Chapitre 3 : L'atout caché.
- Inui-senpai, t'as pété les plombs ?!
- C'est une fille !
- Une première année en plus !
- Et le tournoi de classement est déjà fini !
Le match, suite à la déclaration du binoclard, s'était arrêté. Maintenant, tous les joueurs l'entouraient, ainsi qu'Aelita et la coach. La Française était perdue, tout allait trop vite. Elle ne comprenait pas tout, mais faisait un effort pour tout entendre afin de ne rien louper.
- Eh bien, une fille peut participer aux tournois, ce n'est pas interdit… commença la vieille femme. Mais nous avons déjà nos titulaires !
- Ajoutons une place pour elle. On tire deux titulaires au hasard, elle les affronte et si elle gagne, elle rentre dans l'équipe en tant que soutien. Mais elle a un tel potentiel que ce serait du gâchis que de lui refuser ça.
- Et si elle tombe sur Fuji ou Tezuka ?
- Elle n'aura pas eu de chance, tant pis. Il faut aussi de la chance au tennis.
- Très bien. Si le capitaine accepte, je n'aurais pas d'objection.
Tout allait trop vite pour Aelita, la tête lui tournait un peu. Si elle battait deux titulaires, elle rentrerait dans l'équipe en tant que soutient ? Qui sont Fuji et Tezuka ? Ils ont dit que si elle tombait dessus, c'est qu'elle n'avait vraiment pas de chance. On pouvait donc supposer qu'ils étaient très forts ! Mais elle angoissait. Autour d'elle, le silence s'était fait peu à peu tandis qu'un autre binoclard, avec une présence plus forte que le dénommée Inui, s'incrusta au milieu du cercle. Ce devait être le fameux Tezuka, le capitaine du club ! S'il donnait son accord, elle aurait une chance d'intégrer l'équipe de Seigaku ! Elle n'eut même pas le temps d'adresser une prière silencieuse à Dieu que le capitaine donnait sa réponse :
- Il est sûr qu'elle a un potentiel certain. On peut toujours essayer. Jeune fille, veux-tu tenter ta chance ?
Un oui enthousiaste échappa à Aelita : bien sûr qu'elle voulait tenter sa chance ! Rapidement, on amena des pailles pour tirer à la courte paille ses adversaires. Elle ne pouvait repérer qui était le dénommé Fuji, mais priait pour que lui et Tezuka prennent les plus longues pailles. De nouveau, la chance lui sourit : ses adversaires étaient un certain Momoshiro Takeshi, et Kikumaru Eiji, respectivement en 2nde et 3ème année. La Française angoissait un peu : elle ne voulait pas se ridiculiser, non, surtout pas !
Momoshiro et elle partirent se placer sur le terrain. De nouveau, ce fut elle qui prit le service. Cependant, son adversaire semblait confiant, ce qui l'angoissa encore plus. Terrifiée, elle mit toutes ses forces dans son service, propulsant une balle encore plus rapide que précédemment, qui laissa son Senpai sur place, sans qu'il n'ait pu faire un mouvement. Elle lança son service une seconde fois. Une troisième fois. Une quatrième.
- Un jeu blanc…
- Pas possible…
- Jeu, Aelita ! 1 jeu à 0, Aelita mène. Momoshiro au service.
Ledit Momoshiro semblait beaucoup moins assuré, mais cette assurance n'avait en rien rejoint Aelita. Elle était toujours autant flippée. Heureusement, c'était dans les situations de stress qu'elle était la plus performante. Son corps bougeait quasiment à l'instant, comme si son ange gardien lui soufflait à l'avance quels mouvements elle devrait faire à quel moment. Cependant, elle commit une erreur. Un lob. La balle s'envola haut dans le ciel, mais son Senpai, avec un saut incroyable, parvint à la rattraper. Et à la lui renvoyer à pleine vitesse.
- Le Dunk Smash de Momochan-senpai ! hurla un trio de première année.
Un Dunk… n'était-ce pas un panier smashé au basket ? Celui-là venait de reproduire un Dunk au tennis… Trop. La. Classe. Mais mauvais pour elle. A partir de ce moment, le match fut serré. Elle ne pouvait plus lober, sous peine de subir de nouveau le Dunk Smash, ce qui ajouta une nouvelle pression sur ses petites épaules.
On en était désormais à 6 jeux partout, début du Tie-Break. Si elle le laissait trop marquer, elle perdrait. Et l'aventure serait finie là. Elle ne pouvait pas laisser tomber là. Elle voulait aller jusqu'au bout…
C'est à partir de ce moment-là qu'elle entra en transe. La sensation la déstabilisa. Cela faisait tellement longtemps… Depuis combien de temps n'était-elle pas passée en Instinct mode ? Une année, deux peut-être. Mais ça n'importait plus. Maintenant, le résultat était joué : elle gagnerait. Son corps réagissait au moindre frémissement de son adversaire, sans même qu'elle n'ait besoin de réfléchir. Le match se finit ainsi sur un tie-Break, avec un score de 7-1 en sa faveur. Personne n'en croyait ses yeux : une petite gamine Française venait de battre Momoshiro. L'adversaire suivant entra sur le court : Eiji Kikumaru.
Aelita était un peu fatiguée. Elle dissimulait cependant cette fatigue derrière un masque d'assurance, afin de faire croire qu'elle était en pleine forme. Cependant, l'Instinct Mode avait disparu, et elle savait que désormais, elle se fatiguerait deux à trois fois plus vite. C'était la même chose à chaque fois qu'elle entrait en transe. Elle devrait donc gagner ce match grâce à ses seules compétences, sans trop se surmener.
Son adversaire sembla remarquer qu'elle stressait, car il lui fit un signe de la main accompagné d'un grand sourire, comme pour la soutenir :
- Déstresse p'tite fille, profite du match !
- Ha… Hai !
Le match débuta. Sans surprise, au vu de sa fatigue, Kikumaru menait 2 à 3. Mais elle ne pouvait perdre ici, bien qu'incapable de passer en Instinct Mode. Cependant, elle avait un autre atout dans sa manche : elle croyait dur comme fer que chaque personne possédait une aura, bien qu'elles lui soient invisibles. Alors, comme lui avait appris son maître en France, elle concentra toute son énergie vitale dans sa tête et son bras droit. Son sens de l'observation sembla d'un coup s'éveiller. Son corps ne tenait cependant plus la cadence, mais grâce à l'énergie restante envoyée dans son cerveau, elle allait pouvoir se montrer plus maligne que son adversaire. Laissant sa fatigue apparaître sur son visage, elle laissa son Senpai gagner son quatrième jeu. Pour contre-attaquer plus intelligemment. Elle marqua sans arrêter, réduisant le temps des jeux au minimum, enchaînant lob, volley amortie et autres coups vicieux. En un temps record, elle renversa la balance, 5 jeux à 4 pour elle. Un jeu et elle gagnait. Un jeu et elle gagnait. Un jeu et elle gagnait. Le service était à Kikumaru.
Ramenant les forces qu'elle avait économisées, elle enchaîna sur une série de retour gagnant renvoyés avec une force inouïe, marquant ainsi sa victoire.
Puis, elle s'écrasa sur le sol une fois sa victoire déclarée, et resta allongée tandis que des applaudissements se faisaient entendre, ainsi que des rires, et des moqueries à l'encontre de Kikumaru et Momoshiro, qui venaient de se faire exploser par une mignonne petite fille.
Elle était désormais titulaire. Et prête à s'endormir, tellement elle était crevée, mais visiblement, on n'allait pas la laisser s'en tirer comme ça. Alors qu'elle pensait pouvoir bénéficier d'un peu de repos, Kikumaru fonça vers elle et la leva d'un coup.
- Allez, debout, debout ! J'arrive pas à croire que tu m'aies battu-nyah !
- J'arrive pas à croire qu'elle m'ait battu aussi, marmonna Momoshiro, posté à côté d'eux.
Aelita vacillait, mais son Senpai la retenait. Elle mourrait d'envie de s'asseoir, mais était tellement heureuse de voir que les gens la félicitaient, la trouvait forte… En France, on l'avait toujours prise pour une marginale. L'année de son entrée au collège, on la prenait pour une folle. Elle passait son temps à lire des mangas et à dessiner, puis elle en était venue à écouter de la musique en boucle dès qu'elle le pouvait pour ne pas avoir à subir les moqueries des autres. On ne l'avait pas laissée intégrer le club de tennis, trop jeune qu'ils disaient ! Elle avait eu tellement peur de devoir subir la même chose ici ! Mais son nouveau départ s'était bien passé, elle pouvait oublier les tortures de ceux qui se prétendaient être ses amis et se concentrer sur son avenir, sur le Japon, sur sa nouvelle école… !
Elle était heureuse.
La seule chose qui ternissait le tableau était Echizen Ryoma. Il la fixait d'un regard froid, et elle était persuadée qu'il ne l'aimait pas. Elle ne savait pas pourquoi, mais son regard était glacial, il ne se mêlait pas à la foule et se dirigeait vers les vestiaires pour ranger sa raquette.
Percevant le regard penaud d'Aelita vers Ryoma, Momoshiro lui souffla de ne pas s'inquiéter, qu'il était toujours comme ça. Cela ne la rassura pas, mais elle parvint finalement à oublier l'attitude glaciale de son coéquipier envers elle. Une fois ce dernier revenu parmi le groupe, les titulaires et la nouvelle furent amenés à part :
- Je vous présente notre atout caché ! Lança alors le dénommé Inui.
- Atout caché ?
- Ouiiiii… Qui penserait qu'une fillette ferait parti de notre équipe, hein ?! On va bien t'entraîner, tu vas pouvoir tous les exploser !
Le sourire un peu sadique d'Inui-senpai fit pâlir la jeune fille, qui marmonna que ce n'était pas nécessaire. Tout le monde éclata de rire, sauf Echizen qui gardait un air buté, et le capitaine qui gardait son air sérieux.
- Bon, et si on faisait les présentations ? Intervint la coach, mettant fin à l'hilarité générale.
- Fuji Shusuke, 3ème année, enchanté.
- Kikumaru Eiji, 3ème année ! Lança le garçon aux cheveux rouges en tirant la langue.
- Oishi Shuichiroh, 3ème année.
- Inui Sadaharu, 3ème année.
- Echizen Ryoma, 1ère année.
- Momoshiro Takeshi, 2nde année.
- Kawamura Takashi, 3ème année.
- Tezuka Kunimitsu, 3ème année, capitaine.
- Kaidoh Kaoru, 2nde année.
Aelita sursauta et devint encore plus pâle qu'elle ne l'était déjà en voyant le dénommé Kaidoh et sa stature de serpent. Il avait un regard effrayant, et elle se força à ne pas hurler de trouille en le voyant la fixer. Percevant son malaise, Momoshiro fixa Kaidoh.
- Mamushi, tu lui fais peur.
- C'est moi qui fais peur ? T'as vu ta tronche, hérisson ? Répliqua immédiatement celui qu'on avait appelé Mamushi (Vipère).
- Et la tienne, face de serpent ?
- Qu'est-ce que t'as dit ?!
- J'ai dit que t'avais une face de serpent, tu veux que je répète encore ? FACE DE SERPENT, FACE DE SERPENT !
- La ferme, abruti congénital !
La jeune fille prit un air surprit en voyant les deux se jeter l'un sur l'autre en s'insultant.
- Eh, vous battez pas pour ça, Senpai-tachi !
- La ferme, la gamine ! Répondirent-ils en chœur.
Aelita recula d'un pas, un air effrayé sur le visage. Elle regarda autour d'elle, mais personne ne semblait se formaliser de voir qu'ils se tapaient dessus en plein milieu du court.
- Et, euh, personne ne les arrête ?
- T'inquiète pas, on a tous l'habitude ici, répondit Fuji-senpai avec son sourire qui ne semblait jamais le quitter. Ce qui fascinait la jeune fille, d'ailleurs.
Elle n'eut pas le temps de respirer qu'Echizen parlait pour la première fois depuis la fin des matchs. Il tenait une raquette à la main, jaune, et la tendait à l'un des Senpai.
- Kawamura-senpai…
Kawamura attrapa la raquette avec un air hésitant. Air hésitant qui fit place à un visage surexcité.
- BURNIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII NG ! Hurla le collégien.
Puis, sous les yeux ébahis d'Aelita et amusés des autres, il se jeta sur les deux bagarreurs et les éloigna l'un de l'autre en hurlant et agitant sa raquette.
- BURNING! It's not good, not good! Vous devez pas vous battre, les mecs ! Arrêtez ça ! BURNING !
Aelita était tellement choque qu'elle en perdit son Japonais. Un air hébété sur le visage, elle recula encore, heurtant au passage Oishi-senpai et dit en Français :
- Mais… Mais c'est quoi ce bordel ?!
Fuji continuait de sourire tandis qu'il traduisait ce qu'elle venait de sortir à ses amis. L'air hébété d'Aelita n'avait pas quitté son visage, et elle écouta d'un air distrait les explications d'Oishi. Apparemment, dès que Kawamura prenait une raquette, le gentil et doux Kawamura laissait la place à un mec énergique, violent – mais pas méchamment – qui attaquait les gens verbalement à coups de « Burning ! ».
Aelita était désormais sûre que sa vie ici n'allait pas être de tout repos…
