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Chapitre 1

..: My World :..


Ce matin, même si c'était dimanche, Mio avait mit le réveil pour être certaine de se réveiller à l'heure. Heureusement, car elle avait encore sommeil quand ce dernier ce mit à sonner, même si elle l'avait mit en fin de matinée. Une nouvelle fois, elle se dit qu'elle aurait mieux fait de se coucher plus tôt que trois heures du matin, mais elle estimait avoir assez dormi, alors pour chasser la fatigue qui s'accrochait encore à ses yeux, elle ouvrit en grand ses rideaux. Dehors, il le ciel était grisâtre et nuageux, rien de très étonnant pour un mois d'automne, il avait même l'air de faire plutôt froid. Tranquillement, sans se presser ce dont elle se refusait à faire pour un dimanche, elle s'étira longuement avant de finir par se lever. Comme un rituel, elle se rendit en premier à la salle de bain, pour vérifier si rien n'avait changé. Et comme d'habitude, rien de nouveau. Ce qui l'a fit soupirer, car à part la marque et le fait qu'elle les voyait, rien d'autre ne lui indiquait qu'elle était un yokai. Elle pourrait songer que cela suffisait évidemment, mais si seulement elle trouvait quelque chose d'inhabituel... mais rien, seulement la routine.

Après s'être habillée, elle descendit au salon pour se préparer à partir... non sans penser à réveiller son père, qui dormait dans le canapé, en lui secouant légèrement l'épaule.

– Mhmhmggh..., baragouina l'adulte en ouvrant lentement les yeux. Tu es bien matinale Mio, pour un dimanche.

– « Matinale » ? C'est pas loin de midi, tu sais, l'informa sa fille en souriant.

Son père se redressa avec l'air de faire tout les efforts du monde, et fixa l'horloge de la cuisine en clignant des yeux.

– Déjà ? Mmh... j'crois que je vais faire une sieste cette après-midi..., annonça t-il en bâillant.

L'homme se leva du canapé comme si il essayait de s'extirper d'un marais gluant, et s'étira largement, avant de se diriger avec une démarche mal assurée vers les escaliers... et sa fille le suivit quelques secondes pour s'assurer qu'il allait bien arriver jusqu'à sa chambre sans tomber par terre, vu combien elle savait que son père persistait à croire qu'il arrivait rapidement à se remettre d'une nuit blanche alors que son âge lui disait que non.

– Moi j'y vais, p'pa, lui signala t-elle en redescendant les escaliers.

– Rentre pas trop tard hein, l'entendit-elle demander alors qu'il entrait dans sa chambre.

Demande juste pour la forme, vu que Mio n'était certainement pas le genre à rentrer tard. Cette dernière sortie rapidement de la maison, vu qu'elle n'était déjà pas très en avance, et la première chose qu'elle fit, ce fut de regarder le ciel. Peut-être n'allait-il pas pleuvoir, aujourd'hui. Elle descendit les deux marches du perron, passant devant la petite statue en pierre de poisson à tête de tigre – aussi appelé shachihoko – qui trônait juste à côté de l'entrée, et si elle avait l'intention de traverser les quelques mètres de jardin en courant pour se dépêcher, elle l'oublia en remarquant un intrus dans le jardin. Encore ce gros chat roux ! C'était un genre de squatteur, un chat de gouttière qui n'appartenait à personne mais que tout le quartier nourrissait quand il venait quémander des restes. Même son père lui donnait parfois à manger quand cet animal se posait sur le rebord de la fenêtre, bien que Mio lui demandait plusieurs fois d'arrêter vu que ça donnerait l'habitude à ce chat de revenir. Et elle n'avait pas tord, puisqu'il était allongé dans l'herbe comme si il était chez lui. Un peu agacée par cet importun, l'adolescente s'approcha de lui et poussa le ventre rebondi du chat avec le bout de sa chaussure.

– Hé, vas t'en de là, toi ! lui ordonna t-elle.

Mais la seule réaction de l'animal, fut qu'il releva une oreille et s'étira en baillant, puis sembla se rendormir presque immédiatement. Décidément ce chat roux l'énervait, mais vu qu'elle était un peu pressée et qu'elle ne voulait pas se résoudre à toucher ce animal – dieu sait où il avait traîné – Mio laissa couler et se détourna avec un court soupir contrarié. Elle poussa le portail en fer noir de chez elle, et se mit à marcher vite sur le trottoir. Heureusement, elle n'avait pas à prendre de transports, le lieu du rendez-vous pour manger n'était pas si loin.

Et finalement, elle n'aurait pas dû se dépêcher autant, vu qu'elle était la première à attendre devant le fast-food ou tout le groupe de musique avait prévu de manger ce midi. Ou alors, c'était toutes les autres qui avaient décidé d'être en retard... quoi qu'il en soit, Mio se trouvait bête à poireauter devant le resto, mais une chose attira son attention. Juste sur le toit du bâtiment d'en face, il y avait un Zennyo ryuo, un dragon faiseur de pluie... et mince, elle savait qu'elle aurait dû emporter un parapluie en sortant de chez elle. Car quand ces dragons au corps serpentin étaient présents, la pluie arrivait forcément dans les heures qui suivaient. Mio le regarda longuement, elle aimait bien voir ces yokai, car ils avaient des apparences amusantes. Celui-là avait une tête qui se rapprochait plus de celle d'un lion, et si son corps était d'un vert forêt, il avait aussi une longue crinière rouge flashy qui lui parcourait l'échine jusqu'au bout de son immense queue. Mais ce que la jeune fille aimait le plus, c'était qu'ils avaient toujours un air heureux. Rien que les voir, avec leur mâchoire souriante et leurs cornes torsadées, elle se mit aussi à sourire. Elle ne savait pas si c'était le fait qu'il allait pleuvoir qui leur faisait autant plaisir, ou peut-être que c'était eux qui appelait la pluie, mais elle pouvait passer longtemps à les observer. Mais le mieux, c'était lorsqu'il se mettait à danser sous les gouttes d'eau.

Fixant ce sympathique yokai, Mio ne résista pas à l'envie de tester quelque chose. Elle lui fit un grand signe de la main, en agitant le bras pour attirer son attention. Contrairement à ce qu'elle pensait, le Zennyo ryuo tourna immédiatement la tête vers elle, et lui offrit un magnifique sourire. Et il avait des dents carrées ! Ça ne le rendait que plus drôle qu'il ne l'était déjà. En plus de ça, il se mit à faire tourner sa tête sur 360° le tout en tirant une trop longue langue rose. Mio ne put s'empêcher de rire face à ces pitreries, et aussi parce que ça lui faisait réellement plaisir. Car c'était un grand changement. Jusqu'il y avait plusieurs semaines, les yokai ne la remarquait pas et la traitait comme ils traitait un humain qui ne les voyait pas, ils l'ignorait. Mais maintenant, elle avait vraiment l'impression que les autres yokai l'a reconnaissait comme faisant parti des leurs, et elle était contente de cela. Parfois, elle avait même l'impression d'appartenir plus à leur monde qu'à celui des hommes. Et puis, même si elle n'en n'avait jamais entendu un parler, elle avait le sentiment que les relations étaient bien plus simples et détendues avec ces esprits qu'avec les humains. Rien qu'avec ça, la première année de lycée promettait d'être mouvementée.

L'attention absorbée par le dragon faiseur de pluie, Mio ne remarqua même pas ses amies qui arrivèrent derrière elle.

– Mi-o ! s'exclama Ritsu en sautant sur son amie.

– Ah ! Salut Ritsu, sursauta l'interpellé soudainement sortie de ses pensées.

– T'étais avec quelqu'un ?

Un peu surprise par cette question, Mio se dégagea en secouant la tête.

– Non pas du tout.

– À d'autres ! J'ai bien vu que tu faisais un au-revoir à quelqu'un ! Alors c'était qui ? insista l'adolescente aux cheveux bruns.

– C'était personne ! persévéra Mio en croisant les bras.

Évidemment impossible de lui expliquer qu'elle faisait coucou à un dragon perché sur un toit. Alors elle se contenta de tenter de faire comprendre à son amie qu'il n'y avait rien... bien qu'elle était sur que Ritsu, cette entêtée, n'allait pas lâcher l'affaire facilement.

– Heeey, les filles !

L'exclamation que poussa Yui en arrivant en courant, suivie quelques mètres plus loin par Tsumugi qui marchait, ne fut malheureusement pas le « sauvée par le gong » que Mio espérait.

– Tu tombes bien Yui ! Mio était avec quelqu'un et elle ne veut même pas me dire qui ! fit semblant de sangloter Ritsu.

– Ow, Mio a un petit-ami ? s'étonna Yui qui sautait rapidement aux conclusions.

– Je me demande à quoi il ressemble, ajouta Tsumugi.

– Mais arrêtez d'inventer des trucs ! Il y avait personne ! démenti tout de suite Mio en agitant les mains devant elle.

– Miooo, je croyais qu'on était amiiies, se mit à pleurnicher Ritsu en attrapant la bassiste entre ses bras.

Agacée par l'insistance de la batteuse, la jeune fille aux cheveux noirs savait néanmoins comment réagir, et l'histoire se termina avec une magnifique bosse sur la tête de Ritsu. L'incident clos, le groupe entra dans le fast-food, et Mio ne put s'empêcher de penser qu'il fallait qu'elle soit plus discrète si elle essayait d'entrer en relation avec les yokai. Il y avait toujours une paire d'yeux mal placée, que ce soit des inconnus ou pas.

Dans le restaurant, rien ne lui faisait réellement envie, mais elle prit tout de même le menu habituel. Après avoir vaincu la queue qu'il y avait dans ce genre d'endroit surtout un dimanche midi, le groupe s'assit enfin sur une table, tout contre la grande baie vitrée qui donnait sur la rue.

Tout en mangeant, Mio ne fit pas l'effort d'écouter et de participer à la conversation et aux débats enflammés qu'avait les autres, mais s'intéressa plutôt au dragon faiseur de pluie, en regardant par la vitrine du fast-food. Elle se pencha légèrement, observant le yokai serpentin, qui n'avait pas bougé depuis tout à l'heure... par contre, il s'était mit à bouger sa tête et son cou, faisant onduler sa longue crinière chevaline, mouvements qui suivait ceux que faisaient ses pattes griffues, comme si il entendait de la musique et qu'il en battait la mesure. Ça, ça voulait dire que la pluie n'était pas loin, dans quelques minutes l'averse froide de novembre allait surprendre les passants dans la rue. D'ailleurs, il n'était pas le seul présent dans les parages. Sur le trottoir d'en face, Mio se mit à fixer pensivement un petit oni occupé en embêter et faire pleurer un tout jeune enfant encore dans sa poussette. Le yokai était étrangement trapu, et avait une bouche qui devait bien faire la moitié de son corps, remplie de crocs et d'une immense langue dont il se servait pour faire des horribles grimaces juste devant le gosse. Sa mère, occupé à discuter, ne le remarquait évidemment pas, et tenta plusieurs fois de calmer son enfant en lui donnant sa tétine ou en lui faisant des caresses, mais à chaque fois l'oni prenait un malin plaisir à tout faire pour que le petit se remette à pleurer. Mio l'avait bien remarqué, plus les enfants étaient jeunes, plus ils étaient sensibles à la présences des yokai... par contre les adultes, il pouvait y avoir un monstre perché sur leur tête qu'il ne le remarquerait même pas. Et ça, même si elle en voyait plusieurs fois par jour, c'était toujours perturbant. Ce n'était d'ailleurs pas la première fois qu'elle voyait un oni, ces sortes d'ogres désagréables, importuner un enfant. Elle ne pouvait évidemment rien y faire, ou sinon, elle passerait directement pour une folle.

– Et toi Mio ? T'en penses quoi ?

– … Hein ?

Complètement déconcentrée, la jeune fille n'avait pas suivit un mot de la conversation, et se retourna d'un coup avec le regard surprit de quelqu'un qu'on sort d'une longue rêverie.

– Encore dans la lune ? sourit Ritsu. On parlait des derniers albums à la mode.

– Ah, euh, ben..., commença Mio en hésitant et ne sachant pas vraiment quoi dire.

– Et toi, tu regardais quoi ? demanda Yui en tournant la tête vers la vitrine pour fixer la rue. T'avais l'air super intéressé par un truc !

– Quoi ? Euh non, rien de spécial. Je me disais juste qu'il allait bientôt pleuvoir, rétorqua la bassiste en haussant les épaules.

– Haha ! Mio a toujours eut de l'intuition pour prévoir la pluie, même quand t'étais en primaire ! T'as jamais voulu me dire comment tu faisais, d'ailleurs, renchérit Ritsu.

Mio émit un court soupir. C'était vrai que les yokai, elle les voyait depuis toujours, et ça n'avait pas été simple quand elle était plus jeune. Bien sur en grandissant elle avait fini par comprendre qu'elle était la seule à les voir, mais allez donc expliquer à un enfant que les choses qu'il voit, il est le seul à les voir. D'ailleurs elle ne pouvait que remercier sa mère d'avoir bien géré cet aspect là de l'enfance de sa fille, car ça aurait très bien put grandement la perturber. En tout cas, elle avait prit l'habitude de regarder le ciel pour voir si il y avait des Zennyo ryuo, et d'annoncer si il allait pleuvoir ou pas.

– C'est pas compliqué, il suffit de regarder le ciel, expliqua évasivement Mio après quelques secondes.

– Moi, j'vois juste qu'il fait nuageux ! La météo a pas prévu de pluie aujourd'hui en plus, observa Yui en se penchant vers la vitrine.

À peine eut-elle terminé sa phrase que des gouttes de pluie glissèrent sur la vitre. Rapidement, l'averse devint plus importante, et les passant se mirent à courir pour aller s'abriter, en se couvrant de ce qu'ils pouvaient... et tout le groupe regarda Mio, qui elle, se plongea dans son assiette pour tenter d'éviter les commentaires, en pensant qu'il fallait qu'elle trouve ou invente des explications météorologiques pour se justifier, bien que l'excuse « j'ai regardé la météo » marchait souvent à chaque fois.

Heureusement, la conversation tourna sur autre chose quand Yui se plaignit de ne pas avoir prit de parapluie, et Mio releva la tête... pour voir l'oni de tout à l'heure le visage collé sur la vitrine. Cette vision l'a fit d'ailleurs sursauter, léger tressautement que personne ne remarqua, par chance. Bon sang qu'il était moche ! Il avait des yeux jaunes et un visage complètement poilu, et des crocs énormes. Pas surprenant que l'enfant n'arrêtait pas de pleurer, avec un monstre pareil penché au-dessus de sa poussette. Cette fois, l'oni regardait fixement Mio, qui faisait de son mieux pour l'ignorer et prier pour qu'il s'en aille rapidement... mais au contraire, le yokai qui ne devait pas mesurer plus d'un demi-mètre passa à travers la vitrine comme si elle n'existait pas, et s'invita sur la table du groupe. Évidemment personne ne vit rien, mis à part la bassiste qui gardait le nez plongé dans son assiette en se demandant comment faire pour lui dire de partir sans avoir l'air de parler toute seule devant les autres.

L'oni se mit à taper des pieds sur la table en poussant des cris rauques, et sans crier gare, attrapa la paille du soda de Ritsu entre ses crocs et bu d'une traite tout le liquide gazeux, sous les yeux dépités de Mio qui ne savait pas quoi faire. Le petit monstre tapa ensuite dans ses mains, et la jeune fille attrapa sa propre boisson pour la rapprocher d'elle, histoire de lui faire comprendre que non, il n'en aurait pas plus. Heureusement, le yokai en voyant que Mio ne réagissait pas vraiment, s'ennuya rapidement et descendit de la table sans doute pour aller trouver un autre enfant à embêter. Certains étaient sympathiques, comme les dragon de pluie, mis d'autre l'était apparemment beaucoup moins.

Voulant oublier ça, la bassiste tenta de se reconcentrer sur la discussion qui venait de tourner autour des derniers soldes au centre commercial, mais elle dû se faire violence pour s'empêcher de crier un « non ! » quand Ritsu attrapa sa boisson et mit la paille à la bouche.

– Tiens ? J'ai déjà fini mon soda ? s'étonna alors la batteuse.

– Tu as du le boire sans t'en rendre compte ! Supposa Mugi.

– Ouais sûrement... répondit la concernée avec un regard perplexe.

Mio fut assez consternée, mais ne fit aucun commentaire... si elle savait que sa boisson qu'elle avait payée avait fini das le ventre d'un oni... d'ailleurs, ça lui faisait penser qu'elle n'avait jamais demandé ce que pensait ses amies à propos de ce genre de choses.

– Je me demandais, vous savez ce que c'est, un yokai ? questionna soudainement Mio.

Le groupe se regarda mutuellement devant cette question qui arrivait comme une mouche dans une soupe.

– Quoi ? Euh... ce n'est pas une sorte de fantôme ? se hasarda Mugi en leva les yeux vers le plafond tout en réfléchissant.

– C'est un esprit frappeur, j'crois ! Ma grand-mère adore en parler, à chaque fois que je vais chez elle, j'ai le droit à des histoires de fantômes..., rajouta Yui en faisant de grand gestes des bras.

– Tu as peur des yokai Mio ? Qu'ils viennent dans ta chambre la nuit pour te faire peeeeur ? rigola évidemment la batteuse.

– Arrête Ritsu ! C'est pas drôle ! râla immédiatement Mio.

Bien sur qu'elle en avait peur, mais elle avait bien ses raisons, quand on sait qu'ils existent et que leur passe temps favori est de jouer des tours allant de l'espièglerie à la malveillance, aux humains. Dans tout les cas, elle n'était pas plus avancée qu'avant, de toute façon elle ne s'attendait pas à beaucoup plus, la plupart des personnes qu'elle questionnerait lui répondrait sans doute le même genre de choses. Mio jugea qu'il valait mieux ne pas insister, sinon sûrement qu'elle aurait droit à des histoires de fantômes effrayantes dont son cerveau allait se rappeler au moment d'aller dormir...

Durant le reste du repas, la conversation parti sur tout autre chose, à savoir s'amuser à trouver un double sens dans les paroles de telle ou telle chanson, et se poursuivit pendant le début de l'après-midi. Chacune voulait attendre que la pluie s'arrête avant de mettre un pied dehors, mais vu que l'averse ne semblait pas diminuer et qu'elle se rappela soudainement qu'elle n'avait absolument pas avancé ces devoirs pour le lendemain, Yui choisit plutôt d'affronter le mauvais temps en courant pour se dépêcher de rentrer.

Sous la devanture du fast-food qui les protégeaient de la pluie, Mio regardait le ciel gris, dans lequel le dragon vert s'était mit à voler, tout en dansant au-dessus des toits. Il semblait vraiment heureux, juste avec cette pluie glaciale qui tombait, et cela fit bêtement sourire la jeune fille, qui trouvait toujours cela super, d'arriver à être aussi gai avec une chose aussi simple qu'une grosse averse. Mugi décida d'appeler le chauffeur de ses parents pour voir si ce dernier pouvait passer la chercher et ramener ses amies, mais le temps que ce dernier arrive, la pluie avait beaucoup diminué. Vu qu'elle partait dans une autre direction que celle de Mugi, Mio préféra décliner la proposition et rentrer à pied.

Alors qu'elle marchait depuis déjà plusieurs minutes sous les derniers crachotement de pluie, elle entendit Ritsu qui l'a rattrapa en courant.

– Tu n'es pas partie avec Mugi finalement ? s'étonna la bassiste.

– Ben, non, répondit Ritsu d'un ton évident.

La jeune fille aux cheveux noirs se douta tout de suite que son amie voulait lui dire quelque chose, mais d'un tempérament patient et calme, elle ne demanda rien et préféra plutôt laisser du temps à la batteuse pour qu'elle en parle quand elle serait prête. Ritsu de son côté, qui savait parfaitement que Mio n'allait pas la questionner, marcha quelques minutes à coté d'elle histoire de trouver comment aborder le sujet.

– Tu sais, à propos de tout à l'heure, je sais pas qui était cette personne, mais-

– Combien de fois faut-il que je le répète ? J'étais seule ! la coupa immédiatement Mio.

– Mais ! Ce que je veux dire, c'est queuh... t'avais l'air de rire quand je suis arrivée, alors... enfin, je suis contente que tu ailles mieux, lâcha enfin la batteuse.

– Ah, euh... oui...

En ce moment, c'était vrai qu'elle commençait à aller mieux, car au final Mio n'avait pas beaucoup vu ces amies ces derniers mois. Pendant les vacances d'été, comme elle avait perdu sa mère à la mi-août, elle n'était pas partie en vacances avec elles comme cela avait été initialement prévu, et rien n'allait mieux quand il allait fallut reprendre les cours. Mais tout cela était passé, et maintenant, elle estimait avoir vécu le plus dur, et avait aussi réalisé que une perte aussi importante avait évidemment affecté son amie d'enfance ainsi que la famille de cette dernière, qui connaissait bien sa mère.

– Comment va ton père ? voulu savoir Ritsu.

– Ça va... mais pour être honnête..., commença Mio.

Elle laissa quelques minutes de suspension, hésitante.

– … je suis un peu inquiète. Hier, il est revenu tard, et il sentait l'alcool. Je ne pense pas qu'il soit accro, mais... j'espère qu'il ne va pas continuer sur ce genre de pente...

Ritsu releva la tête du trottoir qu'elle fixait, et regarda son amie, dont les yeux semblaient perdus dans des pensées angoissantes. Jin Akiyama, la père de Mio, ne lui paraissait pas être le genre à se laisser plonger dans l'alcoolisme et encore moins maintenant qu'il avait sa fille à s'occuper tout seul. La batteuse ne trouva qu'à répondre un « je vois » évasif faute de trouver mieux. Que dire dans cette situation ? Elle n'était vraiment pas douée pour les mots réconfortants, trouvait-elle. Mais elle espérait sincèrement que cela allait s'arranger, car c'était bien la dernière chose dont son amie avait besoin en ce moment.

– Je suis arrivée, annonça platement Mio en se stoppant devant le portail noir de sa maison.

– D'ac, et tu sais, t'inquiète pas pour ton père, je suis sûre que ça ira ! s'exclama Ritsu qui avait cherché une phrase rassurante tout le reste du trajet.

– Oui, j'espère. Merci Ritsu.

Finalement, c'était peut-être tout ce que Mio avait besoin d'entendre, car elle fit un sourire après son remerciement. Un peu plus enjouée, la batteuse lui souhaita une bonne après-midi avec un « on s'voit demain ! » enthousiaste. Oui, normalement, tout irait bien, de tout façon, Mio n'avait pas envie de retomber dans un pessimisme douloureux, et voulait penser que tout ne pouvait pas aller mal. Elle regarda son amie s'éloigner, et inspira longuement l'air frai chargé de l'odeur de la pluie, avant de se retourner pour fixer ce qu'elle avait vu en arrivant.

Juste sur le trottoir en face de chez elle, une femme au visage blanc était assise en tailleur sur le capot d'une voiture. Tout les yokai n'ont pas une apparence effrayante, et en voyant cette belle jeune femme habillée en habits traditionnels complètements blanc, au visage maquillé comme une poupée, et fumant une longue pipe dont s'échappait une fumée noire, Mio l'a détailla quelques secondes avant d'entrer chez elle, et fini par lui faire un petit signe de la main avec un léger sourire. Ce n'était pas la première fois qu'elle voyait ce genre d'esprit, les Ame-onna, ou « femme de la pluie », aimaient rester dehors quand le temps était humide, et c'était toujours de très belles femmes. La yokai lui répondit en s'asseyant en seiza, et avec des mouvements pleins de grâce, s'inclina doucement dans la direction de la jeune fille. Et cette dernière se dit que tant pis pour les passants qui la verrait se pencher dans le vide, elle ne put s'empêcher de la saluer une seconde fois en s'inclinant à son tour. C'était comme ça, elle avait tout le temps envie de solliciter des contacts, même minimes, avec les autres esprits qui croisaient son chemin maintenant qu'ils lui répondaient. Mais après tout, c'était normal pensa Mio, elle était attirée par ceux dont la nature était la même que la sienne.


Merci d'avoir suivit le premier chapitre ! Pardon si j'ai fait des fautes, parfois j'écris vite et j'oublie de me relire.

A bientôt pour la suite :)