Bonjour, Bonsoir. Le 17 arrive plutôt, c'est un cadeau de ma part, car je peux aisément imaginer vos réactions… Éclatez-vous et bonne lecture !
Chapitre 17 : Déclaration
Cela faisait trois semaines que les membres de Zendor se trouvaient à Edolas. Ils ne leur restaient qu'une petite semaine pour profiter de l'air reposant du pays, mais surtout de la compagnie du Roi. Meredy en était là de ses réflexions. Elle n'arrivait plus à penser correctement, et ce depuis un an maintenant. Les choses s'étaient peu à peu amplifiées à l'instant même où elle avait mis, pour la première fois, les pieds à Edolas. Et savoir qu'elle s'en irait dans une semaine lui serrait le cœur. Meredy voulait se comprendre, mais aussi comprendre pourquoi tout dans son monde avait changé. La comtesse le savait, une seule et unique personne pouvait répondre à ses nombreuses interrogations. Et elle était bien décidée à s'adresser à elle.
*…*
Jellal se réveilla tard ce matin-là. Il n'avait pas beaucoup dormi, mais devait, tout de même, continuer de tenir compagnie à ses invités. Ainsi que préparer la venue du Duc Bastia et celle de ceux qui l'accompagnaient. Il remercia par la pensée Grey et Erza qui lui avaient proposé de s'occuper de la plupart des modalités concernant leur venue. Soupirant déjà en pensant à la journée qui l'attendait, le Roi se leva péniblement et se prépara pour le petit déjeuner. C'était son moment préféré, car il était uniquement avec ses amis et pouvait discuter et se comporter comme il le voulait. Et le Roi se rendit compte qu'il en avait un besoin vital.
Il sortit de sa chambre pour se diriger vers la salle de repas. Il traversa le couloir et salua ceux qu'il croisait, mais remarqua que beaucoup le dévisageaient étrangement. Il ne s'en formalisa pas longtemps et entra dans la salle où seul Grey manquait. Il se prit un verre et alla s'asseoir entre Sugar Boy et Juvia, puis se servit du jus d'orange. Il releva la tête furtivement et remarqua qu'ils évitaient tous le regard du Roi. Sauf Erza qui semblait l'accuser d'une chose qui lui échappait totalement.
-Qu'est ce qui se passe exactement ? Finit par demander le souverain.
Hughes se racla la gorge et répondit : -Une rumeur.
Jellal soupira et rétorqua : -Et qu'est-ce que Grey a raconté cette fois ?
-Que la comtesse Meredy était dans votre chambre hier soir, lança avec un naturelle effrayant, Erza.
Jellal faillit recracher son jus et toussa un petit moment. Il se tourna vers Juvia, la voyant comme son unique alliée en cet instant et demanda, paniqué :
-Comment il l'a appris ?
Ce fut au tour de Cobra de s'étouffer : -Quoi !? Parce que c'est vraiment arrivé !?
Le Roi se racla la gorge et répondit : -Ce n'est pas le sujet ici. Alors, comment Grey le sait ?
-Il l'aurait vu entrer, mais pas ressortir. Il nous a dit qu'il était resté jusqu'à tard dans la nuit, puis était allé se coucher en ne la voyant pas sortir. C'est pourquoi il n'est pas là, il dort, expliqua Juvia.
Jellal n'en croyait pas ses oreilles et la panique montait de plus en plus en lui.
-Majesté, je ne sais pas comment vous allez vous en sortir. Vous n'avez vraiment pas été discret sur ce coup-là. Sugar Boy avait mis une main sur l'épaule de Jellal.
Celui-ci se défit de l'accolade de son commandant et déclara :
-Mais il ne s'est absolument rien passé !
-Bah voyons. Et qu'est-ce que vous avez fait toute la nuit alors ? Jouer aux cartes ? Cobra était sarcastique et ce fait fit sourire Erza.
-Parfaitement ! Jellal était très sérieux et les autres le dévisagèrent. Il poursuivit sur le même ton : La comtesse et moi avons joué aux cartes toute la nuit.
Les commandants et seconds ne savaient pas quelles attitudes arborer. Les femmes se disaient que, connaissant leur Roi, s'était fort probable que cela soit la vérité. Même si elles sentaient que quelque chose d'autre se jouait là-dedans. Quant aux hommes, ils ne voulaient pas admettre que le Roi ait simplement joué aux cartes avec la comtesse, alors que celle-ci s'était rendue dans sa chambre. Et c'est dans un soupir lassé qu'ils quittèrent la table, laissant le souverain seul. Celui-ci se plongea dans ses souvenirs de la veille, lorsqu'une personne en particulier toqua à sa porte.
Flashback
-Entre Grey ! Cria le souverain nullement surpris que son conseiller se montre à cette heure. Mais lorsqu'il se tourna, ce n'est pas Grey qu'il vit, mais la comtesse Meredy très, très mal à l'aise.
-Bonsoir Majesté, commença timidement Meredy.
-Com… Comtesse ? Que faites-vous ici ? Il commence à se faire tard. Jellal faisait de son mieux pour paraitre naturel.
-Je suis vraiment désolé de m'imposer de la sorte. Encore plus en ce lieu. Je… Je ne sais pas du tout ce qu'il m'a pris. La comtesse n'osait même pas regarder Jellal dans les yeux. Elle avait extrêmement honte.
Jellal vit sa gêne et fit de son mieux pour la rassurer : -Ne vous en faites pas. Mais outre ce fait, j'espère que personne ne vous a vu entrer ici. Cela m'embêterait grandement que des dires indiscrets, vous concernant, circulent dans le château.
Meredy osa enfin lever les yeux vers le souverain qui souriait chaleureusement. Et alors, plus aucun doute n'étreignit la comtesse qui parla avec une détermination nouvelle :
-Je viens à peine de me rendre compte du pourquoi de ma venue.
-Je vous en prie comtesse, je vous écoute.
Les deux étaient debout au centre de la pièce. Ils se faisaient face dans un silence reposant. Puis, sans détour, avec un ton doux et une expression d'admiration, la comtesse Meredy déclara :
-Majesté, je crois que je vous aime. Un silence plus pesant s'installa où Jellal prenait conscience de ce qui se jouait. Mais la comtesse n'avait pas fini et fut bien décidée à lui avouer la totalité de ses sentiments : Vous m'avez troublé dès l'instant où je vous ai vu. Et lorsque vous m'avez souri, j'ai cru défaillir. Mais ce qui m'a véritablement convaincu, que votre personne était devenue précieuse à mes yeux, ce fut votre discours lors de la réunion des Seigneurs. Vous êtes d'une droiture admirable et d'une bonté sans imperfection et j'en suis devenue addicte. Mon Seigneur, mon départ est prévu dans une semaine, et le simple fait d'y penser m'achève un peu plus chaque jour. Je ne peux espérer un retour équivalent de votre part. Mais vous avez tout de même un pouvoir, celui de me faire rester. Si jamais c'est ce que vous souhaitez, je m'y plierai sans une once d'hésitation.
Meredy avait repris son souffle et s'efforçait de contenir ses larmes. De son côté, Jellal était désarçonné. Il ne savait comment réagir et encore moins quoi lui dire. Le souverain ignorait qui devait faire face à la comtesse. Le Roi ? L'homme ? Jellal inspira lentement, puis expira tout aussi lentement. Il déclara en ayant choisi l'entre deux :
-Je suis flatté madame, mais encore plus admirateur de votre personne qui a eu le courage de confesser un sentiment aussi intime que le vôtre. J'aimerai pouvoir vous répondre avec autant d'honnêteté, mais malheureusement, l'homme et le souverain qui sont en moi se combattent continuellement. Je vous propose alors une chose. Profitons du temps qui nous incombe ensemble, ne pensons qu'à ces moments et non à votre départ. Cependant, soyez-en sur, lorsque je vous donnerais une réponse, ce sera uniquement l'homme qui parlera.
Meredy n'avait pu retenir ses larmes plus longtemps. Et c'est dans un hochement de tête, qu'elle acquiesça les dires du Roi.
Jellal s'empara d'un mouchoir en tissu et le lui tendit. Il lui laissa quelque instant dans sa salle de bain, pour qu'elle puisse se reprendre. Pendant ce temps, il ouvrit le tiroir de son bureau et en sortit un paquet de cartes. Le souverain s'installa sur le sol et distribua le même nombre de cartes pour lui et la comtesse. Celle-ci sortit enfin de la salle d'eau et sourit en voyant le Roi rangé, dans l'ordre, ses cartes. Elle prit place à son tour sur le sol et les deux se mirent à jouer une très bonne partie de la nuit, sans ajouter un mot.
*…*
Jellal restait régulièrement songeur depuis ce fameux soir. Il n'avait parlé à personne de la confession de la comtesse et avait laissé Grey s'imaginer ce qu'il voulait. Mais une chose n'avait pas quitté le Roi depuis : la panique. La comtesse attendait une réponse, il le savait. Mais impossible pour lui de mettre de l'ordre dans ses sentiments. Comme si un mur imposant ne lui permettait pas de définir ses sentiments la concernant. Elle partait dans cinq jours, et plus encore, le Duc, son fils et le second de l'armée de Déliora, allaient venir au château. Le souverain avait été contraint d'organiser un bal pour leur venue. Cet évènement fut surtout organisé pour le Seigneur Darick qui n'avait jamais assisté à un bal organisé par le Roi d'Edolas. Il faisait alors une pierre deux coups.
Jellal ne voulait pas l'admettre, mais le Marquis Bastia l'interloquait. Il avait un mauvais pressentiment le concernant. C'est pourquoi, il avait demandé à Coco de se renseigner sur lui.
Le souverain était dans son bureau en compagnie de Grey. Lorsque Coco entra dans le bureau, elle se dirigea directement en face du Roi et lui tendit un parchemin. Celui-ci le prit et le lut d'abord en silence.
-Leon Bastia. Marquis de la terre de Déliora. Unique fils et héritier du Duc Bastia. Une popularité sans équivoque. Droit, gentil, soucieux. Pas mal du tout pour le fils d'un homme pareil, récapitula Jellal.
-Vous voyez mon Seigneur, ne le jugez pas pour son nom. Surtout si vous ne le souhaitez pas vous-même. Coco parlait toujours franchement ce qui faisait sourire très régulièrement le Roi et son conseiller.
-Ne t'en fait pas Coco. Ce n'est pas son nom qui m'inquiète. En vérité je n'ai rien de bien particulier contre ce gentleman. Mais ce pressentiment constant se porte plutôt sur ce qu'il pourrait représenter.
Jellal n'ajouta rien d'autre. Même s'il savait que ses dires n'étaient pas clairs et qu'ils avaient certainement perdu Grey et Coco. Fait complètement compréhensible, car lui-même ne savait pas ce que cela voulait dire.
*…*
Erza arpentait dès le début de la soirée, la salle de bal. Elle avait fait de son mieux pour arriver le plus tôt possible. Ainsi, personne ne pourrait lui dire qu'elle était restée trop peu à un bal organisé par son Roi. La commandante ne voulait pas trop s'attarder ici. Depuis que le Duc était entré dans la vie du Château, Erza faisait de son mieux pour assurer les arrières de Jellal. Mais il était impossible, même pour elle, d'assurer les arrières de qui que ce soit dans un bal. La rousse s'était tout de même rendue à la soirée, car selon Juvia – qui avait reçu plusieurs lettres de Mest – le Marquis s'y rendrait aussi. Elle voulait donc vérifier si Leon Bastia serait, lui aussi, un adversaire à abattre.
Elle rejoignit Juvia qui semblait, elle aussi, vouloir s'en aller.
-Tiens, c'est étrange, où est Grey ?
-Il m'a dit que lui et Jellal avaient encore beaucoup de travail. Et vu que le Roi doit se trouver ici ce soir, Grey lui a proposé de s'en occuper tout seul, expliqua la seconde.
-Comme quoi, il sait faire autre chose que rire et répandre des rumeurs, sourit la commandante.
-Et être jaloux. Je ne te raconte pas le scandale qu'il m'a fait lorsqu'il a appris que Mest venait à Edolas. Mais bon, je n'arrive jamais à lui en vouloir longtemps. Rien que tout à l'heure, avant que je ne vienne ici, il m'a souhaité bonne chance pour l'accueil du Marquis. Je ne le comprendrai jamais, sur le coup il se met dans des états pas possibles et après il m'encourage.
-Je crois plutôt qu'il fait tout ce qu'il peut pour être avec toi. T'énerver est la meilleure manière pour lui d'attirer ton attention. Même si je pense qu'il ne s'adaptera jamais à Mest. Le pauvre second va en voir des vertes et des pas mures avec notre conseiller.
Juvia et Erza sourirent ensembles, mais leur attention fut détournée par les murmures qui s'étaient répandus dans la pièce. Les deux femmes tournèrent la tête vers le haut de l'escalier qui surplombait la salle, et virent deux hommes descendre les marches. Juvia sourit de toutes ses dents et tira Erza vers eux. Mest la vit rapidement et indiqua à son compagnon la venue de la seconde.
-Mest ! Ice ! Je suis tellement heureuse de vous revoir !
-Et nous donc ! Je ne supportais plus d'être loin de toi ma chère Juvia. Mest avait pris un air et un ton théâtrale.
Le second de l'armée de Déliora fut interrompu par l'homme se trouvant à ses côtés :
-Je suis tout aussi heureux Juvia. Mais dis-moi donc, qui est cette magnifique jeune femme qui se trouve à tes côtés ?
Erza avait minutieusement analysé les deux hommes venus de Déliora. Mest était un homme charmant qui ne semblait pas trop se préoccuper des apparences. Sa cravate était mal attachée et ses cheveux pas du tout coiffés. Pourtant le second ne dégageait aucun sentiment de supériorité et sa tenue sauvage n'était en rien négligée. Erza comprenait aisément pourquoi Juvia appréciait la compagnie de Mest. C'était un homme simple à l'attitude avenante qui considérait les autres au même titre.
La commandante eut plus de mal à déchiffrer l'ami de Mest. Selon Juvia, Ice était le commandant de l'armée de Déliora. La seconde le trouvait très sympathique et pour le peu de temps qu'elle avait passé avec lui, elle n'avait que des pensées positives le concernant. Erza remarqua qu'Ice portait un costume trois pièces impeccable. Et même si son attitude carrée laissait deviner la place qu'il occupait, le commandant Ice se mariait parfaitement avec l'ambiance détendue de la soirée. Il dégageait une aura douce et à la fois énigmatique. Erza le sentait, Ice n'était pas n'importe qui et sa personnalité devait être forte intéressante.
-Ice, je te présente Erza Knightwalker, la commandante de la seconde division des armées, présenta Juvia.
Le commandant s'attarda sur les contours du visage de la rousse. Il semblait piégé dans une admiration contrôlée des traits presque parfait d'Erza. Et celle-ci fut certaine que l'homme l'avait analysé comme elle l'avait fait un peu plus tôt. Il parla de sa voix rauque et douce sans lever les yeux de ceux d'Erza :
-Commandante Knightwalker, je me nomme Leon Bastia et je suis le Marquis de Déliora, ainsi que le commandant de son armée. Mais mes amis m'appellent Ice, c'est pourquoi je voudrais que vous me nommiez ainsi. Leon avait ponctué sa présentation d'un baisé rapide sur la main de son interlocutrice.
Après l'annonce du Marquis, Juvia perdit son sourire et fit déboussoler :
-Attend, attend, c'est toi le Marquis Bastia !?
-Je suis désolé Juvia, mais j'ai demandé à Mest de te cacher mon identité complète. Ne lui en veux pas trop, sourit, désolé, Leon.
-Mais pourquoi ? Tu restes la même personne, fronça les sourcils la seconde.
-Je n'ai pas pu résister. Lorsque j'ai su qu'un membre d'Edolas allait venir nous voir, j'ai eu envie que quelqu'un me connaisse simplement par mon poste de commandant. Être Marquis donne une impression de condescendance qui m'a malheureusement fait défaut à la naissance. Mon pauvre père a hérité d'un fils qui ne supporte pas la hiérarchie et encore moins la sous-estimation d'autrui. Quelle déception je suis.
Le ton ironique fit rire Juvia et Mest. Mais ce discours cachait une part de vérité camouflé par la nonchalance du Marquis. Ce fait plu à Erza, et elle rétorqua alors :
-Et bien mon Seigneur, vous allez vous plaire à Edolas. Car la même manie étreint notre pays, avec un souverain incapable d'imposer un fait aussi simple que la dictature.
Ce fut au tour du Marquis de rire et qui enchaina rapidement :
-Et bien madame, vous m'avez donné encore plus envie de rencontrer notre souverain. Et je crois bien que vous avez raison, je vais me plaire à Edolas, car sa commandante allie répartie et sarcasme si bien qu'elle me désarçonne.
Les deux se fixèrent en souriant sans remarquer les airs satisfaits de Juvia et de Mest. Les deux seconds avaient discuté régulièrement sur la possible entente entre leurs commandants respectifs. Et ils ne purent s'empêcher de penser que la réalité dépassait largement leurs attentes.
Ils discutèrent ensemble un moment avant que le Roi n'arrive. Erza se disait que Leon Bastia était aux antipodes de son père. Il était simple et doux. Aimait la tranquillité du soir et partager des entraînements intensifs avec ses hommes. Le Marquis était aussi affublé d'une répartie presque à la hauteur de Grey et d'un sens de l'humour équivalent à celui de la rousse. Mais surtout, il ne faisait jamais référence à son statut de Marquis. Il semblait vouloir être reconnu pour sa capacité à diriger ses hommes et à défendre sa patrie. Et Erza l'admirait pour cela.
L'un des domestiques annonça enfin l'arrivé du Roi en compagnie de la comtesse Meredy. Juvia avait raconté rapidement aux deux nouveaux venus que le Seigneur de Zendor se trouvait aussi à Edolas et que sa fille l'avait accompagné.
Les deux finirent par se montrer, et après être arrivés ensemble par les doubles portes, ils se séparèrent, prenant chacun un escalier. Lors de cette descente, Erza entendit Mest murmurer à l'oreille du Marquis et ce qu'il lui dit semblait le bouleverser. La rousse comprit vite, qu'elle fut la seule à l'avoir remarqué et lui demanda discrètement :
-Tout va bien ?
Leon se tourna vers elle et reprit son air naturel en un claquement de doigt. Il lui sourit ensuite et répondit :
-Hélas, non. Notre cher Roi à tout pour lui et cela me désole. Moi qui pensais être plus beau, me voilà forcé à battre en retraite.
La blague le fit rire lui-même et fit sourire Erza. Dans une autre situation elle aurait rejoint le Marquis dans son hilarité. Mais pas maintenant. Pas alors qu'il avait affreusement raison. Le Roi était incroyablement beau. Et même si le commandant de Déliora n'avait rien à lui envier, Jellal gardait toujours ce petit plus qui la frustrait au plus haut point.
Lorsque le souverain et la comtesse finirent de saluer les quelques nobles qui les avaient intercepté. Erza s'approcha d'eux, suivit de la petite troupe.
-Majesté, comtesse, je vous présente le Marquis Leon Bastia, commandant des armées de Déliora. Ainsi que son second, Mest.
Jellal souriait chaleureusement, alors que Leon affichait un simple sourire. Le souverain s'adressa à lui :
-Marquis, c'est pour moi un honneur de vous rencontrer.
-Moi de même Majesté. Votre commandante n'a pas tari d'éloges vous concernant, j'en serai presque jaloux.
Leon serra la main que Jellal lui tendit. Mais les rôles s'inversèrent et alors que le Marquis souriait chaleureusement, le Roi se contenta d'un petit sourire.
Les deux hommes parlèrent un petit moment, car Mest et Juvia allèrent danser. Meredy était restée avec son père juste après qu'elle l'ait présenté à Leon et à son second. Erza était restée avec elle et avait alors laissé le commandant et le Roi ensemble.
Jellal était très surpris, le Marquis avait de très grandes qualités qu'il camouflait maladroitement derrière une modestie sincère. Jamais il ne se serait douté qu'un homme pareil soit le fils de son plus grand ennemi. Et à la fin de leur conversation, Jellal se rendit compte qu'il n'avait pas pensé un seul instant au Duc qui occupait généralement son esprit à chaque instant.
Leur conversation aurait pu continuer plus longtemps si le Seigneur Darick accompagné des deux femmes, n'était pas venu s'adresser au Roi. Et voyant que l'attention de celui-ci serait braquée vers le Seigneur, Leon décida d'inviter Erza à danser. La jeune femme ne mit pas longtemps à accepter et tous deux se dirigèrent vers la piste, rejoignant ainsi leurs seconds.
Jellal n'avait pu danser qu'une fois et ce fut avec la comtesse. Il regrettait ce fait, lui qui aimait tant danser avec sa commandante. Et un mélange étrange de sentiments se fit en lui, lorsqu'il remarqua que la jeune femme avait passé toute la soirée – jusqu'à l'annonce même de la fin du bal par les domestiques – en compagnie du Marquis.
*…*
Erza se trouvait sur l'un des terrains d'entraînements extérieurs. Elle combattait un ennemi invisible en bougeant sa lance avec une agilité et une dextérité maitrisée. Il faisait affreusement chaud cet après-midi, c'est pourquoi la rousse s'était vêtue légèrement. Elle n'était pas ce qui avait de plus pudique et aimait avoir une liberté de mouvement lorsqu'elle combattait. Son entraînement en solitaire fut interrompu par la présence du Marquis Bastia.
-Commandante, bonjour.
-Marquis.
Les deux se jaugèrent, mais l'homme ne put résister longtemps et la détailla de haut en bas avec difficulté.
-Eh bien, moi qui croyais que vous ne pouviez pas me faire plus d'effet que dans votre robe de bal, je viens de me prendre une raclée monumentale.
-J'apprécie les gens honnêtes, mais nullement ceux qui ne savent pas se tenir. Erza était, malgré elle, amusée par la situation et par l'air du commandant.
-Vous m'en voyez désolé si jamais je vous ai offensé. Mais je ne peux résister d'avouer mon admiration à la personne à qui elle est destinée.
-Eh bien je crois qu'il ne reste qu'une manière pour vous de vous faire pardonner.
Leon fronça les sourcils d'incompréhension, alors la commandante pointa de la tête les armes entreposées près des piliers entourant le terrain d'entraînement. Le Marquis se mit à sourire et commença à défaire les boutons de sa chemise. Lorsqu'il fut en débardeur et après avoir retroussé le bas de son pantalon, il se dirigea vers la première lance qu'il trouva. Il se mit face à Erza en garde, et les deux s'élancèrent en même temps.
Erza fut surprise dès les premières secondes. Le commandant faisait preuve d'une technique précise et elle dû vraiment faire attention pour esquiver les attaques de l'homme. Erza se frappa mentalement pour l'avoir sous-estimé, et se reprit rapidement en lui démontrant ses capacités techniques largement supérieurs aux siennes. Les coups de lances s'enchainèrent et bientôt Erza finit par désarmer le commandant. Nullement troublé par cette attaque, Leon fit un salto arrière et récupéra l'une des épées entreposées. En deux enjambés, la rousse atteignit Leon et ne lui laissa aucune possibilité pour riposter. Elle le désarma une seconde fois, mais l'homme ayant prévu le coup, sortit un poignard de son dos. Erza esquiva, en reculant, le premier coup de poignard, puis repoussa, avec son arme, le couteau lancé. Mais trop tard, Leon s'était emparé de l'arc et d'une flèche, et sans hésitation décocha. La lance de la rousse fut projetée sur le sol et Erza sourit en remarquant la précision à laquelle le Marquis avait fait preuve. Les adversaires se dévisagèrent et en se mettant d'accord silencieusement, Leon déposa l'arc sur le sol et les deux se mirent en garde, débutant un combat à main nu. Entre attaques et esquives, les commandants trouvèrent en l'un est l'autre un adversaire de taille. Et dans un dernier mouvement, alors que le soleil tapait sur leurs muscles endoloris, ils trouvèrent, chacun, une des armes désarmées un peu plus tôt et s'en emparèrent. Erza donna trois coups, ce qui fit reculer Leon jusqu'à l'un des piller. La rousse venait de gagner ce combat, avec son adversaire bloqué entre l'une des faces de l'épée qu'elle tenait et le pilier en pierre. Les deux étaient à quelques centimètres l'un de l'autre, transpirant et essoufflés, mais avec une affreuse envie de dépasser une limite qu'ils n'avaient jamais franchi par le passé.
Erza sortit de sa transe et se redressa, laissant le Marquis se dégager et reprendre lui aussi ses esprits. Elle l'entendit se racler la gorge et dire :
-Madame, lorsque je vous ai rencontré j'avais déjà une petite idée sur vos capacités en combat. Mais il se pourrait que vous m'ayez encore plus surpris.
-J'allais vous dire exactement la même chose. Pour être tout à fait honnête avec vous, vous êtes aux antipodes de ce que j'imaginais, avoua Erza.
-J'ai cru le comprendre en effet. Mais je suis assez curieux, qu'elle en est la raison ? Leon avait remis sa chemise et ramassé les armes tombées pendant le combat.
-J'ai eu l'honneur de rencontrer le Duc Bastia, il y a quelques mois. Et il est clair que je n'apprécie pas trop votre père.
Leon se mit à rire et rétorqua : -Cela ne m'étonne pas, vous n'êtes pas beaucoup à l'apprécier.
-Ce n'est pas votre cas ? Cette question était stupide, Erza le savait bien.
-Je vous en prie commandante, ne dites pas de telles choses. Selon mes sources, les commères d'Edolas excellent dans leur domaine.
Les deux commandants se mirent à rire avec insouciance, sans savoir qu'une personne avait été spectatrice, dès l'arrivée du Marquis sur le terrain d'entraînement. Jellal était resté figé tout du long. La complicité que les deux échangeaient le surpris au plus haut point. Mais surtout, cet instant de latence, où personne n'aurait su dire s'ils allaient franchir le pas et échanger un baisé, avait désarçonné le souverain comme jamais auparavant. Jellal se rendit compte, malgré le flux de sentiments qui le traversait, que la jalousie primait sur tout le reste.
*…*
L'après-midi avait fait place au soir, et Jellal ne pensait plus qu'à la relation étrange que le Marquis et sa commandante partageaient. Et même s'il était arrivé depuis trois jours maintenant, le commandant de Déliora semblait s'être fait accepter par la plupart des gens qui l'entouraient. Jellal était perdu, réfléchir lui donnait des migraines abominables et mettre de l'ordre dans ce qu'il ressentait lui provoquait une douleur aigue dans la poitrine. Mais ses états d'âme disparurent dès l'instant où il lut, sur un bout de parchemin, le mot « Zendor ». Il trouva alors sa seule consolation et se leva en toute hâte. Il traversa la première partie des jardins puis atteignit celui qui contenait la plus grande fontaine du royaume. Il retrouva, sans surprise la comtesse, assise sur le monument, la main plongée dans l'eau et affichant une expression de réflexion.
-Meredy.
Son interpellation avertit la comtesse qui se leva brusquement.
-Majesté, je… Je ne vous attendais pas.
-Je suis désolé, mais je crois que nos situations sont inversées.
-Je… Je ne comprends pas. Vous…
-Meredy, restez. Restez à Edolas. Et Jellal n'avait pas menti, c'était bien l'homme qui lui avait répondu.
