Bonjour, Bonsoir. Le moment de la Vérité est arrivé. Mon Dieu comme j'appréhende… Éclatez-vous et bonne lecture !
Chapitre 22 : Vérité
Erza fut appelée dans la cour des appartements qu'elle partageait avec ses homologues masculins et les seconds. Elle avait trouvé cela étrange de se faire convoquer par Grey juste à côté de sa chambre. Mais ce n'était rien comparé à la présence de tous les conseillers proches du Roi et de celui-ci même. Ils affichaient des expressions choquées et se redressèrent tout en la voyant. La commandante leva un sourcil, interrogeant silencieusement ces personnes à l'attitude étrange. Ils semblaient hésiter et ne pas savoir par quoi commencer. Elle voulut attirer l'attention du Roi, qui était le seul qui n'avait pas bougé, dos à tous les autres. Mais, voyant ce qu'elle allait faire, Grey se décida enfin :
-Il y a plusieurs semaines, Jellal a envoyé une petite équipe parcourir le continent. Officiellement c'était dans le but de trouver d'autres ressources qui pourraient être utiles. Mais officieusement, Jellal voulait que cette équipe trouve quelque chose de suspect, qui prouverait que le Duc en soit le responsable. Et c'est bien ce qui est arrivé. Grey marqua un silence, plus il parlait, plus c'était difficile pour lui.
C'est pourquoi Hughes décida de l'aider :
-Cette équipe donc, a bien trouvé quelque chose. Deux, en vérité. Tout d'abords, le Duc Bastia semble avoir à sa disposition, un nombre conséquent de forges. Complétement indépendante de l'instance d'Edolas. Des armes, des armures, des selles, tout est fabriqués en prévision de, il semblerait, une armée entière. Peut-être même à la hauteur de celle d'Edolas. Mais, les matériaux utilisés ne viennent pas de la capitale. C'est pourquoi, l'équipe sélectionnée fit quelques recherches en plus. Cette immense forge se trouvait près d'une forêt dense, ils s'y infiltrèrent et rencontrèrent quelqu'un à qui ils ne s'attendaient pas.
Hughes aussi s'arrêta et cette fois-ci c'est Cobra qui le relaya :
-Cette personne se nomme Ever Green. Ils la connaissaient déjà par le passé, et elle leur a tout expliqué. Toute une histoire que personne au royaume ne pouvait soupçonner. Bastia tient en esclavage des personnes normalement déclarées mortes à Edolas. Ils portent tous des colliers électriques, il est donc impossible pour eux de s'enfuir. Ces personnes exploitent les mines et récoltent les ressources dont Bastia a besoin pour ses forges. Et personne ne les recherche car ils sont morts aux yeux du monde.
-La tueuse de fées. Combien de personnes ton nommées ainsi Erza ? Combien ont cru que tu étais un monstre ? Les mains immaculées de sang ? Combien ? Tu as laissé le monde croire que tu étais inhumaine et que tu vivais dans le plaisir de tuer. J'aimerais comprendre Erza. Les membres de guildes que tu as prétendu avoir tué. Les membres de Ma guilde. Comment cela se fait-il, qu'ils soient tous emprisonnés par Bastia ? Comment !? Juvia s'était approchée de la commandante, les larmes aux yeux.
Erza n'avait pas bougé, elle. Au fur et à mesure des explications qu'on lui avait données, elle avait engagé un combat d'impassibilité et de retenu. Et comme s'il était l'heure de rendre les comptes, qu'elle avait si longtemps gardé pour elle, elle se mit à parler :
-Ma mission était simple, traquer les membres de guildes. Lorsque je les attrapais, j'avais pour ordre de les remettre à un émissaire de Déliora. Si j'avais bien compris, Faust et Bastia avaient fait cet accord entre eux. Le Duc ne se mêlait pas des affaires du royaume, et en échange, Faust lui remettait la plupart des prisonniers qu'il faisait. Seuls les membres de guildes étaient envoyés, car les Exceeds ne devaient pas le soupçonner. Je fus toutefois curieuse et lors d'une mission que je faisais près de Déliora, j'ai cherché à savoir ce qu'étaient devenus les prisonniers que j'avais livré. Et en menant mon enquête discrètement, j'ai trouvé un cimetière délabré avec tous les noms de ceux envoyés là-bas. Je n'ai peut-être pas été le bourreau, mais j'avais participé à leurs morts. Et savoir qu'ils sont en fait esclaves, durant tout ce temps, je crois que c'est pire. Juvia, je suis tellement désolée.
-Désolée ? Tu es désolée ? Alors que les crimes pour lesquels on t'accusait, ne sont pas de ton fait, mais de celui de Bastia. Désolée Erza ? Alors que tu n'as fait qu'obéir aux ordres de ton Roi. Non, je ne saurais tolérer cela plus longtemps. Jellal s'était tourné vers elle. Il avait les yeux rougit, et une haine brulait dans son regard.
Pourtant Erza ne flancha pas et rétorqua :
-Mes crimes sont tout autant grave que ce dont j'ai été accusée. Plus encore, j'étais fière de porter le nom de tueuse de fées. Rien ne rattrapera ça. Et surtout pas les années d'esclavages que ceux que j'ai arrêté et livré ont subis.
-Alors pour porter le poids de tes erreurs tu as accepté, sans broncher, cet avis que tous avaient de toi ? Si tu as été inhumaine une fois dans ta vie Erza, c'est envers toi-même.
-Le problème ce n'est pas moi ! Des vies sont en jeu ! Et maintenant qu'on sait que Bastia les exploite, il faut aller les secourir ! Erza s'emportait peu à peu, clairement affectée par la nouvelle qu'elle avait apprise.
Jellal était effondré, son visage le montrait limpidement. Mais c'est la colère qu'il laissait primer :
-Tu dis que le problème n'est pas toi !? Erza ! Tu n'es pas une tueuse ! Tu n'es pas un monstre ! Tu es un soldat ! Un soldat qui a obéit aux ordres de son Roi, sans en connaître les conséquences ! Tu as été dévoyée injustement ! Dis-moi comment je suis censé laissé passer ça !?
-Vous êtes là à pleurer sur mon sort, alors que vos sujets sont asservis ! C'est d'une perte de temps monumentale !
-C'est exactement le contraire ! Ton cas est aussi important que l'asservissement de mes sujets ! Bastia s'en est très bien assuré !
-Mais pourquoi !?
-Parce que je t'aime !
Il a fallu quatre petits mots à Jellal pour figer la cour en entier. Il l'avait dit. Il le lui avait avoué. Et le souverain ne le regretta pas une seule seconde. Grey fut le premier à remettre les pieds sur terre. Il sentit rapidement que le temps était venu de les laisser seuls. Et avec l'aide de Zeref – qui connaissait déjà les sentiments du souverain et qui s'était repris lui aussi – il transporta les autres vers leurs chambres. Maintenant seul, Jellal prit toutes les forces qu'il avait en lui pour reprendre son calme. Il continua avec un ton doux : Je me suis épris de toi Erza, et mon ennemi l'a su avant moi. Ce qui est particulièrement humiliant pour un souverain tel que moi. Bastia l'a compris et me l'a fait comprendre. Crois-moi, j'aurais préféré que les choses se passe autrement. Mais je n'y peux rien. Le Jellal de chaque monde, est destiné à aimer une Erza. À Earthland, comme à Edolas.
Erza n'avait pas bougé. Elle s'était mise à regarder le Roi comme s'il avait trois têtes. Et elle ne réussit qu'à articuler :
-Mais vous n'allez pas bien ! Alors déjà tomber amoureux n'était vraiment pas le moment ! Mais en plus vous… Vous abaissez à avoir des sentiments pour moi !? Cela n'a pas de sens ! Vous êtes illogique !
-Je n'arrive pas à savoir si tu es fâchée contre moi, ou si tu te moques de moi. Amusé malgré lui, Jellal ressentit un soulagement immense, lorsqu'il se rendit compte que sa déclaration maladroite n'avait pas élargie le fossé entre eux, mais au contraire, l'avait comblé.
-Pour être parfaitement honnête avec vous, votre royale Majesté, je n'en ai aucune idée. Non, mais ! Amoureux de moi ! Et puis quoi encore !? Cela se voit que les deux neurones qui se courent après dans votre cerveau ont éjecté le fait que Meredy et Leon existent ! Vous avez pensé au fait qu…
Erza n'avait pas remarqué qu'il s'était approché. Ni la profondeur de son regard. Elle avait juste senti les doigts du Roi lui prendre, dans une délicatesse infinie, son menton. Son baisé fut très court, trop court selon elle, et il témoignait de l'immense affection qu'il avait pour elle. Erza l'avait senti, il lui avait transmis tout ce qu'il pouvait dans un simple baisé. Et ce geste, qu'elle aurait certainement rendu par un coup là où il fallait, s'était inscrit en elle par une marque indélébile.
-Je suis désolé d'avoir fait ça. Je te promets que ça n'arrivera plus. Mais maintenant que les choses ont été dites, on va riposter. On a notre premier coup d'avance sur Bastia, et on va en profiter.
-Vous avez un plan ?
-Le problème ici, c'est qu'on ignore toujours où il veut en venir. Mais une chose est sûre, je ne le laisserai plus jamais blesser mon peuple.
*…*
Après s'être assuré que tous étaient entrés dans leur chambre. Grey avait jeté un petit coup d'œil à Jellal et Erza qui semblaient attendre que chacun soit dans sa chambre pour réagir. Le conseiller entra dans celle de Juvia ensuite et referma la porte.
-Alors c'était donc ça ? Commença Juvia surprise.
-Eh oui. Rien de tel que de tomber amoureux à en perdre la tête. Mais ce qui m'étonne c'est que tu ne t'en sois pas rendue compte.
-Rendue compte ? Grey, le Roi est amoureux d'Erza depuis plus d'an un. Ce qui m'a perturbé c'est l'état dans lequel il s'est mis en s'en rendant compte.
-Tu es vraiment incroyable. Mais il faut que tu saches que c'est le Duc qui le lui a dit.
Juvia fronça les sourcils en entendant l'évocation du Duc. Elle fut triste pour son Roi qui s'en était rendu compte de la pire manière. Mais le sentiment d'inquiétude qu'elle ressentait pour ses amis primait toujours en elle. C'est pourquoi elle ne put s'empêcher de revenir sur le sujet principal :
-En tout cas, même si leur relation m'intéresse énormément, il y a plus urgent. Mes amis sont enfermés et il faut s'en occuper.
-Tu penses vraiment que Jellal est resté les bras croisés ? La seule chose que je te demande c'est de rester en dehors de cette histoire.
-Je ne peux pas rester en dehors de cette histoire Grey ! Il s'agit des membres de notre guilde ! Le simple fait de savoir qu'Ever Green soit vivante, me donne envie de prendre un cheval et de galoper sauver mes amis ! Le pire dans tout ça, c'est qu'on doit se taire ! Et cacher à Mira que Luxus est en réalité vivant ça me tu ! Il faut que cela cesse !
-Oui, c'est pourquoi tu dois faire confiance au Roi. Il a déjà donné les ordres qu'il fallait à sa division. Leur spécialité est d'agir en secret, c'est pourquoi moi-même je ne saurai pas comment la situation évoluera. Mais j'ai confiance en eux. Tu sais, Jellal a toujours été doué pour se camoufler et je crois bien qu'il a transmis ses talents à sa division. Ils sont forts et beaucoup trop doués pour se faire prendre. Crois-moi quand je te dis qu'ils sont l'unique coup d'avance de Jellal sur Bastia. Et je sais que si on s'en mêle le Duc le saura. Son pouvoir sera alors total. Les prochaines semaines vont être rudes, pour tous. Et même si extérieurement, rien ne change, il faut qu'on garde à l'esprit que Jellal et ses soldats, s'efforcent à sauver le plus de vies possibles. C'est un combat qu'ils vont mener à notre place. Et la seule manière pour nous de les soutenir c'est de ne pas agir.
Juvia l'observa en réfléchissant à ses dires. Grey avait un regard confiant et son sourire était rassurant.
-Comment fais-tu pour être toujours aussi confiant ?
-Je crois en mon souverain et je suis immensément reconnaissant de ce qui m'entoure. Et puis, c'est ennuyeux de tout le temps s'inquiéter, je préfère me divertir. Et en parlant de se divertir, entre Mest et moi qui a le plus de chance de dormir dans ta chambre ?
À ce changement de sujet soudain, Juvia leva les deux sourcils : -Tu es sérieux ?
-Je suis toujours sérieux lorsqu'il s'agit de toi. Et je trouve que c'est une question capitale. Alors ?
La seconde se mit à sourire et décida de rentrer dans son jeu :
-Je pense que celui qui aura l'audace de venir dans ma chambre avec son oreiller, aura le plus de chance. Mais je préfère te prévenir, Mest est un homme très, très audacieux.
Grey grogna et termina : -Dès que Jellal aura fini de jouer au séducteur, j'irai chercher mon oreiller.
*…*
Les pions se mettaient petit à petit en place. Jellal avait fait en sorte de transmettre son plan à Shadow. Et celui-ci lui avait assuré que les autres membres de la division seraient eux aussi tenus au courant. Le souverain ressentait une grande appréhension. Tout dépendait de l'adresse de sa division, et de leurs capacités à suivre le plan en toute discrétion. Ne pas savoir comment se portaient les membres de guildes emprisonnés le rendait fou. Mais il savait que le plan ne fonctionnerait jamais s'il laissait ses émotions le guider. Il se heurtait pourtant à un problème de taille, devant la main gagnante de Bastia contre lui. C'est pourquoi il avait décidé de jouer le tout pour le tout. À savoir, en quoi le fait qu'il aime Erza lui donnait un avantage sur lui. Jellal avait alors convoqué le Duc Bastia dans son bureau. Se préparant à affronter un être qu'il haïssait au plus haut point, mais à qu'il ne devait pas faire le plaisir de montrer ses émotions, le souverain autorisa à entrer la personne toquant à la porte.
-Je n'ai pas l'habitude que mon ennemi m'attaque de front. C'est que vous avez pris beaucoup d'assurance depuis la dernière fois que l'on s'est parlé, commença le Duc avec un sourire malicieux.
-Je reconnais que la dernière fois, vous m'avez désarçonné. Mais cela ne se reproduira plus.
-Vraiment ? C'est que vous êtes d'une naïveté crédule. Et je mettrais ma main au feu que vous n'avez toujours pas compris pourquoi je vous ai fait comprendre que vous aimiez la commandante Knightwalker.
-Que je le sache ou non, cela ne change rien au fait que je suis le Roi et vous non.
-Chaque chose en son temps voulez-vous ? Et si nous commencions par la raison de ma venue ? J'imagine que vous attendez des réponses, sinon je ne serais pas ici. Jellal ne répondit rien, ce qui élargie le sourire du Duc. Il commença alors : Vous savez, les choses ne sont pas aussi compliquées qu'on le croit. Et c'est en regardant le monde simplement, qu'une évidence même s'est présentée à moi. Commençons du début. Il faut que vous sachiez que j'ai particulièrement pris soin de l'éducation de mon fils. Et grâce à mon implication, Leon est un homme qui a un grand respect pour ses ainés. Et alors qu'un homme comme vous maudirait le monde car la femme de son cœur est blessée, lui voit son point faible dans la déception de ceux qu'il respecte. Ça a été un travail long, mais aujourd'hui je suis fier de constater que mon fils m'obéit au doigt et à l'œil. C'est pourquoi, lorsque je lui ai ordonné de prendre une épouse, il n'a pas cillé un instant. Mon choix se porta sur la commandante Knightwalker, car elle était la plus proche de vous. Mais avant même de lui en faire part, il avait reçu la visite de sa seconde, qui lui avait vanté les mérites de cette chère commandante. Mon choix et le sien s'étaient donc réunis en la même personne qu'était Erza Knightwalker. Comprenez-moi mon Seigneur, mon fils est trop idiot pour se douter de mes réels plans vous concernant. Qu'il sache ou non ne fait pas la moindre différence, car à la fin le résultat sera le même. Dès l'instant où il a mis les pieds à Edolas, Leon avait l'intention de prendre pour épouse Knightwalker. Et sa volonté s'est d'autant plus multipliée lorsqu'il en est tombé amoureux. Alors voilà mon plan Majesté, si je veux avoir l'opportunité de vous avoir sous mon contrôle, il fallait que j'atteigne votre cœur. Et c'est ce qui est arrivé lorsque j'ai atteint, par l'intermédiaire de mon fils, celle à qui il appartient.
Jellal avait attentivement écouté le Duc. Il comprenait enfin l'avantage que celui-ci avait dans son amour pour Erza. Le Roi s'en rendait compte, et après une menace pareille, n'importe qui se serait effondré en perdant ainsi la partie. Pourtant, Jellal eut une réaction que personne n'aurait soupçonné. Le souverain se mit à rire, tellement qu'il s'en tenait le ventre.
-Attendez… Jellal faisait de son mieux pour se calmer et parler : Vous voulez dire que vous me tenez… car… car votre fils va épouser Erza ?
-Cela aura bien lieux. Et lorsqu'ils se marieront, vous serez sous mon contrôle, car Erza Knightwalker s'y trouvera déjà. Et alors le fou rire de Jellal s'intensifia, ce qui agaça le vieil homme : Je peux savoir ce qui est amusant ?
-Vous monsieur. Vous car vous pensez qu'il suffit que vous ayez Erza sous votre joug pour m'avoir. Mais vous avez l'air d'avoir oublié de qui vous parlez. Cette femme, en plus d'être d'une puissance sans limite, n'obéit qu'à son instinct pour protéger Edolas. Elle est probe et pragmatique. D'une rectitude admirative et d'un franc parlé incisif. Alors qui que vous soyez, son beau-père ou non, vous pensez vraiment qu'elle se laissera faire ? Duc Bastia vous êtes fort et intelligent, je le reconnais sans difficulté. Mais votre avidité de pouvoir vous perdra. Car si jamais cette femme, atypique et meilleure que vous et moi réunis, apprend vos dessins, vous en subirez sa force vindicative.
Le Duc ne mit pas longtemps à rétorquer :
-Vous n'en êtes pas qu'amoureux, mais bien imprégné. Je vous l'ai dit mon Seigneur, vous avez perdu dès l'instant où vous avez commencé à aimer. Comment vous sentirez vous, lorsque Erza Knightwalker et mon fils vivront un mariage heureux et épanoui ? Qu'ils enfanteront mes petit-enfants ? Vous mènerez Edolas à sa perte, avec l'agonie de votre cœur, meurtrie par l'absence de celle que vous aimez. Et plus encore, avec le souvenir du regard qu'elle porte à celui qu'elle a choisi.
-Et vous je pense que vous n'avez rien compris. Si Erza le choisit lui, je vivrais avec. Car rien d'autre m'importe plus que son bonheur. Jellal était fébrile, et il avait dit ces mots avec le peu d'énergie qu'il lui restait.
-Eh bien mon Seigneur, nous verrons cela. Ce que je sais cependant, c'est que selon ce que j'ai pu observer, l'idée même que la commandante ne vous appartienne pas vous met à terre.
Jellal se leva d'un coup, hors de contrôle :
-Appartenir !? Monsieur Erza n'appartient à personne et n'appartiendra jamais à personne ! Elle est libre et aucun homme n'a le droit d'avoir une quelconque possession sur sa personne ! Appartenir !? Comment peut-on vouloir qu'une personne qu'on aime nous appartienne !? Ici c'est moi qui appartiens à Erza ! C'est pourquoi vous ne m'aurez jamais, ni moi, ni mon trône !
-J'espère pour vous que c'est la vérité. Mais nous savons tous les deux qui gagnera ce combat.
Le Duc se leva de son siège et quitta le bureau avec le même sourire qu'il avait en entrant. Dès la porte fermée, Jellal s'écroula sur son siège. Les mots du Duc avaient été durs. Et le souverain savait que c'était dû à leur véracité. Erza ne l'aimait pas. Et les chances pour qu'elle choisisse Leon étaient beaucoup trop nombreuses. Pourtant, il n'avait pas menti, le bonheur d'Erza était tout ce qu'il souhaitait. Et si elle était décidée à partir avec le Marquis, il ne la retiendrait pas. Aussi douloureux soit-il.
*…*
Un trouble étrange s'immisçait en elle un peu plus chaque jour. Tout ce qu'elle croyait ressentir étaient remis en question et elle passait des heures à faire le tri dans son esprit brumeux. Ce soir encore, elle se heurtait à une contradiction qui amplifiait ses doutes. Avant, elle pensait au Roi à chaque minute, et elle mourrait d'envie de le voir. Mais aujourd'hui, alors qu'à cette heure elle lui rendait visite, elle n'en avait tout simplement pas l'envie. Elle préféra arpenter les jardins, dans l'espoir vain qu'ils lui apportent les réponses à ses questions. Au fond d'elle, la comtesse savait ce qu'il lui arrivait. Mais c'était toujours plus facile de l'ignorer que de l'affronter. Meredy se dirigeait vers son coin habituel du soir. Elle aimait cet endroit qui avait le pouvoir de tout éclairer autour d'elle. Et c'est en s'y dirigeant qu'elle aperçut le Marquis Bastia. Son regard était braqué sur quelque chose et son discours semblait profond. Lorsqu'elle remarqua avec qui le Marquis discutait, son instinct la poussa à se cacher. La comtesse était assez proche pour entendre ce que les deux commandants se disaient, et à l'instar de Leon, Erza était captivée par leur échange.
-Il existe une très vieille tradition dans ma famille. L'héritier Bastia doit participer au bal organisé pour ses fiançailles. À la fin de celui-ci, il doit se présenter à celle qu'il a choisi, les mains chargées de ses fleurs favorites. On dit que si elle les accepte, l'héritier et la dame sont fiancés. Mais tout le monde sait qu'il est impossible de refuser, c'est comme lui mettre un couteau sous la gorge. Leon arrête son monologue et sourit amèrement avant de continuer : Je sais que c'est mal, mais la seule chose que je pouvais faire c'était de vous en parler, avant que ça n'arrive. Je compte me marier Erza, c'est ce que mon père souhaite et par extension ce dont Déliora à besoin. Mon choix s'était porté sur vous avant même que je n'arrive ici. Et il s'est affermi lorsque je vous ai connu. Le Marquis se tu encore une fois, comme si les paroles qu'il allait sortir étaient douloureuses : C'est en arrivant au château que je suis tombé amoureux. Et je crois que pour le bien de tous, c'est la bonne chose à faire.
Meredy n'avait pu en entendre plus. Elle avait couru le plus loin possible des deux commandants, comme si leur proximité l'asphyxiait. La comtesse s'arrêta et s'appuya contre l'un des murs d'elle ne savait quel endroit du château. Tout son corps s'était soudainement pétrifié. Cette discussion si intime entre le Marquis et la commandante avait eu raison de son contrôle si fébrile de ses sentiments. Et malgré la pétrification de son être, son âme déversa sa tristesse et sa douleur par des larmes.
*…*
Les rôles s'étaient inversés. Et alors que Meredy lisait confortablement, assise sur sa méridienne, le Roi entra dans sa chambre, en faisant le moins de bruit possible pour ne pas alerter les personnes aux alentours. La comtesse ferma son livre en l'apercevant, et se leva précipitamment. Le Roi remarqua tout de suite son embarra et il sourit en voyant que les rôles étaient bien inversés.
-Je m'excuse comtesse, mais il fallait que je vous parle. Je n'ai que trop attendu, commença le souverain, le regard déterminé.
-Cela tombe plus que bien, j'avais moi aussi quelque chose à vous confesser.
L'embarra de la comtesse fut remplacé par la même détermination que le souverain. Jellal remarqua alors que quelque chose en elle avait changé. Il fut curieux :
-Je vous écoute.
-Je préfère que vous commenciez. J'ai le sentiment que les choses doivent se dérouler dans cet ordre.
Jellal fronça les sourcils, ne comprenant pas où Meredy voulait en venir. Mais il décida de se mettre à parler, alors que son courage s'envolait de secondes en secondes :
-Bien. Vous vous êtes déclarée à moi, avec un courage que je n'avais jamais vu chez personne. Et c'est parce que mon affection pour vous était véritable, que je vous ai demandé de rester. Comtesse vous êtes une personne formidable, alliant douceur, courage et bonté. Vous avez été pour moi, d'une compagnie agréable, et votre soutien m'a permis de continuer à voir le monde clairement. Vous représentez à vous seule, ce que tout homme recherche, et j'ai vraiment cru pendant un instant que vous l'étiez pour moi. Et aujourd'hui, alors qu'une nouvelle conviction s'est implantée en moi, je ne peux qu'être franc avec vous, comme vous l'avez été avec moi. Si je vous ai demandé de rester, en plus de tout le reste, c'est parce qu'à cet instant mon cœur avait été meurtri. Et la seule manière pour moi d'y faire face, a été d'agir égoïstement, en n'abusant de vos nobles sentiments. Comtesse Meredy, mon cœur appartient à quelqu'un d'autre. C'est pourquoi je me présente ce soir à vous, pour vous dire que je ne puis vous offrir ce que vous désirez.
Le souverain s'efforçait de garder les yeux plantés dans ceux de Meredy. Il avait honte. Plus encore qu'avant d'entrer dans les appartements de la comtesse. Car s'était la première fois qu'il avouait ses méfaits à voix haute. Aucun des deux ne parla durant une infinité de minutes. Jusqu'à ce que la comtesse de Zendor interrompe l'échange de regards et déclare doucement :
-Je le sais. Et pendant longtemps j'ai cru que cet aveu provoquerait mon malheur. Mais il n'en est rien. Meredy semblait peu à peu se rendre compte de quelque chose. Elle poursuivit en reportant son regard vers le Roi : Majesté, les sentiments que je pensais profonds à votre égard ne sont, en réalité, qu'une simple illusion montée de toutes pièces par les convenances royales. Et j'ai compris que quelque chose avait bel et bien changé chez moi, lorsque votre sourire ne m'était plus que chaleureux. Ne vous tourmentez plus mon Seigneur, car j'aurais moi-même mit fin à cet engagement silencieux. Il se pourrait que les mêmes raisons que les vôtres m'interdisent de concevoir plus entre nous, qu'une affection amicale. Et je crois savoir, que nos situations sont encore plus similaires, car les êtres qui ont volé nos cœurs, ne nous ont pas autorisé l'accès aux leurs.
Jellal fut tellement surpris par cette annonce qu'il chercha des yeux un endroits où s'asseoir. Ne trouvant rien de proche, il se baissa doucement et prit place sur le sol. La comtesse le rejoignit et après un autre silence, Jellal dit :
-J'extrapole certainement. Mais, est-ce que Leon est celui qui a touché votre cœur ?
Meredy inspira longuement et répondit : -Comme Erza a touché le vôtre.
Jellal s'ébouriffa les cheveux en soupirant. Ainsi donc, voilà comment cela se terminait. L'amertume se lisait sur le visage du Roi et de la comtesse. Le souverain osa demander :
-Resterez-vous jusqu'à l'annonce… ?
-Je ne sais pas. C'est difficile rien que d'y penser.
-Je vous comprends. Je ne vous demanderai jamais de rester. Mais, considérez-moi comme un allié, si jamais vous voulez prolonger votre séjour à Edolas.
Meredy lui sourit sincèrement et Jellal y répondit. Les deux restèrent un long moment sans rien dire. Se soutenant comme ils le pouvaient, en silence.
