Hello ~ Ce texte a été écrit pour l'anniversaire de la seule, unique et merveilleuse Moira-chan ! Ça faisait longtemps que je voulais écrire sur ce couple pour te remercier pour tout ce que tu fais pour moi. Alors voilà, c'était la bonne occasion. Comme on en avait discuté une fois, j'ai voulu m'intéresser à leur relation en prenant en compte le trouble mental d'Akashi et en le traitant de façon un peu plus réaliste que dans le manga (en tout cas, j'ai essayé). J'espère de tout coeur que ça te plaira ! Sinon, je referai d'autres essais :p Je te souhaite encore un très bon anniversaire !

Bonne lecture à vous tous !


Etre là pour toi

Kouki s'était toujours défini lui-même comme un garçon simple. Il n'avait jamais eu pour habitude de se poser beaucoup de questions. Aussi, lorsque Seijuro avait changé après sa défaite en finale et que tout le monde avait recommencé à lui parler normalement, il avait tenté de suivre le mouvement, sans faire d'histoire. Tenté, bien sûr, parce qu'à cette époque, le capitaine de Rakuzan l'effrayait toujours énormément. Mais, avec le temps, Kouki avait appris à mieux le connaître. Au fil des soirées au cours desquelles ils avaient tous les deux été présents, Seijuro s'était montré poli envers lui et lui avait même parlé gentiment à chaque fois. Kouki avait toujours été surpris que Seijuro veuille discuter avec lui. Après tout, il était une personne banale. Il le savait. Et il n'en souffrait presque plus. Presque. Alors que quelqu'un comme Seijuro se mette à lui parler de plus en plus souvent, ça lui avait semblé si étrange. Ça lui semblait toujours étrange à présent, d'ailleurs. Kouki aurait même pu croire à une erreur, s'il n'avait pas déjà su, à ce moment-là, que Seijuro ne commettait jamais d'erreur. Avec le temps, il avait bien dû reconnaître que ça lui plaisait, dans le fond, d'avoir son attention. Au fil des mois qui s'étaient écoulés, Kouki l'avait même de plus en plus appréciée. Il était une personne ordinaire qui avait été remarquée par une personne extraordinaire et… ça l'avait fait se sentir extraordinaire, lui aussi.

Kouki n'avait donc pas réfléchi plus loin que ça. Plus personne n'avait parlé du passé, Seijuro avait changé et c'était tout ce qui avait compté. Ils s'étaient alors rapprochés et Kouki avait essayé de profiter du moment présent. Peu sûr de lui, il avait laissé Seijuro le guider tout au long de ces jours qui étaient devenus des semaines et puis des mois. Et Seijuro ne l'avait pas lâché. Kouki n'avait cessé de le suivre, à travers leurs sorties, leur rendez-vous, leurs embrassades. Il avait aimé ça. Il aimait toujours ça parce qu'il se sentait bien avec le capitaine de Rakuzan qui était, désormais, son petit ami. Sortir avec un homme comme lui, ça le mettait dans tous ses états. Et c'était facile parce qu'il suffisait de laisser Seijuro diriger la relation. Oui, jusqu'ici, il avait suffi de se laisser porter. Mais à présent…

Assis à son bureau, Kouki soupira et se prit la tête entre ses mains. Il était censé terminer ses devoirs pour être tranquille tout le week-end lorsqu'il se rendrait chez Seijuro, mais il n'y arrivait pas. Il ne pouvait penser qu'aux jours à venir et ça l'inquiétait. Ces dernières semaines, il appréhendait de plus en plus ses visites chez son petit ami. Il culpabilisait vraiment de ressentir tout ça, mais il ne pouvait nier l'évidence. Certains comportements de Seijuro lui paraissaient… bizarres. Kouki ne le comprenait pas toujours. Il n'arrivait donc plus à se laisser porter parce qu'il le sentait bien. Quelque chose n'était pas normal. Jusqu'au mois dernier, malgré les questions qui s'étaient mises à tourbillonner dans son esprit, il n'avait pas essayé d'en savoir plus. Il avait rationalisé chaque moment qui l'avait interpellé. Même si le doute avait commencé à s'installer, il n'avait cessé de se répéter que Seijuro avait changé, que le passé n'était que le passé. Mais après presqu'un an de relation, il devait regarder la réalité en face. Il avait enfin compris que tout ça, c'était faux.

La réalité, c'était que Seijuro était étrange par moment. Bien entendu, il ne lui avait jamais fait de mal, mais Kouki pouvait sentir la différence, malgré tout. C'était léger, mais c'était là. Parfois, Seijuro n'était plus tout à fait Seijuro. Et Kouki repensait alors aux mots de Kuroko. Il pensait au fait qu'il y avait deux Seijuro et il n'y comprenait toujours rien. Mais alors qu'il restait passif, l'état de Seijuro, lui, ne s'améliorait pas. En étant honnête avec lui-même, Kouki devait bien admettre qu'il commençait à avoir peur. Il ne savait pas quoi faire. Après… peut-être qu'il n'y avait rien à faire ? Après tout, Seijuro semblait bien le gérer et ne lui en parlait jamais. Kouki ne voulait pas se montrer indiscret. Il ne voulait pas le forcer à se confier. Et ces arguments lui étaient bien utiles pour rester en arrière. Seulement, au plus le temps passait, au plus ces arguments se transformaient en excuses.

Kouki se sentait vraiment seul, face à toutes ces inquiétudes. Alors ce soir, comme tous les vendredis soirs depuis un mois, au lieu de faire ses devoirs, il ouvrit son ordinateur pour faire quelques recherches sur le net. Mais, comme tous les vendredis, ça ne l'aidait pas réellement. Les mots qu'il lisait étaient effrayants. Kouki était juste… perdu. Les questions se bousculaient, à nouveau, dans son esprit et commençaient à le ronger.

Kouki avait cru si longtemps que les problèmes de Seijuro étaient terminés. Que maintenant que son équipe avait perdu, l'Empereur avait disparu. Mais ce n'était pas aussi simple. Il s'en rendait bien compte. Et peut-être que les sites avaient raison. Le doute s'installait en lui. Seijuro était-il malade ? Et si c'était bien le cas, comment est-ce que Kouki était-il censé réagir ? Il ne savait pas, il ne savait plus. À chaque fois qu'il avait été avec Seijuro ces dernières semaines, il s'était montré plus attentif. Il cherchait des signes, n'importe quoi. Et il les remarquait de plus en plus. Ces mini-détails qui ne l'avaient pas frappé auparavant. Seijuro oubliait certaines choses. Ses goûts changeaient par moment. Son humeur était variable. C'était presque anodin, mais Kouki ne cessait d'y penser. Et encore et toujours cette même question : que devait-il faire ? Il n'osait pas en parler à son petit ami. Il craignait sa réaction. Son rejet, aussi. Mais plus que tout, Kouki avait peur de se tromper et de blesser injustement Seijuro. Ce dernier ne méritait pas ça.

Mais les doutes de Kouki étaient bien trop visibles. Le week-end dernier, Seijuro lui avait même demandé s'il y avait un problème. Kouki lui avait aussitôt menti, mais Seijuro ne l'avait pas cru. Kouki le savait. Pourtant, son petit ami n'avait rien dit et le week-end s'était poursuivi sans aucune autre allusion. Kouki se détestait tellement ! Même en essayant de ne pas lui faire de la peine, il blessait quand même Seijuro. Ça ne pouvait plus durer… Kouki ne se voyait plus faire face à Seijuro de façon normale. Et il ne voulait plus lui mentir. C'était horrible de faire ça.

De plus en plus perdu, Kouki devait se rendre à l'évidence. Il n'arriverait à rien tout seul. Il avait besoin de se confier, d'avoir des conseils. Il avait repoussé ce moment maintes et maintes fois. Mais il n'en pouvait plus. Il avait une boule à l'estomac rien qu'à l'idée de se rendre chez Seijuro le lendemain. Ce n'était pas possible. Il ne pouvait pas poursuivre leur relation comme ça. Seijuro le remarquerait forcément ! Et Kouki… Kouki le blesserait encore. Il ne supportait plus ça, il se sentait à bout. Alors oui, il était plus que temps d'en parler à quelqu'un de confiance. Il fallait qu'il le fasse avant de revoir Seijuro. Maintenant. Maintenant, c'était le bon moment. Il le savait. C'était dur, mais… mais il fallait qu'il le fasse ! Soupirant, les mains tremblantes, il finit par quitter son ordinateur – qui l'avait plus inquiété que rassuré de toute façon – et quitta sa chambre. Il descendit l'escalier et alla retrouver sa maman qui lisait tranquillement dans le salon. Son cœur se mit à battre avec force. Il pouvait encore faire demi-tour. Il en avait tellement envie. Mais il pensa au week-end à venir. Il devait le faire. Sa gorge était sèche. Ses jambes flageolantes. Pourtant, il s'avança quand même dans la pièce.

« … Maman ? chuchota-t-il presque d'une voix mal assurée. Je… Est-ce que je peux te parler ? »

Sa mère releva les yeux vers lui et déposa son livre sur la table basse. Elle tapota ensuite le coussin à ses côtés, l'invitant à venir la rejoindre. Kouki s'installa alors. Il croisa ses mains, nerveux, et ne quitta pas ses pieds du regard.

« Je… J'ai besoin de parler de Seijuro. »

Sa mère ne lui dit rien. Elle lui laissait tout l'espace dont il avait besoin pour oser se lancer. Kouki inspira profondément, le souffle incertain. Il se sentait mal à l'aise, mais il n'en pouvait plus. Il fallait que ça sorte. Il ne pouvait plus tout garder en lui. D'une voix hésitante, il se mit alors à tout lui raconter. Il lui parla de ses doutes, de tous ces moments étranges, des problèmes de personnalité de Seijuro. Au plus les mots quittaient sa gorge, au plus il se sentait mal. Parce que les dire à haute voix leur donnait une réelle existence et parce que… malgré tout, il avait l'impression de trahir Seijuro. Même s'il le faisait pour lui, Kouki n'aimait pas du tout le fait de dévoiler cette partie-là de sa vie.

Lorsqu'il eut terminé, Kouki observa sa maman nerveusement. Maintenant qu'il lui avait tout dit, il se sentait honteux. Parler des problèmes de Seijuro le fit même rougir fortement. C'était tellement gênant. Tellement… honteux, oui. Kouki ne trouvait pas d'autres mots plus appropriés.

« C'est compliqué, finit par lui répondre sa maman avec beaucoup de douceur. Je ne pense pas que ce soit des problèmes que vous pouvez gérer à votre âge. »

Elle semblait si soucieuse que Kouki se sentit encore plus mal.

« Il n'a pas des parents qui peuvent l'aider ? Il vit avec son père, non ? »

Kouki hocha lentement la tête. Le père de Seijuro… Il n'avait même pas songé à lui. Seulement Kouki ne se voyait pas aller lui en parler dans le dos de son petit ami. En plus, Kouki ne l'avait jamais vu. Pour ce qu'il en savait, le père de Seijuro n'était même pas au courant de son existence. Mais peut-être que sa maman avait raison. Il serait peut-être le plus amène de prendre les choses en main.

« Alors… je dois laisser Seijuro gérer ça avec son père ? demanda-t-il à voix basse.

—Non, ce n'est pas ce que j'ai dit. Ce n'est pas simple… »

Voyant le regard presque apeuré que lui lança son fils, elle tendit une main vers lui et lui serra tendrement l'épaule.

« C'est bien que tu t'inquiètes pour lui, reprit-elle. Mais si toi-même, tu as déjà peur, est-ce que tu as pensé à sa peur à lui ? Dans quel état lui doit être ? »

Kouki ouvrit grand les yeux. Il n'y avait jamais pensé, mais ça lui paraissait inimaginable.

« Non, il va bien, affirma-t-il alors. Seijuro n'a pas peur. Il n'a jamais peur de rien. Il gère toujours tout à la perfection.

—Tu sais que c'est impossible, non ? Aussi doué soit-on, personne ne peut réellement tout gérer… »

Kouki se sentit mal en entendant cette phrase. Il savait que c'était vrai, mais Seijuro… Seijuro était différent… non ?

« Enfin, pour te répondre un peu mieux, continua sa mère de sa voix toujours douce, c'est un problème compliqué que tu ne peux pas régler, mais non, ne le laisse pas gérer ça avec son père uniquement. Tu devrais au moins lui en parler. Ce n'est pas lui rendre service que de rester silencieux. »

Kouki se força à acquiescer. Il était toujours aussi perdu sur les problèmes de Seijuro, mais sa maman avait raison. Il se devait au moins de lui parler. Même si la peur lui enserrait déjà les entrailles rien qu'à cette idée…

« Je… Je vais essayer…

—Ce ne sera pas facile, mais je pense que c'est vraiment le mieux à faire. Si tu veux, je peux t'aider.

—Non, je…, commença Kouki d'un ton hésitant. Tu m'as déjà aidé… Le reste, c'est… Il faut que j'y arrive par moi-même… »

Sur ces mots, il remercia sa maman et repartit dans sa chambre. Il avait besoin de réfléchir à tout ça. La fin de la soirée n'eut donc rien de joyeux pour lui. Il resta plongé dans ses pensées et ne parvint pas à profiter d'un seul instant. Il passa également une très mauvaise nuit, se tournant et se retournant dans tous les sens. Lorsqu'il monta dans le train, le lendemain, il était épuisé. Mais le trajet ne fut même pas reposant. La nervosité remplissait tout son corps. Il serait bientôt face à Seijuro et il ne savait pas du tout comment agir. Lui parler, oui, mais... en aurait-il seulement le courage ? Toute cette situation… ça l'effrayait tant. Mais alors que la peur se logeait dans le creux de son ventre, Kouki se mit à penser aux paroles de sa mère.

Si lui-même ressentait une certaine forme de honte à parler de ces problèmes, qu'est-ce que ça devait être pour Seijuro ? Est-ce que c'était pour ça qu'il n'en parlait jamais ? Parce qu'il se sentait honteux ? Cette possibilité ne lui avait jamais effleuré l'esprit. Parce que Seijuro était… eh bien Seijuro !

Mais maintenant, en y songeant, Kouki se sentait juste… mal. Il se rendait bien compte qu'il mettait sans cesse Seijuro sur un piédestal. Il fallait dire que Seijuro lui donnait toujours l'impression de s'en sortir très bien tout seul. Seulement Kouki pouvait le voir à présent. Seijuro avait porté leur histoire tout seul. C'était lui qui s'était rapproché de Kouki, lui qui lui avait demandé s'il voulait qu'ils se mettent en couple. Il avait tout géré dans leur relation. Et même au-delà de ça… Seijuro portait toujours tout sur ses épaules. Son équipe, ses responsabilités scolaires et extrascolaires, la pression que lui mettait sans cesse son père. Kouki l'admirait pour ça. Mais aujourd'hui, il se sentait tellement stupide. Et il ressentait de la peine. Comment n'avait-il jamais pu le voir ? Tout le monde se reposait sur Seijuro, même lui. Mais sur qui Seijuro se reposait ? Sur personne…

Kouki avait tout foiré. Il s'était laissé guider parce que c'était bien plus simple comme ça. Mais il avait tout fait de travers. Il devait arrêter de se reposer sans cesse sur son petit ami. Il fallait qu'il se montre plus courageux et qu'il l'aide, à son tour. Mais ah… pourquoi fallait-il que ce soit aussi compliqué ?

Il tentait de garder ses convictions alors que la nervosité montait de plus en plus en lui. Lorsque le train s'arrêta à la bonne gare, il crut qu'il allait défaillir. Pourtant, tel un automate, il se leva, prit ses affaires et descendit sur le quai. Ses yeux balayèrent rapidement les environs puis se posèrent sur son petit ami qui s'approchait de lui.

Seijuro était aussi beau que d'habitude. Son sourire était à tomber. Malgré ses inquiétudes, Kouki le rejoignit et se fondit dans ses bras. Seijuro lui avait tant manqué pendant la semaine. Ils s'embrassèrent ensuite, avant que Seijuro ne lui prenne la main et ne l'emmène vers la voiture où le chauffeur les attendait.

« Tu as fait un bon voyage ? demanda Seijuro, sans le quitter des yeux.

—Oui, je… Ça a été.

—Tu as l'air fatigué. »

Kouki se sentit pris de court un instant. Il n'allait certainement pas lui dire la vérité alors que n'importe qui pouvait les entendre. Il força alors un sourire nerveux sur son visage.

« J'ai… j'ai mal dormi… »

Le regard que Seijuro lui lança prouva que ce dernier n'était clairement pas dupe. Kouki se sentait tellement mal de lui mentir comme ça. Il était vraiment temps qu'il lui parle…

Ils montèrent ensuite dans la voiture et le chauffeur démarra. Sur la route, Seijuro commença à lui parler du programme du week-end. Comme toujours, il avait tout prévu tout seul. Il ne lui avait pas demandé son avis, parce que Kouki n'avait jamais d'avis sur la question, de toute façon. Là encore, il se rendait compte que ce n'était pas normal. Il se laissait bien trop aller dans cette relation. Pourtant, il se contenta d'acquiescer. Son cœur battait de plus en plus fort au fur et à mesure qu'ils approchaient de la maison de Seijuro. Lorsque la voiture se gara, Kouki sentit son souffle se couper. Il y était… Il ne pouvait plus reculer.

Il prit ses affaires et suivit Seijuro dans la maison, l'esprit brumeux. Il grimpa l'escalier. Quand il s'engouffra dans la chambre de son petit ami, il eut l'impression que l'air était irrespirable. Il posa son sac dans un coin et s'assit sur le lit. Sa nervosité était palpable. D'ailleurs, Seijuro ne prononça pas un seul mot. Il resta debout, un peu plus loin. Ce n'était pas normal. Seijuro restait rarement silencieux. Mais il devait bien se rendre compte qu'il y avait un problème. Et Kouki le blessait très certainement à chaque seconde de silence. Il fallait qu'il le fasse. Il décida enfin de prendre son courage à deux. Il inspira profondément, essayant de régulariser sa respiration.

« Sei…Seijuro, commença-t-il d'une voix mal assurée. Je… Je voudrais te parler. »

Kouki se sentait tellement mal. Seijuro, lui, ne dit rien. Il se contenta d'acquiescer et vint s'asseoir sur le lit, juste à ses côtés. Il était si calme en apparence. Mais était-ce réellement le cas ? En l'observant, Kouki pouvait bien voir qu'il n'était pas comme d'habitude. Il déglutit alors.

« Je… euh… Je me demandais si… Enfin… Tu sais… euh…

—Parle franchement, Kouki. Il n'y aura pas de problème. »

Seijuro afficha un léger sourire encourageant, seulement Kouki pouvait sentir sa nervosité. C'était infime, mais elle était bien là quand même. Seijuro se sentait nerveux et c'était entièrement de sa faute. Il fallait que ça s'arrête ! Il se força alors à reprendre.

« Tu te souviens de euh… la façon dont tu te comportais avant… enfin… avant ta défaite ?

—Oui, je m'en souviens, répondit Seijuro d'une voix faussement tranquille. Et donc ? »

Kouki pouvait sentir une certaine forme d'impatience dans son ton. Ça se présentait mal. Mais il devait aller jusqu'au bout.

« Eh bien, je… euh… je me demande si… cet autre toi… enfin, tu vois… Je… Je pense qu'il est encore… là… et-

—Non, trancha Seijuro. Il n'est plus là.

—Ah…, souffla Kouki, déstabilisé. Alors… il… il n'y a pas de problème ?

—Il n'y en a aucun. »

Kouki se recroquevilla un peu. Il n'aimait pas ça. Seijuro se braquait. Ce n'était pas bon. Mais Kouki ne pouvait pas laisser tomber. Il devait insister, même si c'était difficile. Parce que c'était à son tour de porter leur relation. De porter Seijuro. Il prit alors les mains de son petit ami dans les siennes, qui tremblaient sous le coup de l'émotion.

« Je… Je ne comprends pas tout, c'est vrai, souffla-t-il, incertain… Mais je… je voudrais que tu m'en parles… Tu dois savoir que… que ce n'est pas grave… Si ça revient… je… pour moi, ce n'est pas grave… »

Seijuro fit claquer sa langue sur son palais. Il retira ses mains de celles de Kouki et se leva pour s'éloigner de lui. Aussitôt, ce dernier sentit la froideur se glisser dans la pièce. Et il culpabilisa. Il ne voulait pas le blesser. C'était même la dernière chose qu'il souhaitait.

« Tu ne sais pas de quoi tu parles », murmura Seijuro, agacé.

Mais Kouki pouvait voir le doute dans son regard. Et il sut. Il comprit directement qu'il ne devait pas lâcher. Pour rien au monde. Un élan de courage envahit sa poitrine.

« Sei…, reprit-il alors. Je crois que tu as besoin d'aide… Tu ne dois pas en avoir honte. Ce n'est pas une faiblesse. C'est juste… comme ça… Et… ça ne change rien… ça ne change rien pour moi… »

Seijuro renifla, d'un air dédaigneux. Le sourire qu'il afficha ensuite ne plut pas du tout à Kouki.

« Tu te trompes, affirma-t-il. Il est parti.

—Non, je ne crois pas. »

C'était la première fois que Kouki osait contredire ouvertement Seijuro. Et ça le soulagea. Parce que c'était tellement important.

« Tu ne sais pas de quoi tu parles ! répéta Seijuro, la colère commençant à percer de sa voix.

—C'est vrai, reconnut Kouki. Mais ça me fait peur… et je ne peux plus rester silencieux.

—Tu as peur de moi ? »

Le regard de Seijuro se troubla. Kouki se rendit compte que cette possibilité l'inquiétait. Son cœur se serra aussitôt.

« Non, bien sûr que non ! s'exclama-t-il alors. Mais j'ai peur pour toi… Je ne comprends pas. J'ai fait des recherches sur le net. Et oui, certaines choses que j'ai lues sont effrayantes. Mais tu ne me fais pas peur, tu-

—Et qu'as-tu lu, Kouki ? »

Seijuro le coupa d'un ton glacial. Ses yeux impérieux le mettaient au défi de parler. Kouki déglutit, mais trouva le courage de continuer. Maintenant qu'il était lancé, il avait l'impression que rien ne pouvait l'arrêter.

« Je… j'ai lu des informations sur les maladies mentales… »

Voilà... Il avait lâché le mot. Le regard de Seijuro devint alors indéchiffrable. Mais il finit par s'éloigner d'un pas. Puis de deux. Avant de lui tourner carrément le dos. Kouki sentit son cœur rater un battement. Ça… ça n'arrivait jamais. Ce n'était pas le genre de Seijuro de se détourner comme ça d'une conversation. Le silence fit ensuite battre le cœur de Kouki comme jamais. Il était inquiet. Il se sentait perdu. Mais il tâcha de repenser aux mots de sa maman. Si lui-même ne savait pas comment gérer la situation, comment devait se sentir Seijuro ?

Prenant son courage à deux mains, Kouki se leva du lit et s'approcha de lui. Il posa ensuite une main sur son bras. Et, en douceur, il le retourna pour que Seijuro soit, de nouveau, face à lui. Pour une fois, il parvenait à s'accrocher jusqu'au bout. Il avait l'habitude de battre en retraite avant. Au moindre obstacle, avec n'importe qui. Mais, ici, c'était important. Il ne pouvait pas reculer. Il était lâche, mais… mais pas à ce point… Il n'abandonnerait jamais Seijuro… Même si son petit ami ne le regardait même pas. Ce n'était pas normal. Seijuro n'avait jamais évité ses yeux jusqu'ici.

« Sei…, murmura-t-il alors. Tu n'as pas besoin de me tenir à l'écart… Tu peux tout me dire… Je… Je peux tout entendre…

—… Je dois gérer ça seul… Ce n'est pas important.

—Bien sûr que c'est important, rétorqua Kouki. Ne reste pas seul, je t'en prie… Ce… Ce n'est pas une honte, Sei. Ce n'est pas une faiblesse… J'ai tellement peur pour toi ! Je le vois bien ! Ce n'est pas un jeu… Ce n'est pas juste une partie de basket, c'est la réalité. Ça me dépasse et… et peut-être que toi aussi… ça te dépasse… »

Alors que Kouki trouvait le courage de lui dire tous ces mots, le regard de Seijuro se mit à changer. Il semblait si… si perdu… Pour la première fois, Kouki n'eut pas l'impression d'être face à une personne imposante, mais juste face à un garçon de son âge. Le cœur de Kouki n'avait jamais battu aussi fort pour lui. Sans hésiter, pris d'un élan d'affection, il le prit alors dans ses bras. Il le serra fortement contre lui, comme si ça pouvait tout arranger.

« Je… Je t'aime Sei…Seijuro… »

Son cœur résonnait contre ses tympans. Il l'avait fait… Il l'avait réellement fait. C'était lui le premier à dire ces mots. Dans ses bras, Seijuro se tendit. Puis, il lui rendit son étreinte, avant de glisser son nez dans son cou et d'inspirer profondément.

« Je t'aime aussi, Kouki. Je t'aime tellement. »

Kouki avait envie de pleurer en entendant cette phrase. Mais il devait tenir bon. Jamais il n'avait serré Seijuro aussi fort. Mais il avait tellement peur… tellement peur de le perdre s'il le lâchait.

« Laisse-moi t'aider alors…, souffla-t-il.

—Comment ?

—Je ne sais pas… »

Kouki ne savait pas quoi faire, c'était vrai. Comment pouvait-il le savoir, après tout ? Il n'était qu'un adolescent banal. Il ne connaissait rien à tout ça. Mais il ne se défilerait pas pour autant. Dans ses bras, il sentait que Seijuro était désemparé. Et ça lui brisait le cœur. Les larmes lui montèrent aux yeux.

« Je ne sais pas, reprit-il d'une voix tremblante, mais je ne vais pas te laisser tomber. On va y réfléchir ensemble. On trouvera une solution tous les deux ! »

Seijuro ne répondit pas tout de suite. Mais lorsqu'il le fit, sa voix fut à peine plus élevée qu'un murmure.

« Je pensais qu'il était parti. Que ce serait aussi simple que ça. J'ai eu tort. »

Seijuro rigola étrangement.

« Moi… Akashi Seijuro… J'ai eu tort… »

Kouki ne savait pas quoi lui dire. En l'absence de mots, il réaffirma son étreinte. Il pouvait sentir toute la fragilité de Seijuro et ça lui faisait peur. Mais, en même temps, ça lui donnait un courage qu'il n'avait jamais eu jusqu'ici. Il n'abandonnerait pas, même s'il savait qu'il ne pouvait pas réellement l'aider. Que c'était bien au-dessus de ses compétences. Il repensa alors à l'ancien Seijuro. À cette paire de ciseaux avec laquelle il avait menacé Kagami. À cette horrible promesse qu'il avait faite à son équipe lorsqu'ils avaient affronté Shutoku en demie-finale. S'il se remettait dans cet état-là, Kouki ne pourrait rien y faire. Il pouvait le soutenir et être auprès de lui, mais… mais il le savait. Ils avaient besoin d'une aide extérieure… En attendant… En attendant, il fallait qu'il trouve les bons mots.

« Tu ne pouvais pas savoir, souffla-t-il alors. Eh, Sei… ça n'a rien avoir avec le fait d'avoir tort ou raison. »

Il s'éloigna quelque peu de lui pour le regarder dans les yeux. Il soutint son regard du mieux possible. Il essayait tant de se montrer fort et courageux pour l'homme qu'il aimait.

« Ce n'est pas aussi fort qu'avant, finit par se confier Seijuro. Mais, par moment… j'ai juste l'impression d'être un spectateur de ma propre vie. Je vois mon corps bouger, avancer, vivre, parler… Et ce n'est pas moi… Moi je… je ne suis plus là… mais après… le sentiment s'en va… Il s'en va. Je te le promets, Kouki.

—Je te crois. »

Seijuro ne semblait pas rassuré pour autant. Kouki l'emmena alors en douceur sur le lit. Une fois installé, il l'enlaça timidement, le laissant poser sa tête sur son torse. Il se sentait un peu maladroit. C'était la première fois qu'il réconfortait quelqu'un. Et ça devait être le grand Seijuro, Seijuro l'Empereur. Non… Tout ça, c'était faux. C'était Seijuro, l'adolescent. Tout comme lui. Kouki resserra alors ses bras autour de son corps et passa une main tremblante dans ses cheveux.

« Sei… Je crois que… Peut-être… Tu devrais en parler avec ton père ? »

Il ne pouvait pas voir le visage de Seijuro, mais il sentit ses épaules se tendre.

« Je vais le décevoir, répondit-il à voix basse. Encore. »

Kouki aurait voulu pouvoir le contredire, mais il ne le pouvait pas. Il n'en savait rien, après tout. Il n'avait jamais réussi à cerner Masaomi. C'était un homme très strict et froid, mais Kouki aimait à croire qu'il allait quand même soutenir son fils dans cette épreuve. Mais… Et si ce n'était pas le cas ? Kouki ne pouvait pas forcer Seijuro à lui parler. Il ne voulait pas qu'il se sente mal. Mais… Qui d'autres avaient-ils ? Pour une fois dans sa vie, Seijuro avait clairement besoin que quelqu'un d'autre prenne une décision pour lui.

« Je ne sais pas comment il réagirait, souffla alors Kouki. Mais, moi, tu ne me décevras jamais… je sais que… ce n'est pas aussi important que ton père, mais… mais c'est vrai… »

Seijuro ne lui répondit pas tout de suite. Il caressa son bras en douceur, avant de le faire.

« Tu es bien plus important… »

Kouki sentit les larmes lui monter aux yeux.

« Je ne peux pas lui parler, continua Seijuro. Pas maintenant…

—… Mais… On ne peut pas ne rien faire… »

Après cette phrase, le silence revint dans la chambre. Kouki continuait de passer sa main dans les cheveux rouges de son petit ami, le cœur battant fortement. Ses émotions tourbillonnaient en lui, mais il essayait de rester concentré sur la conversation.

« … Kouki, est-ce que… est-ce que tu veux bien m'accompagner chez le médecin si je prends un rendez-vous ? »

Entendre Seijuro hésiter sur ses propres mots faisait tellement de peine à Kouki.

« Je t'accompagnerai où tu veux. »

Il ferait tout ce qui était possible pour l'aider. Il ne quitta alors pas Seijuro des yeux. Il espérait qu'il parvenait à lui transmettre tout son amour et tout son soutien.

« … Merci, chuchota Seijuro. Et en fonction de ce qu'il dira… je verrai ce que je ferai avec mon père.

—Bien. Et si tu as besoin de moi, je serai à tes côtés aussi pour ton père. »

Seijuro ne dit rien. Il hocha simplement la tête, avant de se laisser complètement aller sur lui. Kouki garda bien ses bras autour de lui et sa main dans ses cheveux. Son cœur battait toujours fortement. Mais il se sentait mieux. Il avait enfin réussi à parler à Seijuro. Il se sentait fier de lui. Il avait pris les choses en main. Même si l'inquiétude était encore présente, le soulagement l'envahissait. Il avait osé. Et Seijuro l'avait écouté. Rien n'était réglé, mais au moins… Au moins, ils étaient sur le bon chemin. Kouki comptait bien s'y avancer auprès de Seijuro. Plus jamais il ne se laisserait guider. Et s'il le fallait, il guiderait même lui-même son petit ami jusqu'à ce qu'il aille mieux. Il pouvait sentir à quel point Seijuro n'allait pas bien. Il avait abaissé toutes ses barrières. Il lui montrait toutes ses failles. Et Kouki… Kouki devait s'en montrer digne !

Les émotions tournaient si vite en lui. Mais son mal-être disparaissait enfin. L'avenir était incertain, mais il était là. Il était enfin là pour Seijuro. Et plus jamais il ne le laisserait tomber. Plus jamais…

Bien loin du programme que Seijuro avait prévu, ils passèrent tout l'après-midi dans les bras l'un de l'autre. S'aimant enfin comme jamais ils ne s'étaient aimés jusqu'alors…


Et voilà... J'espère que ça vous a plu ! Merci de m'avoir lue !