Enjoy the silence

Disclaimer : Les personnages, les noms, les caractères et les lieux sont la propriété de J.K. Rowling, ceci par l'intermédiaire des Editions Bloomsbury © et de la compagnie Warner Bros ©. Seuls l'intitulé de l'intrigue et les événements relatés sont à moi.
Spoiler : Post tome 7, ne tient pas compte de l'épilogue, ni des interviews.
AMR : R. Thème difficile, suicide.
Genre : Mystère, tragédie
Résumé : Severus doit réapprendre à vivre, mais le veut-il ?
Date : achevé le 20 novembre.

Attention, thème difficile, je me répète mais c'est important. Suite de la chambre d'horreur.


Severus atterrit dans la cheminée du bureau du Directeur, qu'il avait occupé une bonne partie de l'année. Il avança d'un pas, s'épousseta et regarda autour de lui. Les portraits dormaient, ou faisaient semblant. Tout était silencieux. La porte s'ouvrit discrètement sur Harry Potter. Severus se raidit, mais le Survivant était seul. Harry le fixa quelques secondes, puis s'assit sur une des chaises qui faisaient face au bureau inoccupé. Il indiqua d'un signe de tête l'autre chaise, et Severus se résigna à obéir.

- Je suis heureux de vous voir vivant, Pr... Rogue.

- Félicitation pour votre victoire, Potter, marmonna Severus.

Un silence tendu s'installa, aucun des deux ne sachant comment le briser. Finalement Harry prit son courage à deux mains :

- Vous êtes innocenté, j'ai fait savoir à Kingsley que vous n'aviez jamais trahi l'Ordre. Il a vu les souvenirs... qui concernaient votre aide. Le portrait de Dumbledore a tout confirmé, ainsi que les autres anciens Directeurs.

Severus grogna un "merci" discret.

- Minerva m'a demandé de vous dire qu'elle compte sur vous pour le poste de Défense contre les Forces du Mal, poursuivit Harry.

Severus haussa les sourcils.

- Comment peut-elle croire que ce poste m'intéresse encore ?

- Elle compte sur vous, Rogue.

Severus fit une grimace de dégout. Il en avait assez de ces gens qui comptaient sur lui. Ne pouvait-on pas lui accorder le repos ? Non bien sûr, même le gamin l'avait tiré de la mort pour on ne sait quelle raison... Comme s'il lisait dans ses pensées, Harry se justifia.

- J'aurais voulu remercier les gens qui m'ont protégé, aidé. Mais ils sont morts. Mes parents, Sirius, Dumbledore... Mais vous n'étiez pas mort. Quand je suis retourné à la Cabane pour ramener votre corps au Château, j'ai vu les Sinistros. Ils n'ont pas apprécié que je les dérange. Mais j'ai bien vu que vous respiriez faiblement. Je leur ai barré la route, et Hécate m'a proposé un marché. Si je lui rendais les Reliques, elle renonçait à vous... jusqu'à la prochaine fois.

- Alors les Reliques ont disparu ? Demanda Severus.

Harry hocha la tête.

- C'est bien...

- Je vous remercie, Rogue. Pour tout ce que vous avez fait, lança Harry à toute vitesse, comme si les mots lui faisaient peur.

- Vous m'avez assez remercié, Potter, grogna Severus.

- Je suis désolé d'avoir dû vous envoyer dans cette maison, mais il fallait clarifier votre situation avant, poursuivit Potter. Vous étiez en danger à Poudlard.

- J'ai vécu dans pire endroit, Répondit le Serpentard en haussant les épaules.

Un nouveau silence s'installa, pendant lequel Harry promenait son regard sur les murs, refusant de fixer son ancien professeur.

- Quel jour sommes-nous ? Demanda Severus.

- Vous n'êtes partis que depuis trois jours, répondit Harry. Monsieur, J'espérais que vous resteriez avec nous... Vos compétences pourraient nous aider.

- Il y a beaucoup de blessés ? demanda froidement Severus.

- Il... oui. Harry baissa la tête. Il avait l'air d'un vieillard. Rogue, vous ne me devez plus rien. Vous avez rempli votre mission. Mais si vous pouviez les aider eux...

- Cela pourrait peut être me racheter aux yeux de la communauté. Je vois. Répondit Severus avec sarcasme.

Harry eut un demi-sourire.

- Soit. Acheva Severus.

Ils se levèrent, et quittèrent le bureau. Severus suivit Harry dans les couloirs déserts du château. Les armures avaient repris leur place, bien que cabossées ou avec des parties manquantes. Il se rendit compte que Potter le conduisait à la grande Salle.

- Vous ne les avez pas envoyés à Sainte-Mangouste ? Demanda Severus.

- Ils sont débordés, mais nous avons de nombreux bénévoles ici.

Effectivement, la Grande Salle débordait de vie. De nombreuses personnes allaient et venaient, les bras chargés de pansements, de potions, de ligne propre. Pendant que d'autres étaient allongés sur des dizaines de lits, parfois sortis des dortoirs des élèves. Lorsque Severus apparu à l'encadrement de la porte, de nombreux regards se dirigèrent sur lui. Il remarqua cependant des hochements de tête bienveillants, quelques sourires même. Potter avait dû raconter à tout le monde que le grand Méchant Rogue avait œuvré pour l'humanité. Et quelque part, cela l'irritait. Il soupira, et fit un pas en avant, pour retourner définitivement dans la vie.

Severus n'eut cependant pas le temps de s'inquiéter de sa réputation. Les nombreux blessés demandaient des soins constants, et il ne s'occupait pas seulement de la fabrication de Potions. Lorsqu'un doute existait sur le sort qui avait frappé l'une des victimes, Severus pouvait les éclairer grâce à son expérience de Mangemort. Même s'il se doutait que la plupart le haïssaient ou le craignaient, il n'avait pas à se plaindre. Tous étaient polis, même si distants.
Malgré les efforts de tous, la santé de Firenze le centaure ne cessait de décliner. Le peu de connaissances de la biologie centaures y était pour beaucoup. Personne ne savait exactement quel sort l'avait touché, y compris Severus.

- Les effets ont dû être modifiés sur lui, je ne vois que ca, avait-il déclaré à Madame Pomfresh.

Il avait vu Harry baisser les yeux et hocher tristement la tête. Le gamin n'en pouvait plus, de ces morts, ces blessés. Severus en avait assez de le voir ainsi se détruire à petit feu. Il alla donc voir McGonagall, alors qu'ils étaient de garde pour la nuit.

- Minerva, je pense qu'il faut éloigner Potter du champ de bataille, dit-il à voix basse.

- Vous devez avoir raison, Severus. Nous pourrions l'envoyer lui et ses amis au Terrier.

Minerva avait grand peine à masquer sa surprise devant cette nouvelle attention du Maitre des Potions. Mais après tout, il n'avait plus de jeux à jouer, désormais, il fallait s'y faire. Severus n'avait pas parlé de ses actions passées, et elle respectait son silence, devinant qu'il était resté le même homme borné et taciturne, même s'il avait été innocenté. Elle ne lui demandait pas de devenir d'un coup prompt à la plaisanterie ! Elle le remerciait cependant de l'aide qu'il apportait.
Les plus jeunes furent donc renvoyés à leurs foyers, sauf ceux dont un membre de la famille restait alité. Cela permis d'y voir plus clair, sans ces personnes errant dans les couloirs et la Grande Salle.

Une semaine après son retour, la plupart des blessés avaient recouvré une santé suffisante pour rejoindre leurs familles. Les autres avaient été regroupés dans l'infirmerie. Severus assurait la plupart des gardes de nuit, préférant éviter les nombreuses allées et venues des proches en visite pendant la journée. Firenze était dans un état lamentable. Il ponctuait le silence de sa respiration rauque et de crises de toux caverneuses. Sa blessure ne s'était toujours pas refermée, et dégageait une odeur atroce. Une odeur qui rappelait à Severus une chambre d'horreur, une morte, les Sinistros...
Severus fixait les flancs creux du Centaure, qui se soulevaient à un rythme effréné. Malgré tous leurs efforts, l'aide des autres Centaures, des Médicomages de Sainte-Mangouste, Firenze se mourrait. Il lui avait fait boire une potion antidouleur, l'une des plus fortes qui existe, dans l'espoir de rendre ses souffrances plus supportables. Mais l'inévitable se produirait, il en était sûr.
Il reprit sa lecture, tentant d'oublier les râles du mourant, l'odeur forte... Il releva les yeux. L'odeur s'était intensifiée, comme si une charogne avait été oubliée sous une table. Severus posa rapidement les yeux sur Firenze, qui semblait se débattre contre un ennemi invisible. Soudain, trois Sinistros apparurent, haletant, tournant autour du grand lit où reposait le centaure. Severus jeta son livre et se redressa brusquement, provoquant la colère des fauves qui grognèrent. Puis Firenze s'immobilisa définitivement, en même temps que deux Sinistros disparaissaient. Le troisième resta immobile, à fixer Severus de ses pupilles noires noyées dans un océan de glace.

- Hécate ? Murmura Severus.

Hécate apparu devant lui, à la place de la bête. Elle avait toujours cet air rigide, ce regarde glacé et vide. Elle hocha la tête dans un salut raide.

- Finalement nous nous revoyons plus tôt que prévu, dit-elle de sa voix froide.

Severus acquiesça en silence, ramassa son livre et le posa sur sa chaise. Il regarda le corps inerte de Firenze et soupira.

- Je m'attendais à ce qu'il... Mais pas à vous voir. J'ai vu bien des gens mourir, mais vous n'étiez jamais là.

- Nous venons toujours... Nous ne nous montrons pas. Mais avec ces batailles...Nous avons dérogé à beaucoup de nos règles, répondit-elle.

Severus fut surpris de ces confidences, il avait été habitué à ce qu'elle élude ses questions plutôt qu'y répondre. Il sortit de l'infirmerie après avoir recouvert Firenze d'un drap blanc, et se dirigea vers le parc, à la recherche d'un autre Centaure à qui annoncer le décès. Hécate le suivit en silence. Il fit un rapide tour d'horizon, mais ne vit aucun signe de la présence des créatures. Il s'assit sur les marches de pierre du perron en soupirant. Hécate prit place à ses côtés, au grand étonnement de Severus.

- Pourquoi avez-vous eu peur de nous ? demanda-t-elle.

- J'avais peur que vous touchiez au corps, marmonna-t-il.

Ils fixaient tout deux la nuit d'un air absent, murmurant presque, comme s'ils avaient peur de réveiller quelqu'un.

- Nous n'y touchons pas, quand quelqu'un est là pour en prendre soin.

- Vous n'aviez pas tant de considérations pour le mien, maugréa-t-il.

Elle eu un sourire furtif, mais un hurlement interrompit leur conversation, suivit d'une multitude d'autres, en écho. On aurait dit des cris de hyène, mêlés de rires obscènes. Severus se raidit, un frisson parcourant son échine.

- Il n'est plus nécessaire d'avoir peur, maintenant, murmura Hécate. Ils chantent la fin de la bataille, la vraie fin.

- Vous allez avoir nettement moins de corps à vous mettre sous la dent, lança froidement Severus.

- Il y a peu de morts à Poudlard de toute façon, répliqua-t-elle.

- Vous restez à Poudlard ? Demanda Severus, étonné.

Elle hocha la tête en silence.

- Vous êtes à Poudlard depuis longtemps ?

- Depuis ma mort, il y a quelques temps, répondit-elle évasivement.

- Vous... Vous vous êtes occupée de Dumbledore ?

- Il n'avait pas besoin de moi, répondit-elle dans un petit rire sans joie.

Elle se releva, et posa sur Severus son regard de glace.

- Je n'avais aucune utilité ici jusqu'à cette bataille. Le cours normal des choses va reprendre, Adieu, Monsieur Rogue.

Elle fit volte-face et descendit les quelques marches qui la séparaient du parc. Severus se leva brusquement, comme électrocuté, et saisit le poignet glacé d'Hécate, l'obligeant à le regarder. Ils restèrent ainsi quelques secondes à se fixer en silence. Finalement il trouva le courage de lui poser la question qui l'obsédait tant.

- Pourquoi avez-vous accepté le marché de Potter ? Pourquoi m'avez-vous laissé vivre ?

Elle resta silencieuses quelques instants avant de répondre.

- Ces reliques... Il fallait que je les récupère. Et puis, je n'étais pas perdante, vous n'étiez pas mort...

- Et si moi, j'aurais préféré mourir ?

- Alors allez-y, mourrez, répondit-elle sèchement. Puisque pour vous, c'est la solution, allez-y ! Savez-vous combien de personnes souhaiteraient voir leur échéance reculer ? Mais non, vous, vous crachez sur la faveur la plus rare au monde. Cessez de vous apitoyer sur votre sort, et agissez.

Severus la lâcha, sentant la colère monter.

- Je n'ai rien demandé, grinça-t-il.

Elle lui tourna le dos rapidement, et disparut sans bruit.

Severus rentra au château, et se dirigea vers ses cachots, laissant à Madame Pomfresh la surveillance des patients. Qu'elle se débrouille avec le corps de Firenze. Il était dans une colère noire, en voulait au monde entier. Les jours qui passèrent ne calmèrent pas son humeur. Il avait finalement accepté la proposition de Minerva de prendre un poste d'enseignant de Défense contre les Forces du Mal. Après tout, il ne savait faire que cela. Et Poudlard avait été sa maison depuis si longtemps...

La nouvelle année débuta rapidement, pour le plus grand malheur de Severus. Ses élèves ne le craignaient plus autant qu'avant, même les premières années. Vingt ans de dur labeur, balayés par une double page dans la gazette du Sorcier, où Rita Skeeter s'en était donné à cœur joie. De l'émotion, du larmoyant... Même le plus petit Poufsouffle le regardait maintenant avec une lueur de pitié. Certes, tous le respectaient, mais cette compassion lui donnait la nausée.
Les journées passèrent, identiques, monotones. Severus n'avait jamais particulièrement adoré enseigner, mais il en avait totalement perdu le goût. Il alternait salles de cours et ses appartements, assistant rarement aux repas dans la grande salle. Depuis que Slughorn avait reprit la direction de Poudlard, il n'en avait plus besoin. Minerva McGonagall s'inquiétait, mais comment le forcer à plus de sociabilité ? Elle avait espéré que la nouvelle professeur d'étude des Moldus, une jeune trentenaire intelligente, aurait pu dérider son collègue, mais il n'en était rien. Elle avait abandonné l'idée de rendre les repas en commun obligatoires, devant le regard noir que le Serpentard lui avait lancé. Elle souhaitait que cette crise ne soit que passagère, mais plus le temps passait, plus elle en doutait.

Severus arpentait les couloirs sombres, comme toutes les nuits. Il avait prit quasiment tous les tours de garde depuis la rentrée. Il ne voulait pas dormir, il retardait toujours plus le moment où il se retrouverait seul avec lui-même, dans le noir, sans bruit, sans rien d'autre à penser que lui. Il ne pouvait trouver le sommeil qu'au bord de l'épuisement, lorsque son esprit ne pouvait plus le tourmenter. Et lorsqu'il espérait trouver le repos, ses rêves l'en empêchaient. Il revoyait les images de son passé, de toutes ces victimes, Albus... Et parfois, une chambre noire le hantait, peuplée de monstres qui le dévoraient vivant, encore et toujours.
Alors il récitait des recettes de Potions, en parcourant les interminables couloirs. Il se récitait des livres entiers. Tout pour oublier, ne pas penser.
Il fut tiré de sa rêverie par des grognements rageurs. Il remarqua également que devant lui s'étalait une impressionnante flaque d'eau que Rusard épongeait avec force commentaires.

- Un problème, Argus ?

- Professeur, ce damné fantôme a encore fait déborder les toilettes. Vous ne pouvez pas la bannir dans un cachot vide ?

Severus soupira. Cinquante ans que Mimi Geignard inondait ce couloir, ca ne changerait pas maintenant. Il poussa la porte des toilettes, et trouva le spectre pleurnichard assit sur les lavabos. Elle semblait heureuse de torturer un peu le vieux concierge. Severus s'appuya contre une des portes des WC, et croisa les bras, tête basse, interrompant les gloussements de Mimi.

- Qu'est ce que vous voulez ? Demanda-t-elle, agressive.

Severus haussa les épaules. Il ne savait pas ce qu'il voulait. Mimi resta interdite, étonnée du comportement du Professeur. Il l'avait déjà souvent rabrouée, alors pourquoi pas maintenant ? Il soupira, et se frotta les paupières en s'accroupissant sur le sol mouillé.

- Qu'est ce que ca fait de mourir ? Demanda-t-il dans un souffle.

Mimi écarquilla les yeux, mais sauta sur l'occasion, malgré la surprise.

- Oh c'est atroce, quand on meurt. Le basilic était là, et en un instant, j'étais morte. Je ne me suis rendue compte de rien, je croyais être toujours vivante quand je suis revenue, et puis j'ai vu mon corps. C'est vraiment horrible.

- Tu étais seule ?

- Seule ? Ben oui, je me cachais des autres... Ils m'embêtaient, ils étaient vraiment méchants et...

- Je veux dire, quand tu es morte, avant de revenir, tu étais seule ?

- Je ne comprends pas, Professeur, répondit-elle avec une moue soupçonneuse.

Severus se releva, avec un geste de la main, comme pour chasser la question muette de Mimi. Il la quitta sans un salut, et retourna à ses appartements, laissant Rusard patauger.

Severus était assit dans son salon, un livre à la main, un verre de Whisky Pur Feu de l'autre. Une mauvaise habitude qui avait prit place au cours de l'année. D'abord un verre par semaine, plus deux, puis un chaque soir. Cette nuit là, il dégustait déjà son troisième. Il ne lisait plus depuis de longues minutes déjà, fixant sans les voir les flammes qui mourraient dans l'âtre. Les copies s'entassaient sur la table basse, il avait déjà près d'une semaine de retard. Mais il s'en fichait. La lueur incertaine se reflétait dans ses yeux noirs, sans vie. On aurait dit une statue de cire qui aurait été étiquetée " Mélancolie".
Il posa les yeux sur son verre, en fit tourner le contenu délicieusement doré sous les flammes. Brusquement, il le lança dans la cheminée, ravivant le feu. Il ne se reconnaissait plus, jamais il ne s'était laissé aller à ce point. Jamais il n'aurait préféré la facilité de l'abandon à une bataille, quelle qu'elle fût. Et un dernier combat se dressait devant lui.
Il se releva, et se dirigea vers son armoire qu'il ouvrit délicatement. Il en sortit une fiole emplie d'un liquide violet, et retourna s'asseoir, en la posant en évidence devant lui. Il prit parchemin et plume, et écrivit un court message, qu'il ajouta sur la haute pile de copies. Il reprit la fiole, et examina son contenu à la lueur des flammes. Son visage n'exprimait rien, mais il s'était enfin détendu, perdant ce rictus sarcastique et son regard noir. A près tant d'années, il pouvait ôter ce masque protecteur.

- Vous êtes pressé de me revoir, Monsieur Rogue, murmura une voix derrière lui.

Il ne prit même pas la peine de se tourner vers Hécate, se contentant de fixer le liquide violet.

- Pressé de reprendre ce qu'on m'a volé, murmura-t-il.

Elle s'approcha de lui, restant dans son dos.

- Peut être espérez vous quelque chose que la mort ne vous donnera pas. Qu'elle ne peut vous donner.

- Je veux le repos que je pense avoir mérité. Je veux que tout cela cesse.

Il sentit les mains d'Hécate se poser sur le dossier du fauteuil.

- Une âme tourmentée ne trouvera pas de répit dans la mort. Vous voulez profiter de l'éternité pour vous morfondre comme vous le faites depuis si longtemps ?

- Je ne m'attendais pas à ce que vous refusiez un client volontaire, répliqua Severus en réprimant un ricanement. Je ne me morfondrais pas, j'aurais enfin ce que je souhaite, ajouta-t-il plus sérieusement.

Ils restèrent en silence pendant de longues minutes, immobiles, en attente.

- Pourquoi n'étiez-vous pas avec Mimi quand elle a été tuée ? demanda-t-il. Elle n'était pas assez bien pour vous ?

- J'étais là, mais tout a été trop vite. Elle ne s'est même pas rendue compte qu'elle mourrait, cette petite sotte imbue d'elle même.

Severus hocha la tête.

- Eh bien je ne ferais pas cette erreur.

Le jour se levait quand Hécate quitta le salon sombre. L'âtre était déjà froid. Elle ramassa la fiole vide qui gisait au pied du fauteuil, et la déposa sur la table. Elle dégagea une mèche de cheveux qui barrait le front de Severus et posa une main glacée sur sa joue encore tiède. Bientôt on s'inquièterait de son absence, mais trop tard. Il était absent depuis près de vingt ans, alors qu'il soit mort ne changera rien pour le monde.


Merci à mes reviewers, ca me fait très plaisir même si je ne suis pas douée pour y répondre. A bientot pour la suite !