NA :
Bonsoir bonsoir tout le monde,
Eh oui, un autre OS pour me détendre et retrouver un peu de ma motivation pour 'I will not say goodbye' qui me prend la tête à longueur de temps! (encore un peu et j'avais plus de cheveux sur le crâne à force de me les arracher XDD)
J'ai trouvé ce petit scénario sur tumblr - Luciferprompts et j'ai été tentée de sortir un peu du classique actuel post S5a ou post S4.
J'espère que vous serez tout aussi tenté de le lire :)
Angst - évidemment.
IT'S IN OUR NATURE
Il n'est pas naturel pour un ange d'expérimenter le feu dévorant de la colère. Parce que Dieu est tout, et toute la colère qu'Il peut avoir n'a jamais dévoré qu'une seule personne jusqu'aux cendres.
Pourtant, ce qui consume, ce qui alimente Lucifer maintenant est naturellement puissant. C'est un goût puissant et âcre qui se confond à celui des poussières de son exil. Ce sont toutes ces pointes de lances ou d'épées, ces crocs, ces griffes qui lui ont tailladé la peau. C'est cet afflux de sang de ses extrémités jusqu'au cœur. Presque douloureux.
Douleur. C'est cela aussi.
L'irritation sur ses phalanges après avoir tambouriné à la porte, la tétanie dans ses muscles traversés net d'un feu qu'il n'arrive plus à respirer, à faire circuler consciemment.
C'est la colère.
Toute naturelle, pas du tout naturelle pour ce qu'il voit, ce qu'il entend.
Les larmes de l'inspectrice léchées par les flammes dans l'âtre ravivent les siennes, si cela est possible. Mais le Diable brûle plus que quiconque. Buisson ardent à travers le temps.
Et dire qu'il a cru toute cette semaine en être revenu à un état moins naturel, quoique originel.
Il n'est pas un ange.
Ce n'est pas la fournaise d'un ange qui brûle au fond de ses yeux.
Son naturel préalablement chassé revenu, le Diable galope sur les flammes de l'enfer qu'il réserve à l'homme qui a osé blesser l'inspectrice.
-xXx-
Chloé sursaute en entendant la porte claquer. Pas aussi fort que quand Marcus ét—
Elle passe sa main sur son épaule offerte aux flammes. Elle a froid, pour la brise qui est entrée à l'intérieur, par cette porte, qui se précipite jusqu'à elle seulement maintenant. Ou est-ce seulement maintenant qu'elle cesse de se précipiter dans ce vide depuis…
… depuis que Marcus est parti ?
"Ça n'en vaut pas la peine."
Marcus a raison. Se lamenter n'en vaut pas la peine, parce qu'elle vaut la peine. Elle vaut une explication, un minimum de respect. Elle vaut une soirée à ne pas se lamenter sur la façon dont cette journée a tourné à la pire version possible.
Systématiquement.
Sa main remonte du coude jusqu'au bord de sa manche où ses doigts tirent machinalement le tissu.
C'est absurde de rester plantée là.
Elle a froid. Il est tard. Il est parti.
Abruti.
Elle n'est pas certaine de se fustiger ou le fustiger lui. Les deux ?
"Je me fiche totalement que vous sortiez avec cet insolent abruti!"
Chloé secoue la tête. Elle devrait juste… boire et se goinfrer des bières et gâteau apportés par son-...
Son "quoi", finalement ?
Il s'est dégonflé avant même qu'il ne devienne qui que ce soit dans sa vie.
Pire que Luc-
— Il est déjà parti.
— Mh ?
Chloé baisse la main et tourne la tête vers la cuisine. Trixie découpe une part du gâteau de cette relation mise à bat avant de réellement se définir. Un sentiment de culpabilité plus important que celui rattaché à sa fierté de femme lui serre la poitrine. Quelle heure peut-il être ?
Elle ne se souvient pas avoir fait grand-chose si ce n'est s'apitoyer sur "tout" ce que "rien" aurait pu donner entre elle et Marcus depuis que la mère de Bettany, la meilleure amie de Trixie, avait reconduit celle-ci à la maison. Chloé regarde en direction de la porte d'entrée, du meuble où les sacs de cadeaux et confiseries de son goûter d'anniversaire traînent toujours. Puis vers la fenêtre.
Il faisait plus clair quand il est parti.
— Tu disais, ma puce ? s'enquit-elle d'une voix rauque, timide dans le crépitement des flammes.
Le raclement de l'assiette sur le comptoir de la cuisine se confond à celui de sa gorge.
Elle se lève, courbaturée, épuisée, assoiffée des larmes qui veulent encore se mesurer à la chaleur de l'âtre et renforcer l'eau glacée qui a éclaboussé ses sentiments. Elle devrait boire, définitivement.
Après avoir couché Trixie et déculpabiliser d'être une mauvaise mère en plus d'une mauvaise pioche.
Elle se mord l'intérieur de la joue après avoir fait quelques pas dans le salon, à mi-chemin de sa fille.
— Lucifer, répond cette dernière.
— Lucifer ?
Trixie hoche la tête, penche sa bouche barbouillée de chocolat vers la cuillère pesante d'une bien plus grosse portion.
— Il vient de partir.
— Qui ça, Lucifer ?
— Oui. Il est entré puis ressorti.
Chloé se fige. Glacée jusqu'au sang.
"Je le connais mieux que vous, Inspectrice. Je sais qu'il ne faut pas lui faire confiance."
— Quand ça, Monkey? Je ne l'ai pas vu… Je-
Le sourire de Trixie est la plus jolie et la plus effroyable démonstration de réconfort que Chloé pouvait attendre. Elle a laissé paraître bien plus qu'elle n'aurait dû, qu'elle n'aurait voulu devant sa fille. Et, peut-être, devant…
Trixie hausse les épaules en léchant le dos de sa cuillère.
— Je sais pas. Cinq minutes ?
— C'était ça la porte qui- ? demande Chloé sans terminer sa phrase, sa main pointée vers la porte.
Merde.
Elle croise aussitôt les bras sur sa poitrine, mal à l'aise.
Lucifer l'a vu.
Il a vu.
Elle prend une profonde inspiration et passe ses mains sur son visage, sur ses larmes qui n'en sont plus vraiment. Juste des traces humides, dépouillées par la douce naïveté d'en valoir la peine. Elle se passe ensuite une main dans les cheveux, pour chaque mèche qui ne serait pas à sa place, qui pourrait encore être vue de tous.
De Lucifer.
Mais il n'est pas là.
Plus là… lui non plus.
— Il a dit quelque chose ?
Chloé espère que oui comme pas du tout. Il n'y a rien à dire de son comportement, de celui de Marcus. Tout à en dire aussi.
"On a terminé."
"Arrête."
"Arrêtez!"
Trixie secoue la tête.
— Mhm non, mais il avait l'air en pétard. Il m'a même pas dit au revoir, se plaint-elle, le coin de sa cuillère frottant le centre de l'assiette.
— En pétard ?
La respiration de Chloé s'accélère.
"-cet insolent abruti!"
"Pierce n'est pas Pierce!"
"Ou alors c'est Linda qui a raison et je refoule juste ce que ressens pour votre relation avec Pierce-"
Les yeux de Chloé repartent naturellement vers la porte close. Ses bras, autour du froid qui saisit ses poumons.
Merde.
-xXx-
Comment… Comment a-t-il osé ?
Comment-
Comment a-t-il pu oublier l'adresse ?
Lucifer dépasse les panneaux indiquant dans la grande majorité Amesbury Road comme les possibles prochaines destinations. Cette raclure n'habite pas loin du Boulevard Los Feliz, pas si loin de Griffith Park non plus…
Mais ce n'est pas cette rue.
Un 4x4 rouge roulant en sens inverse manque de rayer sa portière et d'emporter son phare ne l'aide pas à avancer dans sa recherche. Il en lâche son téléphone, agrippe le volant à deux mains et évite l'impensable.
Il ne manquerait plus qu'il esquinte sa voiture avant d'esquinter le vernis respectable appliqué trois fois par jour sur le visage de Pierce. Quel dommage qu'il n'ait pas pris l'une des lames de Maze après avoir découvert sa supercherie.
Probablement parce qu'elle les lui avait déjà planté dans le dos.
"C'était mon idée."
La trahison pénètre sa chair, creuse l'espace entre ses omoplates pressées contre le siège en cuir. Elle pèse sur la jointure de ses ailes, entre ce qui est et ce qui ne sera plus.
Il devra faire un autre détour avant de rentrer au Lux.
Ou bien Maze - fière comme elle avait semblé de son coup de duperie - lui faciliterait la tâche en restant au penthouse, à se gausser de sa crédulité.
Tant mieux. Mieux pour rappeler des valeurs simples à l'instigatrice comme au complice humain maudit. Très simples.
On ne trahit pas le Diable.
On ne blesse pas l'Inspectrice, de quelque façon que ce soit.
Les doigts de Lucifer s'enfoncent dans le cuir du volant qui craque.
"Le meilleur moyen de te faire craquer-"
Il relâche la tension dans ses mains avant d'arracher le volant du tableau de bord.
Pas besoin de lames.
Rien de mieux que les ongles pour fourrager les petites imperfections de la peau, les gratter, les faire remonter à la surface.
Cain disait avoir tout essayé.
Lucifer en doute.
Le 4x4 passé, passé d'autres voitures jusqu'à l'intersection embouteillée, Lucifer se met au point mort et se penche pour récupérer son téléphone sous son siège.
Ce salopard habite dans le coin, c'est certain.
Il commence à taper de ses doigts gourds un message pour Miss Lopez.
Elle saura.
Pierce, Maze…
Ils sauront ce qu'il en coûte.
-xXx-
Chloé descend les marches quatre à quatre. Elle n'a pas la patience d'attendre l'ascenseur ni de prétendre en avoir le temps. Elle maudirait presque Dan d'habiter au quatrième étage, mais accepter de s'occuper de Trixie pour une urgence toute relative est déjà trop saint de sa part.
Elle consulte sa montre, persuadée d'avoir perdu plus de temps à conduire Trixie ici qu'à directement partir à la recherche de Lucifer.
Mais non.
Juste dix minutes.
Elle devrait plutôt louer la proximité de Dan.
Elle devrait maudire Pierce, maudire Lucifer pour se faire chevalier servant de sa déception am-
"Et… vous savez, Je l'aim-"
De sa déception relationnelle.
Elle les maudit tous les deux.
Pour la faire courir dans la nuit noire, dans les escaliers de son ex, loin de sa fille qu'elle aurait simplement dû coucher plus tôt que prévu. Elle aurait simplement pu se sentir coupable envers elle, comme d'avoir crû importer pour Marcus et ne pas importer autant pour son partenaire, si égocentrique qu'il ne pensait qu'à ce qu'il ressentait lui.
C'est vrai… qui s'empêchait de dormir une semaine entière pour un prétexte aussi absurde que la vision discutable d'une femme âgée ?
S'il n'avait pas tant de rancœur, s'il avait toute sa tête… Elle aurait peut-être pu vivre ce désastre comme elle l'entendait. Couchée dans le canapé à ressasser, à maudire l'un comme l'autre - plus l'un que l'autre - et à se goinfrer du contenu de son congélateur.
Mais non.
Chloé reprend son souffle au bas de la dernière - première - marche du rez-de-chaussée. Elle ouvre la porte de l'immeuble, ouvre celle de sa voiture une seconde plus tard.
Non, au lieu de cela - de ce qu'elle veut -, elle doit courir après son partenaire pour l'empêcher de-
De faire quoi qu'il pense faire cette nuit à Marcus.
En temps normal, Chloé n'aurait rien fait. Lucifer n'aurait jamais déboulé chez elle ni reparti en trombe non plus. Il n'aurait jamais hurlé ainsi au commissariat, ne lui aurait jamais fait la morale sur ses fréquentations.
Franchement, il lui aurait donné des conseils pour pimenter les choses.
Normalement. En temps normal.
Mais il n'était pas dans son état normal.
"Cela n'a rien à voir avec la fatigue, Inspectrice !"
Rien n'avait été normal entre eux depuis…
Chloé pince les lèvres et tourne la clé de contact. Elle maudit Lucifer pour lui faire ressentir l'espoir d'importer, d'en valoir la peine - lui comme elle.
L'empêcher de laver son honneur est la dernière chose qu'elle veut faire, comme laisser Lucifer s'empêtrer dans les ennuis après avoir arraché un œil à son supérieur hiérarchique.
Œil pour œil, dent pour dent. C'est dans la Bible.
La Bible dont sortirait, à en croire Lucifer, ce cher goujat de Marcus, alias Cain.
La mâchoire de Chloé se contracte à l'idée de revoir ce dernier. Elle cligne des yeux ces larmes absurdes, souffle d'une inspiration la brûlure glacée du rejet entre ses côtes.
Elle s'engage dans le trafic.
C'est à cinq pâtés d'immeubles.
Chloé fronce les sourcils.
Pourquoi tous les hommes de sa vie habitent aussi près l'un de l'autre ?
-xXx-
C'est à trois pâtés d'immeubles.
Lucifer fixe le même bâtiment depuis trois fois plus de temps qu'il n'en faut pour compter les fenêtres sur la face sud de celui-ci.
Vingt-cinq.
Il fronce les sourcils.
Le dernier décompte faisait état de vingt-six fenêtres.
Non… Trente.
Une ouverture vitrée semble se soustraire à son calcul chaque fois qu'il ferme les yeux. Qu'il cligne des yeux. Il les cligne encore, plus vite pour en compter vingt-sept cette fois. Un effet d'optique, la nuit est si bien installée qu'elle défait l'architecture imposante de la ville entière. N'y aurait-il pas eu cette file de véhicules devant lui, sur la bande parallèle également, qu'il n'aurait pas eu à fermer les yeux pour accueillir le noir complet.
Son regard dévie sur le camion de déménagement devant sa corvette, sur la deuxième bande d'autoroute, qui l'avale presque, en fait presque une ombre insignifiante dans la sienne. Il ricane en apercevant les tuyaux en fer calés sous le battant, trop longs, trop encombrants.
Un outil intéressant pour ce qu'il réserve à Caïn.
L'attente est longue mais assez pour avoir élaboré un plan de torture distrayant, qui durerait aussi longtemps que sa guérison. Le double de la douleur qu'il avait infligée à Chloé.
Lucifer tape du pied à côté du frein, trop loin de l'accélérateur.
Le mouvement est plus lent, il ralentit quand il ferme-... quand il cligne des yeux. Il s'accélère quand il pense à ce qu'il a vu.
Il ferme et desserre le poing sur le bord de la portière, ferme les yeux sur ses tremblements.
Les feux clignotants, les klaxons tonitruants, le vent battant.
Rouge. Feu au rouge.
Yeux fermés. Ouverts. Il cligne et cligne, inspire et expire, serre et desserre le poing jusqu'à laisser sa main retomber sur le volant.
Le cuir est froid, confortable contre son dos perclus de sommeil contenu.
Oh, il n'a pas sommeil.
Encore moins que cette semaine entière. Cette nuit est l'éveil d'une normalité revigorante, qui durcit ses muscles. Comme son regard qui se durcit aussitôt le feu passé au vert.
Le pied sur l'accélérateur, le vent dans les cheveux, les yeux sur la route, il tourne…
… sans savoir pourquoi le monde tourne sur lui-même après avoir cligné des yeux.
-xXx-
Cette journée est décidément la pire de toutes.
— Merde… grogne Chloé en se passant la main sur le front.
Elle tâtonne l'espace sur le côté de son siège pour dégrafer sa ceinture qui lui cisaille l'épaule. Elle va avoir un de ces bleus demain…
Mais c'est sans doute moins à se plaindre que les voitures au cœur du carambolage. De cœur, le sien manque un battement en se rendant compte de ce qu'elle venait d'éviter, juste parce qu'elle avait laissé passer ce camion de déménagement avant elle. À cause de ses réflexes de flic.
— Oh mon Dieu ! crie quelqu'un.
— Appelez une ambulance !
Des gens courent, sortent de leur voiture. Elle devrait-
Elle parvient à détacher sa ceinture et lâche un râle de soulagement, l'arrière de son crâne appuyé contre son siège. Elle ferme les yeux, inspire un bon coup, grimaçant. La ceinture a amorti une bonne partie de la collision, mais a beaucoup aidé entre corps et force de gravité.
Elle expire, doucement.
Très doucement.
Elle devrait signaler l'accident.
Sécuriser la zone. Organiser la panique qui afflue, devient si bruyante après le silence de mort que chaque accident de la route peut provoquer à sa suite.
Bon sang…
Pourvu qu'il n'y ait aucun mort.
— Il est coincé !
Coincé ? Qui est-
Nom de-... qui que ce soit, essayer de le bouger sans connaître l'étendue de ses blessures seraient du suicide.
Chloé ouvre les yeux et sa portière à peine défoncée vers l'intérieur par la voiture qui est allée percuter l'autre, noire. Une décapotable, peut-être. Elle ne voit pas le toit d'ici et les gens ne sont pas des géants.
— Écartez-vous… croasse-t-elle d'abord, s'éclaircissant la voix ensuite. Écartez-vous, s'il-vous-plaît ! L.A.P.D. , merci de reculer et de-
Ses yeux se posent sur la plaque d'immatriculation.
FALL1N1.
-xXx-
Il est tombé dans le noir.
Il ne sait pas trop comment.
Il avait suivi le trafic, son accélération bienvenue pour la latence de sa rage. Puis le noir, le tournis du monde qui cogne et balance corps et corvette contre tôle de luxe et véhicules plus modestes. Le camion a cogné le plus fort, il s'est même permis de défoncer l'avant comme de la pâte à modeler.
Ses os qui ont craqué sous la tôle n'en sont pas.
Ils ne craquent pas dans le noir.
Ils n'auraient pas dû craquer.
Comme il ne devrait pas être tombé dans le noir, pas assis et comprimé de partout.
N'est-ce-pas ?
— Bo's'ng… ifer !
Alors que sa poitrine se lève, son cœur semble chuter plus bas, lâché… sans attache pour le retenir. Ses muscles abdominaux sont pris d'un spasme et le souffle inspiré est écourté d'une toux rauque.
Mais son cœur revient à sa place, de battements vivaces. Rapidement douloureux.
— …-llez les secours !
— M'sieur, vous p-...uger ?
— Il est m...n point…
Bruits et mots jaillissent des ténèbres et lui percent le crâne qui a déjà l'air bien percé de douleur pour le sang qu'il goûte dans sa bouche et qu'il sent sur le bout de son nez. Mais la plus grande percée n'est pas là.
Plus bas.
Épaule à bas.
La gauche. Empalée.
Son oeil gauche, le seul qui ne préfère pas le sang opaque au noir lisse de la chute précédente, suit le métal avant la veste, la chemise puis la chair avant le cuir de son siège qu'il a jugé bon de traverser en une diagonale ridiculement droite. Les autres tuyaux du camion ont au moins eu la jugeote d'épargner le reste de sa Corvette, éparpillés sur le sol, en travers des roues d'une autre voiture aussi.
Il note que la couleur moutarde de cette même voiture est d'un mauvais goût certain avant qu'une ombre ne lui bouche le peu de clarté donnée avec sa nouvelle condition de cyclope en boîte de conserve.
— L'fer.
Une main sous son menton effleure ensuite sa gorge.
Il fronce le seul sourcil qui ne semble pas prêt à s'ouvrir en deux par cette seule expression faciale.
Les cheveux qui entourent le visage, le profil tranché qui lui est permis de voir, ne sont pas moutarde. Ils sont blonds. Ils sont connus. Reconnus.
— I'spc'ce ?
Il n'a pas fini de marmonner ses lettres sans queue ni tête que sa tête à lui retombe en arrière, son cœur poussé vers le fond de la conscience par la douleur qui explose partout et nulle part à la fois. Elle subsiste dans son épaule, s'enroule longuement autour de sa jambe gauche qu'il se surprend à ne pas avoir senti avant.
La douleur assourdit la voix de l'inspectrice.
— N'n ne b'g… as ! Ne boug-...urtout pas, Lucifer. Les secours… en route.
Bouger ?
Mais qui bouge ?!
Pas lui.
Il doit bouger pour respirer.
— Resp'ez...d'cment. Des micro-inspirations, l'encourage Chloé de-
De quel côté est-elle ? Il l'entend de partout. Le bruit est partout.
Que fait-elle ici ?
— C'nduire dans cet état… 'est-ce qui v's a pris ? Vous deviez vous… eposer, chez vous !
Oh, il voudrait rire.
Il voudrait respirer sans s'étouffer une inspiration sur deux.
— P's ma...aute si j'ai besoin… s'couer… hochet m'udit pour…
Ce n'est que de l'air, bon sang ! Pas des briques !
— P'r… m'endor'ir...Insp'...ce.
— Vous parlez de Marcus, c'est ça ?
Une dixième brique inspirée, Lucifer ouvre son seul œil valide. Ceux de l'Inspectrice le questionnent davantage, plus fort que les mots d'avant. Elle est accroupie sur le sol, ses bras croisés sur le bord de la portière côté conducteur, si calme autour du chaos qu'a provoqué l'accident, des ambulances qui vocifèrent leurs couleurs salvatrices. Les pompiers sont plus visibles, plus bruyants.
Peut-être parce que le rouge est tout ce que voit Lucifer, un œil sur deux. De l'autre, du seul qui compte, il ne voit qu'elle. Que cette question.
— Il v's… a… blessée, murmure-t-il.
Elle se pince les lèvres. Toujours quand elle veut lui reprocher une chose qu'elle apprécie secrètement, qu'elle ne peut pas admettre. Comme elle a apprécié qu'il vole - selon ses termes à elle, pour sa part, ce n'était qu'un emprunt nécessaire - le fauteuil massant de Pierce pour calmer son mal de dos le mois dernier.
— Et vous voilà blessé, réplique-t-elle d'une voix tremblante.
Il hausserait bien une épaule mais l'une est empalée. Et il ne doit pas bouger.
Tout de même…
Se blesser pour elle ou se blesser à cause d'elle…
La différence est mince.
-xXx-
— Hé, ne vous endormez pas !
Chloé se retient de le secouer comme le maudit hochet qu'il citait une minute plus tôt. Mais voir ses yeux se fermer - son seul œil ouvert se fermer plus de quelques secondes… c'est d'autant plus difficile pour elle de retenir les larmes qui cerclent ses paupières.
D'autant plus difficile de retenir la peur, la culpabilité ; tellement plus difficile que la frustration pour son élan chevaleresque.
Destructeur.
Sa voiture est assez proche de la destruction, c'est sûr.
L'œil unique de son partenaire s'ouvre, la torpeur crainte tapie dans l'ombre de l'iris.
— F'drait savoir, Ins'p'ce…
Oh, que son entrain lui manque, l'entrain - même fou de ces dernières heures - dans sa voix, dans ses gestes. Mais il ne bouge pas, à sa demande. Il est calme, à l'encontre de sa nature explosive.
Elle tend à nouveau la main vers lui, hésitante d'abord, pour ensuite passer le pouce sur sa joue. Juste sous cet oeil ouvert assez pour y lire son agacement.
Une petite étincelle dans l'ombre de l'inconscience.
— Il fallait dormir avant, idiot ; murmure-t-elle.
Son pouce étale plus de sang qu'il n'en enlève sur sa joue, jusqu'à la commissure de ses lèvres, cette grimace de douleur. Il fronce les sourcils, l'entaille profonde en travers du droit libérant une autre rigole pourpre sur sa paupière close.
— J'sui'pa… Dan… maugrée-t-il avant que le premier ambulancier ne pose ses sacs près d'elle et n'exige toute son attention.
Il n'est pas comme Dan, c'est vrai. Elle sait.
Elle sait.
Elle sait aussi que son état est plus grave que pressenti après avoir croisé le regard de l'ambulancier. Il a dit son nom, mais… Billy ? Rony ? Quel que soit son nom, la façon dont il regarde les blessures les plus voyantes de Lucifer, dont il semble voir plus qu'elle, l'encourage à ne pas bouger de là.
Elle devrait. Elle risque d'entraver leurs efforts, d'écourter le temps favorable à l'état déclinant de son partenaire. Partenaires, oui. C'est ce qu'ils sont. Tous les deux blessés. Elle devrait dégager le passage, aider les policiers à écarter les curieux et peut-être prévenir Dan de la situation.
Elle devrait, mais ne le fera pas.
Le regard de Lucifer la fige, elle n'en sent plus les débris de verre du pare-brise de sa décapotable sous ses genoux, éclatée par le tuyau d'un diamètre minime qui a fait pourtant grands dégâts de l'épaule de Lucifer. Elle ne sent plus la douleur - si dérisoire, encore plus terrible après ce qu'il s'est passé ici - du rejet.
Et, très vite, c'est comme si le tuyau la transperce elle.
Eux.
Partenaires.
D'un sourire tendu, Chloé soutient son regard.
— Allez… c'est le moment ou jamais de ne pas laisser votre Père gagner, hm ?
Elle ne retrouve pas cette étincelle rebelle dans l'ombre dangereuse qui se répand dans ce seul œil ouvert et, quelque part, elle aimerait qu'elle gagne assez de terrain pour l'épargner un peu, qu'elle donne l'illusion que tout ira bien pour lui.
Mais Lucifer a ce don d'être uniquement sérieux quand il ne faut pas.
L'exception qui confirme l'unique caractère du Diable.
— S-si… gr've'qu… ça ?
Son silence qui confirme la crainte sérieuse qui pèse sur son pouls déjà fuyant.
Il sourit.
Il sourit.
— Auc'n...imp'rt'nce, poursuit-il.
Sa voix glisse, trébuche entre son souffle bruyant et la bruyante manifestation des secours autour d'eux.
— Pas'm…. Père. Derri'r… tout ça.
Chloé n'est pas tant surprise qu'il ne le soit pas lui-même, mais que Lucifer le comprenne enfin. Seulement maintenant.
"Mon Père me manipule. Il me fait faire des choses contre-nature !"
Lucifer qui ne croit pas être manipulé est contre-nature.
— Qu'qun...d'aut-tre.
Voilà qui sonne plus comme son partenaire. Elle s'efforce de ne pas sourire, d'oublier que le sien n'est plus que grimaces de douleur contenue sous les rapprochements tactiques des ambulanciers et pompiers qui n'ont plus qu'à leur bouche des mots comme "désosser le capot" ou "faire levier" pour traiter sa jambe broyée avant l'épaule déchiquetée par le métal.
— Quelqu'un d'autre ? Qui ?
—M'z…
Des deux lettres marmonnées, Chloé n'en comprend pas de suite la signification. C'est son explication suivante qui clarifie les choses.
— Poign'rder d-dans… dos.
Poignarder.
— Maze ?
Chloé s'inquiète brièvement du lien qui s'est créé si facilement dans son esprit.
Lucifer ne hoche pas la tête pour confirmer, soucieux - ou bien trop mal, ce qu'elle est de plus en plus certaine - de ne pas bouger comme demandé, mais la lueur qui cercle sa pupille l'espace d'un instant y répond pleinement.
— Comment ça ?
Elle se sent mal - oh nettement "moins" mal que lui, forcément - de voir ses lèvres pâlir sous le sang qui en caresse les commissures et perle sous son menton, puis son col. Elle sent la nausée monter dans sa gorge pour toute la quantité d'hémoglobine qu'il a fallu y couler - goutte après goutte, seconde après seconde interminable pour le sortir de là - pour en changer la couleur de manière aussi radicale.
Blanc à rouge sang, presque noir là où gouttes finissent lac autour du tuyau, dans le bleu sombre de sa veste.
Elle se sent mal de l'obliger à parler, à ne pas s'endormir et à prétendre pouvoir tenir une conversation aussi… aussi "lui" dans un contexte plus dramatique que le précédent.
"Je ne peux PAS dormir !"
Mais c'est ce qu'il convient de faire.
Mais il pince les lèvres si fort.
— El'a'f… eq'pe a-avec… C-Pierce.
— Équipe ? Mais-
Chloé ne comprend pas. Maze semblait… elle- Ça se passait mieux entre elles depuis quelque temps. Elle l'avait même encouragée à suivre ses sentiments. Faire équipe avec Marcus ? Pourquoi ? Pendant un moment, Chloé se demande si Lucifer n'est pas déjà trop "mal" pour conserver un discours cohérent, pour rester lucide.
Marcus et Maze n'avaient aucune raison de faire équipe, si ce n'est professionnellement.
Est-ce que Lucifer l'avait vécu comme la… trahison de trop ?
"Vous ne supportez pas de nous voir ensemble."
Lucifer est beaucoup de choses, dont un enfant pourri gâté parfois. Souvent.
Maze est… Du point de vue de Chloé, c'est ce qui pourrait le plus se rapprocher d'une relation fraternelle pour l'un et l'autre. Maze n'a jamais parlé de sa famille et Lucifer… eh bien, le peu de famille qu'il fréquente encore semble l'avoir rarement soutenu dans sa vie. Il y a une loyauté entre eux qu'elle n'a jamais pu vraiment comprendre, ni même décrire avec exactitude, en respect à la force de ce lien étrange.
Il y a aussi un lien particulier entre elle et Lucifer.
"C'est juste un ami."
Elle avait eu moins de temps pour lui et Maze aussi apparemment.
"C'est à cause de toi qu'il me ramènera jamais à la maison !"
Tout le monde le laissait tomber.
"On a fini ici."
Chloé l'avait laissé tomber.
Mais pas lui, jamais.
Elle voudrait qu'il l'ait fait pourtant. Elle le regrette tellement. Pourquoi a-t-il fallu qu'il reste aussi 'loyal' envers elle ? Jusqu'à risquer sa vie ici ?
Elle ne mérite pas ça.
Elle n'en vaut pas la peine, pour toute la peine qu'il endure ici. Depuis des mois.
— Madame, écartez-vous, l'enjoint un pompier.
Son regard tombe sur la scie électrique entre ses mains et elle a du mal à respirer. Lucifer s'agite aussitôt entre capot et tuyau lorsqu'elle fait mine de s'écarter de lui. Il grogne après avoir bougé son bras intact vers elle, son seul œil écarquillé sur son hésitante retraite derrière le pompier.
Celui-ci s'adresse à Lucifer, mais elle n'en entend rien.
Elle n'entend que la demande de son partenaire dans l'éclat fugace de son regard.
Restez.
Elle n'entend pas ce que le pompier lui dit ensuite, mais sent sa main sur son bras.
— ...aut nous laisser de la place pour faire notre travail, Madame…
— Inspectrice, répond-t-elle simplement sans quitter des yeux Lucifer, la paupière pesante qui menace l'éclat en-dessous.
Elle ne doit pas disparaître.
Elle ne peut pas laisser tomber Lucifer maintenant.
— C'est mon partenaire, alors je reste auprès de lui. Dites-moi juste où je vous gênerai le moins.
-xXx-
Rien à voir avec le visage.
Ce sont les yeux, ce qu'il y a derrière.
Derrière chaque action de Lucifer, il y a un regard.
Le regard froid de son Père pour la Rébellion qui s'en ait suivie. Son obstination à se défendre physiquement et verbalement du jugement de sa famille quand sa Mère avait détourné le sien. Ses escapades répétées, réitérées malgré les renvois chaque fois plus violents des mains de son aîné, pour les pupilles sans éclat des démons qui le servaient. Chercher à satisfaire les désirs des hommes, la lueur qui avait soif de distractions pour celle d'effroi dans leurs yeux. Plus tard.
Beaucoup plus tard, beaucoup plus bas.
Une action contraire. Contre-nature, diraient certains.
Pourtant…
Pourtant le regard de l'inspectrice-
— On y est presque ! crie quelqu'un près de lui.
Presque où, jusqu'où…
Il n'a pas bougé d'un iota, c'est le monde qui continue à bouger ; rapide, trop lent parfois. La douleur a bougé. Presque intolérable, jusqu'à son cœur.
Peut-être parce qu'ils ont bougé - massacré - le capot pour dégager sa jambe.
Ironie cruelle et stupide, vraiment.
Lui qui n'a pas le droit de bouger quand le reste du monde le brinquebale à sa convenance, pour un obscur "presque".
Mais pas l'inspectrice.
Ses yeux ne l'ont pas quitté un seul instant. Il la regarde, sous ses cils, de son œil "presque" clos.
Presque, seulement.
Parce que ses yeux, ses deux yeux sont le feu qui lui manque pour tenir, la culpabilité qu'il redoute s'il abdique. Il ne peut pas la décevoir encore une fois.
"Ne vous endormez pas !"
C'est maintenant, pour chaque instant passé à s'accrocher à ce seul regard, que Lucifer tient à suivre cette idée d'abord, sa règle d'or toute la semaine dernière ensuite et un accord tacite, inflexible dorénavant.
Il ne bougera pas sa conscience en retrait.
Elle ne bougera pas en retrait non plus.
Oh il aimerait qu'elle le fasse. Il n'en guérirait pas plus vite, n'en perdrait pas moins connaissance aussitôt qu'il lâcherait ce regard. Malgré tout, il hait l'idée de la savoir plus blessée que lui, à cause de lui. Casser chacune des côtes de Caïn, les os restants ensuite ; ça ne peut pas atteindre le seuil limite de souffrance infligée à l'inspectrice dernièrement. Ça ne l'aurait pas atteinte, elle.
Il n'aurait fait que nettoyer une crasse laissée gracieusement sous le talon de sa chaussure. Parce qu'il avait voulu, par-dessus tout, que Chloé puisse avoir le choix. Ce qu'il pouvait bien penser de la crasse en général ne devait pas incider sur cela. Sur elle. Il ne devait pas avoir d'incidence sur sa vie.
C'est comme retourner au point de départ, à ne pourtant pas bouger dans feu sa corvette, à ne pas laisser les ténèbres gagner pourtant son habitation naturelle.
Il s'étouffe sur un rictus ensanglanté.
S'il se réveille en Enfer, les deux yeux grands ouverts sur ces cendres… ça serait bien la preuve qu'il n'y a plus d'ange à craindre dans le diable qu'il a acté depuis tant de millénaires.
Pas acté.
C'est ce qu'il est.
Le feu, la colère, le contraire d'un regard.
— Ne dites pas ça, le sermonne Chloé, yeux troublés sur la peine supplémentaire qu'il lui fait endurer.
La seule partie de son front qui le veut bien se plisse.
— Vous allez vous en sortir. On va vous sortir de là, insiste-t-elle.
Oh.
Oui, d'une manière ou d'une autre, il se sortirait de cette situation navrante. Dans ce corps physique ou sa réplique immortelle enfermée en bas. Il passe sur le fait que ses pensées lui échappant ne sont guère le signe d'une sortie en sa faveur, se concentrant - en plus du regard sans faille de l'inspectrice, agenouillée depuis ce qui lui paraît des heures auprès de lui, aussi près de lui que possible - sur l'après.
Il a ses ailes.
C'est différent cette fois.
À tel point qu'il n'en a plus dormi depuis des jours, que Maze a tourné ses pensées logiques contre lui.
La situation en Enfer sera différente.
Devrait-il revenir ?
L'éventualité lui perce l'épaule et lui coupe le souffle. Il en perd la vue sans fermer l'œil. Au contraire.
Restez.
Il reste aveugle plus de temps qu'il ne peut vivre, à nouveau brinquebalé entre deux seuil de consciences, sa parole à deux doigts - non, une paupière - de faillir. Aveugle, l'ordre de l'inspectrice dépasse ses autres sens. Le mot touche, brûle sa chair. Il a l'odeur du métal, du sang frais et la sueur. Il s'entend de partout, d'une voix unique, multiples - inconnues et celle, plus forte, de la personne qui compte le plus après lui.
Non.
Non, ça…
Ca, c'est le discours de Maze.
Il n'y a pas d'après Chloé.
— Je s-...là !
Des doigts qui pressent les siens. Il tressaille avant de se souvenir ne pas devoir bouger, regarder seulement l'inspectrice. Sa vue borgne de moitié revient doucement, pas assez vite. Mais il distingue assez son visage, ses cheveux qui effleurent le sang sur ses lèvres, pour chercher son regard sans le voir.
Aller vers la lumière au fond du tunnel.
C'est à peu près ça.
Le tunnel étroit de sa conscience maintenu par une étincelle, le feu qui le tétanise.
Chloé serre sa main. Si fort.
Il ne bouge pas qu'il en tremble. Si fort.
Il contracte la mâchoire, mais ne lâche pas son regard - vague, clair. Seule lumière dans les ténèbres, seule fixation dans le temps qui bouge, tout ce qui bouge autour de lui, au-dessus de lui.
Du sang coule au coin de son œil.
L'inspectrice l'essuie, mais il ne voit pas de sang frais sur celui qui a déjà séché sur ses mains.
Séché…
Ça fait combien de temps qu-
Ce n'est pas du sang. Seulement une larme.
— ...st à l'hôpital… Vo's… en sortir, Lucifer ! le rassure Chloé.
L'hôpital ?
Il était dans sa voiture il n'y a pas…
Combien de temps-
Mais il n'a pas fermé les yeux, il a tenu sa promesse.
— 'oration à l'épaule gauche, pression syst—
Il la regarde, voit le monde changer derrière elle. Avancer. Blanc. Des murs.
— On l'emmène au bloc !
Ce n'est que quand l'inspectrice est poussée hors de son champ de vision qu'il bouge. Il tend son seul bras valide vers elle, tape de ce poing quelqu'un à la poitrine suite à quoi s'ensuit des cris et d'autres bruits. Il tire sur le masque qui emprisonne ses grognements de protestations. Ventouse hospitalière écrasée entre ses doigts tremblants.
— T'nez-le !
— Doucement, mec !
Il ne peut pas tenir sans elle, il ne peut pas fermer les yeux—
— Lucifer-... Lucifer, regardez-moi !
Il se fige, sent enfin les mains de l'inspectrice sur ses joues, par-delà sueur, pleurs et douleur. Au-delà de la terreur qui a saisit son coeur, affolé dans sa poitrine. C'est au-delà de cela. C'est une sensation contre nature.
Contre sa parole.
Le regard de Chloé le brûle, brûle toute rébellion. C'est une élévation paisible hors de son corps.
— C'est bon, c'est fini… murmure-t-elle. Vous pouvez dormir maintenant, tout va bien se passer.
"On a fini ici."
Et il s'élève, par-delà cette série de faux pas. Il marche droit vers les ténèbres.
-xXx-
Du seul sens qui l'a maintenu éveillé, ce sont les quatre autres qui l'amènent à ce même état.
Il sent ses muscles tirés, étirés, cerclés de bandages. Il sent l'odeur d'antiseptique et celle, plus importante, du café bon marché. Il s'entend respirer, quelqu'un d'autre aussi.
La vue vient en dernier.
Et les derniers seront les premiers.
Premier surpris d'ouvrir les yeux, il les referme avant que l'inspectrice n'exprime la sienne et n'aille éteindre la lumière. Dernier à les rouvrir, les premiers mots de sa partenaire sont bien les derniers qu'il s'attendait à entendre.
— Bien dormi ?
Il lâche une exclamation, grogne d'inconfort ensuite.
— C'est… c'est tout ce que vous avez en réserve, I-Inspectrice ?
— Ne me tentez pas, l'avertit-t-elle en se rasseyant à son chevet, gobelet de café fumant récupéré de la commode à côté de son oreiller.
Il sourit.
— C'est dans ma nature.
Elle fait de même.
— À ce qu'on dit, oui.
— Que faites-vous là, il-
Il regarde par la fenêtre, sent son épaule tester son immortalité partielle le temps de noter la nuit tombée dehors. Ses yeux, déjà mi-clos, repartent vers les siens ; cernés, fatigués. Embaumés de café infect.
— Il est tard, finit-il.
Elle hoche la tête, hausse les épaules peu après.
— C'est ce que ferait Booth.
Elle pince les lèvres pour ne pas rire, les yeux brillants. Il tousse, à défaut de pouvoir rire sans arracher les fils de son épaule.
— En f't… il me serm'r'ur… m'comp'tment…
Ses sens à rebours, il a déjà les yeux fermés lorsqu'il entend les derniers mots de 'Booth'. Juste avant de sentir son parfum, puis ses cheveux avant ses lèvres au coin des siennes.
— La nuit est encore jeune.
Eh bien… Bones ne serait pas d'accord.
Mais c'est dans sa nature.
FIN
NA :
Merci d'avoir lu. N'hésitez pas à laisser une petite review et/ou mettre en fav, bien sûr - ça fait toujours plaisir :33
Concernant 'I will not say goodbye' - ça avance, pas aussi rapidement que je le voudrais (parce que je bloque toutes les cinq phrases et que je dois réécrire trois fois des chapitres entiers et des grosses portions de ceux-ci, nondid—!)
(...)
(...)
Ça avance XDDD On va retenir cette notion positive. Déjà occupée avec le chapitre 16 ! L'attente vaudra le coup promis !
