonge. Elle le savait. Même la douce enfant à ses côtés le savait. Il se réveillait peut-être moins maintenant, il n'avait peut-être plus autant de cauchemar qu'avant, mais il avait toujours les souvenirs qui le hantaient.
Le vert n'avait pas besoin de dire quoi que ce soit pour qu'elles comprennent, ainsi que Sanji, qu'il ne le croyait pas. Mais il n'insista pas.
« Oh. » commença la brune « Miracle, il a du tact. » Soraa se retint difficilement de rire à l'air totalement étonnée de sa compagne de perchoir.
Un silence se fit entre les deux hommes pendant que le cuisinier continuait à fumer. Ils étaient tous deux assis à même le sol dans les gravats, la fête non loin n'empêchait pas d'avoir un semblant d'intimité une fois que les murailles tombées étaient plus grandes qu'eux.
« Tu viens souvent me rejoindre pour ma pause clope ces deniers temps. » lança son fils, brisant le silence confortable.
« Faut bien que quelqu'un surveille que tu te fourre pas quelque part. » fit l'autre nonchalamment, amusant les deux femmes. C'était celui sans sens de l'orientation qui disait ça ? L'ironie...
« J'préfère me fourrer dans les gens. »
Soraa eut du mal, vraiment, à retenir son rire. Heureusement, les oreilles innocentes de Kuina ne comprirent pas l'allusion mais ce n'était pas pour autant qu'elle ne comprenait pas que cela était gênant. Vu le teint écarlate de son ami d'enfance.
Le sourire de son enfant était éclatant.
Dieu, il avait une différente façon de flirter quand c'était un vrai flirt et sa tendance à être trop serviable. Elle ne savait pas si l'humour graveleux était une chose dont elle était fière ou non. Sa fierté de pirate ronronnait à cela tandis que sa fierté de mère était outrée. Mais son fils était beau avec ce sourire fier de sa connerie.
Alors elle souriait aussi.
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« Vous allez bien n'est-ce pas ? » demanda Usopp, inquiet par l'absence toujours planante de Chopper.
Le Davy Back Fight n'était pas de tout repos, oh non. Elle le savait pour l'avoir plusieurs fois fait. Pour les grands équipages, ce n'était pas réellement grave de perdre un compagnon ou non. Pour un équipage comme celui de leurs enfants, c'était bien différent.
« Oui Usopp, on va bien. Va assister à la cérémonie pour récupérer Chopper. » répondit son fils.
Un rapidement hochement de tête et Bankina disparut avec son fils, laissant à nouveau seule Kuina avec elle. Elles se regardèrent quelques secondes avant de se pencher un peu plus sur leur perchoir pour suivre la conversation qui allait arriver.
Les deux hommes se tournaient doucement autour. Ou disons plutôt que Sanji flirtait en s'amusant tandis que Zoro finissait rouge d'embarras quand il comprenait le sous-entendus. Ce qui n'était pas toujours le cas. Il y avait les, maintenant, rares fois où Sanji se réveillait au milieu de la nuit et où Zoro était de garde.
Ces soirs-là, la brune et elle avaient droit à des discussions très intéressantes sur à peu près tous les sujets possibles. Hors, bien sûr, l'enfance des deux hommes.
Le bretteur avait bien compris, à la fois au grand soulagement de Soraa et à son effroi, que le passé de son fils n'était pas une chose dont ce dernier aimait parler. Alors il n'abordait pas le sujet. Son rayon de soleil faisant de même, ne voulant pas se retrouver dans une situation gênante où il ne pourrait répondre aux questions en retour.
« Ton dos va bien ? » Sanji haussa un sourcil à la question assez inattendue, ce qui poussa le vert à s'expliquer. « Il t'a pas mal tabassé, ça serait con que ton dos en pâtisse vu ce qu'il s'est passé à Drum. »
« Tu t'inquiètes pour moi artichaut ? C'est meugnon. »
Étant dos à dos, le chef ne vit pas la moue rougissante de son compagnon, ni le fait qu'il allait commencer à répondre à cette ''pique''.
« Oui ça va. » le coupa-t-il sans savoir. « Il m'a pas réellement tapé dedans. Chopper vérifiera bien sûr mais j'ai pas senti quoi que ce soit. »
« Ok. » La voix de Zoro était presque douce. Une première pour Soraa, tant habituée à la voix bourrue et forte du camarade de son fils.
« Ok. »
La foule en délire autour d'eux hurla pendant la cérémonie et elles eurent le plaisir de revoir Chopper auprès de ses compagnons rapidement.
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« Ce qu'a dit Aokiji t'inquiète ? » avait demandé son fils, durant la nuit suivant la rencontre avec l'amiral de glace.
« Non. Nous verrons bien quand les ''choses'' se passeront. » répondit-il en haussant des épaules.
Elle lança un regard à Olivia, qui ne savait que dire face à ce détachement si prompt au sabreur. Oui ils devaient s'inquiéter des paroles d'Aokiji. Bien sûr qu'ils devaient le faire. Mais tant que cela n'arrivait pas, ils ne pouvaient pas y faire grand-chose. Ils ne pouvaient pas changer les choses tant que ces dernières ne se présentaient pas.
Les autres personnes du perchoir regardaient le spectacle avec amusement, même si la situation ne s'y prêtait pas réellement. C'était devenu un jeu de regarder son fils et le meilleur ami de Kuina flirter. Alors quand ils étaient tous sur le Merry, les morts en avaient le show complet.
« J'espère qu'elle ne fera pas de bêtise. » annonça Sanji, d'une voix qui disait qu'il pensait à voix haute. Leurs yeux se rencontrèrent et il haussa les épaules à son tour sous le regard interrogateur de Zoro. « Elle pourrait vouloir fuir pour nous éviter des ennuis. »
Une main se serra contre son coeur. Elle savait que c'était la manière de penser de son enfant. D'un regard, elle vit une réaction similaire à la sienne chez Olivia. Et elle sût que Robin ferait de même si elle le devait.
Si les Vinsmoke retrouvaient Sanji un jour, il fuirait. Emmenant les problèmes avec lui, portant le poids de son nom et de sa famille sur le dos loin de ses camarades. Parce qu'il ne pouvait pas faire autrement avec une famille scientifiquement modifiée et une armée plus grande qu'Alabasta.
« C'est débile. » lança le vert « Ça changera rien au fait qu'on aura des ennuis de toute manière, on est des pirates. On trouve les ennuis. On les causes même, vu notre capitaine. »
Son rayon de soleil eut un léger ricanement. Mais elle savait que ça ne changeait pas sa façon de penser. Ni celle de Robin qui écoutait silencieusement la conversation, comme presque tous les soirs.
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Bien entendu. Robin fit ce qu'elle avait à faire pour éviter à ses amis des ennuis bien plus gros qu'eux. Olivia disparu avec elle.
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Il y avait tant de monde dans ce train, tant de perchoirs différents. Elle et Bankina se regardèrent, avant de regarder l'homme-poisson qui leur souriait de manière gênée. Mais ce n'était clairement pas ça le plus étrange dans tout ça.
Elle était heureuse de retrouver sa camarade bien sûr. Elle pouvait également voir Olivia sur un perchoir différent du leur, signifiant bien que sa fille ne se considérait plus comme une StrawHat contrairement à Usopp.
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Bien sûr qu'ils avaient déclaré la guerre au Gouvernement mondial entier comme si ce n'était qu'un équipage de pacotille. Bien sûr qu'ils l'avaient fait, sous leurs hurlements effrayés à l'idée même de faire une telle chose. De toute manière, ils ne les entendaient pas.
Soraa ne savait pas si elle devait hurler sa joie face à ce geste ou être effrayée pour la suite de leurs aventures.
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« Tu prends vraiment cette histoire à coeur. » avait fait remarquer Usopp, pendant que son fils et le vert essayaient tant bien que mal de rattraper leur retard en transportant leur camarade blessé.
Qui avait vu, au grand dam de la reine, que son enfant semblait bien plus touché par cette histoire que parce que simplement le CP9 retenait leur amie contre son gré. Bien sûr, c'était suffisant pour que chacun d'entre eux se mette en tête de vouloir la peau de leurs ennemis mais pas assez pour être aussi chamboulé que son rayon de soleil.
Non. Sanji prenait ça plus à coeur. Pas par son sens de la chevalerie ou parce qu'il était empathique. Parce qu'il avait peur qu'une chose similaire arrive à cause de son propre passé. A cause de ce qu'elle n'avait pas réussi à sauver et à protéger. Il avait peur. Il projetait.
Alors oui, il prenait cette histoire trop à coeur. Parce qu'elle le touchait de trop près.
Les yeux de ses deux camarades sur lui le firent déglutir et elle le regarda inventer une pirouette pour se sortir de cette situation. Sauf qu'elle pouvait voir dans les yeux de Zoro qu'il n'en croyait pas un mot.
Usopp leva les yeux au ciel à la réponse bien trop romanesque et galante. Et la discussion changea pour se demander comment ils allaient sortir de cette île de malheur.
Sans demander à son fils pourquoi il tremblait légèrement.
Elle voulait tellement le prendre dans ses bras…
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D'une guerre à une autre, elle voulait prendre ses deux enfants dans les bras. Leur dire que tout allait bien, que tout irait bien. Qu'ils pouvaient avoir droit à une vie, une vraie vie sans avoir la peur profondément ancrée en eux.
Mais que pouvait-elle réellement faire, si ce n'était regarder depuis son perchoir et espérer pour eux ?
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Elle n'était pas partie longtemps, elle ne partait jamais longtemps de toute manière, mais c'était suffisant pour qu'elle arrive au moment où les enfants se jetèrent dans le vide comme si de rien n'était.
Elle hurla de la même force que chacun d'entre eux sur ce perchoir. Avant d'être coupée dans l'élan en voyant le Merry tenir difficilement sur les flots.
En concert, ils poussèrent tous un soupir de soulagement.
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Le toit de l'hôtel semblait être le point de rendez-vous de l'équipage quand celui-ci n'en pouvait plus d'être enfermé dans les chambres ou de fureter dans la ville d'eau. Elle pouvait comprendre. Après ce qu'ils avaient fait, il leur fallait du temps pour s'en remettre.
Le soleil se levait à peine sur WaterSeven et pourtant son fils était déjà sur ce toit, la clope au bec à regarder l'immensité de l'océan.
Pensait-il à ce qu'il s'était passé durant cet affrontement ? Pensait-il à ce que lui aurait fait à la place de Robin, si les Vinsmoke s'étaient présentés face à lui un beau matin ? Elle voulait tant pouvoir faire quelque chose, n'importe quoi. Juste pour lui dire qu'il n'était pas seul, qu'elle était là, qu'elle veillait sur lui. Qu'elle était fière de le voir sur les flots. Qu'elle était fière de l'homme qu'il devenait, fort et fier de ses valeurs.
Qu'elle se fichait de qui il pouvait bien aimer, femme ou homme. Que les initiales sur sa peau était juste à quelques pas et qu'il pouvait les saisir.
Le bruit de la porte l'arrêta dans ses propres pensées et elle vit Olivia avant de voir sa fille. Sanji salua la jeune femme avec un entrain qui sonnait presque faux, mais la brune eut la délicatesse de faire comme si elle n'avait rien vu.
Elle s'appuya sur le bord du toit à ses côtés, un léger sourire aux lèvres : « C'est magnifique. »
« Tout autant que toi ma princesse. » Elle ricana légèrement et il se mit à sourire. Son fils avait laissé tomber ses pensées sombres, c'était tout ce qui lui importait.
« Comment va-t-elle réellement ? » demanda-t-elle tout de même à Olivia, pendant que leurs enfants discutaient de ce qu'ils allaient faire dans la journée.
« Elle se remet doucement... » les yeux de la blanche étaient doux et posés sur le corps de sa propre enfant. « Je ne pourrai jamais remercier assez vos enfants pour ce qu'ils ont fait. Je suis incroyablement reconnaissante. »
« Je comprends le sentiment. » le regard de sa camarade se fit interrogateur et Soraa lui sourit doucement, presque désolée. « Mon fils a sa propre histoire et je suis heureuse qu'il soit là, ici, quelque part où il veut vraiment être. Je suis reconnaissante pour chaque personne qui l'ont mené jusqu'ici à ma place. »
« Et tu es désolée de ne pas avoir pu le faire toi-même. » finit l'archéologue en acquiesçant. Elle poussa un soupir en regardant à nouveau la brune qui riait légèrement à une idiotie de son propre fils. « Ma fille a vu tant de choses que j'aurais voulu qu'elle ne voit jamais. »
Elle comprenait. Oh oui elle comprenait. Mais son fils avait eu plus de bonheur que sa camarade, il avait vécu dans des endroits stables et joyeux après les deux enfers qu'il avait dû traverser. Il avait passé plus de temps heureux qu'il n'avait été malmené. Bien sûr, ça ne changeait rien aux mots de ses frères, aux mots de son père qui résonnaient toujours en elle comme ils résonnaient en lui.
Mais Robin avait vécu chaque enfer sans pause. Sans répit de bonheur ou de chaleur.
Faire un concours de celui qui avait la pire vie avant de rencontrer Luffy n'était pas une chose à faire dans cet équipage, c'était sûr...
« Yeah.. Moi aussi. » fit-elle en regardant son fils faire rire sa camarade à coups de grands gestes de mains en racontant elle ne savait quelle histoire.
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Le Sunny était magnifique. Un poil énorme peut-être mais elle n'était pas assez connaisseuse en construction navale pour juger. Mais il était magnifique.
Son rayon de soleil avait été tel un gamin recevant un cadeau en voyant la cuisine immense. Et le frigo à cadenas. Elle avait ri à le voir en faire trop dans les remerciements mais elle savait qu'il était comme ça, bien trop reconnaissant pour ce qu'on lui offrait.
Il donnerait sa vie pour ses compagnons, elle le savait. Comme il la donnerait pour Zeff et les autres cuistot du Baratie toujours à l'autre bout du monde.
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Les premières nuits sur le nouveau navire furent calmes. Son fils ne se réveillait pas en nage par des cauchemars. Il ne se réveillait pas horrifié et terrifié avant de se rendre compte que tout allait bien, ce n'était que des souvenirs lointains qui le hantaient encore.
Pourtant, cela arrivait qu'il se réveille. Ou plutôt qu'il ne s'endorme pas.
Il n'avait jamais fait d'insomnie, mais elle se doutait qu'il était toujours trop chamboulé par ce qui était arrivé pour pouvoir être réellement serein. Si le CP9 avait pu retrouver Robin après tant d'années, qui sait ce qui pouvait peut-être le chercher lui.
Elle voulait lui dire qu'il n'avait pas à s'en faire. Que Judge avait beau être devenu un monstre, il avait tout de même une parole. Une parole qu'il tiendrait.
Mais elle ne pouvait pas.
Alors elle regarda son fils se lever et sortir de la chambre, pour la première fois depuis qu'ils avaient pris la mer. Et pour le plus grand plaisir des commères à ses côtés, même Tom qui venait à peine d'arriver réellement sur le perchoir, ce fût le soir où Zoro était de garde.
Est-ce que les autres lui avaient raconté toutes les petites interactions qu'il y avait eu entre les deux jeunes hommes pour qu'il puisse suivre comme si c'était un feuilleton ? Oui.
« Je me demande s'il le fait exprès. » lança-t-elle à voix haute, amusant ses camarades. Elle roula des yeux à certains commentaires un peu grivois de la part de Hiluluk, aux côtés de Bankina qui essayait vainement de boucher les oreilles de la plus jeune.
Elle avait dû voir bien pire que ce que le vieux fou à ses côtés pouvait bien dire…
Le sabreur mit une bonne dizaine de minutes à remarquer que quelqu'un d'autre été éveillé sur le bateau. Comparé au Merry, il était plus compliqué de se rendre compte que la cuisine était allumée, vu la hauteur du mât.
Donc bien sûr, personne ne fût étonné de voir le vert rentrer dans la tanière du blond dès qu'il s'était aperçu de la lumière. Heureusement, il ne se perdit pas trop en chemin, sous les soupirs ennuyés de Kuina.
« Bah cook on dort pas ? Trop occupé à échafauder des plans pour se faufiler chez les filles ? »
Elle entendit un claquement à répétitions se faire à ses côtés. Elle ne tourna même pas la tête pour savoir ce que c'était, parce qu'elle avait autant envie que la jeune fille assise sur ses jambes de se frapper le front de dépit.
Le regard de son fils en disait long sur ce qu'il pensait de cette blague. Mais il soupira simplement avant de montrer les sièges derrière le bar à son compagnon d'équipage qui ne pipa mot et s'installa rapidement.
« Est-ce que tu me vois échafauder des plans pour me faufiler dans vos couchettes ? » fit-il en levant les yeux au ciel, alors que Zoro s'étouffa avec le thé que venait de lui donner son enfant. Il sourit en voyant les rougeurs venir sur les joues du vert, se servant à son tour. « Donc non, je ne fais pas de plan pour l'un comme pour l'autre. Merci bien mais si je veux coucher je sais me débrouiller pour le faire. »
Oh oui… pensa-t-elle dans un soupir. Il savait définitivement se débrouiller pour ça. Il n'avait pas disparu une nuit à WaterSeven pour rien. Elle ne saurait dire si c'était heureusement ou malheureusement pour elle d'ailleurs…
« Comment ça se fait que tu es réveillé ? » demanda le sabreur, en changeant totalement de sujet. Soraa se demandait vraiment comment ces deux-là allaient pouvoir finir en couple comme ils le devaient être si son fils ne partageait jamais son histoire et si l'autre ne rentrait jamais dans le flirt du blond.
Un casse-tête les enfants, vraiment.
« J'ai des insomnies en ce moment. » répondit ce dernier en haussant des épaules, prenant une gorgée de son thé, toujours debout derrière le comptoir. Son regard se perdit quelques secondes à regarder ses camarades qui écoutaient bien sagement la discussion devant eux. Elle en rirait presque.
Zoro haussa un sourcil à cela : « L'histoire avec Robin te fait toujours gamberger ? »
« J'imagine oui. » Les yeux de son enfant ne regardait plus son camarade. Elle n'avait pas besoin de le voir pour le savoir, elle pouvait presque l'entendre à son ton. Après tout, Usopp l'avait dit. Il avait pris cette histoire bien trop à coeur pour que ça ne cache pas quelque chose.
Le brun avait peut-être avalé son mensonge parce qu'il l'avait créé sur des faits plausibles, mais il savait bien, elle savait bien, que le bretteur ne l'avait pas cru un seul instant.
« Si je pose la question, j'aurai une réponse ? »
C'était la première fois que Zoro franchissait la légèrement ligne qui s'était posée entre eux. Avec une simple question qui montrait la compréhension qu'il y avait eu jusque-là, le fait que son rayon de soleil ne voulait parler de lui.
Oh oui il disait des choses, il semblait ouvert à la discussion. Mais il refermait tant de choses qu'il ne savait pas comment faire pour ouvrir la porte du placard sans que tout s'écroule sur lui avant de l'engloutir.
Il n'en avait parlé qu'une fois, à son père et mentor, à Zeff. Et il avait craqué sans arriver à reprendre contenance. Il n'y avait aucune honte à avoir mais son fils en ressentait tout de même. Parce que les mots dans son crâne résonnait toujours comme s'il venait juste de les entendre.
« Non. » répondit-il dans un soupir.
Olivia lui lança un regard mais elle l'ignora. La blanche n'avait pas à en savoir plus qu'elle n'en avait déjà deviné en voyant son fils être si protecteur envers son amie durant les jours qui ont suivi leur retour à WaterSeven.
Il n'y avait des fois pas besoin de mots.
« Ok. » acquiesça-t-il en buvant. « On va aller sur quel type d'île tu penses ? »
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Un squelette.
Un squelette parlant.
Un squelette parlant à leurs enfants. Qui semblaient presque n'en avoir rien à faire de l'étrangeté de la situation.
Elle en avait vu des choses dans sa vie et sur les mers. Elle en avait même créé certaines durant son temps en tant que Reine Germa. Mais là c'était trop pour elle.
Hiluluk hurlait à ses côtés de l'étrangeté de cette chose sous les rires de Tom et des questions d'Olivia. Kuina avait presque des étoiles dans les yeux, faisant doucement peur à Bankina qui ne savait comment calmer la jeune fille face à cette étrange rencontre.
Bellmère et elle se regardèrent quelques secondes avant de regarder le perchoir voisin, remplis de pirates qui semblaient bien trop heureux d'avoir croisé leurs enfants.
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Elle ne savait pas ce qui était le pire dans tout ça. Le fait qu'ils venaient enfin de vaincre des ennemis puissants jusqu'à épuisement pour devoir tomber sur un être tout aussi puissant ou le fait que même au meilleur de leurs formes, ils n'auraient pas pu vaincre Kuma.
Parce qu'elle l'avait vu à l'œuvre une fois. Une seule et unique fois. C'était il y a bien longtemps maintenant mais les images étaient toujours imprimées derrière sa rétine.
Bien sûr que son fils et Zoro n'hésitèrent pas un instant avant de s'élancer. Bien sûr qu'ils ne firent presque rien à cet homme immense.
Ils ne pourraient pas le battre. Pas à leur niveau actuel.
La petite main de Kuina serra la sienne et elle ne put que faire de même en retour.
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« Désolé, mais vous devrez vous trouver un nouveau cuistot. »
Bien sûr qu'il se sacrifiait à la place de Zoro. Il ne pouvait le laisser mourir. Il ne pouvait laisser mourir son âme-sœur. Soraa savait que son fils ferait tout pour son équipage et cet homme qui n'avait connaissance de rien.
Ses larmes coulaient déjà depuis un moment, silencieusement. Ses camarades n'étaient pas mieux qu'elle et Kuina était la seule à encore hurler pour qu'ils se battent. Pour qu'ils ne lâchent rien. Mais ils ne pouvaient rien faire.
Et l'un deux allait possiblement mourir maintenant.
Son rayon de soleil se foutait de mourir si c'était pour ses amis, pour son âme-sœur. Il voulait juste les garder en vie, quitte à mourir à leur place. Quitte à sacrifier son rêve pour les leurs.
Un immense sentiment de soulagement la prit ainsi qu'un énorme poids dans sa poitrine quand Zoro décida de cogner son enfant pour le mettre KO. Elle ne devrait pas être heureuse de cela. Elle ne devrait pas. Mais elle n'y pouvait rien. Son fils allait vivre encore un peu.
Elle espérait juste que son âme-sœur serait toujours là une fois que Kuma en aurait fini avec lui.
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De toutes ses forces, elle hurlait des encouragements que le sabreur ne pouvait entendre. De toutes ses forces, elle serrait Kuina contre elle avec Bankina pour qu'elle ne voit pas son meilleur ami secoué de douleur.
De toutes ses forces, elle espérait qu'il vive.
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« Zoro est réveillé ! » hurla Chopper en revenant vers le Sunny.
Soraa poussa un soupir de soulagement et elle vit les épaules de son fils se détendre. D'un commun accord, tous étaient descendus de leur perchoir pour se permettre d'être auprès de leurs enfants. Kuina n'avait pas bougé du chevet de son ami et elle l'avait vu les rares fois où son enfant avait rendu visite au vert.
Au milieu de la nuit en général, quand le jeune renne lui permettait de prendre sa place pour veiller.
Il ne disait jamais rien. Elle non plus à vrai dire.
Elle restait auprès de Kuina, lui donnant un peu de réconfort physique quand la jeune lui permettait. Elle n'avait aucune idée de ce que pouvait bien lui dire Hiluluk, ou bien les autres qui venaient plus régulièrement, mais elle savait qu'elle n'avait pas à s'en faire. Ils prenaient tous soin d'elle comme ils pouvaient, de même qu'elle.
Bientôt, le Sunny ne fût qu'une cacophonie de pas et de cris de soulagement mêlés de joie.
Son fils serra fortement le comptoir de sa cuisine avant de sortir de celle-ci pour rejoindre ses compagnons, voyant son camarade médecin passer pour aller prendre de nouvelles affaires médicales dans l'infirmerie.
Zoro était réveillé. Un immense soulagement l'étreint elle aussi.
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« Tu ne dois pas te lever Zoro ! »
Le petit médecin courut rapidement vers son patient qui se tenait au bord du lit avec difficulté. Elle pouvait le voir trembler. Pas de petits tremblements facile à cacher mais de vrais tremblements qui faisaient hurler Kuina. Elle et Chopper faisaient un très bon duo, si seulement le vert pouvait entendre son amie. Si seulement il écoutait son médecin.
Transformé rapidement dans sa forme semi-humaine, ce dernier repoussa son patient sur le lit de manière à ce qu'il soit allongé. Le vert grommela mais il ne dit rien. Que pouvait-il dire de toute manière, tout le monde disait à quel point ils étaient heureux de le voir réveillé. Qu'il était stupide de vouloir marcher si vite.
Sauf Robin et son rayon de soleil, qui étaient tous deux restés près de la porte, qui tenait par miracle comme le reste de la salle à vrai dire, en souriant légèrement.
Zoro regarda vaguement vers eux à un moment, pas assez longtemps pour que Soraa comprenne l'échange devant elle, avant que le petit renne ne lui explique sa condition. Et le blond partit de la pièce sans un mot. Au moins, son fils n'avait pas perdu son âme-sœur.
Tout allait bien.
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Un coup d'œil vers sa prunelle lui permit de se dire que non. Pas tout allait bien.
Les tenues de combats prenaient de plus en plus formes. Sa fille aussi. Elle était une magnifique jeune femme maintenant. Elle pouvait voir le sang également, perdu sur le corps blanc de son enfant qui venait de rentrer au royaume.
Soraa voulait tant la prendre dans ses bras.
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Quand elle revint vers son fils, c'était l'heure du repas.
Et la petite bande était visiblement partie manger en laissant le sabreur sous la surveillance de son enfant. Le connaissant, il avait dû manger rapidement avant d'annoncer le dîner pour permettre à Chopper une pause bien méritée ne serait-ce que le temps de manger.
Les deux hommes se regardèrent pendant quelques minutes avant que son fils ne prenne la parole, d'une voix étrange, une voix blessée et à la fois douce.
« J'ai cru que t'étais mort. »
Il eut un silence entre eux avant que Zoro ne murmure : « Presque. »
Kuina commença à pleurer une nouvelle fois et elle la prit rapidement dans ses bras pour lui dire que tout allait bien, que son ami allait bien, qu'il se remettrait vite de ses blessures et qu'ils reprendraient leurs aventures rapidement.
« Je - »
« Non c'est bon. Ne t'excuse pas, ne dis rien. » coupa Sanji, un léger sourire aux lèvres alors qu'il se penchait au-dessus du vert qui regardait son camarade dans les yeux sans ciller. « Tu es stupide mais tu vas pas me dire que tu ne le referas plus, tu ne vas pas me dire que tu es désolé. On ne se ment pas et on ne promet pas des choses qu'on ne tiendra pas. »
« Ok. » acquiesça Zoro, sous le regard mouillé mais plein d'étoiles de Kuina. Ils étaient si proches, une petite poussée, un petit élan..
Elles ne hurlèrent pas du tout de joie quand son rayon de soleil se pencha pour combler l'espace qui restait entre leurs lèvres.
Cela ne dura que quelques secondes mais elles ne pouvaient s'empêcher de sourire. Pourtant, elle voyait à quel point son fils était secoué par cet échange. Elle voyait les légers tremblements de ses mains. Ces dernières se posèrent sur les joues du sabreur, qui restait presque tétanisé à regarder le blond.
« Vas-tu manger ? » demanda son fils, la faisant presque rire par l'absurdité de la question.
« Je mangerai. » la voix de Zoro était presque douce, comme s'il savait que sa réponse voulait tout dire pour l'homme au-dessus de lui.
« Bien. »
Le sabreur regarda son enfant partir et elle fût obligée de le suivre. Ils croisèrent Chopper en chemin et elle eut juste le temps de l'entendre demander au sabreur si les deux hommes se battaient une nouvelle fois avant de ne plus être à portée de voix. Elle se demandait si son fils allait enfin se déclarer à son âme-sœur, quitte à lui expliquer le pourquoi de la rature sur sa peau marquée.
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Aucun des deux hommes ne reparlèrent de ce baiser.
Évidemment.
Les soupirs sur le perchoir étaient nombreux à chaque fois que son fils et le sabreur finissaient seuls dans une pièce pour discuter de tout sauf cela. Kuina et elle se regardaient souvent en se demandant si elles ne l'avaient pas rêvé.
Pourtant, elle pouvait voir les regards que les garçons faisaient tout pour ne pas échanger. Les regards à la dérobée qui commençaient quand l'un venait d'éviter de se faire prendre à fixer trop longtemps la silhouette de l'autre. Elle n'était pas la seule. Bien sûr ses compagnons l'avaient remarqué mais également certains membres même de l'équipage.
Comme Robin ou Usopp, par exemple.
Mais ce n'était pas pour aujourd'hui visiblement. Et Soraa désespérait à imaginer son fils heureux et pleinement amoureux un jour. A ne pas se couper d'un bonheur à portée de main à cause d'un stupide nom trop lourd à porter.
Durant ces instants, elle sentait la vieille rage et haine qui l'accompagnait depuis sa mort remonter de plein fouet.
Et les visites impromptues à son mari ne l'aidait pas à calmer ce sentiment bouillant en elle.
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Tout s'était passé si vite.
Ils n'avaient rien compris. Ils s'étaient regardé sans savoir ce qu'ils pourraient faire, sans savoir ce qu'ils voyaient à l'instant. Entre l'enlèvement de Camie, la Marine et l'Amiral de lumière, c'était allé trop vite. Le carnage sous leurs yeux ébahis. Personne de comprit ce qu'il se passait.
Et Kuina disparut.
Bankina hurla à la fois pour la disparition de la jeune fille que pour le spectacle sous leurs yeux. Soraa ne pouvait rien faire. Elle ne pouvait pas bouger. Elle était tétanisée.
Kuma.
Kuma avait envoyé Zoro à l'autre bout du monde. D'un coup d'un seul. Devant les yeux de leurs enfants. Devant les yeux de son enfant. Et elle ne pouvait rien faire. Elle n'avait pas pu l'empêcher comme elle ne pouvait pas protéger son fils de la suite.
Parce que l'homme aux coussinets ne s'arrêterait pas là. Oh non. Il avait une mission et il la mènerait à bien. Alors les anciens camarades de Brook disparurent avec lui.
Bankina disparut avec Usopp.
Elle eut à peine le temps de regarder Bellmère avant de disparaître à son tour.
