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Chapitre 2
..: Human Being :..
Comme chaque matin, Mio se levait et déjeunait seule. Son père partait bien avant elle, d'ailleurs elle n'avait jamais bien comprit ce qu'il faisait, seulement qu'il travaillait dans une entreprise qui développait des programmes informatiques. Des choses techniques et compliquées, comme il lui disait souvent pour éviter une trop longue discussion. Dans tout les cas, il commençait plus tôt pour faire des heures supplémentaires, c'était une conséquence très terre-à-terre mais maintenant il devait travailler plus pour assurer tout les frais tout seul. Jetant un œil par la fenêtre et ne voyant aucun dragon de pluie, elle préféra passer sur l'utilité de s'encombrer d'un parapluie pour aller au lycée, même si le ciel était toujours autant nuageux et ne semblait pas avoir bougé depuis hier. Juste quand elle se redressa, le gros chat roux s'invita sur le rebord, et la fixa de ses yeux vides à travers la vitre. Il pouvait toujours rêver pour qu'elle lui donne à manger ! Il était déjà assez imposant comme ça, il n'avait qu'à aller mendier à une autre maison. L'heure avançait, alors pour ne pas avoir à courir sur la fin afin d'éviter un retard aux cours, la jeune fille se dépêcha de sortir.
Dans la rue, l'agitation du matin se rendait rapidement agaçante, les voitures formaient le bouchon habituel surtout dans le centre ville, par ou elle devait passer pour avoir son bus. Elle ne prenait que deux arrêts, mais c'était toujours ça de moins à marcher, bien que souvent, à cause des embouteillages, il était plus rapide d'y aller à pied en coupant par les petites rues... mais elle préféraient toujours éviter ces dernières, car ça n'avait pas la réputation d'être un coin très bien famé, mais en plus non seulement elle avait peur de faire une mauvaise rencontre niveau humain, mais aussi niveau yokai. Sa mère lui avait bien dit qu'il n'y avait pas que les hommes qui pouvaient traîner dans ces rues. Et elle avait raison, car venant de rater son bus, qu'elle venait de voir partir et le suivant ayant beaucoup trop de passagers pour que quiconque essaye d'y rentrer, Mio avait dû se résoudre à partir à pied, en marchant vite. Généralement le matin, les rues étaient très fréquentées, et il y avait moins de risque de faire une mauvaise rencontre dans les petites ruelles, c'était surtout tard le soir que cet endroit était à éviter.
Et pourtant, ça n'avait pas empêché la bassiste de se faire suivre... par un étrange esprit au corps vaguement humain, et à la peau grise. Ses sentiments étaient partagés, en ce moment. Elle se trouvait inhabituellement lunatique, une fois elle était vraiment contente de pouvoir plus ou moins communiquer avec les autres esprits qui peuplait sa vie et ses alentours, mais une autre fois, c'était juste pesant. Exactement comme ne ce moment.
– Bon, vas-t'en maintenant ! J'ai rien pour toi ! s'exclama t-elle ne se retournant brièvement alors qu'elle coupait à travers une ruelle.
Sauf que le yokai ne sembla pas l'écouter à continua à marcher derrière elle. C'était inquiétant tout de même, car il ne ressemblait à aucun qu'elle avait déjà vu, il avait un crâne chauve, un unique œil en plein milieu du visage, et un grand sourire figé et à moitié édenté. En plus, avec son corps maigre et ses longs doigts, elle aurait juté qu'il sortait d'un film d'invasion extra-terrestre. Sur tout le trajet, elle se retourna plusieurs fois, mais il était toujours là... et ne faisait rien de spécial. Mais si ça avait été un humain, elle aurait évidemment été beaucoup plus inquiète... là, elle se disait juste qu'il voulait juste faire un bout de chemin avec un autre yokai. C'était aussi une de ces interrogations, que faisait les esprits de leurs journées ? Elle en avait vu certains qui restaient parfois des jours sans bouger à un endroit, simplement à attendre que le temps passe, ou regarder les humain vivre leur vie... certains ne devaient pas avoir la même perception du temps, ou être loin d'avoir les mêmes besoins et préoccupation que les hommes.
– Hey Mio, t'arrive juste à l'heure ! l'interpella Ritsu alors que la bassiste entrait dans la salle de classe.
– Oui, j'ai loupé mon bus ce matin... j'ai dû couper par derrière l'ancienne bibliothèque.
– Ah, je me disais bien que t'avais l'air stressée !
La jeune fille hocha la tête. Dans le quartier, on savait que traîner dans les ruelles derrière ce bâtiment désaffecté qui n'était plus une bibliothèque depuis au moins sept ans était plutôt aventureux, surtout le soir. Mais ce qui l'agaçait surtout, c'était que le yokai ne l'avait toujours pas lâché et était maintenant dans la salle de classe avec elle... elle allait encore avoir du mal à suivre le cours.
Ce matin, c'était littérature étrangère, et alors que le professeur commençait la lecture d'un texte, l'esprit avait entreprit de regarder partout, et d'examiner chaque recoin de la pièce. Et pour Mio, s'était compliqué de ne pas le suivre des yeux, alors qu'il se mettait à lui faire des gestes bizarres comme si il voulait communiquer en langue des signes. En ce moment, elle préférait quand les autres ne la remarquait pas... parce que là, c'était juste insupportable. Même si elle faisait de son mieux pour l'ignorer, ce n'était pas facile et elle ne suivit absolument pas ce que pouvait bien raconter le professeur.
– Akiyama, poursuit la lecture, l'interpella le prof en ayant sans doute remarqué qu'elle regardait ailleurs.
– O-oui monsieur ! sursauta la jeune fille.
Mio se leva de sa chaise en attrapant son livre, et se plongea dans les écritures... sauf qu'elle n'avait aucune idée de l'endroit où le professeur s'était arrêté. Elle reste silencieuse une seconde, puis vit le yokai pointer son doit sans ongle sur le début du troisième paragraphe du livre. Maintenant il voulait l'aider ? C'était nouveau. En tout cas, elle ne se posa pas de questions de commença a lire à l'endroit que lui avait indiqué son camarade esprit.
– Hum ! C'est le paragraphe que je viens de lire, la coupa le professeur. Passe au suivant, et tâche d'être un peu plus attentive, si ce n'est pas trop te demander.
Quelques gloussements se firent entendre dans la classe, et Mio ne trouva qu'à émettre un « o-oui, d-désolé » à peine marmonné, rouge de honte, et lança un regard contrarié au yokai qui n'avait trouvé qu'à l'applaudir en sautillant sur place.
Pour tout le reste de la matinée, son nouveau compagnon fut heureusement beaucoup plus calme. S'il ne parti pas de la salle, il resta à côté du bureau de la jeune fille, lévitant dans les airs comme si il était assit en tailleur sur une chaise invisible, à regarder ce qu'elle écrivait sur ses cahiers. À un moment, alors que Mio venait de se dessiner un tourbillon sur le dos de la main au feutre noir, à cause de l'ennui, le yokai posa sa propre main grisâtre sur la table, en tapotant le dos de cette main avec un doigt... Mio qui ne savait pas ce que ça voulait dire, lui dessina le même symbole sur la peau. Cette dernière était étrangement chaude et douce d'ailleurs, comme si elle était recouverte de duvet, elle ne l'aurait pas cru en la voyant... ça aussi, c'était une preuve qu'elle appartenait à leur monde, se disait-elle. Le fait qu'elle pouvait les toucher, alors que les humains leur passait simplement au travers. En tout cas, juste après, l'esprit-cyclope passa le reste du cours à fixer cette marque au feutre sur le dos de sa main, l'œil grand ouvert, et ne bougea même pas lorsque la sonnerie de la pause de midi retenti.
Mio se leva de sa chaise, et un peu inquiète en voyant le yokai totalement immobile depuis qu'elle lui avait dessiné sur la peau, passa sa main devant son œil pour tenter d'initier une réaction.
– Trugarez, yaouancq mignoun qèr ! s'exclama l'esprit avec une voix rauque et une expression souriante.
– … Quoi ?
– Hé Mio, tu viens ? On va manger, l'interpella Ritsu déjà près de la porte.
La bassiste jeta un coup d'œil vers le yokai, qui ne bougeait plus, et vu qu'elle n'arrivait rien comprit à ce qu'il avait dit, le laissa dans la salle de classe. Il allait sûrement rester encore là pendant un moment, pensait-elle, mais il faisait bien ce qu'il voulait après tout. Sortant de la salle, elle alla manger dans la cours avec les autres, et cette fois, ce fut plus facile de se concentrer sur les conversation, vu qu'elle ne repéra aucun autre esprit dans les environs. Le lycée était plutôt tranquille de ce côté là. L'heure du repas passa rapidement, et même si la bassiste avait encore faim après avoir mangé son bento, elle se dit que aller s'acheter quelque chose maintenant ne serai pas du luxe mais sans doute pas très raffiné. De tout façon, elle n'avait pas le temps, il y avait cours de sport après et il fallait mieux arriver un peu en avance, quand le professeur viendrait ouvrir les vestiaires.
Le reste de la classe attendait devant le gymnase que la sonnerie retentisse et que le professeur arrive. Mio appréhendait toujours le cours de sport, puisque qu'il fallait se changer avant, et qu'elle se débrouille pour cacher la marque en bas de sa nuque. D'habitude, elle avait juste à rester dos au mur et enfiler son uniforme de sport rapidement et ça passait... mais cette fois quelque chose n'allait pas. En attendant, elle ressentit soudainement des picotements assez désagréables, c'était comme si des petites aiguilles lui piquait la peau... et se mit brusquement à se gratter la nuque pour tenter de faire penser cette sensation gênante. Mais au contraire, ça se mit à empirer, et rapidement, son cœur rata un battement lorsqu'elle sentit un liquide chaud sur ses doigts. Qu'est-ce que c'était ? Du sang ? Immédiatement, elle voulu baisser le bras pour regarder sa main et vérifier, mais s'en empêcha en se disant que si elle se retrouvait avec du sang sur les doigts devant les autres, ça ne ferai que lui amener des problèmes...
– Je... je reviens ! lâcha t-elle simplement en se détournant.
Mio parti rapidement sans laisser le temps aux autres de lui demander ce qu'il lui arrivait, et sans comprendre ce qui lui arrivait, se précipita dans les toilettes les plus proches... qui semblait heureusement vide. Au-dessus du lavabo, elle baissa prudemment sa main, très peu rassuré par le sang qu'elle s'attendait à voir. Mais elle eut une expression de surprise en fixant ses doigts, déjà le liquide était d'une texture plus huileuse, mais surtout, il était noir. Qu'est-ce que c'était ? Est-ce que ça venait d'elle ? Mais ce n'était certainement pas du sang ! Même si elle était yokai, son sang était rouge et en tout point semblable à celui de n'importe quel humain, elle le savait bien ! Alors pourquoi ? D'où est-ce que ça venait ? Sa nuque la picotait de plus en plus, en même temps que les battements de son cœur s'accélérèrent, et la jeune fille ouvrit précipitamment le robinet pour se débarrasser de ce liquide noir et le faire disparaître avec l'eau. Juste après, elle replaça sa main sur son cou, où il restait encore un peu de cette chose huileuse et étrange. La première chose qu'elle pensa, ce fut d'attraper son portable pour appeler sa mère et lui demander ce qu'il passait, mais la seconde d'après, elle eut un pincement au cœur en se rappelant que ce n'était plus possible. Il fallait qu'elle se débrouille seule... mais comment faire ?
La sensation empira. En appuyant fortement d'une main sur sa nuque, Mio se pencha en avant en se retenant de hurler. Elle avait l'impression qu'on lui enfonçait une lame dans la chair, et la douleur se propageait sur sa colonne vertébrale, une souffrance absolument atroce. Ses membres en tremblaient fortement si bien que pour éviter que ses jambes ne cèdent, Mio se cramponna au rebord du lavabo, le serrant si fort d'une main que ses jointures blanchirent. Elle n'osait même plus faire un mouvement de peur que quelque chose d'horrible se passe, et avait même immobilisé ses poumons, retenant sa respiration en serrant les dents. Une goutte de sueur glissa sur son front, alors qu'elle priait pour que ça s'arrête, totalement paniquée sans savoir pourquoi est-ce qu'elle souffrait autant, et pire, sans savoir comment faire pour que tout s'arrête.
Elle ne sut pas combien de temps la douleur dura. Trop longtemps dans tout les cas, mais elle fini heureusement par redescendre, pour finir sur les mêmes picotements que plus tôt. En sentant ça, Mio s'était mise à haleter, et en rouvrant les yeux, se rendit compte que des larmes incontrôlables avaient coulées le long de ses joues. Sur ses doigts, il restait encore un peu du liquide noir, mais ça n'avait même pas l'air d'avoir taché le col de son uniforme... le jeune fille reprit doucement sa respiration, toujours penchée au-dessus du lavabo, elle avait même mal à la mâchoire à force de l'avoir serrée.
– Hé Mio ! Le cours va commencer !
Lorsque le voix de Ritsu retentit dans le couloir, et qu'elle allait bientôt entrer dans les toilettes, la bassiste se dit immédiatement qu'il ne fallait pas qu'elle la voit ainsi, sinon elle allait avoir droit à tout un tas de questions auxquelles elle n'avait aucune réponse ! Agissant sous l'impulsion et l'urgence, sans réfléchir longtemps, Mio se détacha du lavabo et se précipita dans un WC, referma la porte derrière elle, juste quelques secondes avant que la batteuse s'entre dans la pièce.
– Alors, tu te dépêche... tiens ? Mio t'es là ? s'exclama Ritsu en constatant l'absence de la bassiste.
L'interpellé ne répondit pas, il y eut quelques secondes de silence, et l'autre adolescente ressorti de la salle en se demandant en marmonnant où pouvait bien être allée son amie. Cette dernière se détendit un peu... et se dit que finalement, ça n'avait pas été une idée très brillante de se cacher comme ça. Au pire, elle aurait pu inventer une histoire, dire qu'elle avait mal au ventre et aller à se reposer à l'infirmerie. Mais elle avait surtout agit par instinct, sur le coup. Que faire maintenant ? Se pointer au cours comme si de rien n'était ? Et si les douleurs recommençaient ? Car c'était arrivé sans qu'elle comprenne comment et c'était reparti de la même façon. Ressortant quelques minutes après, Mio alla se passer de l'eau fraîche sur le visage, et réfléchit à quoi faire. Cette souffrance d'origine inconnue l'avait vraiment fait paniquer, ses mains en tremblaient toujours et elle en gardait des fourmis dans les doigts et les jambes. Même son regard était perturbé, remarqua t-elle en levant la tête en face du miroir.
Finalement, elle se décida pour aller prendre l'air quelques minutes et arriver au cours avec du retard en expliquant qu'elle ne se sentait pas bien. Ce qui était la vérité, en plus. Alors Mio ressorti des toilettes, et passa par une sortie de secours – normalement interdite mais que tout le monde utilisait pour aller plus vite des vestiaires à la cour. L'air frai qui assaillit ses joues lui fit du bien, et la calma un peu, elle inspira plusieurs fois tranquillement la légère brise froide pour diminuer la température de son corps qui avait soudainement grimpée à cause de la douleur, et fit quelques pas sur le béton, avant de s'asseoir contre le mur. Alors cette marque pouvait faire autant mal. Pourquoi ? Qu'elle avait été l'utilité de la faire souffrir ainsi ? Et surtout... sa mère avait la même, est-ce qu'elle avait eut aussi mal comme ça ? Alors pourquoi ne l'avait-elle pas prévenue ? Peut-être qu'elle ignorait que cette marque allait se transmettre à sa fille après sa mort ? Mais elle ne lui avait même jamais dit que ce truc était aussi... spécial ! Mio avait toujours cru qu'il s'agissait d'un simple tatouage, et sa mère n'avait jamais démenti... La jeune fille repassa ses doigts sur sa nuque. Rien de différent, plus aucune douleur, et pourtant, tout n'était pas redevenu normal, car maintenant, elle savait que cette marque avait un certain pouvoir sur son corps, et le fait qu'elle pouvait le faire souffrir ainsi sans aucune raison apparente et à n'importe quel moment était réellement angoissant.
Alors qu'elle commençait à se dire qu'il fallait peut-être qu'elle retourne en cours, elle entendit des étranges bruits résonner dans les environs. Ce n'était pas des bruits agréables, on n'aurai dit des lamentations... et vu le ton, ce n'était sûrement pas les pleurs d'un bébé humain. Mio se remit d'un coup debout, tournant la tête pour tenter d'en repérer la provenance, mais ne vit rien autour d'elle. En tout cas, ces larmoiements ne lui plaisait absolument pas. C'était une étrange impression, comme si elle venait d'entendre un animal couiner pour demander de l'aide, mais en beaucoup plus intense. C'était plus fort qu'elle, elle ne pouvait pas s'empêcher de chercher la source des pleurs qu'elle entendait... et qui semblait venir de l'extérieur du lycée. Bon, elle allait voir, et après, elle se dépêchait d'aller en cours, se dit-elle en se dirigeant d'un pas rapide vers le portail d'entrée.
Suivant les bruits comme elle put, elle se rendit rapidement compte que ça venait de la place du parc à peine une vingtaine de mètres à côté du lycée... celui qui avait même le surnom de « parc du lycée » tout simplement, car la plupart des élèves aimaient s'y rendre pour manger ou pour attendre leurs prochains cours. Ce parc était complètement vide, rien d'étonnant en début d'après-midi par un temps grisâtre, et Mio constata qu'il n'y avait ni humain ni yokai dans les environs... enfin, juste d'un premier regard, car en s'approchant de plus près, elle remarqua une forme perchée sur le rebord de la fontaine qui trônait au milieu du parc.
Alors c'était lui qui faisait autant de bruit ? La jeune fille se dirigea directement vers la fontaine, pour voir qu'un genre de kappa était en train de pleurer toutes les larmes de son corps, assit près de l'eau. Il était à peine plus grand qu'une tortue, et en avait la carapace, mais pas la tête. Il avait plutôt un genre de bec, et des poils ressemblant à une touffe de cheveux bruns.
– Hé, qu'est-ce qui t'arrive ? lui demanda alors simplement Mio en s'accroupissant en face.
Elle espérait aussi qu'il n'allait pas lui parler de la même façon que le yokai de se matin, sinon elle n'y comprendrait rien. Mais le kappa ouvrit de grands yeux entièrement noirs, et se mit à renifler et essuyer ses larmes avec ses pattes palmées. Vu comme ça, Mio ne pouvait pas s'empêcher de le trouver mignon, ce qui était plutôt rare avec les yokai en général. Il la fixa ensuite, et se mit à faire claquer son bec en faisant des grands mouvements de bras, comme si il imitait des vagues.
–... De l'eau ? se hasarda la bassiste. Il y en a juste derrière toi...
Mais le kappa fit des autres gestes en écartant ses bras au maximum.
– Euh... tu veux plus d'eau ? essaya de deviner Mio.
C'était effectivement étrange qu'il soit près d'une fontaine. Peut-être que d'habitude, il préférait les rivières ou les lacs ? Elle n'avait encore jamais vraiment approché de kappa avant, mais à chaque fois qu'elles les voyaient de loin, c'était près d'un large point d'eau. Peut-être que celui-là c'était trop éloigné de la rivière qui traversait la ville. Tout de suite après, l'esprit se remit à couiner et à pleurer, si bien que la bassiste n'eut pas le cœur de le laisser tout seul. Bon, elle ramenait celui-là à la rivière, et après, elle irait en cours...
– Viens, je te ramène à la rivière, lui proposa t-elle en tendant sa main.
Le kappa rouvrit ses yeux, et tourna plusieurs fois la tête entre la main tendue et l'eau derrière lui.. si bien que Mio supposa qu'il avait peur de s'éloigner de l'eau et que c'était pour ça qu'il ne pouvait pas retourner tout seul de là où il venait. Tout ce qu'elle trouva, ce fut de lui donner la bouteille d'eau qu'elle gardait pour le cours de sport, et finalement, le yokai sembla accepter de se laisser accompagner, vu qu'il grimpa sans gêne sur l'épaule de sa camarade sans lâcher la bouteille en plastique. Puisqu'elle avait réussi à le faire arrêter d'émettre ces lamentations, Mio se détendit un peu, et alla prendre la direction de l'arrêt de bus le plus proche, sans quitter du coin de l'œil l'esprit perché juste à côté de sa joue. Il tenait fermement la bouteille d'eau, et elle fut un peu inquiète quand elle croisa des passant sur le trottoir, car si le yokai leur était invisible, ce n'était normalement pas le cas de cette bouteille. Mais ils n'eurent aucune réaction, ce dont au fond, elle se doutait. Ceux de son espèce pouvait attraper des objets, mais ces objets avait l'air de passer dans un autre plan, comme si les humains ne les remarquaient plus. Un phénomène assez étrange, et dont certains yokai s'amusaient, car elle en avait déjà vu piquer des objets juste sous le nez de leur propriétaire qui ne remarquait rien du tout et s'énervait ensuite à chercher ce qu'il pensait avoir perdu, alors que le voleur était juste devant eux.
Aller jusqu'au bord de la rivière n'était pas aussi rapide qu'elle l'aurait cru, si bien qu'en grimpant dans le bus elle se demandait bien comment est-ce que ce yokai avait fait pour se perdre aussi loin. Arrivée à destination après le trajet plus fluide que ce matin, Mio alla se pencher par-dessus le muret qui séparait le trottoir de la berge et immédiatement, le kappa descendit de son épaule pour aller s'asseoir dessus. Il regarda l'eau de la rivière, mais ne bougea pas, et se mit à s'agripper à la bouteille d'eau quand Mio essaya de la récupérer.
– Bon très bien, je te la donne..., soupira t-elle passivement.
Mio s'appuya sur le rebord du muret, fixant l'eau coulante en contrebas. D'habitude, elle n'aimait pas trop s'approcher des grands points d'eau, il y avait toujours des bestioles étranges qui barbotaient dedans, elle se rappelait bien les fois où elle se baignait et quelque chose qui ressemblait à un poisson carnivore lui avait fait la peur de sa vie. Alors qu'elle laissait ses souvenirs dériver, le petit yokai cassa le bouchon de la bouteille, et s'aspergea de l'eau qu'elle contenait, tout en faisant claquer son bec comme si il essayait de parler. Bien contente qu'il ai attendu d'être descendu de son épaule pour faire ça, Mio approcha pensivement sa main du yokai, et se mit à lui caresser la joue du pouce, tout en s'amusant à lui tripoter les poils. La seule réaction du kappa, se fut d'attraper les doigts de la jeune fille et de les manipuler comme pour les examiner, et les mordiller comme un chaton qui jouerait avec la main de son maître. La bassiste le laissa faire, c'était un peu gluant et surtout très froid, mais pas si désagréable, elle était contente que cet esprit accepte sa présence et agisse amicalement. Ayant complètement oublié ce qu'elle devait faire, ce fut la sonnerie de son téléphone portable qui la fit revenir soudainement dans le monde ou elle vivait. Alors qu'elle décrochait, le kappa lui lâcha la main, et toujours en tenant la bouteille en plastique, émit des claquements de bec avant de prendre son élan pour sauter dans l'eau de la rivière.
– Allô ? Mio ? commença la voix de Ritsu au téléphone.
– Euh, oui, répondit la concernée en se penchant pour regarder les mouvements d'eau qu'avait fait le yokai en entrant dans l'eau.
– Où est-ce que t'es ? Le cours de sport est terminé, là.
À cette annonce, la bassiste se redressa d'un coup. Et mince ! Elle avait complètement oublié qu'elle avait cours ! C'était un comble, elle qui faisait attention à être sérieuse en classe, voilà que maintenant elle venait de sécher un cours sans même que ça l'inquiète. Elle regarda sa montre, et effectivement, le cours devait être terminé... les deux heures étaient passées drôlement vite.
– Euh, je suis... près de la rivière, avisa Mio sans trouver d'autre réponse.
– De la rivière ? Mais qu'est-ce que t'es allée faire aussi loin ?
La question de Ritsu la mit quelque peu dans l'embarra, la connaissant, elle allait encore s'imaginer des trucs que la bassiste ne pourrait que infirmer sans donner d'autres explications. Avant qu'elle ne parte sur ce sujet, Mio se dépêcha de répondre.
– Rien de spécial. Je reviens rapidement, t'inquiète, à tout de suite.
– En tout cas t'es bien la dernière personne que je pensais voir sécher un cours..., marmonna Ritsu d'une voix perplexe avant que son amie ne raccroche.
Mio jeta un dernier coup d'œil vers l'eau en bas, avant de se décoller du muret et repartir par où elle était arrivée. Il allait falloir qu'elle invente une explication sur ça, et encore qu'elle démente les théories que les autres allaient inventer autour de leur tasse de thé. En marchant sur le trottoir, elle vérifia une fois de plus le ciel, mais ne vit rien de spécial, seulement des nuages gris et froids. En ce moment, son appartenance à deux mondes différents se faisait vraiment ressentir, depuis qu'elle pouvait entrer aussi facilement en relation avec les autres yokai, et que ces derniers lui répondait, elle avait tout le temps envie de tester de nouvelles choses, et cela commençait malheureusement à se faire au détriment de sa vie dans le monde humain. Il fallait vraiment qu'elle fasse plus attention, même si c'était plus fort qu'elle, à chaque fois elle ne pouvait s'empêcher de zapper ces obligations et se plonger dans le monde des esprits, tout comme elle n'avait pas put s'empêcher de venir au secours du kappa qui pleurait.
Mais le plus inquiétant, c'était ce truc, pensa t-elle en passant une fois de plus sa main sur sa nuque. L'affreuse douleur de tout à l'heure avait l'air de n'avoir rien changé, alors pourquoi ? Elle essaya de se repasser ce qu'elle avait fait juste avant que ça ne commence à la picoter... elle était simplement en train d'attendre avec les autres devant le gymnase ! Il n'y avait absolument rien eut de spécial... alors pourquoi maintenant ? Sur ce coup, elle avait réussi à partir avant que la vraie souffrance ne commence, mais si jamais ça recommençait ? Qu'est-ce qu'il faudrait qu'elle fasse ? C'était exactement comme si elle avait une épée de Damoclès au-dessus de la tête, et elle n'avait personne à qui poser ses questions, et encore moins l'ombre d'une piste pour savoir ou trouver des réponses.
Merci d'avoir lu le deuxième chapitre ! (pour l'instant je n'ai que le fil rouge de l'histoire mais pas tout les chapitres de prévu alors je sais pas combien il y en aura :p)
A la prochaine !
