Chapitre 11

.: You're Crazy :.


Être une proie prisonnière faisant face à une menace. L'effroi de ne pas pouvoir s'enfuir ni se battre, et le savoir, alors que le danger se rapproche. Tout autour d'elle, Mio repéra plusieurs paires d'yeux jaunes reflétant la rare lumière de la ville transperçant les arbres nus. Peu à peu, en silence, une petite dizaine de renards sorti des bois. Ils avançaient tous très lentement, le corps près du sol au point que la fourrure de leur ventre ratissait la neige. Les oreilles en arrière et leur queue entre les pattes comme des petits chiens apeurés, les kitsune sous forme physique s'approchèrent de la jeune fille, formant un demi-cercle tout autour de l'autel.

Prudence ! Le sans-nom est conscient !

L'exorciste l'a t-il immobilisé ? Impossible !

Est-ce vulnérable ? Ou fait-il semblant ?

Leurs voix fantomatiques ressemblaient à un groupe d'enfants qui parleraient au fond d'une caverne. Leurs paroles se succédèrent sans discontinuer, comme si chacun savait ce que l'autre allait dire avant même d'avoir terminé sa phrase. Mio sentit son cœur s'accélérer une fois de plus. La peur lui prit le ventre, encerclée par tous ces yokai aux intentions incertaines. Néanmoins, les renards avaient l'air tout aussi apeurés qu'elle, ils étaient clairement en train d'hésiter. Mais qu'avait-elle bien pu faire pour s'attirer leur rancœur ? En plus de l'anxiété, la jeune fille ressentait un fort sentiment d'injustice.

– N-n'approchez pas ! enjoint-elle d'une voix cassée.

Elle savait qu'elle ne devait pas paraître complètement sans défense même en étant immobilisée. Les kitsune semblaient intimidés juste par sa présence, et elle espérait pouvoir en tirer parti pour éviter qu'ils ne trouvent le courage de passer à l'attaque. Mais ils l'ignorèrent et continuèrent à délibérer entre eux, sans quitter Mio du regard.

Devons-nous le faire ?

Oui ! Il faut terminer maintenant !

Non ! J'ai peur ! Allons prévenir les Raiju !

Il fallait trouver un moyen de sortir d'ici avant que les renards se décident à agir ! Mio ne voulait pas imaginer une seule seconde se faire déchiqueter vivante par une bande de carnivore. Elle parcouru hâtivement le groupe de kitsune des yeux, et bien que l'obscurité ambiante réduisait sa vision, elle reconnu sans mal Ryutaro. Pour quelqu'un d'autre, il serait impossible de discerner une quelconque différence entre tous ces animaux. Mais pour Mio, dont les sens s'aiguisaient de plus en plus, nullement besoin de tergiverser longtemps, son instinct faisait le travail pour elle. Pourquoi était-il avec eux, cette fois ? La dernière fois, il l'avait sauvé de l'Onryo quitte à se blesser. Pourquoi ne l'aidait-il pas maintenant ? D'accord elle se souvenait très clairement du regard qu'il lui avait jeté, lorsqu'il l'avait vue lécher son sang. Était-ce lui qui avait convaincu les autres de se méfier ? D'une manière ou d'une autre, Mio espérait pouvoir le persuader d'abandonner leurs attitudes hostiles. Que pouvait-elle tenter d'autre, de toute manière.

– Ryutaro ! Écoute je n'ai aucune intention de vous faire du mal, ni à toi ni aux autres-

Elle se coupa d'elle-même lorsque tous les autres renards se mirent à grogner. Ils se tournèrent vers le kitsune nommé d'un même mouvement, les babines retroussés.

Ça connaît son nom !

L'adolescente ne put retenir une grimace. Venait-elle de commettre une erreur ? Le groupe de canidés avait abandonné son attitude craintive pour se concentrer sur Ryutaro, qui s'était figé sur place, tremblotant visiblement devant les grondements. Mio n'en croyait pas ces yeux. Tous ces yokai venaient de se retourner contre l'un des leurs uniquement parce qu'elle connaissait son nom. Mais quel genre de monstre pouvait-elle être, au point d'être la cause de telles extrémités ? Il fallait agir. Hors de question que le petit renard se fasse attaquer par sa faute ! Qu'importe comment, il fallait absolument se débarrasser de l'Ofuda. Une idée traversa soudainement l'esprit de la jeune fille. Le véritablement nom des yokai. Elle connaissait celui de Ryutaro. Peut-être allait-elle faire une erreur de plus. Elle n'avait aucune idée des conséquences. Mais devant cette unique solution, une impulsion instinctive remonta brutalement, et les mots explosèrent d'un ton autoritaire sans passer par la case rationalité.

– Appaloose sun ! Déchire l'Ofuda, c'est un ordre ! trancha t-elle par-dessus les grognements.

Le cri perçant que poussa le renard fit immédiatement regretter ses paroles à Mio. Mais l'effet fut instantané. Le yokai bondit sur le morceau de papier, l'attrapant et le déchirant entre ses crocs. En voyant la feuille de se faire détruire, la jeune fille sentit le carcan libérer ses jambes, et elle tomba à genoux, les mains à plat dans la neige.

Il est sous l'emprise de Ne Hemo !

Tuez-le !

La satisfaction d'être enfin libre de ses mouvements disparu aussi vite qu'elle était arrivé lorsque l'adolescente entendit les exclamations des autres yokai. L'un des renards sauta et ferra ses mâchoires sur la nuque de Ryutaro, le plaquant sur le sol.

Mais le premier sentiment qui envahit Mio ne fut pas de la peur ou de la pitié pour le kistune acculé, mais la colère sourde d'un prédateur à qui on volait une proie. Tous les esprits s'immobilisèrent sur place, alors que la jeune fille se redressa lentement, s'asseyant sur ses genoux, les jambes repliées. La neige humide trempait tout son jean, mais durant de longues poignées de secondes, elle était bien loin de cet inconfort physique. Les yeux fermés, Mio expira un long souffle brumeux pour refouler le malaise accumulé. Mais ce soupir se termina par un grondement inhumain et involontaire qui vibra de sa gorge. Le son était diffus et court, mais profond, il exhalait de toute l'exaspération et la frustration d'un animal languissant dans l'ennui de sa cage depuis trop longtemps. Surprise en comprenant que ce bruit venait d'elle, la jeune yokai se passa mécaniquement la main sur la bouche.

C'est libre ! Fuyez !

Une fois de plus et d'un même mouvement, les kitsune disparurent sans demander leur reste. Ce jeu du chat et de la souris commençait à être particulièrement horripilant. Enfin, presque tous les kitsune s'étaient enfuis. En rouvrant les yeux, Mio constata que Ryutaro était toujours là. Il n'était pas blessé – elle s'en serait déjà aperçu dans le cas contraire – mais ne semblait pas au meilleur de sa forme. À un mètre d'elle, allongé sur le flanc, il geignait et reniflait, les pattes antérieures masquant ses yeux. À mieux y regarder, il ressemblait d'avantage à un renardeau. Si jusqu'ici son esprit encaissait avec peine la descente de tension, Mio reprit rapidement une prise terre-à-terre sur la réalité en entendant les plaintes du renard. Elle tendit le bras pour approcher le kitsune... mais retira bien vite sa main lorsqu'il hurla un sanglot strident comme s'il venait d'être égorgé vivant.

Qu'avait-elle fait ? Elle s'était bien douté que le véritable nom d'un yokai était un sujet sensible, et pourtant, elle avait forcé Ryutaro en l'invoquant, ce qui avait suffit aux autres pour vouloir le mettre à mort. En un mot, elle l'avait condamné. À quel point cet affront était grave ? Est-ce que cela allait avoir... des conséquences sur sa santé mentale ? Ne venait-elle pas de... le briser ? Était-ce vraiment aussi facile de contraindre un yokai ? Simplement en connaissant son nom ? Une intuition lui dicta que non. Qu'il y avait une anomalie quelque part. Qu'elle n'aurait jamais, jamais dû faire ça. Elle ne pouvait pas le laisser comme ça, ici. Mais impossible de le prendre et le porter, la jeune fille n'osait simplement pas le toucher après le cri qu'il avait poussé. Si un côté d'elle ne voyait qu'une proie sans défense en ce renardeau, un autre côté était déchiré par la souffrance qui semblait l'étreindre.

Mio se leva enfin, quittant le sol glacé. Ses gants, son pantalon et ses chaussures étaient lourds et trempés, l'humidité ne rendait le froid que plus tranchant, ses doigts n'arrivaient même plus à se plier tellement ils étaient engourdis. Maintenant, il faisait nuit noire. Aucune lumière naturelle, que ce soit la lune ou les étoiles, ne pouvait traverser les épais nuages recouvrant le ciel, le seul éclairage étant les quelques lueurs de la ville trouvant leur chemin entre les branches. La jeune fille serra ses bras contre elle, effrayée par la pénombre, mais elle ne voulait pas partir avant d'avoir trouvé une solution pour le renardeau. Hors de question de le laisser seul ici, ça serait faire exactement la même chose que l'exorciste, plus tôt.

– Pourrais-tu... me suivre... ? demanda hasardeusement Mio.

Pas de réaction. L'adolescente fit plusieurs pas mal assurés sur le petit chemin, puis jusqu'à la sortie du parc. Arrivée sur le trottoir, elle examina les alentours pour vérifier qu'il n'y avait aucune menace. Pas d'Onryo ni de yokai dangereux en vue. Les réverbères et les divers enseignes illuminées plongeait la rue dans une ambiance bigarrée, la population nocturne prenait possession de l'espace, des couples ou des bandes d'amis prolongeaient leur soirée dans les bars tardifs ou les boites de nuit. Elle resta immobile quelques instants, regardant la ville et jetant un coup d'œil aux marches du temple, rassemblant le courage de faire le trajet jusqu'à chez elle. Ce fut la crainte de voir l'exorciste réapparaître qui l'incita à partir vite.

Après plusieurs mètres, Mio se tourna la tête, regardant derrière elle sans s'arrêter. Ryutaro l'a suivait. Il était en esprit. Bien qu'il ressemblait à un renardeau, sous cette forme il l'a dépassait d'une bonne tête. Il avançait l'air résigné, marchant sur ses pattes arrières comme n'importe quel kitsune, les oreilles tombantes, ses quatre queues traînant lamentablement sur le sol. Et bien que son coup d'œil fut rapide, la jeune fille remarqua que l'espèce de manteau blanc qu'il portait était légèrement déchiré par endroit, et les motifs de flammes noires des longues manches remontaient jusqu'aux épaules. Elle ne se souvenait pas que ces dessins allaient jusqu'ici.

Ce fut en silence et avec difficulté que Mio retourna chez elle. Personne ne l'a dérangea, aucun policier en patrouille ne l'arrêta pour lui demander ce qu'une jeune fille faisait seule dehors si tard. Si un jour on lui avait dit qu'elle subirait un tel état d'épuisement... c'était véritablement quelque chose de nouveau. Toute la simple fatigue physique après les cours d'endurance, toutes les fois avec celle banale envie de se reposer après une longue journée, ce n'était rien. Rien à côté de cette inanition.


Aucun mot ne saurait décrire l'immense sentiment de soulagement qui l'envahit lorsqu'elle poussa enfin le portail en fer de sa maison, et lorsqu'elle observa que les fenêtres de la cuisine et du salon étaient illuminées d'une lumière chaleureuse. Plus de menaces ni de choses effrayantes dans cet endroit sécurisé, tout irait mieux maintenant !

– Enfin ! Non mais tu as vu l'heure qu'il est ? Pourquoi tu ne réponds pas sur ton portable ? J'ose espérer que tu ne comptes pas recommencer tes bêtises ! Qu'est-ce que tu fabriquais ? Et où étais-tu ?

À peine Mio venait de refermer la porte et se réfugier au sein de la chaleur du foyer que la voix excédée de son père résonna. Il était debout dans la cuisine, le téléphone fixe dans la main, qu'il posa simplement sur la table, l'a fixant d'un air dur. Cette dernière déchanta et se figea dans l'entrée, n'ayant même pas envisagé se faire agresser ainsi en rentrant. Elle aurait pourtant dû s'y attendre, vu qu'il était... elle regarda l'horloge accroché au mur. Pas loin de minuit ? Comment, déjà ? Impossible, ou étaient passées toutes les heures ? Comment avait-elle pu errer tout ce temps ? Elle resta silencieuse, accusant la situation. En plus elle n'avait effectivement pas prit son portable... son père avait dû se faire un sang d'encre. Mio senti l'angoisse revenir au galop devant les remontrances qui s'auguraient.

Devant l'absence de réponse de la part de sa fille, Jin soupira un souffle énervé, et posa un objet en évidence sur la table.

– Bon, et maintenant que tu es rentrée, tu vas immédiatement m'expliquer pourquoi j'ai trouvé ceci dans la poche de ta veste.

Mio s'avança et fixa l'objet. Oh non. C'était le cran d'arrêt que lui avait donné le kappa lorsqu'il lui avait rendu ses clés et sa pièce de monnaie. Pourquoi diable ne s'en était-elle pas débarrassé ? Pourquoi l'avait-elle juste oublié dans sa poche ? L'adolescente baissa les yeux, son cœur stressé était déjà reparti dans une course aux battements, un malaise se coinça dans sa gorge. Elle n'avait juste... pas la force de tenir une dispute. Pas la force d'inventer des histoires pour tenter de s'en sortir. Seulement celle de baisser la tête et attendre que la vague passe.

Un mouvement attira son attention. Ryutaro l'avait suivie et était entré dans la maison en passant simplement à travers la porte. Le kitsune se déplaça dans le salon, et choisi le coin entre le meuble de la télévision et le mur pour s'asseoir et se recroqueviller sans un bruit. Ce fut en l'observant que Mio remarqua les nombreux cartons qui parsemaient la pièce. Son père devaient avoir fait du rangement et du trie une bonne partie de la journée en vue du déménagement.

– Tu m'écoutes ? Ce n'est pas en m'ignorant que tu vas t'en sortir, jeune fille !

Mio sursauta lorsque son père frappa du plat de la main sur la table. Elle priait pour qu'il se décide à la renvoyer dans sa chambre.

– Je suis désolée..., tenta t-elle en chuchotant.

– Je ne veux pas d'excuses, je veux que tu répondes à mes questions ! Que tu me dise comment tu as obtenu ça ! Et ce que tu fais dehors à cette heure ! s'exaspéra son père.

Plusieurs secondes passèrent. L'adolescente s'était murée dans le silence et n'osait pas relever les yeux. L'homme se pencha vers elle, les deux mains appuyées sur la table, ne sachant visiblement que faire pour obtenir des réponses.

– Mio... je ne fais pas ça pour t'embêter, continua t-il d'une voix moins autoritaire. C'est tout aussi désagréable pour moi, d'accord ? Mais je ne supporte pas que tu partes comme ça, à n'importe quelle heure, je ne sais où...

Elle pouvait totalement comprendre, bien sur... mais d'un côté, ce n'était pas entièrement de sa faute. Ce n'était pas elle qui avait choisi de rester plantée dehors en plein hiver !

– S'il-te-plaît, parle-moi... je m'inquiète, je vois bien qu'on s'éloigne, et je ne sais pas quoi faire... et si jamais il t'arrivait quelque chose...

Il laissa sa phrase se perdre dans un soupir découragé. Elle n'avait que très rarement entendu son père s'exprimer avec un ton aussi triste. Et l'adolescente s'en voulait, de lui infliger ça si peu de temps après la perte de sa femme, et le pire, c'était qu'elle ne pouvait rien lui expliquer. Elle aussi, sentait l'éloignement, sentait le fossé entre eux deux qui s'agrandissait. Plus que la séparation entre humain et yokai, leur relation familiale se limitait à deux êtres vivant sous le même toit, se disant bonjour et au-revoir, ne parlant que pour le minimum. Depuis quand n'étaient-ils pas sorti en famille, ne serait-ce que pour aller voir un film ou manger à l'extérieur ? Mio n'eut pas besoin de réfléchir longtemps. Depuis la mort de sa mère.

– Je te promet que je ne met pas en danger, papa. Je suis désolée, j'ai dû oublier mon portable. Et pour ça..., ajouta t-elle en pointant le cran d'arrêt. Je l'ai juste trouvé... je voulais m'en débarrasser, je te le jure.

Sans lever les yeux, Mio parla faiblement. Elle avait envie de tout lui dire. Qu'elle avait horriblement faim au point de ne plus tenir debout, qu'elle n'arrivait plus à suivre au lycée, qu'un exorciste l'avait obligée à rester immobile dans la neige pour un temps indéterminé, qu'elle était complètement perdue et qu'elle avait désespéramment besoin de soutien. Pour que son père l'a console et aille confronter celui qui avait osé faire du mal à sa fille.

– Je te promet que je ne recommencerai plus..., murmura t-elle.

L'homme soupira et se redressa, récupérant le cran d'arrêt.

– J'ose espérer que tu tiendra parole, Mio...

La dénommée hocha doucement la tête, penaude, et à la fois rassurée que cette conversation se termine. Son père semblait avoir compris qu'il n'obtiendrait aucune réponse à ses questions, et s'y était résigné. Alors il se contenta de se passer une main sur la tête comme s'il avait la migraine, mélangeant ses cheveux bruns déjà ébouriffés. Mio se hasarda enfin à relever les yeux, remarquant le visage pâle et cerné de l'adulte. Ce dernier regarda sa fille, et un air légèrement surprit peigna ses traits, on aurait dit qu'il venait enfin de remarquer son état.

– Mais... tu es complètement trempée, tu t'es roulée dans la neige ? Va vite retirer tes vêtements et te réchauffer.

Mio, qui attendait le feu vert pour quitter la pièce, acquiesça. Elle n'espérait que ça, une douche chaude suivie de son lit.

– Oh, et j'ai mis quelques cartons dans ta chambre. Demain tu en profitera pour trier tes affaires, ajouta son père.

La jeune fille eut un pincement au cœur, n'ayant pas encore avalé ce déménagement... elle venait de l'apprendre il y a une semaine et elle devait déjà commencer à vider sa chambre. Juste avant de grimper les escaliers, elle jeta un œil au kistune. Il n'avait pas bougé, assit dans le salon, les yeux fermés, on aurait dit qu'il dormait. Peut-être serait-il en sécurité, ici.

Une fois douchée, Mio n'attendit pas une seconde de plus et s'affala de tout son long sur la couverture. Il n'y avait pas d'endroit plus confortable au monde. Bien que, avec ce confort physique bienvenue, elle se sentait mieux, son esprit n'était pas reposé, assimilant difficilement cette trop longue journée. Cela lui semblait étrange à penser, mais elle était rassurée d'avoir été secouée par les reproches, jamais elle n'aurait supporté de perdre tout intérêt pour les inquiétudes de son propre père.

Son regard tomba sur les cartons pliés posés contre le mur de sa chambre. Mais elle s'en détourna bien vite, laissant ce problème à la Mio du lendemain. La jeune fille s'emmitoufla sous sa couverture, bien contente d'avoir réussi à échapper au sort de l'exorciste... mais aussi très inquiète pour le renardeau dont elle avait invoqué le véritable nom. Elle se demandait même si ce n'était pas les propres membres de sa famille qui s'était retournés contre lui. Ou plutôt, de sa lignée, comme lui avait expliqué une fois sa mère.

Mise à part en étant tué et en devenant un Onryo, un yokai ne « meure » pas, il se réincarne. Il perd la majorité de ses éventuels souvenirs, c'est comme une renaissance, et le nouvel être qui en résulte perpétue l'existence. C'est ce que sa mère appelait une lignée. Elle savait également que, plus rarement, il arrivait qu'un yokai se réincarne en plusieurs esprits, la lignée se sépare alors en plusieurs branches, un peu comme un arbre généalogique. En général, les yokai issus d'une même lignée sont particulièrement soudés, un peu comme une famille, ils sont sur la même longueur d'ondes, restent plus ou moins dans le même coin et s'entraident – que ce soit pour nuire aux humains ou pour se protéger.

Mio savait qu'elle était née de manière non-conventionnelle pour un yokai – à cause de cette malédiction, donc, avait-elle appris – et qu'elle était l'unique descendante de sa lignée. Mais pour Ryutaro, il y avait des chances pour la bande de kitsune soit sa famille, que ce soit seulement quelques uns d'entre eux, ou tout le groupe. Ce qui rendait leur agressivité envers lui encore plus dérangeante. Il fallait qu'elle trouve un moyen de comprendre pourquoi ils étaient prêt à transformer un membre de leur propre lignée en Onryo, et d'arranger ça.

Malgré les pensées qui traversaient son esprit, ses yeux se fermèrent rapidement, et un sommeil lourd ne tarda pas à la rattraper, coupant court à ses réflexions et ses souvenirs.


...


Ce lundi matin, Mio était en uniforme, assise à la table de sa cuisine. Son père lui avait laissé un petit déjeuné tout préparé, ce qui était inhabituel, normalement le matin la seule chose qu'il laissait avant de partir était une tasse de café vide. Cela la touchait et elle s'était durement forcée à tout avaler. Il restait encore un bon quart d'heure avant de partir au lycée... car il fallait bien. Jamais elle ne pourrait gérer les problèmes humains en plus de ceux yokai. Sécher la classe n'allait apporter que davantage de difficultés. Il fallait au minimum faire acte de présence physique aux cours. Au moins, la jeune fille se sentait mieux, heureusement le sommeil avait un effet bénéfique, et la faim, si toujours autant insatiable, était... légèrement moins insupportable, apparemment cela fonctionnait par crises. Hier, le dimanche, elle n'avait réussi qu'à ranger vaguement quelques affaires dans des cartons, et faire la sieste. Et éventuellement essayer de discuter avec Ryutaro, mais elle s'était heurté à un mur de silence.

Peut-être que ce matin valait une autre tentative ? Mio regarda le kitsune, toujours assit au même endroit, ramassé sur lui-même, les yeux fermés. Ils ne bougeait pas d'un poil. L'adolescente se leva, et vint s'accroupir en face de lui. Mais elle avait beau lui parler, rien n'y faisait, et si elle essayer de le toucher, il se mettait à hurler des mots incompréhensibles.

– Ryutaro, pourquoi m'appelez-vous toujours Ne hemo ? Qu'est-ce que ça signifie ? répéta t-elle pour la énième fois.

Pendant un instant, elle cru qu'elle n'allait toujours pas recevoir de réponse. Et puis le renard daigna ouvrir la gueule.

– Ceux qui n'ont plus de mantra... les grands dévoreurs..., balbutia t-il avec difficulté.

Puis le yokai couina et se cacha les yeux avec ses pattes avant. Son interlocutrice essaya bien d'insister pour avoir davantage d'explications, mais elle ne récoltait que le silence. Bon au moins, elle comprenait la frustration de son père, lorsqu'on se retrouve devant quelqu'un refusant catégoriquement de répondre aux questions. Qu'est-ce que c'était encore que ces histoires ? Mio avait l'impression d'avoir plusieurs pièces de puzzles qui ne voulaient pas s'imbriquer. L'un des autres renards l'avait appelée « sans-nom », elle s'en souvenait clairement. Donc ça pouvait expliquer pourquoi les obake réagissaient tous mal ? Vu qu'elle ne pouvait pas se présenter ? Et que, apparemment, son nom actuel ne les satisfaisaient pas. Est-ce que ça voulait dire qu'elle avait un « nom de yokai » comme les autres ? Mais impossible de se rappeler de quoi que ce soit dans ce genre...

Sa montre se mit à sonner. C'était l'heure de partir. Maintenant, lorsqu'elle n'était pas en présence d'humains proches, la jeune fille mettait toujours sa montre à sonner, au moins toute les trois heures, histoire de garder conscience du temps passant. Bon, elle n'obtiendrait plus grand chose du kistune, de toute manière.

Mais en attrapant la poignée de sa porte d'entrée, elle se stoppa un instant. L'appréhension qui ne voulait pas la quitter se mua en peur d'ouvrir cette porte. Et si elle revoyait cette bande de renards ? Ou pire... l'exorciste ? Elle redoutait déjà sa prochaine rencontre avec Monsieur Tainaka. Pas qu'elle allait essayer de le revoir, mais vu qu'il était proche de la famille, ça arriverait un jour. Qu'avait-il pensé en revenant et trouvant l'endroit vide ? Et si jamais il avait d'autres sorts en réserve ? Et d'ailleurs... comment... avait-il réussi à l'immobiliser en utilisant son prénom... ? Si ce n'était pas son véritable nom, alors la jeune yokai se dit qu'il n'y avait pas de raison que sa fonctionne... sauf si elle-même y croyait. Peut-être que ça se rapprochait plus d'un genre d'hypnose ?


Ce fut non sans se retourner tous les trois mètres que Mio arriva finalement au lycée. Tout semblait normal, ici. Le temps n'avait pas changé, du ciel grisâtre tombaient des flocons légers, la neige blanche recouvrait le bâtiment et les zones avec peu de passage. Étant arrivé plus tôt pour la corvée de classe, la jeune fille passa rapidement dans la salle de club pour poser sa basse en se disant qu'il allait falloir l'accorder, le chaud-froid n'étant pas bon pour les cordes. Elle laissa également les feuilles et le cahier sur lequel les chansons étaient écrites, cela faisait toujours du poids en moins dans le sac.

Finalement, retrouver des activités aussi simples que nettoyer le tableau et les bureaux était plutôt apaisant. Ennuyeux certes, mais moins stressant que tout ce qu'elle avait vécu ce week-end. Les quelques autres élèves aussi de corvée discutaient à voix basse entre eux, Mio écouta distraitement, retrouvant les soucis normaux des adolescents, tournant autour des examens, des problèmes de cœur, de la prochaine sortie karaoké.

– Toi. Viens par ici.

La bassiste sursauta lorsqu'une main l'attrapa fermement par le bras, surprise par une Ritsu arrivée de nulle part qui l'a traîna hors de la salle de classe. Et étrangement, elle n'était pas en uniforme scolaire. La batteuse portait une veste noire, un short beige et des collants bleus marine, et n'avait pas prit la peine d'enfiler son habituel serre-tête. Et surtout, elle semblait bien déterminée à ne pas lâcher son amie, qui tira légèrement sur son bras pour tenter de se dégager.

– Qu'est-ce que tu fabriques, Ritsu ? Lâche moi, je peux marcher toute seule !

Mais l'adolescente aux cheveux bruns n'avait pas l'intention de lâcher qui que ce soit, et charria Mio jusqu'à la réserve la plus proche, à savoir une petite pièce ou était rangé tout le matériel de nettoyage nécessaire aux corvées du matin. Une fois rentré, sans un mot, Ritsu actionna l'interrupteur pour allumer l'ampoule. Puis elle referma la porte et s'appuya dessus, faisant face à la bassiste... qui ne cachait pas un air mécontent.

– Bon alors voilà. Personne ne sort d'ici avant que j'ai une explication, annonça la batteuse d'une voix étrangement calme.

– Arrête Ritsu ! On va manquer le début des cours ! protesta l'autre jeune fille.

– Pour ce que j'en aie à faire ! Alors qu'est-ce qu'il se passe, bon sang ?

D'accord, visiblement son amie en avait assez de cette situation, et s'était décidée à l'acculer. Mio voyait déjà la même conversation de profiler au loin. Hors de question de tenter la même chose que la dernière fois...

– Désolée, mais même en étant séquestrée dans un placard à balais, je n'ai pas de réponse à te donner..., soupira la bassiste.

Ritsu croisa les bras, le dos contre la porte. Mais merde à la fin, qu'est-ce qui était si dur à dire ? La batteuse avait bien essayé de suivre les conseils de sa mère, à savoir laisser son amie tranquille, mais la seule chose qui en résultait, c'était de la frustration et de la peine. Elle avait tourné et retourné le problème dans sa tête tout le week-end, et était parvenue à une conclusion, elle ne voulait pas revivre une semaine pareille. Voir une tranchée de plus en plus grande entre elle et Mio était insupportable. Surtout que... après ce qu'elle avait entendu samedi soir, Ritsu ne savait plus quoi penser, son dimanche n'avait été que doutes et angoisses.

– Donc toi aussi..., finit-elle par marmonner.

– Moi aussi quoi ?

Ritsu soupira, les yeux perdu dans la contemplation du sol. C'était rare de voir un air si sérieux derrière les mèches qui lui tombaient sur le visage. Elle parla d'un air monotone ne lui seyant pas du tout.

– C'est pas la joie chez moi, en ce moment. Mon père passe tout son temps au temple et ça énerve tout le monde. Et ce matin, il a carrément refusé que j'aille au lycée, sans me dire pourquoi... Alors ma mère a commencé à râler et c'est parti en engueulade. J'en ai profité pour filer, parce que j'espérais vraiment que toi au moins, tu me dises la vérité.

– Et... pourquoi ça aurait quelque chose à voir avec moi ? se hasarda Mio pour faire comme si elle ne comprenait pas.

Ce qui agaça encore plus Ritsu, qui serra la mâchoire, et ses manches entre ses doigts.

– Mon père est rentré super tard, samedi. Ma mère l'a attendu dans le salon. Ils pensaient que je dormais, mais je les ai écoutés en douce. Je n'ai pas tout compris, ils parlaient « d'obake », d'un sortilège, de... yokai. Et de toi.

La batteuse releva les yeux. D'accord ça arrivait souvent à son père de parler des livres qu'il lisait et qu'il gérait à la bibliothèque du temple, principalement des légendes, des esprits, des contes. Et parfois, il rentrait tard parce qu'il avait passé la soirée noyé sous une pile de documents. Mais de là à négliger sa famille... et notamment de discuter aussi gravement de ce sujet avec sa mère. Ritsu n'avait pas pu tout entendre de la conversation de ses parents, mais c'était définitivement anormal. Et lorsqu'elle couplait ceci avec ce qui lui avait soutenu Mio lors de leur dernière dispute... sa vision du monde était remise en question. Et c'était particulièrement effrayant.

Mio de son côté, se passa nerveusement la main dans les cheveux. Malgré tous les efforts qu'elle déployait pour éviter que ses problèmes de yokai n'impacte son existence humaine et ses proches, ça devenait de moins en moins contrôlable. Un malaise grandissant se creusait sous sa poitrine, qui retenait presque chacune de ses respirations. Tout ça... c'était de la faute de Monsieur Tainaka ! Non mais dans quelle situation il l'avait mise ? Ça aurait été tellement plus simple s'il avait juste... tout expliqué à sa fille dès le départ. Que faire ? Profiter de l'occasion et soutenir une nouvelle fois l'existence des yokai ? Où plutôt... Ritsu était peut-être plus à même de croire son propre père. Entendre ses parents en parler devait l'avoir retournée.

– Et si... tu questionnais directement ton père sur ce qu'il s'est passé samedi soir ? proposa la bassiste.

Mio se déhancha d'un air anxieux. Cela ne lui plaisait pas de mettre Monsieur Tainaka au pied du mur. Mais si quelqu'un devait tout dire à Ritsu, alors c'était lui, après tout, il avait déjà réussi avec sa femme, alors pourquoi pas sa fille ? De plus... s'il avait voulu l'empêcher d'aller au lycée ce matin, c'était sans doute pour lui faire éviter sa yokai de meilleure amie. Ça n'avait pas dû lui plaire de découvrir que l'obake qu'il avait ferré s'était volatilisé.

Ritsu hésita longuement, restant en silence. D'un côté elle en avait marre d'être laissée de côté, mais de l'autre... elle avait peur de ce qu'elle pourrait découvrir. Les deux jeunes filles tressaillirent d'un même mouvement lorsqu'une sonnerie de portable retentit. Ritsu fouilla dans sa poche pour attraper l'appareil, surprise en voyant le numéro de son père s'afficher...

– Allô, papa... oui je suis au lycée, ça va arrêter de flipper, je vais bien !

Si Mio ne comprenait pas ce que disait l'adulte à l'autre bout du fil, elle entendait son ton paniqué. Elle se rapprocha, et d'un geste de la main, indiqua à Ritsu qu'elle voulait lui parler. La batteuse baissa le portable et activa le haut parleur.

– Monsieur Tainaka, vous devriez lui expliquer..., commença Mio.

Après un blanc de plusieurs secondes durant lesquels la jeune yokai pouvait imaginer toutes les émotions traversant le corps de l'homme dont la fille se trouvait précisément avec l'être qu'il voulait lui faire éviter, Monsieur Tainaka reprit la parole.

– Ritsu, reviens immédiatement, compris ?

– Ah non pas question ! Pas avant que tu me répondes ! C'est quoi encore ces histoires de yokai ? Et il s'est passé quoi, samedi soir ? aboya la batteuse sur l'appareil.

La bassiste se trouvait de plus en plus mal-à-l'aise. Cette situation était intenable. Une terreur irrépressible grimpait, lui comprimant la poitrine. Un très mauvais pressentiment lui ordonna de partir là, maintenant. Que la suite des événements n'allaient être que plus difficile.

Le long soupir de Monsieur Tainaka grésilla dans le téléphone. Allait-il enfin... ?

– Très bien... Ritsu, écoute. Mio est venue me parler des yokai au temple, alors j'ai répondu à ses questions, et depuis... elle est persuadée d'en être un.

Mio se figea. Stop. Qu'est-ce qu'il racontait ? Son cœur s'accéléra, elle avait soudainement très chaud.

– Ritsu, ton amie n'est... ne va pas bien. J'ai essayé de la convaincre de demander de l'aide, mais...

Il osait. L'immobiliser en plein hiver et partir un moment, passe encore. Mais la faire passer pour folle devant Ritsu ? Inventer un mensonge ? Impardonnable. S'en était... juste trop.

– Non, c'est faux... c'est entièrement faux, Monsieur Tainaka, pourquoi... vous me faites une chose pareille... ? bredouilla t-elle d'une voix larmoyante.

C'était juste... cruel. Comment pouvait-il lui faire ça ? Elle le connaissait depuis toute petite, ça ne signifiait plus rien, réellement ? Mais quelle horrible chose avaient bien pu lui faire les yokai pour qu'il en vienne à... à ça ? Quoi que ça puisse être, elle n'y était pour rien ! Il avait préféré la descendre au lieu de dire la vérité à sa fille... la bassiste sentit ses bras trembler et sa respiration devenir de plus en plus saccadée.

– Ritsu, je passe te chercher maintenant, d'accord ? Attend moi devant le lycée. Je vais appeler Jin pour qu'il vienne s'occuper de Mio, aussi.

La batteuse, complètement atone, émit un « o-oui » mécanique, et raccrocha par réflexe. Pour la jeune yokai, c'était la goutte d'eau. À chaque fois qu'elle avait eu besoin de se confier ou de pleurer, elle avait juste serré les dents. Mais tout ce qu'elle avait ravalé, tout ce qu'elle avait subi et retenu jusqu'ici, toutes les émotions qu'elle avait emmuré derrière un barrage, toute la détresse emmagasinée depuis trop longtemps... tout céda devant le fracas de la honte, la colère, la douleur, un trop-plein de sentiments qui déflagra et envahit chaque fibre de son être. Après une immense et assourdissante bouffée de chaleur, Mio senti son cœur s'emballer, et un voile gris vint troubler sa vision. Elle fit plusieurs pas en arrière devant le choc violent qu'elle ne pouvait plus encaisser. Une nausée se coinçant dans sa gorge, la tête prise par un vertige, le corps lourd. La sensation de faiblesse fut si soudaine et si brutale qu'elle perdit toute sensation dans ses jambes.

Ritsu, en voyant son amie chanceler, se précipita pour la retenir, l'attrapant entre ses bras. La batteuse la guida doucement vers le sol, la faisant s'agenouiller.

– H-hé r-reste avec moi ! Mio tu m'entends ? paniqua la jeune fille devant le malaise de son amie.

Cette dernière, encore consciente mais totalement sonnée, acquiesça vaguement. Les yeux fermés et pourtant humides, la jeune fille aux cheveux noirs, cette fois, ne pu retenir sa peine. Les larmes coulèrent avec un sanglot diffus, la respiration hoquetante. Pourquoi était-ce tout le temps si dur ? Comment une personne de confiance pouvait lui faire du mal ainsi ? L'adolescente se blottit contre son amie, la tête sur son épaule.

Accroupie, Ritsu passa délicatement ses mains autour des épaules de la bassiste, lui caressant le dos avec légèreté. Ce n'était pas la première fois qu'elle la voyait pleurer, c'était certain, mais... elle savait parfaitement faire la différence entre le petit chagrin apeuré et de véritables larmes de souffrance. Et là, elle ne voyait rien d'autre qu'un profond désespoir. Depuis combien de temps Mio réprimait-elle son malheur ? Au point d'en faire un malaise ? Elle l'a sentait trembloter contre elle, et ne put que murmurer quelques plates paroles de réconfort pour tenter de la calmer. La batteuse ferma ses yeux humides devant la douleur de son amie d'enfance. Pourquoi est-ce qu'elle avait tout gardé pour elle ? Ritsu aurait fait n'importe quoi pour l'aider, pour lui éviter un tel tourment. Il se passait quelque chose de grave, et sa propre impuissance l'énervait. Et il n'y avait pas que ça... sans qu'elle puisse arriver à mettre précisément le doigt dessus, la jeune fille aux cheveux bruns n'arrivait pas à croire les paroles de son père. Quelque chose... semblait faux. Peut-être son ton, ou juste une intuition en générale... Mais si c'était réellement un faux... pourquoi son père avait-il balancé un truc pareil ? En face de Mio ? Il devait avoir une raison ! Et si, au contraire, c'était vrai ? Que son amie était en train de basculer ? De se perdre entre réalité et fiction ? Mais beaucoup de choses de collaient pas... La batteuse fronça les sourcils en serrant d'avantage Mio contre elle. Assez d'attendre sagement que quelqu'un veuille gentiment lui offrir des réponses, Ritsu avait bien l'intention d'agir et démêler tout ça.


[merci pour tes coms Fraguess ! J'ai check le manga et effectivement c'est très similaire haha, en plus le perso principal ressemble un peu à Mio (ce manga a l'air cool je vais le lire, dommage qu'il soit pas sorti en France). sinon pour la scène de l'abri bus j'ai puisé mon inspiration dans les creepypasta en général (j'en lis / écoute pas mal)
Normalement j'essaye de mettre à jour le week-end mais là j'ai eu un peu de mal à écrire ce chapitre, surtout pour la scène dans la réserve... argh]