Texte Supernatural, écrit bien avant de commencer à voir la saison 15. Écrit dans la rage et la peur de voir mourir Cas, mon perso préféré je l'avoue. C'est donc autant un texte qui spoil, qu'un texte sur les personnages, qu'un texte sur mon ressentit vis-à-vis d'un possible décès de Castiel.


Une déchirure. Une blessure. La Mort qui s'en vient. La peur, atroce, qui tord le ventre, amène la bile, et le silence, il n'y a plus que le silence du Néant. Comment rester en vie ? Comment se relever ? Pas agités, pas hésitants, avancement dans le noir du monde, dans l'obscurité du vide. Obscur ? Non, il n'y a plus rien. Voilà, rien. Le silence du monde, le silence du rien. C'est le silence des hommes. Et Dieu ?

Dieu est absent à son tour. Mort ? Si seulement. Que vaut un monde sans Dieu ? A-t-on besoin de lui, même ? Lui qui cause tant de malheur, lui qui est la cause de ce vide immonde. Immonde, oui, ce manque, ce trou dans le cœur. Il y a un besoin… et il y a la réponse. Rien. Il ne reste rien. C'est la mort.

Voilà la mort qui s'en vient. Et c'est la chose la plus douloureuse au monde.

Vraiment ?

Il n'y a que le silence ?

Non. C'est un cri qui monte, qui part du ventre, qui se nourrit de cette peine du cœur, et qui gonfle, gonfle, gonfle jusqu'à exploser, jusqu'à ce qu'on ne puisse plus le retenir. C'est un seul cri, peut-être. Ce sont des hurlements, peut-être. C'est l'expression la plus pure et la plus bruyante de ce que l'homme peut ressentir à la perte de son tout. Comment faire face ? Le cri part du ventre, monte dans le cœur, s'infiltre dans le sang, dans les veines, circule dans les yeux, dans la bouche, dans le cerveau. Il se lit sur les faces déformées par la fureur, il se découvre dans les ombres bordées de larmes, il s'aperçoit dans chaque geste, dans chaque mot qu'on daigne offrir à l'observateur attentif. C'est une colère immense, qui émerge d'une tristesse infinie.

Il explose, ce cri, parce que sinon il tue.

Et voilà la mort qui s'en vient sur son cheval blanc, portant pour l'un un sablier, pour l'autre un glaive. Il y a tant de façons de survivre, et parfois, le plus simple est de mourir.

Oui, mourons. La Terre est vide, si l'ange s'en va.


(et dans le silence, dans le cri, dans tout ce qu'il y a entre les deux, une seule pensée exprimée. Ne t'en va pas, Castiel)


Et tout d'un coup, le silence qui se brise. Sa voix qui fuse. Cas chante. Tu ouvres grand les yeux, incertain, stupéfait, magnifiquement cloué, rendu muet. Et ô Ciel, elle n'est pas belle, sa voix. Toute cassée, toute rouillée, hésitante, trop grave, pas assez ferme, peu mélodieuse. Elle résonne dans tes os, dans tes entrailles, dans tout ce qui te constitue. Tu ne peux que rester là. Elle n'est pas belle. Elle raconte l'horreur, à travers les mots qu'il ne dit pas, à travers tout, tout, tout ! Elle résonne dans ta tête, dans ton cœur, dans ton âme comme un coup de marteau, comme la fin d'un rêve, la fin d'une vie, la fin d'un amour. Horreur et décadence, impureté et orgueil, fatigue et désespoir. Elle résonne de larmes incapables de couler.

Et toi, tu restes là, muet de peur.

Qu'elle n'est pas belle, sa voix ! Qu'elle déraille, qu'elle se casse sur les notes, sur les accords, sur les mots. C'est une partition mal accordée, ce sont des paroles qui ne riment pas, qui n'ont aucun sens. De la poésie de bas étages, non, pire, bien pire. Ce n'est rien, rien d'autre qu'un long cri modulé, transformé pour être acceptable. Pour t'être acceptable.

Tu ne te rends même pas compte que tu pleures.

Tu te demandes, quelque part dans ton esprit aveuglé, depuis combien de temps Cas chante sans que tu l'entendes. Depuis combien de temps Cas crie sans que tu l'entendes. Tu aimerais dire que ce n'est pas ta faute, tu aimerais te trouver des excuses. Tu n'en as pas le droit. C'est interdit, Dean ! Tu le sais bien.

Tu ne te rends même pas compte que tu pleures pour lui.

Cela fait trop longtemps que tu es aveugle et lui muet.


Un ange se tient devant toi. Tu en perds tes mots. C'est marrant, non ? Si on t'avait dit, plus jeune, que tu rencontrerais un ange, l'aurais-tu cru ? Bien sûr que non. Sauf qu'il est là, maintenant. Il se tient devant toi, dans toute sa gloire. Ou plutôt, c'est toi qui le voit dans toute sa gloire. Je parie qu'il ne le voit pas comme ça, lui. Lui, il est juste en train d'aider quelqu'un, de soigner quelqu'un. Peut-être que, parce que tu as vu tellement d'horreurs dans ta vie causées par des êtres surnaturels, peut-être donc es-tu capable d'apprécier vraiment, à sa juste valeur, ce simple geste.

L'ange aurait pu tous vous détruire. Il aurait pu réduire en cendre ce bébé. Il aurait pu le laisser souffrir, le laisser crier sa souffrance sans rien faire. Il aurait pu le tuer pour ne plus l'entendre. Mais non. Ce n'est pas son genre. Non, bien sûr que non. C'est un ange, un vrai. Un que tu sais d'instinct pur et bon. Divinement bon. Incroyablement pur. Tu oses à peine le toucher, à peine penser à lui. C'est marrant, non ? Toi qui n'a de respect que pour ta famille, toi qui te moque d'à peu près tout, voilà que tu te sens misérable face à lui. Infiniment petit. Infiniment insignifiant.

Si tu savais ce qu'il fera ensuite, cet ange. Si tu savais ses doutes, ses peines, ses horreurs, ses cauchemars, ses tourments. Si tu savais tout ce qu'il a vu, traverser, endurer, peut-être ne te sentirais-tu pas ainsi. Peut-être te sentirais-tu juste reconnaissant. Voilà, reconnaissant. Il fait tout ça pour vous, après tout. Pour toi, particulièrement. Il est amoureux de l'humanité, après tout. Et l'humanité, c'est un peu pour toi qu'il en est tombé amoureux.

Bien sûr, ce n'est pas tout. Il était là bien avant toi. Il a vu bien plus de choses dans sa longue existence que tu n'en verras jamais. Mais l'humanité, c'est toi, maintenant. C'est un fait. Pour toi, il ferait n'importe quoi, cet ange tombé du ciel. Cet ange si souvent brisé que ses ailes sont irréparables. Tu y crois, toi ? Un ange sans ses ailes. Imagines-tu pareille horreur ? C'est comme tuer une licorne, c'est comme détruire les étoiles, c'est réduire à néant quelque chose de pur et beau. Pour toi. L'amour est aveugle mais toi tu l'es encore plus. Tu ne vois pas, tu n'entends pas ce que tous les autres comprennent aisément.

Enfin bon. Voilà. Il est là, cet ange, et toi tu es incapable de le toucher. Que dire d'autre ? Tu ne feras jamais le premier pas; lui aussi. Vous êtes tous les deux des guerriers mais vous manquez de courage à ce moment-là. Et après tout, c'est bientôt la fin du monde. Encore ? Oui, encore. Bientôt, vous mourrez, tous. Toi, lui, ton frère, vos amis, Jack. Tous. Peut-être agirez-vous juste avant de mourir. Peut-être ferez-vous un geste, un seul. Oseras-tu lui prendre la main ? Osera-t-il t'embrasser ?

Un ange se tient devant toi. Il ne fait pas attention à toi parce qu'il n'en a plus besoin. Il le fait d'instinct, maintenant. Sans avoir à y penser. Tu es sa préoccupation première, après tout. Et toi, tu perds tes mots, comme d'habitude.