Chapitre 16 : Une Golden Pair en difficulté

Les joueurs se mirent en place, et le match débuta rapidement. Assez vite, il sembla à Aelita que les deux joueurs de St Rudolph concentraient leurs balles en un seul point. Des balles près du corps, difficiles à rattraper… Ils visaient Kikumaru. Cependant, ce dernier parvenait grâce à son incroyable agilité à renvoyer ces balles, en se tortillant pour les frapper de telle ou telle manière. C'était assez surprenant et intéressant. Mais au bout de vingt minutes de jeu, les St Rudolph menaient au score. 4-3. La Golden Pair semblait en difficulté. Aelita parvint à attraper le regard de Kikumaru, et lui posa une question silencieuse. Elle sentait qu'il était en difficulté. Son senpai était la proie des attaques répétées de Kaneda et d'Akazawa. Qu'est-ce qui lui arrivé ? Que se passait-il ? Oishi était encore en pleine forme, mais Eiji peinait. Elle le voyait. Oishi aussi l'avait remarqué. Mais comme elle, il semblait ne pas parvenir à mettre le doigt sur ce qui gênait son coéquipier.

Et pire, le sourire machiavélique de Mizuki – un sourire de chat qui vient de bouffer un oiseau – la rendait folle. Ce mec l'exaspérait. Quelle était sa stratégie ?! Ce qui se passait sur le terrain était sans aucun doute de son initiative. Il était celui qui s'acharnait à mettre des bâtons dans les roues de Seigaku. Pour lui, rien ne semblait être plus important que la victoire, l'écrasement total de ses adversaires. Aelita avait envie de lui coller une bonne droite dans la mâchoire pour faire disparaître ce petit sourire supérieur de son visage arrogant. Mais bien sûr, elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait rentrer sur le court. Seuls la coach et Kawamura le pouvait, et encore pour ce dernier, seulement à la pause. C'était lui qui s'occupait de donner serviettes et boissons à ses amis, tandis que Ryuzaki-sensei dispensait ses rares conseils ou remettait ses joueurs dans le bon chemin. Aelita ne pouvait même pas interpeller son aîné pour lui demander ce qui se passait, lui demander des explications.

Et plus le match avançait, plus il était visible qu'Eiji perdait sa concentration. Les fautes qu'ils faisaient étaient incroyables. Son jeu acrobatique devenait moins précis. Akazawa continuait de lui lancer des balles dures à rattraper, faisant peser une énorme pression sur ses épaules. Et Oishi ne pouvait rien faire pour son coéquipier.

- Eh ! On dirait que la balle se démultiplie ! J'aurais juré en voir 5 ou 6 !

Le cri d'Echizen sortit Aelita de sa rêverie, et tout le monde se tourna vers lui.

- Hein ?! Lança Kawamura.

- Je vois… ce serait donc ça, marmonna Inui, qui avait encore remarqué quelque chose qui avait échappé à ses camarades. Quand Akazawa frappe la balle, il ne la frappe pas avec le centre du tamis, mais avec le bord ! Cela donne à la balle un effet à peine perceptible, et on dirait qu'elle se dédouble… Ca fausse totalement le jugement de son adversaire ! Encore heureux qu'Eiji ait une bonne condition physique… et une bonne vue !

- Heureux… ou malheureux, reprit Aelita d'un air lugubre. A cause de cette vision si bonne, Kikumaru doit voir toutes les balles en même temps… ça doit lui fatiguer les yeux à un point pas croyable ! C'est tout bonnement impossible de rester éternellement en pleine forme avec cet handicap…

- Côté mental, Kikumaru semble encore tenir le coup, commenta cyniquement le capitaine. Mais je serais tenté de dire que cette technique a été mise au point spécialement pour contrer Kikumaru.

Kikumaru faiblissait de plus en plus. C'était indéniable. Cela se voyait juste à l'imperceptible soupir qu'il poussait à la fin de ses sauts, comme si c'était le dernier qu'il faisait avant d'être étouffé. A un moment, il faillit même trébucher. Akazawa en profita pour attaquer… mais il avait oublié – et Aelita aussi, par la même occasion – que ce match était un double, et non pas un simple. Et Oishi le leur prouva en beauté en exécutant un magnifique Moon Volley, son coup de prédilection. Ce coup, entre la volée amortie et le lob, était d'une grande précision et tombait là où l'adversaire ne pouvait rien faire. A savoir pile sur la ligne de fond.

Des applaudissements et encouragements résonnèrent dans tout le court suite à ce coup d'éclat d'Oishi. C'avait été magistral. Soudain, les Seigaku se mirent à remonter au score. Quatre partout. Ils avaient encore une chance de vaincre. La combinaison Oishi-Kikumaru était parfaite. Ce ne pouvait aller autrement. Si ?

Oui. Leur combinaison était parfaite. Ils le démontrèrent une fois de plus. Les yeux d'Aelita s'écarquillèrent tandis que ses senpai modifiaient du tout au tout leur position. Eiji était placé tout près du filet, à cheval sur la ligne centrale et totalement recourbé. Oishi était derrière lui, au fond du court, prêt à tirer. Et c'est ce qu'il fit.

- Les côtés sont vides, ils vont se faire allumer ! Hurla Horio, paniqué.

Mais Inui arborait un sourire satisfait. Tezuka, calquant son attitude sur celle d'Inui, garda son calme. Et Aelita ne put s'empêcher de siffle son admiration en voyant Kikumaru se déplacer latéralement à gauche tandis qu'Oishi avançait vers la droite. Avec cette formation, ils prenaient de court leurs adversaires en leur imposant quelque chose de pas commun. Leurs mouvements étaient quasiment impossibles à prévoir.

La formation australienne était un succès.

Cependant, Kaneda, qui passait pour un joueur bon mais sans plus, se révéla un atout pour les St Rudolph. En quelques balles à peines, il avait compris le fonctionnement de la formation. Et avait trouvé où tirer. Par chance, sa balle fut out, cependant, la Golden Pair avait compris qu'ils avaient tout intérêt à être encore plus vigilants.

Puis il se passa quelque chose qui rappela à Aelita le double Kaidoh-Momo et la fit sourire. Kaneda était littéralement en train d'engueuler son capitaine, qui jouait en simple au lieu d'être en double.

- Mais t'es vraiment con ou quoi ?! On est en double, pauvre cloche ! Réveille-toi, fais-moi un peu confiance, je suis ton coéquipier ! Bordel !

Sur le coup, un gros blanc s'est – de nouveau – fait sentir. Puis Akazawa n'a pas tardé à réagir.

- Eh oh, ça va pas, oui ? Parle correctement à tes aînés, petit… !

Aelita ne comprit pas le dernier mot. Inconnu au bataillon. Il valait probablement mieux, d'ailleurs, ça ne semblait pas particulièrement poli… Le match reprit. Akazawa, encore surprit par la formation, envoya la balle dans le filet.

Et se mit à hurler. Comme une bête.

Me regardez pas comme ça, c'est vrai, j'vous le jure ! Ce mec a ouvert la bouche et s'est mis à gueuler comme un timbré. Même que Tezuka a légèrement sursauté – Aelita l'a vu – et que Kaidoh a fusillé le St Rudolph du regard.

- Je vois… Il évacue la pression, expliqua Fuji.

Cela eut pour effet un regain d'énergie chez les St Rudolph. Ils dominaient désormais la partie 6 à 5. Ca sentait mauvais. Eiji était fatigué, bien trop fatigué… La formation australienne faisait encore son effet, mais cela diminuait peu à peu, au fur et à mesure que leurs adversaires s'adaptaient. Même Fuji, l'éternel optimiste et son sourire – pas toujours – joyeux, entrouvrait ses beaux yeux bleus, symbole de la gravité de la situation. Eiji ne tiendrait plus longtemps. Il le savait. Aelita le savait. Oishi le savait. Eiji lui-même le savait. La courte pause que l'on octroyait aux joueurs lors d'un changement de terrain ne lui permettrait pas de reprendre des forces. Cette courte pause, d'ailleurs, débuta. Eiji s'affala sur le banc, une serviette sur le tête, soufflant tout ce qu'il pouvait. Il était littéralement épuisé.

Et quand l'arbitre ordonna aux joueurs de retourner sur le terrain, Oishi fut le seul à se lever. Ce fut là que tous se rendirent compte du véritable gravité de leur situation. Kikumaru ne pouvait plus bouger. Il était à bout de forces.

La Golden Pair ne pouvait désormais plus rien faire.