Voilà le dernier chapitre de cette mini-fic. J'espère qu'elle vous aura plu et je vous dis à bientôt j'espère, mais pas sur du Drarry (vous ne m'y surprendrez plus).

Whimsikal, encore un dernier mot pour toi : you are the sunshine of my every mornings. Thank you.


Chapitre 4

Un flocon de neige se pose sur le nez levé de Drago et fond instantanément. Il baisse les yeux pour retrouver l'horizon et continue son chemin sous le ciel blanc de l'hiver. Bientôt, le Chemin de Traverse et toute la ville par extension se vêtiront de leurs habits de fête, colorés et scintillants. Il aime bien cette période. Serrés sur les terrasses de cafés, un chocolat chaud brûlant entre les mains, de nombreux sorciers profitent du dernier dimanche de novembre.

« Attention, voilà la Vélane qui arrive, se moque gentiment Théo alors que Drago s'assoit à la table en passant une main assurée dans ses cheveux fins.

– Nott, je sais que tu as toujours regretté de ne jamais m'avoir eu dans ton lit, rétorque narquoisement le blond. Mais quand même, Malone est là, retiens-toi.

Ledit Malone lui adresse un regard en biais accompagné d'un petit rire.

– Tu vas bien ? demande-t-il.

– Fort bien oui. Je reviens d'un déjeuner explosif au manoir donc rien d'inhabituel, ironise Drago.

Il fait signe au serveur de prendre sa commande.

– Avoue que ça t'a manqué pendant tes années en Norvège, raille Théo

Drago lève les yeux au ciel dans une expression théâtrale, mais ne répond rien.

– Tu peux venir fêter Noël chez moi si tu ne veux pas aller avec ta famille, propose Malone.

– Vous le fêtez ensemble ? demande Drago.

– Eh bien oui. De toute façon, ma famille à moi est à Askaban, répond Théo en haussant les épaules.

Malone lève une main en signe de salut vers l'allée et d'un même mouvement, Drago et Théo se retournent. C'est Harry qui passe sur le Chemin de Traverse, détournant le regard en voyant leurs visages. Drago en profite pour cuisiner Malone ; il est curieux de leur relation.

– Tiens, Potter, fait-il. J'ai entendu dire que vous étiez proches.

Il lance cela avec une indifférence feinte en direction de Malone qui tourne des yeux suspicieux vers lui.

– Et où aurais-tu entendu ça ? interroge-t-il.

– Je ne sais pas, tente Drago.

– Alors je ne sais pas si c'est vrai, répond Malone avec un sourire en coin.

– Tu m'as eu, admet Drago. C'est Potter qui me l'a dit et il semblait d'ailleurs très gêné.

– Il m'a demandé de ne pas en parler, tu comprends donc ma méfiance, explique Malone. Mais je veux bien croire que tu garderas ça pour toi.

Drago lui adresse un hochement de tête assuré en guise de parole tenue alors que Théo tend l'oreille avec intérêt.

– Je l'avais déjà vu au club, mais l'année dernière, on a beaucoup discuté. Je n'ai jamais caché que j'étais gay et il semblait en profond questionnement. J'ai simplement proposé mon écoute et un peu de chaleur humaine. Alors oui, on peut considérer qu'on est proches. Mais ce n'est jamais devenu sentimental et je sais qu'Harry est toujours en quête de lui-même d'une certaine façon.

Malone s'interrompt un instant.

– Je compte sur toi pour ne pas en parler, reprend-il. Célèbre comme il l'est, je doute fort qu'il ait envie que ça s'ébruite.

– J'imagine, marmonne Drago. »

Oh oui, il sait combien on ne peut tout simplement pas crier sur tous les toits que l'on ne fait pas partie de la norme. Que l'on ne répond pas aux critères que la société établie. Que l'on n'assurera pas la lignée comme on le devrait.

Drago reste là encore un long moment à discuter avec Théo et Malone. Il a appris ce qu'il voulait savoir et il passe une belle après-midi avec ses amis. Il neige toujours sur Londres et maintenant, le sol est couvert d'une fine couche blanche malmenée par les passages incessants des sorciers. Quand il rentre chez lui, bien plus tard, Drago se laisse à penser que ce Noël s'annonce meilleur que bien d'autres.

Harry tente comme il peut se détendre les muscles crispés autour de ses épaules et de son dos, mais rien n'y fait. Le stress est là depuis les premières heures du jour et ne risque pas de s'en aller de ci-tôt. Alors il continue d'attendre en rongeant son frein, les yeux rivés sur le carrelage du couloir du Ministère. Les scènes qui se sont déroulées pendant l'heure qui précède tournent en boucle dans sa tête, mêlées parfois aux sons qu'il entend s'échapper de la salle près de lui. Examens théoriques, épreuves pratiques, mises en situation. Il enchaîne tout depuis une semaine et croule littéralement sous la pression.

La poignée de porte s'abaisse et Harry se lève d'un bond. Ron apparaît, le visage rougi par l'effort et l'inquiétude. Les deux hommes s'étreignent brièvement avec force, soupirant de soulagement.

« C'est fini, dit Harry dans un souffle.

– Pour cette fois, rétorque Ron en s'essuyant le front.

– Oui… Mais je suis sûr que la deuxième session paraîtra plus simple que la première. »

Harry veut se montrer optimiste pour leur donner du courage à tous les deux. Désormais, il ne leur reste plus qu'à attendre les résultats validant leur poursuite de formation. Encore six petits mois, une autre série de tests et peut-être enfin pourraient-ils toucher du doigt l'accomplissement d'un rêve de toujours.

Alors ils rentrent chez eux, bras dessus bras dessous sous l'épaisse neige de décembre et se préparent un bon repas pour célébrer la fin des examens. Ils commencent à peine à manger quand quelqu'un toque à la porte. Harry se lève et ouvre avant de rester immobile et muet, une main sur la poignée.

« Bonsoir, finit-il par dire.

– Bonsoir.

Depuis la table à manger, Ron sent que les choses sont tendues et ne le regardent peut-être plus vraiment. Il signale sa disparition dans la chambre d'un murmure.

– Tu vas me faire entrer ou pas ?

– Oui… bien sûr, répond Harry un peu abasourdi. Désolée, Ginny, mais je ne m'attendais pas vraiment à te voir ce soir.

Ni aucun autre soir, pense-t-il. La cadette Weasley entre à sa suite et ils se regardent un moment en silence.

– Comment se sont passées vos épreuves ? demanda la rouquine.

– Plutôt bien, enfin j'espère. Ron doute beaucoup de lui sur un des tests, mais je suis sûr qu'il se fait du souci pour rien.

Ginny hoche la tête et se plonge dans ses pensées un instant.

– Écoute, Harry, reprend-elle alors, si je suis venue, c'est pour parler de nous. Enfin, de l'absence de « nous » justement, ajoute-t-elle en signant des guillemets avec les doigts.

Le brun se tend ; il sait que cette discussion est nécessaire, mais n'en a absolument pas envie.

– J'ai été très en colère contre toi, continue Ginny. Je me sentais trahie, abandonnée, humiliée. Non, laisse-moi finir.

Elle inspire profondément. Harry referme la bouche.

– Mais j'ai fini par comprendre que si je ressentais tout ça, enchaîne-t-elle, c'était parce que j'étais tellement amoureuse depuis si longtemps, que je ne me voyais simplement pas vivre sans toi.

Sa voix a du mal à sortir de sa gorge nouée. Harry est ému aussi par ce qu'elle dit et ce qui émane d'elle.

– Je suis désolé de t'avoir fait souffrir, dit-il doucement. Je ne l'ai jamais voulu.

– Je sais, murmure Ginny avec un petit sourire. J'ai beaucoup parlé avec Hermione et tu peux croire qu'elle aurait été jusqu'à me traîner ici si je n'étais pas venue de mon plein gré.

Harry sourit aussi. Il imagine très bien sa meilleure amie faire cela.

– Je n'ai aucune raison d'être en colère contre toi, déclare Ginny. Et je te souhaite au contraire tout le meilleur. Mais j'ai besoin de temps pour accepter que les choses ont définitivement changé. Je ne t'en veux plus et j'espère que tu seras plus heureux que moi.

Harry s'approche d'elle et la prend dans ses bras.

– Tu as le droit de trouver le bonheur autant que moi, lui chuchote-t-il. Et il y a certainement des dizaines d'hommes qui te méritent plus que je ne t'ai jamais mérité.

Ginny rit tristement en se reculant.

– Malheureusement, je crois qu'il va me falloir un moment pour être d'accord avec ça, admet-elle.

Les deux sorciers se regardent et s'adressent un nouveau sourire un peu plus gêné.

– Je vais vous laisser finir de manger, annonce Ginny en se dirigeant vers la porte.

Elle s'arrête sur le palier et se retourne.

– À bientôt, Harry.

– À bientôt. »

Le poids invisible que Ginny a emporté avec elle en quittant l'appartement fait une différence significative pour Harry qui se sent plus léger. Les inquiétudes qu'il avait concernant sa relation avec Ginny s'en sont allées et dans un coin de sa tête, il pense qu'il est peut-être prêt à construire quelque chose de nouveau. Ron et lui terminent la soirée qui s'annonçait déjà bonne en poursuivant joyeusement autour d'un jeu de cartes. La nuit est paisible en cette veille de vacances et la magie de Noël réserve quelques surprises.

Pour la première fois depuis des mois, Harry n'a pas allumé son réveil. Les volets sont restés fermés et quand il émerge finalement, il est plus de dix heures. Toujours en pyjama, les cheveux en bataille et les lunettes vaguement posées sur le nez, il ose un pied hors de la chambre. Ron, lui, n'est pas levé et ronfle allégrement en profitant de tout le temps de sommeil disponible. Le courrier est déjà arrivé et en remuant la maigre pile, Harry trouve une enveloppe sous le numéro du jour de la Gazette du Sorcier.

Son nom est tracé à l'encre noire en de longues lettres qui lui sont étrangères. Il fait sauter le sceau entre ses doigts fébriles. Il a reconnu les initiales moulées dans la cire rouge. « D.M ». Il n'y a pas grand-chose d'écrit sur le parchemin, mais Harry sent son coeur cogner dans sa poitrine. Il replie le message et le glisse dans un tiroir de son bureau. Ron a arrêté de ronfler, mais c'est un bourdonnement bien plus sourd qui résonne dans le crâne de son colocataire.

Harry saute dans un pantalon et multiplie les couches de pull pour contrer la température négative de l'extérieur. Une fois dehors, il sent ses joues saisies par le froid se tendre imperceptiblement. Le petit nuage qui s'échappe joyeusement de sa bouche à chaque respiration disparaît devant son nez. Quelques mètres seulement et le voilà qui presse la sonnette d'une porte familière. Un instant plus tard, une fenêtre s'ouvre au-dessus de Harry qui lève les yeux.

Drago lui adresse un petit sourire et disparaît à nouveau dans l'appartement. Il descend aussi chaudement habillé que le brun et le salue d'un mot. Pas besoin de dire qu'il ressent une satisfaction profonde de le voir là ce matin. Pas besoin pour Harry d'exprimer comme il est content d'avoir reçu l'invitation. Il n'aurait, assez honnêtement, jamais eu le courage d'en faire de même.

Les deux sorciers marchent en direction du Chemin de Traverse illuminé en échangeant quelques paroles. Des banalités, pour combler le silence. Les gens se retournent : on n'a pas oublié leurs visages et on se surprend à les trouver côte à côte. Finalement, ils entrent dans un petit salon discrètement caché par une devanture végétalisée. Ils sont seuls et s'installent loin du comptoir.

« Tu as des congés pour les fêtes ? demande Harry en soulevant le couvercle de la théière pour en humer le parfum.

Bergamote intense et quelques pétales de bleuet qui flottent délicatement.

– Une semaine, répond Drago. À partir de vendredi prochain.

Le silence demeure un temps. Harry hésite.

– Pourquoi est-ce que tu m'as invité ? demande-t-il finalement.

Drago le regarde un instant avant de répondre.

– Pourquoi ne le pourrais-je pas ?

Harry secoue la tête avec un petit sourire en coin sur les lèvres.

– Est-ce que tu peux arrêter de faire des pirouettes et me donner une raison ? Je veux dire… On se déteste d'habitude.

– Non, Potter, lâche Drago d'un air sérieux, presque dur. J'ai détesté le sorcier prodige injustement traité en héros et élevé au rang de saint. J'ai détesté le Gryffondor parfait, adulé par Dumbledore. Parce qu'il était aux antipodes de ce que j'étais, moi, et que même le jour où les Malfoy ont été confrontés à la justice, il a trouvé le moyen de nous défendre. Dans un ultime sursaut de pitié et de grandeur d'âme.

– Et maintenant ? s'enquit Harry avec une timidité mal camouflée.

Drago reste silencieux alors qu'il soulève la théière infusée et les sert tous les deux.

– Si tu pensais tout ça avant de partir, tu ne vas pas me faire croire que tu as changé d'avis en...

– Arrête de parler, Potter, le coupe Drago en soupirant. »

Il pose sa main sur la cuisse d'Harry et y cherche ses doigts dans lesquels il entrelace les siens. Harry, figé, songe à faire preuve d'une couardise extrême en se levant d'un bond et en quittant l'endroit aussi vite que possible. Mais Drago tourne son visage vers lui et plante ses yeux dans les siens. Il ne sourit pas, n'a pas l'air triste, ou gêné.

Il ne laisse aucune émotion transparaître, mais Harry n'en a pas besoin. Il s'accroche simplement à ce rivage bleu-gris intense qui lui rend tout le courage qui lui fait défaut. Et il serre sa main contre celle de Drago alors qu'il attrape sa tasse et se met à siroter son thé laiteux.

Dehors, les guirlandes clignotent et les chants de Noël s'élèvent dans les airs. Sous les toits couverts de neige, on prépare les réjouissances. Mais rien, de tout ce bonheur environnant, ne peut égaler la chaleur enivrante qui se diffuse d'un cœur à l'autre par ce contact étourdissant.

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