Chapitre 20

.: Raw Power :.


Décision, décision... plus la voiture roulait, plus Ritsu doutait. Plus elle y repensait, plus ce nekomata lui semblait suspect. Il était apparu pile au moment où se posait la question, et y avait tout juste répondu. Mais s'il lui avait donné cette indication, ce devait être pour aider Mio, non ? Quel intérêt aurait-il dans le cas contraire ? La jeune fille essayait bien de se rassurer, au moins histoire de pouvoir s'affirmer qu'elle ne transportait pas ce morceau d'organe dégoûtant pour rien. Et même si le chat roux avait dit la vérité, comment convaincre son amie d'y aller ? Rien que pour l'aspect « partir sans autorisation » ça allait être coton, vu que désobéir à l'interdiction d'un adulte n'était clairement pas son genre. Sur ce coup là, Ritsu comptait sur sa capacité d'improvisation.

Au de les déposer à l'arrêt de bus au bord de la route, sa grand-mère avait préféré les amener directement à la gare routière. Cette dernière n'avait rien d'impressionnant, il s'agissait d'un simple parking ou s'entassaient plusieurs bus, et d'un simple bâtiment ouvert, avec le minimum des commerces habituels. Une fois descendue de la voiture, son sac sur le dos, Mio inspira l'air froid. Pour une fois, ce temps lui était agréable. Bien que la douleur n'avait duré que quelques jours, elle avait l'impression de sortir guérie d'une épreuve bien plus longue. Peut-être n'était-ce que passager, et bien sur elle ne pouvait s'empêcher de regarder cet aosagibi d'un air affamé, mais qu'importe. D'ailleurs, la jeune fille détailla ce yokai, il ressemblait à un grand héron bihoreau bleu, mais ses ailes paraissaient faites de fumée. Il restait immobile à côté d'un banc d'attente pour les voyageurs, en face du parking pour les bus. N'ayant pas eu de contact avec l'un des siens depuis le rituel – mis à part Ryutaro qui la suivait comme son ombre – elle s'en rapprocha.

Arrivée à sa hauteur, Mio tendit le bras vers lui. L'oiseau bleu secoua vivement la tête dans tous les sens en poussant des caquètements d'un air joyeux, et se mit à essayer de picorer ses vêtements. Aucun but la-dedans si ce n'était d'avoir un contact avec un autre membre de son espèce. L'adolescente tenta de le faire arrêter en agitant la main, sans grand succès. Quoi qu'il en soit, bien que l'aspect « proie » dicté par son instinct lui ordonnait d'attaquer, le faire taire était bien plus aisé maintenant que la sensation de brûlure avait disparu. Depuis ce rituel, la jeune yokai ressentait une sorte de détente aussi bien physique que psychologique, comme si elle sortait d'un bain relaxant.

Ritsu venait à peine de fermer la portière qu'elle remarqua la scène de loin. Mais... est-ce que Mio se rendait compte qu'aux yeux des autres, elle était juste en train de faire des gestes dans le vide ? Visiblement non... c'était rare qu'elle interagisse avec d'autres yokai de manière aussi flagrante en public.

– Les filles, venez par ici, les interpella la grand-mère. Le bus ne devrait être... ah, le voilà justement.

Sur l'un des quai, le bus à destination de la gare ferroviaire attendait sagement l'heure de départ. Essayant tant bien que mal d'ignorer le regard circonspect d'un voyageur l'ayant vu agiter ses mains pour rien, Mio s'approcha du grand véhicule.

– Bon, faites bien attention à vous, surtout. Pensez à rassurer vos parents, et ne traînez pas en chemin, d'accord ?

– Oui oui, ne t'inquiète pas, mamie, soupira Ritsu.

– Merci pour votre aide, grand-mère, ajouta Mio.

Après un au-revoir et quelques dernières recommandations, la vieille exorciste reprit sa voiture, laissant les deux jeunes filles devant le bus. Ritsu le regarda repartir, et attendit qu'elle soit hors de vue avant de bouger. Elle attrapa son sac, le jeta sur son épaule, et se détourna pour entrer dans la gare. Surprise, Mio la suivit bien vite.

– Attends, où tu vas ? Le bus part dans cinq minutes, dit-elle en accélérant pour rattraper son amie.

– Je vais voir Ryujin, annonça cette dernière d'un ton décidé.

Les portes automatiques s'ouvrirent, donnant sur l'intérieur animé du bâtiment.

– Tu... tu plaisantes ! Ritsu, stop !

La batteuse s'arrêta sur le côté lorsque l'autre adolescente lui saisit la manche, l'a fixant de ses yeux bleus-gris inquiets. Bon elle n'avait toujours pas trouvé de vrais arguments pour tenter de convaincre Mio de la suivre, mais se lança tout de même.

– T'inquiète ! Il va venir, je m'en suis assurée. Le chat roux m'a dit qu'il se montrerai si on lui donnait du foie de singe, dit-elle en tapotant son sac.

Si l'idée que Ritsu se trimbalait avec un organe d'animal sur le dos l'a consterna, la jeune yokai fut davantage contrariée par la mention du nekomata. Qu'est-ce que ce dernier avait encore manigancé ? Son habitude de faire les choses dans son dos se révélait problématique dans cette situation.

– Soren, viens ici, ordonna t-elle d'une voix posée afin de ne pas attirer l'attention des passants.

– Ne prononce pas mon prénom devant l'humain ! râla le chat en apparaissant de nulle part.

Habitué à ce que les yokai arrivent sans crier gare, Mio ne fut pas étonnée, sa seule réaction fut de croiser les bras dans un geste agacé. Ritsu en revanche observa le matou d'un air déconfit, voyant ce chat lui ayant parlé sous forme physique se tenant désormais devant elle, sur ses pattes arrières, la queue fourchue. Il était bien plus grand qu'elle l'aurait imaginé ! Et encore plus gros...

– Qu'est-ce que tu lui a raconté ? interrogea la jeune fille aux cheveux noirs.

– Seulement la vérité..., répondit le chat d'un ton nonchalant. Laisse moi plutôt te demander pourquoi tu refuses ? C'est l'occasion unique de connaître ton identité.

– Maître, le nekomata a raison, rencontrer le seigneur Ryujin est une chance..., renchérit Ryutaro sans laisser le temps à Mio de répondre.

Ritsu demeurait silencieuse, écoutant les yokai discuter entre eux. Au final, peut-être qu'elle n'aurait même pas besoin d'argumenter, le renard et le chat allait faire le travail pour elle. Donc, n'estimant pas devoir ajouter quelque chose, elle observa la réaction de son amie. Cette dernière semblait plongée dans ses pensées.

Bon, puisque tout le monde souhaitait aller voir ce Ryujin... Mio envisagea sérieusement la question. Évidemment, y aller signifiait se mettre volontairement au contact d'un kami. Déjà qu'elle avait outrepassé l'interdiction de sa mère une fois, et que ça n'avait été qu'une terrible erreur... le faire en toute connaissance de cause une seconde fois n'était que pure folie. Ce fut la première pensée la traversant. De plus, elle savait pertinemment combien l'énergie des kami excitait sa faim... et un autre argument très concret vint s'ajouter. Partir maintenant... et louper le train de retour. Alors qu'elle avait déjà assuré à son père par message que tout allait bien. Et voilà qu'elle... qu'elle fuguait sans explications. Dire que Mio espérait lui éviter davantage de tourments... un malaise se fit sentir en imaginant le sang d'encre et l'incompréhension. Alors, malgré toute cela, pourquoi gardait-elle l'envie de répondre à l'appel de Ryujin ? Sans doute ce besoin de réponses aux questions restées en suspend trop longtemps. Vu qu'ils étaient certains que, par une offrande spécifique, le kami allait se montrer... Est-ce qu'il connaissait vraiment tous les dragons yokai ? D'accord, d'après les dires de Soren, ils n'étaient peu nombreux. Est-ce qu'il avait une idée de son identité ? Alors... pourquoi ne pas avoir trouvé un moyen direct de la contacter ? Pourquoi un Raiju était venu prévenir Ritsu ? En plus, songea Mio à la fin de ses délibérations silencieuses, rien ne les empêchaient de rentrer et faire un autre voyage au bord de l'océan plus tard. Mais il faudrait encore attendre... alors que l'occasion était tout prête.

Après un long moment de débat intérieur, la jeune yokai regarda tour à tour ses compagnons de voyage, qui attendaient sa réponse. Au moins, ils respectaient le fait qu'elle ait le dernier mot.

– Écoute, si... si c'est vraiment trop dur pour toi..., commença Ritsu alors que le silence s'éternisait.

– Non, vous... avez raison, la coupa son amie. Il est temps d'y mettre un terme.

Bon sang. Elle allait regretter cette stupide et irrationnelle décision. Mais ses émotions avaient prit le dessus sur toute la cohérence de son cerveau. Elle voulait savoir. Pas demain, ni dans une semaine. Maintenant. Autant tout terminer sur la lancée. Soren et Ryutaro se montrèrent étrangement heureux de cette nouvelle.

Contente d'obtenir l'aval de son amie, Ritsu ne pu s'empêcher de sourire. Elle, à contrario, avait clairement moins de scrupules à laisser ses parents baliser... elle était certaines qu'ils comprendraient si elle leur expliquait ! Il lui suffirait de leur envoyer un rapide message pour les prévenir qu'elle ne prendrait pas le train de retour et leur assurer que tout irait bien... quoique ? Sa mère était totalement capable de prévenir le commissariat local afin de les intercepter. Non, il valait mieux filer et les prévenir après...

Osaka étant la ville principale de la préfecture du même nom, il n'était pas compliqué de trouver un bus y allant directement. Les deux jeunes filles rassemblèrent tout l'argent qu'elles avaient sur elle, tout juste assez pour un allé simple. Il faudra aviser sur le moment pour le retour...

Alors que Mio alla demander les billets au guichet, Ritsu laissait son regard traîner dans la gare, lisant distraitement les publicités et les informations affichés. Les gens passaient en marchant vite, tous pressés, leurs bagages à la main, dans ce bruit constant de valises à roulettes, de foule et d'annonce au micro. Les yeux de la jeune fille tombèrent sur les grandes vitrines d'un snack, et particulièrement sur les photographies de ramens à emporter, sandwich, sodas, et autres restauration rapide appétissante. Zut, si elle avait plus d'argent, elle se serait bien acheté quelque chose à grignoter... car sa grand-mère ne faisait que des légumes, du riz et du poisson, alors un peu de sucre rapide ou des frites trop salées ne serait pas pour lui déplaire.

Derrière la vitre, il y avait une grande table en plastique bleu, avec plusieurs hauts tabourets, pour les gens souhaitant manger tout en gardant un œil sur les panneaux d'affichage électronique de la gare. Ritsu s'y intéressa car, sur l'un des sièges, un vieux monsieur était assit... et l'observait d'un œil perçant. Au lieu de détourner les yeux, la jeune fille soutint son regard, un frisson lui parcouru le dos... pourtant, ce vieux n'avait absolument rien qui le faisait ressortir du lot de voyageurs présents. Il était très dégarni – ou plutôt carrément chauve – et une barbe blanche nouée d'un élastique renfonçait les traits tirés de son visage ridé. Ah si, il n'y avait bien quelque chose d'étrange, il ne portait qu'un pauvre t-shirt vert kaki ainsi qu'un short, habillement totalement en contraste avec la saison.

L'adolescente ne sut pas dire pourquoi, mais une curieuse impression lui tiraillait l'arrière de l'esprit lorsqu'elle regardait ce vieil homme. Sa première pensée fut de prévenir Mio... de la prévenir de quoi, ça elle ne savait pas, mais il fallait qu'elle regarde par ici. Sans détacher ses yeux du grand-père, Ritsu tendit la main derrière elle, dans le vide, dans l'espoir d'attraper son amie, mais sa main se referma sur du vide. Elle se tourna alors, remarquant que la bassiste s'était un peu éloignée pour chercher la direction du quai. L'a rattrapant rapidement, Ritsu pointa le snack.

– Mio, regarde la-bas..., commença t-elle.

Mais la place était maintenant vide. La jeune brune chercha du regard, mais le vieil homme venait de s'évaporer.

– Qu'est-ce qu'il y a ? s'étonna Mio sans comprendre ce que lui désignait son amie.

Ritsu se mordit les lèvres de frustration. Zut, intimement, elle s'en était douté, que ce type disparaîtrait à l'instant ou elle se détournerait. Ça ressemblait à un cliché de film d'horreur... en particulier à cause du mauvais pressentiment que le vieil homme lui avait inspiré. Peut-être... n'était-il pas humain ?

– Dis, est-ce que tu as déjà vu un autre yokai en forme humaine ? questionna t-elle vers son amie.

– Non, jamais. Pourquoi ? s'enquit Mio d'un air inquiet.

Ritsu tourna plusieurs fois la tête, pour être certaine que ce vieux avait bel et bien disparu.

– Rien, j'ai... j'ai vu un type bizarre...

– Tu sais, ce n'est pas parce qu'une personne est « bizarre » qu'elle est un yokai, soupira la bassiste.

– Ouais je m'en doute, mais... il y avait... non laisse tomber. Je me fait des films, se lassa Ritsu.

Mio avait raison, néanmoins, elle trouvait dommage que l'avoir loupé. Contrairement à son amie, en tant qu'humaine, elle n'avait pas de radar intégré dans le cerveau lui indiquant ce qui était yokai ou pas. Laissant ce petit incident de côté, l'adolescente aux cheveux bruns s'apprêta à se recentrer sur la tâche immédiate, à savoir trouver ce fichu bus. Mais la jeune yokai, de son côté... avait l'air de prendre ceci sérieusement, vu la tête concernée qu'elle tirait.

– Ritsu, si tu as sentit quelque chose... ne prend pas ça à la légère. Reste sur tes gardes, la somma t-elle.

La dénommée hocha la tête, incertaine de ce que « rester sur ses gardes » signifiait. S'il s'agissait réellement d'un yokai en forme humaine, c'était effectivement inquiétant, mais s'il n'était qu'un simple humain... ça rendait sa fixette sur une jeune lycéenne super glauque. Pas moyen de dire le pire entre les deux.

Le panneau électronique du quai indiquait une vingtaine de minutes avant l'arrivé du prochain bus. La première chose que fit Rirtsu en l'attendant fut d'éteindre son portable... non sans une pensée désolée pour ses parents, qui allait paniquer ne voyant pas leur fille revenir. Et également tracassée en anticipant le savon qui lui tomberait dessus à a seconde ou elle les reverrait. Mais ça... c'était un problème pour la Ritsu du futur ! Elle donna un coup de coude à Mio pour qu'elle éteigne son portable aussi, histoire de ne pas être harcelée d'appels. Cette dernière s'exécuta, non sans un soupir désapprobateur. Bien que, derrière ses angoisses concernant cette escapade... l'idée de voyager seule – ou presque – avec Ritsu lui plaisait beaucoup. Certes le moment était mal choisit pour parler sérieusement sentiments, mais Mio se promit que, dès que la situation serait plus favorable, elle ne les passeraient pas sous silence.


En tant que chef-lieu de la préfecture d'Osaka, troisième plus grand municipalité du Japon, la ville éponyme avait tout le caractère d'une zone de transit internationale. L'ambiance était bien différente de leur petite ville habituelle, on sentait tout l'entêtement inépuisable de la population grouillante, et entre la maison de campagne et cette immense cité, le dépaysement était total. Moderne et très touristique, la ville portuaire respirait d'une ambiance particulière, bruyante, inexhaustible. À peine descendue du bus, le pied posé sur l'asphalte, que Mio fut frappée par l'énergie saturant l'air. Comme si ce dernier était plus lourd, ou plutôt, il avait quelque chose de... menaçant. Le parking de la gare comptait plusieurs dizaines d'emplacements de bus, tous alignés, et au brouhaha de la foule s'ajoutait le vrombissement des moteurs additionnés des odeurs suffocantes d'essence. Impossible de mettre le doigt dessus, ni de l'exprimer par les mots avec justesse, mais cette ville ne lui plaisait pas.

Un peu désemparée en débarquant dans une ville inconnue, Ritsu observa tout autour. Le mieux serait encore de suivre le gros panneau noir et blanc indiquant le bâtiment principal de la gare. Suivie par Mio qui ne savait encore moins quoi faire, la jeune fille déambula jusqu'au centre névralgique de la gare routière, légèrement perdue.

– Bon, euh... l'objectif c'est l'océan, hein ? Il faudrait qu'on trouve une ligne de métro qui s'en rapproche, avisa la batteuse en cherchant un plan de la ville.

Ce qu'elle trouva rapidement, juste en face de la grande entrée du bâtiment, et se mit à l'examiner en suivant les lignes des yeux. Bon sang, le métro japonnais se trimbalait une réputation de bazar complexe, et c'était mérité... et en regardant les points-clés notés sur le plan, une légère déception se lu sur les traits de Ritsu. Dommage qu'elles ne puissent pas faire un peu de tourisme... il y avait l'immense aquarium Kaiyukan, sans parler du château et du Sumiyoshi Taisha, l'un des plus important sanctuaire du Japon. Mais étant celle ayant insisté pour venir ici, la batteuse en prit la responsabilité et concentra ses neurones à l'étude du plan de la ville, avec un sérieux surprenant.


Trouver un endroit désert fut beaucoup plus ardu que prévu. Après une trentaine de minutes de voyage en métro à changer de quais et de station, l'océan fut enfin à portée de vue. Malgré l'heure se faisant tardive, le port grouillait encore de passants, de manutentionnaires et de véhicules s'affairant à leurs travaux. Ce fut après un bon quart d'heure de marche en longeant la côte qu'elles tombèrent sur une immense plage, désespéramment vide. En été, cet endroit devait être un véritable repère de vacanciers. À cette époque, en revanche, sous le vent salé hivernal et à la tombée de la nuit, pas un chat ne s'aventurait sur le sable. Le ciel s'assombrissait, et les nuages très dispersés laissaient s'échapper toute la maigre chaleur emmagasiné par la terre durant le jour. À droite et à gauche, les lumières colorées de la côte habitée s'avançaient vers l'horizon.

Mio réajusta son écharpe, le visage glacé par les brises froides, ici aucun immeuble ou bâtiment ne stoppait les souffles de vent.

– La-bas, il y a un ponton, désigna Ritsu d'un geste du bras.

Elle descendit les première marches des escaliers de pierre, mais s'arrêta rapidement en constatant que son amie ne suivait pas. Cette dernière fixait loin en face, se préparant mentalement. Elle se rassurait en se disant que, cette fois, elle connaissait déjà l'énergie et l'odeur des kami. Plus de surprise. Il allait falloir y résister, alors la jeune yokai prit une poignée de seconde pour apprêter son esprit à la suite. Le point de non retour. La fin du voyage... des incarnations passées à se cacher, à rester enfermé dans une existence humaine, alors qu'elle, Mio Akiyama, allait faire voler en éclat tout ces efforts en se montrant à découvert devant le Seigneur des dragons en personne.

Malgré son envie, ou plutôt, son besoin de savoir d'où venait la malédiction l'affligeant, de connaître qui l'avait façonnée et pourquoi, l'impression d'être au seuil d'un véritable chambardement n'était que grandissante. Le pressentiment d'être le point de départ d'un cataclysme, de lancer une lourde pierre dans l'eau tranquille d'un étang. Mais n'était-ce pas là l'épreuve ultime ? Si elle réussissait à surmonter son irrépressible faim même devant un kami majeur avec un sceau abîmé, alors elle aurait la preuve de sa propre maîtrise d'elle-même. La preuve d'une force spirituelle assez puissante pour outrepasser le trauma inqualifiable de Ne Hemo. La confirmation que, malgré la destruction de son mantra, malgré une vie entière sous le signe de l'inanition, elle refusait de se laisser sombrer qu'importe la difficulté que son existence lui imposerait.

Baissant la tête, Mio vit son amie lui tendre la main, l'incitant à la suivre. Soren et Ryutaro qui, jusqu'ici, s'était cachés, prirent tout deux la peine de l'accompagner. Le groupe marcha en silence sur le sable, les deux yokai n'y laissant aucune trace quand bien même leurs pattes touchaient le sol.

Arrivé au bout du ponton, l'océan d'un noir d'encre s'étendait en face d'eux. Un abysse de ténèbres délimité par la ligne d'horizon, au-dessus de laquelle s'étalait le ciel bleu nuit. Le scintillement des étoiles se reflétait sur les vagues. Ritsu leva la tête, n'ayant pas remarqué qu'il était si tard... la nuit venait comme... de tomber d'un seul coup. Le clapotis des vagues s'écrasant contre les piliers en bois projetait des embruns salés, et derrière eux, la ville vomissait toujours ce même bruit de fourmillement caractéristique.

Les deux jeunes filles posèrent leurs sacs, et Ritsu fouilla dans le sien pour en sortir une coupelle en céramique blanche, ainsi que l'éprouvette contenant l'offrande. Elle jeta un œil vers Mio, s'attendant à une question sur la provenance de ce truc, mais son amie gardait son attention sur l'horizon.

Avec des gestes lents, assise en tailleur, la batteuse posa la coupelle au bord du ponton, et y versa le contenu du tube en plastique. L'odeur âcre du formol lui piqua les narines, et le morceau d'organe flasque glissa sur la céramique. Elle frappa deux fois dans ses mains, et pria silencieusement, s'adressant mentalement au kami. Bien qu'incertaine de l'utilité de parler dans sa tête à un esprit, elle voulait le faire sérieusement.

Une fois ceci fait, elle se redressa, au côtés de Mio.

– Le... le silence va tomber, prévint cette dernière d'une voix chuchotante à peine audible.

Ritsu observa l'obscurité, l'attention grandissante. Son cœur battait jusque dans ses oreilles... c'était rare, qu'elle puisse l'entendre aussi clairement. Et cela devait être dû au mutisme soudain de toute autre source de son, en particulier la ville, dont la présence n'était plus qu'assurée par les lumières artificielles. Le nekomata et le kitsune, un peu en arrière sur le ponton, s'étaient figés, le seul mouvement étant leurs fourrures dansant au rythme des souffles de vent silencieux. Les vagues elles-mêmes se turent, et... se calmèrent.

Jamais Ritsu n'avait été témoin d'une placidité pareille, encore moins de la part d'un océan, comme si ce dernier obéissait à la volonté d'une force supérieure. Plus aucun mouvement. Ironiquement, le plat sinistre d'une si grande étendue la terrifiait davantage qu'une tempête, et lui rappelait toute sa profondeur insondable... en cet instant, elle était au bord d'un véritable gouffre opaque.

Tout les signes étaient présents. Le kami allait arriver. Le silence envahissait l'espace, effroyable, tout aussi lisse que la surface de l'eau. Mio frissonna, la peur rampant en son sein, coulant dans ses veines, anticipant la venue de l'entité. Peu à peu, devant la terreur grandissante, sa volonté s'effritait. Une bouffée de chaleur angoissante lui prit la poitrine, accélérant sa respiration et faisant trembler ses bras.

– Je... vais pas y arriver... bredouilla la jeune fille d'une voix larmoyante.

Mio s'accroupit, les bras serrés contre elle, se recroquevillant tel un animal apeuré. Pourquoi diable s'était-elle encore embarquée dans une situation pas possible ? Elle ne voulait pas subir une nouvelle crise de famine ! Elle ne voulait pas que ce kami vienne ! Sa présence allait être douloureusement exaltante. Et si jamais elle cédait ? Tout risquait de mal tourner... Voyant son amie en train de craquer, Ritsu s'accroupit à ses côtés, et appuya sa main contre son dos, au même endroit que pendant le rituel.

– Bien sur que si, tu vas y arriver ! l'encouragea t-elle. Ne me lâche pas, et tout ira bien, d'accord ?

La jeune yokai la regarda d'un œil humide, croisant l'air compatissant de son amie, et fit un timide « oui » de la tête. Ritsu glissa sa main dans la sienne, l'aidant à se relever.

Sans prévenir, loin sur la ligne d'horizon, une forme obscure s'éleva. La silhouette sans relief d'un dragon se dessina, se confondant avec le noir de l'eau salée. On aurai dit un théâtre d'ombre chinoises, excepté que cette ombre était... simplement gigantesque. On distinguait ses cornes, la forme de son museau, ses deux moustaches flottantes. Il se découpait sur le bleu du ciel nocturne. De face, ses yeux lumineux ressemblaient à deux lunes ovales côtes à côtes. Ils clignèrent simultanément, et un souffle chaud vint s'écraser sur le ponton, intermittent, telle la respiration d'une énorme bête.

Des êtres puissants et énigmatiques... les mots de sa grand-mère prirent tout leur sens. Il était bel et bien venu. Ryujin, le Seigneur des océans. Ritsu senti la main de Mio se crisper subitement dans la sienne, la comprimant en tremblotant. Elle la serra en retour.

– J'accepte ton offrande. Humain.

La voix désincarnée résonnait comme si l'immense dragon parlait à quelques mètres. Il détachait ses mots, son ton profondément guttural donnant l'impression qu'il peinait à former ses phrases. La poigne de Mio se resserra, et sa respiration s'accéléra. Le hurlement de famine lui étouffait la gorge, sa bouche salivait, et un inconfort lui tiraillait l'échine. Sans avoir besoin de regarder, elle était certaine que des écailles lui recouvrait le dos... pourtant, aucune douleur ne lui déchirait la nuque. Un grondement menaçant remonta depuis ses entrailles, qu'elle retenu du mieux qu'elle pu en serrant les canines, évitant de provoquer le kami. Son énergie délectable emplissait l'espace, l'odeur sucrée enflammait son instinct. Elle déglutit, encaissant la décharge d'adrénaline shootant sont cerveau, préparant l'attaque comme s'il était certain que le corps allait suivre et passer à l'offensive. Mais... elle avait déjà vécu cela. En face du kami des voyageurs, son accroche sur l'accoudoir du train, quand bien même halluciné, l'avait aidé à s'empêcher de mettre à exécution ses fantasmes carnassiers. Ici, Mio se concentrait sur sa prise autour de la main de Ritsu, gardant les souvenirs chaleureux des sentiments partagés au cours du rituel. Malgré la salive affamée baignant sa langue, malgré le cri torturé de son estomac, elle clouait ses pieds au sol, interdisant ses pensées d'imaginer à quel point la chair de cet être serait nourrissante et exquise.

La jeune yokai restait immobile, se laissant sonder par les yeux lumineux de l'esprit. L'ombre draconienne avait beau être au fond de l'horizon, sa présence glissait sur sa peau, l'examinant, tout proche.

– Aucun de mes suivants n'est Ne Hemo. Qui es-tu ?

Cette question fit naître un sentiment de déception. Même lui n'en savait rien ? Mio n'apporta aucune réponse. Elle ne pouvait tout simplement pas, non seulement car elle ne la connaissait, mais parce qu'en ce moment, ouvrir la bouche signifiait rugir et refermer ses crocs sur l'énergie l'entourant. Il fallait absolument garder ses mâchoires fermées. Ne rien céder, pas même la plus petite parcelle de terrain. Heureusement, Ritsu ne laissa pas le silence revenir.

Kami Ryujin, c'est... dans l'espoir de le découvrir que nous avons répondu à votre appel, répondit-elle d'une voix étonnamment claire.

Bon sang, dire qu'elle s'adressait directement à un... une déité révérée dans les temples et sanctuaires. Un esprit que l'immense majorité des gens ne prenaient que pour une légende, qu'une créature mythologique inventée. Le décalage était total, alors qu'il y avait à peine deux mois, ses seules occupations se limitaient aux prochains examens et à quel gâteau manger. Et voilà que Ritsu se retrouvait en contact avec l'une des forces les plus mystérieuse d'un monde invisible... et sans doute l'une des rares humaines à être témoin d'une telle apparition. Si on lui avait dit qu'elle vivrait des expériences pareilles...

Un long moment s'écoula, sans que l'ombre ne dise ni fasse quoi que ce soit. Le seul mouvement étant ses longues moustaches flottantes de chaque côté de son museau. Mio priait pour que cette situation se termine vite, car plus les minutes filaient, plus sa volonté se fissurait sous la pression.

Soudainement, la voix lourde reprit.

– Révèle ton feu spectral.

Encore ceci... Mio n'osa pas lui dire qu'elle n'y arrivait pas. Mais le Seigneur dragon dû le deviner rapidement.

– Observe. Et souviens-toi.

L'immense silhouette ferma les yeux, faisant disparaître les deux astres blancs. L'air autour du ponton se réchauffa, au point que plus aucune respiration de produisait de nuage vaporeux. Une étincelle craqua, à quelques mètres du bois, et une flamme d'un rouge vif illumina la surface plate de l'océan, en chassant le noir. Le feu d'une couleur surnaturelle brûlait sans combustible, ondulant lentement sur l'eau. La jeune yokai toisa cet échantillon de pouvoir, l'attention absorbée par les flammes dansantes, elles avait un étrange effet... hypnotisant. Et communicatif... oui, comment avait-elle pu oublier une chose aussi naturelle, aussi élémentaire ? Une sensation de chaleur envahit sa poitrine, le souvenir d'une forte énergie tournoyante en son sein, d'un savoir ancien et si familier. L'influence de cette petite boule d'énergie l'agitait intérieurement. Elle ne savait pas si tous les dragons se sentaient comme elle en présence d'un feu spectral, mais le désir ardent d'y répondre lui échauffait la gorge. Tel un loup accompagnant le hurlement de ses congénères.

Mais pour cela... elle avait besoin de ses entières capacités, besoin de se soustraire aux limites de sa forme physique. Ce qui signifiait se transformer... et la grand-mère de Ritsu l'avait bien mise en garde. Forcer sur la brisure risquait de l'aggraver, de raviver le douleur et rendre le rituel inutile. Mais pour l'instant, le sceau demeurait... étrangement inactif. Malgré la puissance de l'énergie du kami provoquant ses sens et les écailles noires apparaissant sur son dos. Peut-être que... juste pour un instant... ? Elle n'aurait normalement aucun mal à retourner sous forme physique juste après...

Ritsu de son côté contemplait également ce feu, impressionnée. Faire apparaître du feu, comme ça, sans rien avoir à brûler... s'en était presque magique. En plus il flottait sur l'océan... absorbé par son observation, elle eut un temps d'arrêt en sentant la main de Mio lâcher la sienne. Craignant le pire, elle se tourna vers son amie... pour tomber sur la vision de sa forme esprit.

La jeune fille était maintenant à côté de la patte d'un dragon noir. Elle dû lever le menton pour regarder sa tête, tournée vers l'horizon. À cause de l'obscurité, elle ne distinguait pas bien les détails, mais sa silhouette ressortait du ciel nocturne, comme celle du kami. La première sensation qui traversa le corps de l'adolescente fut de la peur. Quand bien même son cerveau rationnel lui rappelait qu'il s'agissait de son amie d'enfance, son instinct de survie lui dictait de fuir loin de cette dangereuse bête. Sensation amplifiée par le souvenir du terrible combat contre le Raiju. Elle revoyait le dragon noir fracasser le loup à terre avec toute une sauvagerie sans nom. À peine le temps de réaliser, que le reptile ouvrit ses mâchoires, et une lueur illumina le fond de sa gorge.

Avec un souffle guttural, une impressionnante gerbe de feu d'un bleu intense s'enflamma. Durant plusieurs longues secondes, Mio cracha des flammes incandescentes, surprise de la facilité avec laquelle elle exécutait ça, tout aussi naturellement que respirer. Pour la première fois depuis bien longtemps, elle se sentait complète. Être un yokai ne lui avait apporté que des problèmes et de la souffrance, mais en cet instant, l'impression d'être enfin elle-même l'envahit, l'impression qu'elle devrait être ainsi, que cette forme était la bonne, que sa forme humaine n'était qu'un poids physique contraignant. Elle n'avait qu'un inconfort tiraillant au niveau de son cou, sans doute signe que la malédiction tentait de s'activer, mais que la forme complète du dragon était trop imposante pour le sceau brisé. Paradoxalement, le fait qu'il reste inactif rendait la maîtrise un peu moins hasardeuse. Plus de douleur, alors elle pouvait se concentrer à faire taire sa faim au lieu de s'énerver et paniquer.

Le silence revint lorsqu'elle stoppa son feu. Et l'immense silhouette du kami rouvrit les yeux.

– La flamme azure... ? Impossible...

Il ouvrit grand la gueule, hurlant un lourd rugissement, au point que l'eau en frémit.

– Nous avons été honnis ! Je ne le tolérerais pas !

Une puissante vague s'écrasa soudainement sur le ponton, en surprenant ses occupants. En quelques secondes, l'ombre du dragon s'évanouit, disparaissant aussi rapidement qu'il était arrivé. Cette fois, devant la réaction du kami, et sa puissance retrouvée, Mio ne put empêcher un raclement de gorge énervé. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Pas question de le laisser s'échapper ainsi ! De toute façon, elle sentait son odeur à des kilomètres... alors il pouvait toujours essayer de fuir. Elle le suivrait jusqu'à ce qu'il s'explique. Et, vu que le sceau ne la refrénait plus... dans sa vision, ce n'était qu'une proie essayant de se soustraire à la menace de son prédateur.

La dernière chose que vit Ritsu de son amie, fut le corps serpentin du dragon noir plonger tête la première dans l'océan, et disparaître tout aussi vite que son homologue. Paniquée, elle se pencha au-dessus de l'eau.

– Mio ! Mio reviens !

Mais son appel ne reçu aucune réponse. Elle... elle allait revenir, pas vrai ? Elle n'allait pas attaquer le kami, ni la laisser là, en pleine nuit, seule dans une ville inconnue ! Plusieurs secondes s'écoulèrent avant qu'elle réalise. Un coup de klaxon se fit entendre. Les bruits de la ville étaient revenus, de même que les vagues et le sifflement du vent.

Plusieurs hurlements inhumains lointains résonnèrent, faisant bondir son cœur d'effroi. Ritsu se redressa, regardant vers la ville. On aurait dit... que tous les yokai étaient en train de crier en même temps, telle une foule en colère, leurs voix distordues surpassant le vrombissement des moteurs.

Ne comprenant rien à la situation, Ritsu chercha la réponse dans les deux comparses de Mio. Le kitsune s'était recroquevillé sur lui-même, les pattes sur les yeux, et reniflait en articulait péniblement des phrases incomplètes.

– Non... non ! Pourquoi ? C'est pas... non... c'est faux ! balbutia t-il si bas que Ritsu eu de la peine à l'entendre malgré les deux petits mètres les séparant.

– On ne peut pas se tromper ! Il n'y a qu'un seul dragon a cinq griffes ! grogna le nekomata en découvrant ses crocs.

Bon sang mais que se passait-il ? Et Mio qui l'avait laissé gérer ça toute seule ! Ne sachant que faire, Ritsu resta planté sur le ponton, espérant de tout cœur voir le dragon noir ressortir de l'eau.

– Ça ne peux pas être... Seiryu... détruit... pourquoi ? continua le renard.

– Oui ! Répond, exorciste ! Pourquoi ?

Le gros chat s'adressait directement à elle, les yeux rageurs. L'adolescente garda le silence, ils étaient véritablement fatiguant avec leurs questions d'un seul mot ! Comme si elle pouvait le savoir ! Et pourquoi avait-il l'air autant en colère contre elle ? Elle n'avait rien fait de préjudiciable, qu'elle sache ! Mise à part... conduire Mio jusque devant ce kami. Était-ce vraiment une mauvaise chose ? Dans les faits oui, puisque son amie venait littéralement de la planter là, sur une plage, en compagnie d'un yokai en colère. Relativiser, relativiser... tant bien que mal, elle tenta de se calmer pour réfléchir. Bien qu'il ait l'air de vouloir l'écorcher vive, ce yokai ne s'en prendrait pas physiquement à elle. Même des esprits combatifs tels que les Raiju s'y étaient refusé. Ou qu'ils ne pouvaient pas. Quoi qu'il en soit, Ritsu se répétait qu'elle n'avait rien à craindre concernant son intégrité physique... bien qu'un très mauvais pressentiment lui passa sur le cœur. Restant au bord du ponton, debout sur le bois humide, elle fixait la surface de l'eau, espérant voir la bouille reptilienne de Mio en sortir, et s'excuser quinze fois de l'avoir plantée là. Et ce, même s'il faisait encore plus froid qu'en ville, à cause des embruns et du vent.

Malgré l'heure tardive, les voitures passaient sans discontinuer sur la route de l'autre côté de la plage, éclairant la nuit noire de leurs phares. Ritsu grelottait, et attendait en faisant de son mieux pour ignorer les cris des esprits retentissant. Que faire, que faire ? Il faisait si froid... mais elle n'avait aucun argent, pas même quelques yens pour se payer un thé et pouvoir rester au chaud dans un commerce. Attendre Mio ? Mais combien de temps ? Et qu'est-ce qu'elle était parti faire, bon sang ? D'accord, sous sa forme dragon, elle était féroce et ne se laissait pas faire, mais... la batteuse s'agitait nerveusement sur place, envisageant les pires scénario. Mais au moins... impossible que Mio l'abandonne ainsi, n'est-ce pas ? Il y avait juste à attendre, et dès qu'elle serait revenue... téléphoner à sa grand-mère ou ses parents pour demander de l'aide, et sans doute subir le pire savon qu'elle pourrait imaginer.


[Merci d'avoir lu, et désolé de l'attente, au prochain !

Update : j'ai pas mal de boulot en ce moment, du coup le prochain chapitre mettra un peu plus de temps à venir, je m'en excuse et merci pour votre patience !

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