Bonjour, Bonsoir. Comment allez-vous chers lecteurs ? J'ai pour ma part une forme olympique. Vous savez pourquoi ? Non ? Ha, ha… Éclatez-vous et bonne lecture !

Chapitre 19 : Prendre conscience

La rumeur s'était répandue comme un feu de forêt. Et de cette rumeur d'autres rumeurs étaient nées. Selon les soldats, Erza et Jellal, qui entretenaient une relation passionnelle depuis la montée au trône de Jellal, se cognaient à une difficulté de taille. Les deux auraient trouvé en Meredy et Leon des partenaires de vies adéquats. Mais leurs sentiments, l'un envers l'autre, n'auraient pas disparu du jour au lendemain. C'est pourquoi, le Roi et la commandante passaient le plus clair de leur temps à se disputer. Les domestiques de leur côté, pensaient que le Roi voulait se marier avec la comtesse Meredy et garder tout de même la commandante Knightwalker comme maitresse. Chacun avait sa version de l'histoire, et au grand malheur du souverain, Grey les confirmait toutes.

Celui-ci entra dans la salle du repas, rejoignant son ami à l'air excédé. Jellal en le voyant lui jeta tout ce qui lui passa sous la main. De la fourchette au morceau de pain.

-Voyons votre Majesté, il est grave de gaspiller ainsi la nourriture, commença Grey avec un grand sourire.

-Je ne gaspille rien, cette nourriture est la seule que tu mangeras avant un bon bout de temps.

Jellal laissa tout de même Grey s'asseoir en face de lui. Le conseiller demanda :

-Que fais-tu là ?

-Je rumine. Je n'en peux plus du bureau.

-Tu aurais dû rejoindre Meredy.

-Elle est sortie en ville, visiter un orphelina je crois.

Grey releva les sourcils : -Wow.

-Comme tu dis, sourit légèrement le souverain. Puis il lui demanda : Et où est Juvia ?

Grey soupira et répondit : -Avec cet idiot de Mest. Il m'énerve à lui tourner autour. Juvia mérite qu'un prince lui fasse la cour, pas un petit second de rien du tout.

-Tu parles de toi ?

-J'ai dit un prince Jellal, pas un abruti.

Les deux hommes étaient songeurs, mais le conseiller voulut rassurer son ami :

-Meredy ne va pas tarder à rentrer, alors arrête avec cet air maussade.

-Je sais qu'elle va bientôt rentrer. Ce n'est pas ça le problème.

-Tu veux parler d'Erza ?

-Je n'ai vraiment pas assuré avec elle. Et là, elle est partie en colère contre moi. Ça me fait bizarre de ne pas la voir du tout dans la journée. Et depuis son départ, je commence à bien le sentir.

Grey se mit à rire et tout en se moquant de lui, il dit :

-Mon pauvre Roi souffre de l'absence de sa commandante. Alors quoi ? Tu ne te sens pas en sécurité lorsqu'elle n'est pas là ?

-Oh ça va. Tu es pire lorsque tu ne vois pas Juvia durant deux heures, je te ferais dire !

-Je te l'accorde, mais ton argument n'est absolument pas valide. Jellal, moi je suis amoureux de Juvia. Elle me manque même lorsqu'elle est à côté de moi. Grey observa Jellal, qui semblait complètement perdu. Le conseiller fronça les sourcils en comprenant quelque chose. Il voulut alors changer de sujet : Tu devrais aller te changer et inviter Meredy pour une séance d'équitation. Je m'occupe de la masse de travaille qu'il nous reste.

Jellal acquiesça de la tête et se rendit dans ses appartements se préparer. Grey regarda son ami quitter la salle du repas en fronçant légèrement les sourcils.

*…*

Dès son retour, alors que son cheval venait à peine de s'arrêter devant le château, Erza se dirigea vers le bureau de Jellal. Elle ne toqua même pas et passa la porte sans expressions particulières. Jellal la remarqua tout de suite, et délaissa son travail pour lui faire face. Ils se fixèrent un moment sans rien dire, puis Erza finit par demander :

-Vous vous êtes repris ?

-Je m'excuse encore. Elle hocha de la tête et il demanda : Tu t'es calmée ?

-Je m'excuse aussi.

Un nouveau silence plana où Jellal la détailla, très heureux de la revoir. Il poursuivit :

-Comment était ton séjour ?

-Revigorant. Mais même si Déliora est magnifique, Edolas m'a manqué. Erza restait évasive et Jellal le remarqua.

-Et comment se porte le Marquis ? Cette question avait couté au souverain.

-Très bien, mais lui ne revient que demain. J'ai reçu la lettre de Juvia concernant le bal que vous organisez, il sera présent.

-Bien, c'est très bien.

Erza et Jellal se regardèrent, peinés. Ils s'étaient rendus compte qu'aujourd'hui, ils ne savaient plus quoi se dire. Alors que tant de mots voulaient traverser leurs bouches. Le Roi et la commandante s'étaient éloignés sans s'en être rendus compte, et ils savaient parfaitement que cela était dû aux choix qu'ils avaient fait.

Erza quitta le bureau peu de temps après, s'en même voir que Grey était là depuis le début.

-Arrête d'être triste. À cause de toi j'ai envie de trouver une corde et un tabouret, essaya de distraire Grey.

-Je crois que quelque chose s'est cassé entre nous. Et je suis terrifié d'imaginer que c'est irréparable. Jellal fixait toujours la porte.

-Je ne m'en fais pas pour vous. Jellal tourna la tête vers son conseiller, curieux. Celui-ci poursuivit alors : Je n'ai jamais compris ce qui vous liait tous les deux. Mais il existe des signes qui montrent que vous partagez quelque chose de spécial.

-Quels sont-ils ?

-Le plus récurrent c'est lorsque vous partagez des moments « privilégiés ». Avec les autres, on les appelle les moments blancs. Pour faire court. Il peut se passer n'importe quoi autour de vous, vous allez continuer votre discussion en cours. La dernière fois, vous parliez de je ne sais plus quoi, et j'étais derrière vous. On descendait des marches et après avoir trébuché, j'ai déboulé les escaliers en roulant. Vous avez continué votre route comme si de rien n'était, alors que je m'étais râpé tout le bras gauche. Le lendemain, je vous ai croisé tous les deux dans des intervalles de temps différents, et vous m'avez demandé ce que je m'étais fait au bras. Morale de l'histoire, moment blanc.

Jellal méditait les paroles de son conseiller. Et en cherchant dans sa mémoire, il se rendit compte qu'il avait en effet, des moments où seule la commandante comptait. Il ne voyait et n'entendait plus rien. Rien que maintenant, alors qu'Erza avait débarqué dans son bureau, il avait totalement oublié la présence de Grey, qui se trouvait pourtant dans son champ de vision.

Le Roi soupira longuement. Et pour la première fois depuis le début de son règne, il n'avait pas envie de se rendre au bal qu'il organisait.

*…*

Malgré les rumeurs qui circulaient, Erza décida d'arriver à la soirée en compagnie de Leon. Lui aussi se moquait bien de ses rumeurs, qui n'étaient jamais vraiment confirmées. Et il adorait que les domestiques s'arrachent les cheveux pour en savoir plus. Erza l'avait traité de sadique et il l'avait remercié poliment d'ainsi reconnaître ses qualités.

Dès leurs arrivés, ils avaient rejoint la piste de danse, suivis par Juvia et Grey. En effet, celui-ci avait devancé Mest et avait demandé à la jeune femme de lui accorder une danse, alors que celle-ci entrait à peine dans la salle.

Ils finirent par aller se prendre une boisson et débutèrent une conversation animée. Le Roi arriva enfin, toujours en compagnie de la comtesse Meredy. Les deux semblaient très complices et pour ceux qui ne les connaissaient pas personnellement, ils étaient sûr que le couple annoncerait prochainement leur mariage.

Mais au moment même où Meredy et Jellal allaient les rejoindre, Jellal fut intercepté par un noble. Il fit signe à la comtesse de rejoindre les autres et commença une discussion avec le noble en question. Peu de temps après, Jellal appela au loin Erza, Grey et Juvia. Il semblait avoir besoin d'eux.

Il ne restait que Leon, Mest et Meredy. Mais le second les laissa seuls lorsqu'il vit une connaissance d'Edolas près de l'escalier. La comtesse regarda Mest s'en aller puis porta son attention vers Leon. Celui-ci avait le regard braqué sur le groupe de Jellal et cela fit sourire la comtesse.

-Je remarque sans peine, que vous appréciez beaucoup la commandante Knightwalker, commença-t-elle.

Leon garda les yeux rivés vers la rousse et répondit simplement :

-En effet.

-Et que vous n'êtes pas très loquace en présence de personnes que vous ne connaissez pas. Meredy avait pris un ton taquin.

Leon tourna lentement sa tête vers la comtesse et avec un petit sourire dit :

-Veuillez me pardonner pour mon impolitesse. Mais je suis un homme qui aime observer les choses qu'il admire.

-Cela voudrait dire que je ne suis pas un sujet assez intéressant pour être admirée ?

Cette question fit perdre toute l'assurance que le Marquis avait et il balbutia en essayant de se rattraper :

-Non… Non, ce n'est pas cela… Je ne voulais pas…

Leon s'arrêta en entendant le rire cristallin de la comtesse. Elle avait mis ses doigts devant sa bouche pour amoindrir le son de son rire. Mais Leon l'entendit clairement et il se mit à rire à son tour.

-Je ne savais pas qu'il était si facile de déstabiliser le Marquis de Déliora, se moqua Meredy.

-Vous m'avez eu comtesse, aussi difficile soit-il de l'avouer. Vous êtes… Vous êtes différente de ce que j'essayais de m'imaginer.

-Essayais ?

-Je voulais dire qu'il est courant pour les femmes de la cour de n'avoir aucune personnalité qui la distinguerait autrement que par sa beauté.

-Alors si je comprends bien, ma beauté n'est pas assez distinguable ?

-Vous ne m'aurez pas une seconde fois comtesse.

Les deux se mirent à rire et après s'être calmés, Meredy demanda :

-À la tête que fait le Roi, je pense qu'ils en auront pour un moment. Voudriez-vous m'accompagner sur la terrasse ? J'ai besoin de prendre un peu l'air.

Leon réfléchissait à quoi faire. Il tourna la tête vers Erza qui écoutait attentivement le Roi parler, puis retourna son attention vers la comtesse. Il lui sourit et lui montra, de la main, le chemin vers la terrasse.

-Il fait frais, nous ne devrions pas trop rester à l'extérieur, prévint le commandant de Déliora lorsqu'ils furent sur la terrasse.

-Je vous en prie Marquis, n'avez-vous jamais appris à vous amuser ?

Celui-ci s'appuya sur la rambarde en pierre et déclara :

-Hélas, je n'en ai jamais vraiment eu l'occasion. Mon éducation a été impeccable. Mais malheureusement, trop impeccable pour un enfant. Mon père est un homme qui sait ce qu'il veut et a très tôt su ce qu'il voulait pour moi.

-Vous le regrettez ?

-Je ne sais pas. S'en vous mentir, je suis plutôt fier de l'homme que je suis. Et mon père a amplement contribué à mon parcours.

-Et de quoi êtes-vous fier exactement ? De votre rang ? De votre poste de commandant ?

-Non, plutôt de ma capacité à vouloir faire exactement le contraire de ce que mon père veut.

Cette remarque fit rire les deux nobles qui frissonnèrent lorsqu'une brise se leva. Le Marquis enleva sa veste et la mit sur les épaules de la jeune femme.

-Merci, fit Meredy avec un sourire.

-Puis-je vous posez une question indiscrète ?

-Bien sûr.

-Pour quelles raisons êtes-vous restée à Edolas ?

Meredy, qui observait l'horizon, mit un moment avant de répondre au Marquis. Elle cherchait les bons mots pour exprimer avec sincérité sa réponse.

-Je suis moi-même, toujours en train de le découvrir. Je me suis attachée à Edolas, comme jamais avant je ne m'étais attachée à une terre. Cela pourrait paraitre incongrue, mais je crois que j'aime autant Edolas que Zendor. Je m'y sens rattachée, comme si j'y était née. C'est en tout cas la première raison.

-Et quelle est la seconde ?

Meredy finit par retourner la tête vers le Marquis et avec un sourire lui répondit :

-Reposez-moi la question un autre jour. Je suis sûr que j'en aurai la réponse.

Leon sembla déçu mais accepta tout de même sa réponse. Les deux finirent par rentrer et passèrent de très bons moments avec les autres, durant le reste de la soirée.

*…*

Depuis l'annonce officielle de ce matin, le royaume s'était plongé dans un silence de mort. Personne n'osait sortir de chez lui, plongé dans un deuil respectueux. Au château, l'ambiance était encore plus maussade que dans les rues de la capitale. Les nobles avaient été conviés à rester dans leurs appartements, et il ne restait plus que les soldats de la garde royale qui faisaient des rondes dans les couloirs.

La veille, Jellal avait reçu une lettre d'urgence. Il avait chargé White, l'un des soldats de sa division, de surveiller de loin, son père en exil. Le soldat envoyait régulièrement des rapports sur les lieux où se trouvait Faust. Jellal avait ainsi un œil sur les agissements de son père. Et même si celui-ci s'était éloigné du mauvais chemin, le Roi actuel se disait qu'il valait mieux prévenir que guérir. Mais la lettre reçue ce soir-là, était un peu différente de ce qu'il avait l'habitude de recevoir. White avait annoncé maladroitement - dans une tentative d'épargner son souverain – la mort de Faust.

Jellal avait relu au moins 50 fois la lettre. Il n'avait eu aucune réaction durant ses nombreuses lectures. Et avait annoncé que son père était mort à Grey, avec un détachement qui fit frissonner le conseiller. Celui-ci décida de prendre en main la situation. Il envoya Jellal dans sa chambre pour qu'il se repose et avait prévenu tout le monde de la nouvelle. Zeref et Juvia s'étaient arrangés pour prévenir le peuple, alors qu'Erza, Hughes et Sugar Boy s'occupaient de gérer les nobles du château.

Personne n'avait vu le Roi depuis cette annonce, à part Grey, car Jellal ne voulait voir personne d'autre. Il n'avait pas pleuré, et n'avait pas eu mal non plus. Grey trouvait que son ami était absent, qu'il était dans un état second, complètement détaché de la réalité. Et le conseiller le comprenait très bien. Jellal n'avait jamais eu de relation proche avec son père, même avant son départ d'Edolas pour Earthland. Et sa disparition n'avait fait qu'élargir le fossé qu'il y avait déjà entre eux. Grey voyait bien, pourtant, que le Roi était affecté, celui-ci ne savait simplement pas comment l'exprimer.

Jellal était assis sur son lit, le regard dans le vide. Il portait le vêtement le plus simple qu'il possédait et son allure n'était pas vraiment digne d'un souverain. Il fut distrait lorsqu'il entendit des coups à sa porte. Il fronça les sourcils en entendant toquer trois fois à intervalle de trois secondes entre chaque coup. Jellal reconnut le signal qu'il avait instauré avec les membres de sa division. Il invita alors la personne à entrer.

Deux personnes entrèrent au lieu d'une. Elles portaient toutes les deux des capes et des capuches qui camouflaient leurs visages. Et même s'il ne reconnut pas la personne de petite taille, il comprit vite qui se trouvait sous la première capuche.

-Lady, qu'est-ce qui t'amènes ?

Son interlocutrice se prosterna devant lui, suivit par la personne qui l'accompagnait.

-Majesté, je vous présente mes condoléances les plus sincères.

-Relève toi, je t'en prie. N'use pas de ce genre de convenance, même Shadow y a renoncé.

Lady se releva et fixa tristement son souverain. Et même si Jellal ne voyait que les yeux de son soldat, il vit toute la compassion qu'elle avait pour lui. C'est pourquoi il lui sourit pour la rassurer. Elle présenta alors :

-White m'a demandé de vous amener cet homme. Selon lui, il aurait des informations qui vous seront utiles.

-Merci Lady, et remercie aussi White.

-Je le ferai. J'ai aussi un message d'Iron. Il m'a dit que son voyage se poursuivait sans accro, et qu'il en aura surement pour un moment encore.

Jellal acquiesça de la tête en la remerciant. Lady s'inclina légèrement ensuite, puis sortit de la chambre du Roi. Celui-ci reporta son attention sur la personne qui était restée. L'homme encapuchonné finit par retirer le morceau de tissu qui couvrait son visage, et Jellal fronça les sourcils de stupeur :

-Byro ?

-Bonjour Majesté.

Jellal ne s'attendait pas du tout à cette visite. C'est pourquoi, il mit du temps à inviter le vieil homme à s'asseoir.

-Qu'est-ce qui vous amène à Edolas ?

-Je suis d'abords venu vous présenter mes condoléances les plus sincères. Mais plus encore, je suis venu vous remettre une lettre, fit l'ancien conseiller d'Edolas, évasif.

-Une lettre ? Qui en est l'auteur ?

-Votre père. Il se trouve que j'ai passé les derniers mois en sa compagnie. J'étais présent lorsqu'il nous a quitté. Et ses derniers mots ont été pour vous. Faust m'a chargé de vous remettre en personne sa lettre, et m'a aussi chargé d'un message oral. « Un Roi ne regrette jamais ». Ce sont ses derniers mots Majesté.

Jellal avait une expression tellement triste et confuse que Byro détourna le regard, dans le but de lui laisser un moment d'intimité. L'homme sortit ensuite de sa poche une enveloppe épaisse. Le souverain comprit que son père avait dû lui expliquer longuement ses pensées. Il hésita lorsque Byro la lui tendit, mais finit par la prendre. Et alors que le veille homme allait s'en aller, Jellal l'interpella :

-Merci. Merci d'avoir été là pour lui. J'aimerai que vous restiez au château. Au moins le temps de vous reposer. Votre voyage a dû être long.

-J'apprécie l'attention mon Seigneur, mais ne vous en faites pas pour moi. J'ai assez abusé de votre accueil. Il faut que vous fassiez votre deuil, et aussi difficile que cela soit, vous êtes toujours Roi.

Jellal sourit légèrement à l'ancien conseiller et celui-ci le lui rendit avant de quitter la capitale définitivement.

Le souverain mit un moment avant de lire la lettre de son père. Et comme il l'avait redouté, les mots de Faust touchèrent au plus haut point le dirigeant d'Edolas. Il n'avait pas pleuré, mais avait eu mal.

Grey rendit visite à son ami le soir. Il lui ramenait quelque chose à manger, mais venait surtout prendre de ses nouvelles. Il remarqua que son repas du midi n'avait pas été touché et il soupira d'inquiétude en fixant Jellal accoudé sur le rebord de sa terrasse.

-Je sais que ce que je dis n'a aucune importance pour toi maintenant, mais ne pas manger n'arrangera rien pour toi.

-Je n'ai jamais eu la possibilité de jouer à l'adolescent capricieux. Je me suis dit que c'était l'occasion parfaite. Jellal était cynique, et cela n'amusa pas du tout Grey.

-Je ne dirai rien aujourd'hui, mais demain tu as intérêt à manger comme il faut.

-Oui maman.

Le conseiller soupira et avant de s'en aller demanda :

-Tu as besoin de quelque chose ?

Jellal ne répondit pas et laissa planer un très long silence. Grey patienta tout de même et il finit par entendre :

-J'ai besoin de parler à Erza. Tu peux lui dire de venir ?

Grey ne lui répondit pas, mais se précipita en dehors de la chambre chercher la commandante, trop heureux que Jellal réclame quelque chose.

Elle se présenta au Roi dix minutes plus tard. Celui-ci n'avait pas bougé, alors elle se posta à ses côtés sans dire un mot. Elle attendit qu'il se mette à parler.

-Mon père est mort, fit-il au bout d'un moment.

-Je sais.

Un autre silence passa et Jellal demanda :

-Pouvons-nous mettre nos différends de côté ? Juste pour cette fois ?

Elle répondit simplement : -Oui.

Jellal inspira et expira longuement. Il n'avait pas besoin de la remercier, elle l'avait compris et c'était la seule chose qui comptait. Les deux regardaient les jardins, fixant, sans ciller, le paysage hypnotique.

Erza ne réagit pas lorsqu'elle entendit le premier reniflement. Elle n'avait pas non plus bougé lorsqu'elle sentit le Roi passer sa main sur son visage, essuyant les quelques larmes qu'il avait laissé tomber. La commandante avait fait comme si rien n'était arrivé. Elle avait compris que seule sa présence était nécessaire à la consolation du Roi. Erza savait aussi que dès demain, il reprendrait sa vie de souverain. Mais ce soir-là, elle prit la décision de rester aussi longtemps qu'il en avait besoin. Et cette action fut la plus belle attention que la commandante eut pour lui.

*…*

Le Chêne Ange. Son havre de paix. Jellal ne savait pas depuis combien de temps il ne s'y était pas rendu. Mais il comprenait que cela faisait vraiment longtemps, lorsqu'il eut l'impression de se remettre à respirer. Depuis la mort de son père, le souverain demandait souvent à être seul. Les gens autour de lui comprenaient parfaitement ce besoin, même s'ils se sentaient affreusement impuissant. Jellal s'en voulait de les inquiéter, mais c'était plus fort que lui. Il fut tout de même rassuré de voir que la comtesse Meredy s'était faite des connaissances au royaume, ainsi elle ne se retrouvait pas seule.

Un bruit derrière lui attira son attention et une immense appréhension s'empara de lui, lorsqu'il vit le Duc Bastia s'approcher.

-Votre père avait aussi une obsession pour cet endroit. Je comprends maintenant qu'il existe des choses qui perduront à jamais, commença le Duc.

-Ce n'est pas très recommandé d'évoquer un père décédé devant son fils en deuil. Surtout devant son souverain. Jellal camouflait au mieux son antipathie.

-Veuillez m'excuser, c'est que je suis moi-même touché par la mort de Faust. Dans notre jeunesse, nous étions très proche et une rivalité est rapidement née. Le destin a toujours eu un humour particulier. Il a fait en sorte que le fils de mon rival soit l'homme que je dois atteindre aujourd'hui.

Jellal fixa intensément le Duc en serrant la mâchoire : -Alors nous y sommes enfin ? Vous me dévoilez vos intentions sans avoir recours à des stratagèmes puérils ?

Bastia se mit à rire avec condescendance, il se calma et lui rétorqua :

-Ce que vous êtes naïf. Mes stratagèmes, comme vous le dites si bien, m'ont simplement servi à gagner du temps. Mais aujourd'hui, je n'ai plus besoin de vous ménager, car enfin l'un de mes objectifs est atteint. Et bientôt, j'aurai enfin ce que je veux.

Jellal appréhendait de plus en plus et demanda :

-Et qu'est-ce que vous voulez ?

-C'est évident. Je veux la couronne. Jellal avait une expression de colère et le Duc sourit davantage en continuant : Vous devez vous demander ce qui a bien pu me décider à agir ? Je crois que vous méritez des explications. La perte de la magie a fortement amputé la plupart des stratégies que j'avais mis en place. Il m'a fallu du temps pour rebondir et j'en ai pris assez pour pouvoir me présenter devant vous aujourd'hui. Il faut dire que votre situation m'a grandement facilité la tâche. Et s'est en vous laissant agir que j'ai pu atteindre l'objectif que j'ai cité plutôt. Voyez-vous mon Seigneur, l'Amour est le sentiment le plus étrange qui existe. Il est impossible à nommer, mais est pourtant, reconnaissable chez n'importe qui. Lorsque nous aimons, nous nous sentons puissant face aux autres, mais vulnérable face à l'être aimé. L'Amour est un enfer, au goût du paradis. Et est certainement l'arme la plus efficace pour faire tomber un souverain. Mon Seigneur, vous avez perdu dès l'instant où vous avez commencé à aimer. Jellal resta interdit tout le long de ce silence pesant. Il prenait conscience de quelque chose qui le bouleversa. Et comprit que son ennemi l'avait deviné avant lui. Celui-ci poursuivit, voyant que son discours avait eu l'effet qu'il souhaitait : Je vois que vous avez enfin compris. Il était temps. Mais sachez que dorénavant, le jeu commence réellement. Et je n'aurai aucune indulgence, soyez-en sur.

Le Duc quitta le jardin après sa dernière phrase. Il avait laissé Jellal désarçonné, avec un poids dans le cœur comme jamais il n'en avait eu avant. Le Roi n'avait pas bougé de sa place durant le reste de l'après-midi. Et c'est lorsque Grey alla le chercher, pour le repas du soir, qu'il dit à son ami, dans un mélange de supplication et de douleur :

-Je suis amoureux d'Erza.