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Chapitre 12
.: Welcome to the Jungle :.
Quand bien même la sonnerie du lycée venait de retentir dans les couloirs, aucune des deux jeunes filles ne bougèrent. Ritsu resta immobile, laissant à son amie le temps qu'il lui fallait pour exprimer tout ce qu'elle avait enfoui, lui chuchotant que tout irait bien. Mio se tenait enlacée dans ses bras, reprenant doucement son calme contre la chaleur réconfortante qui lui était offerte. Sa tête tournait encore un peu, et si ça ne tenait qu'à elle, la jeune yokai serait restée au sein de ce refuge des heures durant.
– Est-ce que... ça va mieux ? Tu veux aller à l'infirmerie ? s'enquit la batteuse.
Mio s'écarta légèrement, se soustrayant à contrecœur de l'étreinte apaisante, et secoua la tête. Elle renifla en s'essuyant les joues d'un revers de manche. Malgré le chagrin persistant, la pression de sa poitrine avait diminué, et l'adolescente leva les yeux, rencontrant les iris inquiètes de son amie. Cette dernière l'a gratifia néanmoins d'un sourire chaleureux pour l'encourager, et l'aida à se remettre sur ses jambes.
– Merci, Ritsu..., murmura Mio dans un souffle fatigué.
N'ayant aucune intention d'aller en cours, la batteuse conduisit l'autre adolescente en dehors du lycée, s'arrêtant devant le portail enneigé. Que faire, maintenant ? Déjà, hors de question de retourner à la maison. Comme si elle allait laisser Mio dans cette situation ! Non, il fallait trouver autre chose. Et puisque la réponse qu'elle avait obtenue de son père était floue et confuse, alors Ritsu se dit qu'il serait préférable de poser ses questions à sa mère. La jeune fille avait le sentiment d'obtenir une réponse sincère de sa part. Au lieu de lui passer un coup de téléphone, elle préférait aller lui parler en face, histoire de démontrer tout son sérieux. Même si ça voulait dire traverser la moitié de la ville et se pointer au commissariat sans prévenir.
– Amène-toi ! On va aller voir ma mère. T'en fait pas, je vais tirer ça au clair, affirma Ritsu en attrapant la main de son amie.
Mio ne résista pas, et se laissa entraîner, franchissant le portail du lycée sans protester. Elle ne comprenait pas bien pourquoi l'autre adolescente faisait faux bond à l'un de ses parents pour aller voir l'autre... quoique, Madame Tainaka était peut-être plus réfléchie que son mari. Et quoi qu'il en soit, pour la bassiste, c'était rassurant de se reposer enfin sur quelqu'un. Et la seule et unique chose qu'elle désirait, en cet instant, c'était rester avec Ritsu, peu importe où elle allait. Alors elle l'a suivi.
Contrairement au lycée et au temple, qui se trouvaient dans la même zone, le commissariat n'était pas la porte à côté. Après quelques minutes de marche rapide, la jeune fille aux cheveux bruns s'engouffra au sein des tunnels du métro. Puis s'immobilisa, les bras croisés et l'air impatient, devant le plan des rails affiché sur le mur.
– Je me souviens plus à quel arrêt il faut descendre.
Cette phrase, prononcée avec un ton extrêmement sévère, fit légèrement rire la bassiste.
– Rigole pas, y'a rien de drôle..., râla Ritsu.
– Désolée, c'est juste... nerveux, murmura son amie l'air penaude.
Mieux valait directement demander l'information. Malheureusement, il y avait une queue monstrueuse devant chaque guichet. Mio se sentait de plus en plus découragée... peut-être devrait-elle juste rentrer chez elle et affronter une fois de plus les sempiternelles questions de son père... ou pas. Ce léger désagrément n'eut absolument pas l'air d'arrêter la batteuse. Au contraire. Ritsu fonça au guichet le plus proche, ignorant complètement la file, et coupa même la parole à l'homme qui était en train de discuter avec le caissier.
– Eeeeeexcusez-moi ! C'est ultra urgent ! C'est où pour aller au commissariat ? s'écria t-elle en frappant sur le petit rebord devant la vitre.
Elle eut droit à de magnifiques regards abasourdis et agacés. Dont elle se moqua éperdument.
– C'est une question de vie ou de mort ! Alors ? Vite, vite ! insista t-elle sur le même ton.
Finalement, l'air confus, le caissier cliqua et tapa sur son clavier, avant de lui annoncer le nom de l'arrêt en question. L'information demandée obtenue, la jeune fille le remercia en se retournant, et vint attraper une nouvelle fois la main de son amie, l'entraînant dans les escaliers vers le quai du métro. Et Mio devait bien l'avouer, parfois, l'impulsivité de Ritsu était utile.
Aucune des deux adolescentes ne décrocha un mot durant le voyage. Il fallait dire que l'heure de pointe du métro n'était pas le meilleure moment pour les discussions, comme tous les matins chaque centimètre de wagon était occupé et optimisé pour faire entrer le plus de monde possible. Coincée contre la vitre, la bassiste regarda Ritsu pianoter sur le clavier de son téléphone portable. Elle ne voyait pas ce qu'elle écrivait, mais remarqua que le contact était son père, et vu l'expression de la batteuse, le message qu'elle écrivait ne devait pas être cordial. Malgré ce qu'elle avait vécu, Mio baissa les yeux, sentant une pique de culpabilité lui traverser la poitrine. Elle repensait à son propre père. Au fait que la relation familiale de Ritsu s'était dégradée. Un yokai qui essayait de vivre comme un humain n'apportait que des problèmes.
Le trajet durant un bon quart d'heure, puis quelques minutes de marche avant de se retrouver devant l'impressionnant bâtiment. Il y avait un immense parking, sur lequel étaient garées une armée de voitures de police, noires et blanches, surmontées de leur gyrophare rouge, toutes bien alignées. Assez intimidée, Mio leva le nez pour regarder les drapeaux du pays et de la ville accrochés au-dessus. Elle n'était jamais entrée dans un endroit pareil, c'était comme si le monde des adultes s'imposait devant les deux adolescentes. Ritsu de son côté inspira longuement pour se recomposer, et secoua la tête pour virer les mèches de cheveux rebelles de ses yeux. Elle poussa alors les lourdes portes en verre, franchissant le sas d'entrée, suivie de son amie.
L'accueil était particulièrement grand, entourés par des murs en placo brun décoré de divers médailles, portraits, des insignes et symboles du Japon, et extraits de lois. Le sol gris était particulièrement brillant, et une odeur florale de produit ménager flottait dans l'air. Par chance, il n'y avait personne devant le grand comptoir, de la même couleur que les murs, seulement des rubans en tissu formant une file. De l'autre côté, le bâtiment se séparait en plusieurs couloirs, tous indiqués par des flèches. Alors que Ritsu et Mio s'avançaient rapidement vers l'accueil, un groupe policiers les regardèrent, l'air étonné de voir des jeunes filles débarquer comme ça, dont l'une en uniforme scolaire par dessus le marché.
La batteuse se dépêcha d'adresser la parole au policier assit derrière le comptoir avant qu'on ne leur demande quoi que ce soit. L'homme était plutôt vieux, et semblait absorbé par la contemplation de son écran d'ordinateur.
– Bonjour, est-ce que l'inspecteur Tainaka est là ? l'interpella l'adolescente.
Sa voix résonnait dans la grande pièce, dont seul le bruit de fond ambiant de la ville empêchait le silence de s'installer. Le vieil homme redressa le nez, l'air dubitatif.
– Qui la demande ?
– Sa fille. C'est important, s'il-vous-plaît.
Le policier pencha la tête, et déplia les lunettes accrochés à son col, les plaçant sur son nez en plissant les yeux.
– Sa fille ? Oh ça alors, Ritsu c'est toi ? Qu'est-ce que tu as grandi. La dernière fois que je t'ai vue, tu n'étais pas plus haute qu'un tabouret ! Ne bouge pas, je vais appeler ta mère.
L'homme se tourne et attrapa le téléphone. L'adolescente quant à elle ne savait absolument pas qui était ce policier, et ne se rappelait pas du tout l'avoir rencontré. Mais visiblement, cela devait faire des années. Mio resta silencieuse, elle estimait avoir bien de la chance, d'être tombée sur un type qui connaissait déjà Ritsu, et donc qui qui ne lui poserait pas dix mille questions... et qui ne lui demanderait pas sa carte d'identité. Être amie avec la fille d'une policière était bien pratique. En revanche, elle doutait toujours de l'utilité de faire tout ça. Peut-être que la mère de son amie allait juste leur dire qu'il ne fallait pas la déranger, et les renvoyer.
– Inspecteur, votre fille est là... je ne sais pas, elle dit que c'est important... oui... oui, à vos ordres.
Ritsu patienta nerveusement, tapotant ses doigts sur ses bras croisés. L'atmosphère austère du bâtiment de l'aidait pas à se concentrer pour trouver quoi dire à sa mère. Le policier raccrocha, et interpella l'un de ses collègues afin qu'il accompagne les deux jeunes filles à l'étage. Ce fut à la fois contentes et inquiètes qu'elles le suivirent.
La mère de Ritsu les attendaient dès la sortie de l'ascenseur, et eu un soupir en voyant les deux adolescentes, se résignant à la fatalité.
– Ah... hé bien je suppose qu'on est parties pour une très longue discussion. Venez par ici, ordonna t-elle.
L'inspecteur conduisit les deux jeunes filles dans son bureau. La pièce était assez grande, sobre, et respirait le travail acharné. Il y avait deux écrans d'ordinateur, des étagères de dossiers, des placards blancs à moitié ouvert. Malgré les stores ouvert, la lampe de bureau était allumée, pour pallier à la faible lumière grisâtre du ciel d'hiver. Madame Tainaka les invita à s'asseoir sur le petit canapé faisant face au bureau, et prit place sur sa chaise.
– Alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda t-elle d'une voix solennelle comme si elle commençait un interrogatoire.
– C'est papa, je crois... qu'il a fait quelque chose de mal, déclara Ritsu.
Alors que la batteuse commença à raconter les événements du matin, Mio n'osa dire un mot, la tête basse et les mains jointes sur ses genoux, l'écoutant sans intervenir.
Après les quelques minutes de monologue de sa fille, Madame Tainaka se frotta les yeux, puis elle appuya ses coudes sur son bureau, les doigts entrelacé devant son menton. Son regard regardait les deux adolescentes tour à tour, visiblement en plein débat intérieur.
– Je vous ai entendu, samedi soir, papa et toi, ajouta Ritsu.
Mio ne faisait qu'observer, avec la désagréable impression qu'elle ne devrait pas être là. Il s'agissait d'une discussion entre mère et fille, alors elle hésitait à partir et les laisser en tête à tête... bien qu'elle était également concernée. Que faire ? Rester et garder le silence ? Ou oser plonger dans les explications et soutenir une nouvelle fois l'existence des yokai ? Après tout, partir maintenant signifiait s'enfuir d'une conversation difficile... alors qu'il fallait arracher cette dent une bonne fois pour toute. L'adolescente jeta un coup d'œil discret vers l'inspecteur. Oh bon sang, elle ne voudrait jamais se retrouver à la place de la mère de Ritsu en ce moment. Mais l'adulte restait posée, comme si rien ne pouvait la perturber. Elle semblait prendre son temps pour choisir ses mots. Puis, la femme se leva, écartant sa chaise de bureau. Rien que le bruit des roulettes sur le lino gris fit tressaillir Mio tellement son angoisse était palpable.
– Donc tu sais de quoi nous avons parlé, ce jour là ? se lança Madame Tainaka.
Elle vint s'asseoir sur le canapé, à côté de sa fille.
– De... yokai ?
Ritsu venait de lâcher ce mot avec une difficulté audible. Une boule lui serrait la gorge, elle commençait à regretter d'être venue jusqu'ici. Elle ne savait pas ce qui était pire, entre la possibilité que tout le monde se soit liguée contre elle ou qu'on lui ait caché l'existence des esprits toutes ces années.
– J'aurais préféré que ce soit ton père qui t'en parle, mais...
Mio n'eus pas besoin de relever la tête pour sentir tout le poids du regard de l'inspecteur sur elle. Malgré tout, elle encourageait mentalement Madame Tainaka, une part d'elle soulagée de ne pas être celle devant tout révéler. L'adulte se pencha légèrement en avant, fixant l'adolescente aux cheveux bruns avec assurance, ce qui, du point de vue de la bassiste, était assez impressionnant, compte tenu de quoi elle comptait parler.
– Ritsu, écoute moi attentivement. Ce que je vais te dire va profondément changer ta vision du monde. Plus rien ne sera pareil, après. Tu vas sans doute avoir peur, et tu vas te poser des dizaines des questions, mais ton père et moi sommes là pour toi. Au début, nous avions décidé de t'élever de manière à ce que, en grandissant, tu puisse pleinement comprendre lorsque tu y serais directement confronté. Mais après... ça...
Madame Tainaka posa brièvement un main sur son flanc.
– Ton père et moi en avons décidé autrement.
– Quoi ? C'était à cause... ? Non..., bafouilla sa fille.
Mio ne voyait absolument pas de quoi elles parlaient, mais se garda bien d'intervenir.
– Je sais que c'est dur à avaler, continua Madame Tainaka. En particulier maintenant... mais il y a toute une partie de ce monde qui reste inaccessible a la grande majorité des humains. Les yokai, les esprits... ils existent bel et bien, et-
– Comment tu peux me soutenir ça ? Et sans... montre moi une preuve, alors ! Ou n'importe quoi, j'attends ! exigea sa fille.
Ritsu venait de se lever d'un coup sec, se retournant pour faire face à sa mère. Comment une telle chose pouvait être possible ? Pourquoi lui avoir soutenu toutes ses années que ces histoires n'étaient... que des histoires ? Que des légendes inventées par les humains pour expliquer des phénomènes que la science d'antan ne pouvait pas ? Tout ça pour, aujourd'hui, faire marche arrière ? Même après ce qui était arrivé à sa mère... la batteuse n'avait que très rarement ressenti une angoisse pareille. Avant les examens ou un oral, c'était complètement autre chose. Son cœur ne savait que suivre entre la frayeur que tout cela était vrai, ou l'horreur d'envisager que tout ceci n'était qu'une vaste plaisanterie, mais dans les deux cas, il battait fortement pour exprimer tout le stress de cette situation.
La bassiste elle, serra ses doigts sur la jupe de son uniforme en entendant son amie réclamer des preuves. C'était absolument légitime, comme demande, mais... elle doutait qu'il y ait quoi que ce soit qui puisse prouver l'existence des yokai sans aucune contestation possible. L'esprit humain arrivait toujours à trouver une raison rationnelle. Lui montrer la marque noire, peut-être ? Où cela n'allait que rajouter de l'huile sur le feu ?
– Je ne peux pas, annonça clairement l'inspecteur après un instant. C'est aussi pour cette raison que ton père et moi t'avons caché leur existence. Je ne peux pas les voir, et toi non plus, mais ton père et Mio, si.
La dénommée se raidit en entendant son prénom, comme si cela venait de lui rappeler qu'elle n'était pas invisible et qu'elle était bien impliquée dans cette discussion. Mais elle n'osa toujours pas relever la tête, évitant le regard que devait lui jeter Ritsu. Cette dernière ne savait que faire, ses yeux sautant entre les deux personnes en face d'elle. Est-ce qu'elle était passé dans une dimension parallèle ? Qu'est-ce que c'était que ce scénario d'anime ? Sa mère n'irait jamais jusqu'à inventer des balivernes pareilles ! Elle était flic, même les sujets les plus graves, elle savait en parler. Dix mille questions assaillir sont esprit, en particulier lorsqu'elle posa son regard sur la jeune fille ayant gardé un silence religieux depuis le début de l'entrevue. Donc... elle le savait ? Elle le savait depuis tout ce temps ! Et bien que ce fut un sentiment hypocrite et injuste, la batteuse se sentie comme... trahie. Et coupable à la fois. Mio avait bien essayé de la prévenir... mais en même temps, comment aurait-elle put croire une chose pareille ? Et d'ailleurs... ça voulait donc dire que son père avait sciemment menti ? Son esprit surchauffait devant toutes les interrogations qui le traversait, se repassait des souvenirs sous un autre prisme, se remémorait toutes les histoires qu'on lui avait racontées, horrifiée lorsque la réalisation concrète la heurta : des êtres inconnus se trouvaient tout autour d'elle, avec des intentions malsaines, et elle était à leur merci, incapable de les éviter.
Par pur réflexe, Ritsu examina la pièce d'un mouvement de tête, se sentait soudainement très vulnérable, l'effroi de se savoir menacé sans ne pouvoir se défendre la faisant tressaillir. Mio, qui malgré son regard baissé remarqua cette réaction qu'elle connaissait bien, et pouvait imaginer toute la détresse qui devait envahir son amie, s'empressa d'essayer de la rassurer.
– Il... il n'y en a pas ici, Ritsu..., affirma t-elle d'un ton moins convaincant qu'elle l'aurait espéré.
L'interpellée reporta son attention vers son amie, qui évita son regard... mince, aurait-elle dû se taire ? Madame Tainaka prit une courte inspiration pour dire quelque chose, mais sa fille fut la plus rapide.
– Mio, depuis quand tu... ? questionna faiblement Ritsu.
Sa mère n'insista pas. Mio se passa machinalement la main sur la nuque, se demandant pourquoi, parmi toutes les questions qu'elle devait avoir au fond de la gorge, c'était celle là que son amie avait choisie. Mais elle y répondit avec franchise.
– Depuis ma naissance. Mais moi, c'est autre chose, parce que... parce que...
Devait-elle lui confier sa véritable nature directement ? Mio jeta un œil vers l'inspecteur, qui lui fit un « oui » de la tête. Donc elle était aussi d'accord pour balancer ça maintenant, en plus ? Ça... ça n'allait pas faire trop de révélations à digérer ? Et si Ritsu réagissait encore plus mal ? Ce n'était pas rien, en plus d'apprendre que le monde était remplis d'esprits, elle allait devoir gérer le fait d'apprendre que son amie la plus proche en était un ! Et si elle la rejetait ? Si elle ne voulait plus la voir, après l'avoir apprit ? Toutes ces questions, jusqu'ici seulement imaginés par Mio, étaient d'un coup terriblement réelles. Devant le silence qui commençait à peser, elle remarqua l'inspecteur l'encourager d'un signe de la main. Donc... autant percer tous les abcès d'un seul coup. Et simplifier les choses le plus possible. Elle n'allait pas non plus se lancer dans des histoires de malédiction. Alors l'adolescente aux cheveux noirs prit une grande inspiration.
– … Parce que je suis un yokai. Un obake. Ceux qui peuvent se transformer, et là... je suis... sous forme humaine...
Ça y est. Mio avait dit ça tout haut, devant son amie d'enfance. Elle avait tant redouté ce moment. Elle avait tant envisagé comment cela se passerait. Et les mots étaient enfin sortis, ces mots qu'elle avait retenu durant des années, et cela fit naître un étrange mélange de soulagement et d'angoisse. La bassiste redressa timidement la tête, croisant les yeux de son amie, et le regard peint sur ses traits resta imprimé en elle. Confus, dubitatif, effaré. Les deux jeunes filles se toisèrent. Et Ritsu l'examina de haut en bas, n'en croyant pas ses oreilles... non, pas Mio. L'adolescente aux cheveux bruns senti son stress grimper d'un cran, la respiration courte. Un frisson incontrôlable lui parcouru le corps. Un yokai ? En forme humaine ? Là, devant elle ? Toutes ses années, avait-elle vraiment été amie avec un... une chose ? Est-ce pour cela que son père avait eu si peur ?
– C'est... faux, pas vrai ? Vous vous êtes tous mit d'accord pour... ? articula Ritsu sans terminer sa phrase ni y croire.
Le ton éploré rajouta une peine par-dessus l'anxiété de la jeune yokai, qui ne savait que faire. La convaincre une bonne fois pour toute en se répétant ? Lui montrer la marque maintenant ? Non, ce n'était pas une bonne idée, ça ne ferait qu'enfoncer d'avantage un clou qui déchirait déjà le bois. Ce fut l'inspecteur qui reprit rapidement la parole.
– Tu sais bien que je ne suis pas du genre à plaisanter. Encore moins sur les sujets sérieux, dit-elle d'une voix calme.
L'adulte se leva, et Mio discerna un sourire rempli de compassion sur ses lèvres, rappelant que, malgré l'uniforme de policier, en cet instant, elle était la mère d'une adolescente déboussolée. Elle vint s'accroupir en face de sa fille, lui passant une main dans les cheveux pour écarter les mèches, et lui chuchota quelque chose que Mio ne comprit pas. En revanche, elle comprit clairement qu'à présent, elle était de trop et qu'il valait mieux laisser Madame Tainaka gérer les retombées. Cette dernière avait l'air d'être beaucoup plus raisonnable que son mari et avait su garder sa contenance durant toute cette longue et bouleversante conversation. Si l'inspecteur se sentait mal devant l'angoisse de sa fille, elle n'avait pas cédé à la panique ni à ses émotions, sachant pertinemment que, ce dont son enfant allait avoir besoin, c'était d'un adulte capable et responsable, pour le rassurer et lui faire comprendre qu'il pouvait compter sur lui. En particulier après avoir apprit en moins d'une heure l'existence des yokai, que sa meilleure amie n'était pas ce qu'elle croyait, que son propre père lui avait délibérément menti. En bref, d'être un repère solide pour une jeune adolescente qui voyait tout son univers remis en question.
– Je vais... peut-être vous laisser... ? hésita Mio en se levant à son tour.
Madame Tainaka acquiesça. La bassiste la remercia, et sorti du bureau, jetant un dernier coup d'œil vers son amie, qui elle, fixait vers le sol d'un air hagard. Comme à l'allée, un policier accompagna la jeune fille à travers le bâtiment, puis jusqu'à l'accueil.
Dehors, La jeune fille fit quelques pas, puis s'appuya contre le béton froid du bâtiment, soufflant en regardant distraitement le ciel. Heureusement. Heureusement que la mère de Ritsu s'en était chargée. Mio n'estimerait jamais qu'elle aurait pu mieux gérer qu'elle dans cette situation. C'était... franchement rassurant de pouvoir compter sur un adulte compétent. Car en ce moment, entre son père qui semblait constamment à l'ouest et celui de son amie qui l'a traitait comme le pire des monstres... Finalement, peut-être aurait-elle dû parler à Madame Tainaka dès qu'elle lui avait révélé être au courant pour les yokai. Mais... ce n'était pas bon de commencer avec des « si ». Les choses s'étaient passées comme cela, alors il fallait faire avec. Qu'est-ce qui allait arriver, maintenant ? Mio se repassait l'entièreté de la discussion, à présent que son esprit était plus clair et que la tension descendait tranquillement. Bon sang, elle... elle avait véritablement avoué sa nature en face de Ritsu ! Et si... et si cette dernière, en sachant ça, ne voulait juste... plus la voir ? La bassiste était partie avant de connaître ce qu'en pensait son amie. Ou plutôt, elle s'était enfuie avant de voir un regard de mépris ou de rejet... sa poitrine se serra en l'imaginant. Elle n'aurait pas pu le supporter.
Après plusieurs longues inspirations, l'adolescente reparti vers le métro, fébrile à l'idée de retourner au lycée et affronter les reproches pour son retard, ainsi que les questions de son père.
…
L'appeler. Non, ne pas l'appeler. Pas encore. Mio tapotait nerveusement ses doigts sur la table, l'arrière de la tête appuyée contre le dossier de la chaise, examinant le plafond. Il était bientôt vingt heure, et en ce jeudi, la jeune fille essayait tant bien que mal de réviser en vu des examens de fin de trimestre. Quatre jours. Quatre jours entiers depuis la visite au commissariat. Ritsu n'était plus venue au lycée, et elle n'avait pas osé aller la voir. Bien sur elle se doutait que la famille avait prit un peu de temps pour eux, alors elle avait préféré attendre d'être contactée plutôt que l'inverse. Elle ne voulait surtout pas paraître... insistante. Mais elle s'inquiétait... hier, elle avait fait un tour devant la maison, et avait remarqué que leur voiture n'était plus là. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer ? Ce n'était pas possible qu'ils décident de... juste partir ? Non, c'était impensable que Ritsu la laisse seule... l'adolescente laissa échapper un soupir interminable.
À l'étage, elle entendait son père occupé à ranger tout ce qu'il pouvait ranger, mais mise à part ça, la cuisine était silencieuse. Il n'y avait même plus le tic-tac habituel de l'horloge, puisque cette dernière était à présent au fond d'un carton. Ses cahiers de cours et manuels étalés devant elle, Mio n'arrivait pas à se concentrer, et se répétait les paroles et la mélodie d'une chanson dans sa tête. Cela aidait son esprit à oublier qu'il y avait le kitsune au sang si appétissant juste à l'autre bout de la pièce. Elle le voyait, par dessus le plan de travail qui séparait la cuisine et le salon, toujours au même endroit. Elle savait évidemment que les yokai pouvaient rester très longtemps sans changer de place, mais ça commençait tout de même à faire long. De plus, sa présence de l'aidait pas à gérer sa faim. Elle sentait que ça recommençait... qu'il ne faudrait pas grand chose pour déclencher une nouvelle crise de famine.
Mio se décolla du dossier, et se prit la tête entre les mains, les coudes posés sur la table. Allez, ça devait être possible de se concentrer sur les cours plus de cinq minutes ! Même avec le désintéressement total que les études lui inspirait. Sa mère avait réussi à garder un travail, et était même allée à l'université ! Alors ça ne devait pas être si compliqué. Mais en plus du non-intérêt de la jeune yokai concernant les examens, ses pensées ruminaient sans relâche les mêmes questions sans réponses. Quatre jours... ce n'était normalement pas grand chose. Mais sans nouvelles de Ritsu, c'était une éternité.
– On rêvasse ?
Mio sursauta lorsqu'une voix rauque et familière cassa le silence.
– Soren ! Tu es revenu ! s'exclama t-elle en voyant le nekomata.
Il se tenait debout sur ses pattes arrières, balançant lentement sa queue fourchue de droite à gauche. Et si Mio n'était pas certaine que le chat allait détester, elle aurait osé offrir un câlin à son ventre rebondi, tellement elle était contente de le revoir. Au moins une personne qui ne l'avait pas abandonnée.
– Ouais, ouais. Et toi, tu n'as rien trouvé de mieux à faire que te frotter à un exorciste et t'attirer une bande de kitsune aux trousses, mes félicitations, répondit-il d'un ton blasé.
Aux trousses ? Quoi, ils n'avaient pas lâché l'affaire ? Mio ne les avaient plus revu depuis. Pas que ça lui manquait, mais savoir ça ne l'a rassurait guère... mais au fond, s'ils n'avaient rien tenté, alors c'était qu'ils avaient trop peur, non ? Ou alors qu'ils préparaient quelque chose. Voilà une inquiétude de plus à rajouter sur sa trop longue liste. Concernant l'exorciste, la jeune fille aurait bien voulu protester contre ces reproches légèrement injustifiés – et lui demander au nekomata comment il savait ça – mais le gros chat enchaîna en désignant le kitsune assit contre le mur.
– Et il lui est arrivé quoi, à lui ?
Son interlocutrice se leva, détournant son attention et regardant Ryutaro avec culpabilité. Aïe, elle se doutait déjà que la réponse n'allait pas plaire au nekomata. Mais puisque il était là, et qu'il était l'unique yokai acceptant de lui parler à peu près normalement, c'était l'occasion d'un petit interrogatoire. D'ailleurs, elle avait pas mal de choses à éclaircir le concernant.
– J'ai, euh... j'ai utilisé son véritablement nom... Et, je voulais te demander-
– Son véri... tu veux dire son mantra ? la coupa t-il.
Le « mantra » ? Ryutaro avait mentionné ça, lui aussi. Mais avant qu'elle ne puisse lui poser la question, le gros chat roux eu une réaction complètement inattendue. Il recula et se recroquevilla légèrement, les oreilles en arrière.
– Tu n'auras jamais besoin d'invoquer le mien pour que je fasse ce que tu veux ! D'accord ? Pas besoin d'aller jusque là ! Tu as simplement à dire et je le ferais ! s'exclama t-il en levant ses pattes devant son museau.
C'était bien la première fois qu'elle le voyait se comporter ainsi, et parler avec un ton aussi apeuré. Mio en resta stupéfaite quelques secondes. Ce « mantra » semblait être un sujet encore plus sensible qu'elle l'aurait pensé, si même le nekomata tremblait à l'idée que quelqu'un utilise le sien... ou plutôt, qu'elle l'utilise. Finalement... d'un côté, même Soren avait peur d'elle ?
– Calme-toi, Soren ! Je ne compte pas... recommencer. C'était... un accident..., tenta t-elle d'expliquer.
Le chat releva lentement les babines, laissant apparaître ses crocs blancs avec un rictus, l'air irrité. Mio ne savait que lui dire pour lui faire comprendre ses raisons d'avoir invoqué le mantra du renardeau, elle avait l'impression que l'excuse « j'avais peur » n'allait qu'empirer l'anxiété visible du chat. La dernière chose qu'elle voulait, c'était que le seul obake qui ne l'a traitait pas comme un monstre réagisse comme les kitsune de la dernière fois. Le chat n'était pas du genre à donner des informations sans qu'on les lui demande au préalable, mais il prit la peine de s'expliquer à ce sujet, ce devait lui tenir à cœur, qu'elle ne recommence pas sur un autre yokai.
– C'est peut-être difficile à comprendre pour toi, du coup, mais notre mantra n'est pas qu'un nom, d'accord. C'est notre cœur. L'âme que nous gardons au cours de toutes nos réincarnations. Les mots sous lesquels, nous, les esprits, nous incarnons. Tu connais peut-être le concept de kotodama ? C'est un peu la même chose. Les invoquer pour nous contraindre, c'est...
Au lieu de trouver un adjectif pour décrire sa pensée, le chat préféra émettre un feulement énervé. Mais le message était on ne peut plus clair. Mio avait fait plusieurs pas en arrière, s'appuyant contre le table de la cuisine, mettant un peu de distance entre elle et l'autre obake. Au final, même si ce gros félin agissait amicalement, il restait un nekomata, avec des griffes et des crocs, et qui pouvait sauter de toits en toits sans difficultés. Donc s'il décidait, pour une quelconque raison, de l'attaquer... Mio ne pourrait pas se défendre. C'était réellement déroutant... et inquiétant. Si seulement, elle aussi, pouvait changer. Mais dans l'immédiat, elle s'attela à rassurer le gros chat, ne voulant pas perdre sa seule connaissance et l'unique esprit qui acceptait de répondre.
– Je suis désolée d'avoir fait ça, Soren... mais je t'assure que je ne ferais pas cette erreur une seconde fois, annonça t-elle d'une voix assurée.
Les deux yokai se dévisagèrent un instant, le félin jaugeant son interlocutrice de ses yeux verts à la pupille fendue. Puis il sembla se reprendre. Il se redressa, et secoua rapidement la tête comme s'il s'ébouriffait après être sorti de l'eau.
– Dis, toi, tu sais ce qu'est Ne Hemo, non ? L'interrogea alors Mio.
– Ceux qui n'ont plus de mantra, répondit-il comme au tac-au-tac. Bref, si t'as d'autres trucs à me demander ça va devoir attendre, y'a une autre urgence, là. Je passais te dire de faire profil bas avant que ça finisse par remonter jusqu'aux autres survoltés. Moi, je vais nettoyer ce bazar, alors me donne pas plus de travail. À plus, gamine.
– Quoi ? Non attend !
Le chat sauta et disparu comme il en avait l'habitude, à savoir en traversant le plafond, au grand dam de Mio qui espérait le questionner d'avantage. D'accord, est-ce qu'il venait de s'enfuir pour couper court à toute discussion ? Lui aussi, ça lui posait des problèmes, d'en parler ? Il avait été complètement expéditif dans sa réponse, et pour l'adolescente, ça ne lui avait rien apprit de nouveau. De plus, de quelle urgence parlait-il ? Et qu'est-ce qu'il avait entendu par « nettoyer ce bazar » ? Est-ce qu'il parlait des kitsune ? Elle avait déjà blessé Ryutaro, hors de question que le nekomata se mette à décimer sa famille !
– Tu n'as pas intérêt à tuer qui que ce soit... marmonna t-elle dans le vide de la maison.
Impossible de savoir s'il l'avait entendue. Dans les faits... elle pouvait juste invoquer son mantra pour qu'il revienne, non ? Mais ça serait une chose horrible à faire. En particulier après lui avoir assuré qu'elle ne recommencerai plus. Cette chose... ce mantra était une chose véritablement terrifiante. Elle avait déjà lu deux trois choses au sujet du « kotodama » qu'avait mentionné Soren. D'après ce qu'elle en avait comprit, il s'agissait de la croyance que les mots étaient chargés de puissance spirituelle, qu'ils permettaient la concrétisation pure et simple des concepts. En clair, ce n'était pas des phrases à prononcer à la légère.
Mio se rassit en soupirant une nouvelle fois. Savoir ces mots donnait-il réellement tout pouvoir sur un yokai ? Nul besoin de réfléchir longtemps pour comprendre à quel point ce sujet était sensible. Les obake avaient pourtant l'habitude de le révéler aux autres... et Mio se doutait pourquoi. Car même le yokai le plus maléfique ne songerait pas à infliger un mal pareil à l'un de ses semblables. Pour eux, c'était peut-être même pire que d'être tué et changé en Onryo.
Ne Hemo, celui qui n'est personne. No One. Un sans-nom. Était-ce pour cela que les autres obake étaient autant effrayés ? Enfin, la plupart. La jeune fille se retrouva à fixer le plafond une fois de plus. Soren en revanche était le seul a ne pas avoir été apeuré, alors qu'elle ne s'était pas présenté. Ryutaro lui, avait eu peur, mais avait quand même prit la peine de la sauver d'un Onryo. Tout cela n'était pas clair. Peut-être était-ce selon l'appréciation personnelle de chaque esprit.
Mais la chose la plus importante... comment ne pouvait-elle pas connaître son propre mantra ? L'avait-elle oublié ? Était-ce à cause de cette malédiction ? Ou y avait-il eu un problème au moment de sa... naissance ? Alors que ses réflexions tournaient à plein régime, une étrange réalisation s'imposa. Impossible de se souvenir d'une photographie de sa mère enceinte, malgré les cartons d'images qu'elle avait retrouvé.
Les pas de son père descendant l'escalier la firent rapidement revenir à la réalité, et elle se pencha sur la table pour faire comme si elle travaillait sérieusement.
– Quelqu'un est passé ? Je pensais t'avoir entendue parler, s'étonna son père.
– J'étais juste au téléphone..., affirma t-elle sans lever les yeux de ses manuels.
Au moins, si Monsieur Tainaka avait dit qu'il allait appeler Jin, il ne l'avait en réalité pas fait. Ou alors, il avait raconté une version qui le satisfaisait, car lundi, le père de Mio ne lui avait posé aucune question. Ce qui arrangeait bien la jeune fille, ayant seulement eu à subir les remarques des professeurs pour son retard.
– Tiens, regarde par ici ! l'interpella l'adulte d'un ton étrangement enjoué.
La dénommée se retourna, curieuse, pour voir son père tenant une guitare sèche.
– C'est... la vieille guitare de maman ! Elle ne l'avait pas jetée ?
– C'est ce que je pensais, mais je viens de la retrouver au fin fond du grenier, annonça son père avant de souffler sur le manche.
L'instrument était manifestement très vieux. Couvert de poussière, de rayures, de morceaux d'autocollants, avec des cordes en moins, et celles qui restaient étaient rouillées. Elle datait de ses années d'étudiante, à l'université, et c'était sur celle-ci que l'adolescente avait fait ses premiers pas dans l'apprentissage de la guitare. N'ayant visiblement pas l'envie de décider quoi en faire maintenant, l'adulte la posa simplement sur une pile de cartons... et Mio vit une bonne occasion de poursuivre le sujet.
– Papa, est-ce que tu te souviens de maman quand elle était enceinte ? lâcha t-elle sans introduction.
L'homme fut surpris de cette question arrivant de nulle part, et dû prendre plusieurs secondes pour rassembler ses souvenirs. Cela eu l'air de lui demander pas mal d'efforts.
– Ah, j'étais en Europe, à cette époque, on croulait sous le travail, nos patrons voulaient nous faire boucler un projet de deux ans en huit mois. Elle m'a annoncé sa grossesse à peine deux mois avant mon départ ! J'ai voulu tout annuler, mais c'est elle qui m'a convaincu du contraire. Qu'elle allait pouvoir se débrouiller en attendant mon retour.
Tout en parlant, il allait se laver les mains et les bras dans l'évier de la cuisine, se débarrassant de la poussière. Et sa fille en resta scotchée. Elle savait qu'avant, son père avait fait des voyages à l'étranger pour son travail alors qu'il était marié avec sa mère. Mais le fait qu'il n'avait pas été là durant ces mois spécifiquement ? Est-ce que sa mère avait... fait exprès... ?
– Mais... tu ne l'a jamais vu enceinte ? Elle n'a pas envoyé de photographie sur ton téléphone portable ? Ou par visio-conférence ? insista t-elle.
– Par visio... ? Mio, c'était en 1991. Tout ce qu'on avait, c'était les faxes. Et rien que téléphoner à l'autre bout du monde coûtait les yeux de la tête, alors on s'envoyait des lettres. Mais tu sais, si c'était à refaire... j'abandonnerais ce voyage pour rester avec elle, c'est certain.
Son père soupira de lassitude, regrettant manifestement cette décision. Pour la bassiste, si elle avait le sentiment que cette information était importante, elle ne savait pas quoi en faire... tout ceci semblait lié d'une manière qu'elle n'appréhendait pas. Et c'était épouvantablement frustrant. Elle n'avait pas l'impression d'avancer. Les yokai ne voulaient pas lui parler ou disparaissaient avant comme s'ils pressentaient des questions et voulaient les éviter, et demander à un exorciste... n'avait pas été concluant, si on voulait faire dans l'euphémisme. Mais de manière générale, elle avait le pressentiment que la réponse ne se trouvait pas dans le monde humain. Les vacances de décembre approchaient, et ce serait l'occasion de se mettre activement à chercher.
Malgré tout, Mio fut bien contente d'avoir lancé son père dans ses souvenirs, car il passa le reste de la soirée à lui raconter comment il avait rencontré sa mère à l'université de Kobe, comment elle était toujours dans la lune, et avait des intérêts disparates, ainsi que les anecdotes et aventures de leur bande d'étudiants hétéroclites. La plupart de ces histoires, l'adolescente les avaient déjà entendu, mais elle les écouta sans en perdre une miette... cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas parlé autant avec son père.
[chapitre un peu dense, au début je pensais faire le coup de « sa mère l'explique à Ritsu « hors-cadre » » pour enchaîner, mais finalement, je me suis dis « nan go y aller à fond », et ça s'est fini sur un chapitre entier (finalement je me dis que c'est pas plus mal, je préférais ne pas rusher ça). J'espère que cette première partie du chapitre reste crédible, c'était pas simple à écrire haha
merci d'avoir lu et au prochain]
