Avertissement : noté M pour une bonne raison (Gon/Killua).
Bizarre et Embarrassant
La première fois que Gon aperçut Killua, il pensa que son skateboard était drôlement cool et que Leolio n'avait pas le droit de lui dire que c'était de la triche, Satotsu avait été clair sur les règles de l'épreuve. Lorsque le garçon aux cheveux blancs comme neige ralentit pour être à son niveau, l'odorat de Gon capta le parfum le plus délicieux qu'il ait jamais senti sur un humain. Il allait l'inhaler à plein poumon quand il fut distrait par la figure acrobatique que l'autre réalisa avec son skate. Trop classe ! Gon avait souri à l'autre garçon qui s'était présenté d'un air nonchalant, ses orbes bleu foncées prudentes. Une heure plus tard, lorsqu'il s'exclama à quel point sa canne à pêche était cool, Gon sut sans le moindre doute que Killua allait devenir important pour lui.
Cette certitude fut confirmée plus tard ce jour-là, quand il lui proposa d'explorer le dirigeable avec lui. C'était la première personne que rencontrait Gon qui partageait le même sens de l'aventure que lui ! Un garçon de son âge en plus ! Il avait tellement rit aujourd'hui grâce à Killua et il ne pouvait pas s'empêcher d'être curieux à son sujet. Il était si différent des gens de son île. Sa peau était pâle comme de la porcelaine, ses yeux profonds et secrets et tout ce que Gon souhaitait, c'était caresser ses cheveux argentés qui paraissaient si soyeux par rapport aux siens.
Son odeur était enivrante mais Gon ne parvenait ni à distinguer le bruit de ses pas, ni le son de sa respiration. Surtout, son instinct lui chuchotait que Killua était fort et dangereux mais pas méchant pour autant. Vraiment, lorsque le garçon pâle lui raconta que sa famille était composée de tueurs à gages et que par extension il l'était aussi, il se sentit simplement plus intrigué par lui. Et juste comme ça, Gon décida que Killua était désormais son meilleur ami.
Le reste de l'examen Hunter n'avait fait que renforcer leur lien naissant et en moins d'une semaine, le garçon aux cheveux blancs ébouriffés était devenu aussi important pour lui que les deux seuls membres de sa famille qu'il connaissait. Se réveiller et apprendre les circonstances de sa disqualification à l'épreuve finale avait rendu Gon fou de rage. Comment ce Illumi osait affirmer que Killua était indigne d'avoir des amis ? Qu'il ne pouvait pas être son ami ?! C'était tellement faux et absurde et impensable ! Ils étaient devenus amis quasi immédiatement et Gon n'était absolument pas prêt à le laisser partir de si tôt. Ils venaient à peine de se rencontrer et le garçon à la chevelure vert foncé sentait qu'ils avaient encore de nombreuses aventures à vivre ensemble. Ce fut sans y penser à deux fois qu'il se précipita vers la salle où les autres candidats assistaient à la présentation.
Le même instinct qui l'avait attiré vers Killua le fit détester Illumi comme nul autre auparavant. Gon ne se reposerait pas tant qu'il n'arracherait pas son ami aux griffes manipulatrices de sa famille. Ils ne méritaient pas quelqu'un comme Killua et le garçon têtu ferait tout ce qui était en son pouvoir pour le récupérer.
Cela lui prit des semaines, mais finalement, en compagnie de Leolio et Kurapika, Gon parvint à rejoindre son ami. Seul la joie visible de Killua de le revoir réussit à apaiser sa colère face à la myriade d'ecchymoses qui jonchaient son corps. Quelque chose à leur sujet était faux et Gon se promit que son ami n'aurait plus jamais à demeurer impuissant face à ce genre de blessure. Pour l'instant, il allait profiter autant que possible de lui.
/ ~ \ / ~ \ / ~ \ / ~ \
La plupart du temps, Gon n'avait pas conscience d'être un garçon très bizarre. C'était juste qui il était et il s'arrêtait rarement pour faire de l'introspection ou même pour réfléchir avant d'agir. Il était un mélange d'instinct, de curiosité, de détermination, de joie de vivre, obsédé à l'idée de devenir toujours plus fort. La seule chose qui le terrifiait vraiment, c'était la possibilité d'être trop faible pour protéger ses proches. Et même alors, il préférait mourir au combat plutôt que d'abandonner ou d'être paralysé par cette peur. Le reste constituait seulement une aventure passionnante pour lui. À cet égard, Gon ne réalisa pas tout de suite que sa manière d'agir avec Killua devenait vraiment bizarre, même pour lui.
D'abord, le jeune Hunter ne supportait plus de ne pas savoir où se trouvait son meilleur ami. Lorsqu'il n'était pas ensemble, Gon avait toujours cette démangeaison à l'intérieur de lui qui murmurait que quelque chose de vital manquait. Luttant inconsciemment contre cette sensation désagréable, il avait simplement pris l'habitude de se séparer le moins possible de Killua. Cela signifiait que les rares fois où ils ne dormaient pas au même endroit, le garçon aux cheveux verts finissait invariablement par le rejoindre, quitte à dormir sur le plancher. Au début, l'ancien assassin râlait pour la forme mais il avait fini par l'accepter comme l'une des innombrables excentricités de son ami, et à présent, il ne s'embêtait même plus à réserver deux chambres.
Bien sûr, cela ne s'arrêtait pas là. Avec son désir d'être toujours plus proche, Gon s'était retrouvé à vouloir que Killua lui fasse confiance. Véritablement confiance avec toutes les fibres de son être. Il savait qu'il était l'un des rares avec lequel le garçon à la peau pâle se permettait de baisser sa garde et de s'endormir, mais cela ne suffisait pas à Gon. Il souhaitait que Killua accueille ses étreintes sans se crisper, qu'il ne sursaute pas quand leurs mains s'effleurent, qu'il accepte sans gêne que Gon pansent ses blessures. Plus que tout, il désirait que l'autre garçon l'autorise à le réconforter après ses nombreux cauchemars.
Jamais celui à renier ses envies, Gon avait lentement apprivoisé son meilleur ami. Commençant avec de fréquentes luttes ludiques, cela évolua en combat de chatouille puis en touche amicale de plus en plus longue. Un jour, Gon avait demandé à Killua de lui laver le dos pendant leurs bains partagés et lui avait offert de rendre la pareille. Progressivement, Killua s'était habitué à la tendresse du garçon à la peau dorée et maintenant, il n'avait aucun complexe à ce que Gon lui lave les cheveux et les sèche lorsque l'envie lui en prenait. Il n'hésitait plus à s'appuyer sur lui ou à lui rendre un câlin. Mieux encore, il ne se réveillait même plus lorsque Gon le prenait dans ses bras la nuit lorsqu'il commençait à s'agiter. Killua se contentait de se blottir contre l'autre garçon et de continuer à dormir sans qu'aucun cauchemar ne le perturbe.
Gon adorait cela quand il dormait dans le même lit, collés l'un à l'autre, les mains entrelacées. Le matin, Killua avait son odeur accrochée à tous les pores de sa peau et cela rendait Gon chaud et satisfait de la vie. Cerise sur le gâteau, il pouvait sentir en retour Killua partout sur lui et ça annonçait toujours une journée formidable. Naturellement, l'autre Hunter se plaignait constamment que Gon était un tel pot de colle et qu'il volait sans cesse la couverture mais malgré ses incessantes jérémiades, il n'avait jamais vraiment chassé l'autre garçon.
Aussi, Gon avait rapidement appris que si la bouche de Killua disait une chose, en général, ses prunelles saphirs en révélaient une autre. Ainsi il avait compris qu'à chaque fois qu'il le traitait d'idiot, en réalité, Killua voulait dire ne change pas. Pareil quand il lui criait d'arrêter d'être aussi bizarre et embarrassant, en vérité ce qui émanait de ses yeux était moi aussi je ne veux jamais te quitter.
Vraiment, Killua était juste devenu indispensable à sa vie. C'était sa personne préférée au monde, aussi simple que cela. Il s'amusait tellement avec lui et ils pouvaient se comprendre d'un simple haussement de cils. Ils riaient pour les choses les plus stupides et partageaient tous : de leur argent à leur brosse-à-dent. Killua le protégeait quand il devenait imprudent et Gon le motivait lorsqu'il se décourageait. Même au plus fort du danger, Gon se sentait comme à la maison avec son meilleur ami à ses côtés. Ils formaient un tout si bien assorti que le jeune Hunter aux cheveux verts ne remit pas du tout en question ses agissements envers Killua. Il fallut en fait une question anodine de Leolio pour que les choses commencent à s'éclaircir dans le cerveau de Gon.
" Alors, toujours pas de petites-amies pour vous deux ? "
Le jeune Hunter avait nié en riant et lui avait retourné la question. Le reste de la conversation téléphonique avait été constitué du récit détaillé des rendez-vous de Leolio avec une autre étudiante de médecine. Plus tard, Gon repensa à cette histoire de petites-amies. Il n'en avait jamais eu, même s'il avait eu sa part de rendez-vous avec des femmes plus âgées dans son île natale. Son dernier était d'ailleurs avec Pâmu lors de la guerre contre les fourmis-chimères. Killua avait été tellement contrarié que Gon avait simplement décidé de rejeter les prochaines propositions qu'il recevrait. De toute façon, il n'avait pas besoin de petite-amie, il avait déjà Killua avec qui passer tout son temps.
Et ce fut à cette pensée que tout se mit en place dans son esprit, comme le dernier morceau d'un puzzle. Tante Mito lui avait appris qu'il fallait être amoureux et disponible pour s'engager sérieusement avec quelqu'un. Qu'au moment de rencontrer sa personne spéciale, il voudrait être constamment avec elle, prendre soin d'elle, la toucher. Son cœur battrait plus vite et son estomac ferait des loopings. Surtout, il ne voudrait jamais la quitter.
Gon ouvrit grand sa bouche d'étonnement. Cela correspondait parfaitement. Il était amoureux de Killua depuis le début ! Il ignorait que c'était possible de tomber amoureux d'un autre garçon ! Tante Mito avait toujours parlé des couples comme étant un homme et une femme, était-il possible que deux hommes puissent être en couple ? Et puis il rejeta rapidement cette interrogation. Lui et Killua étaient déjà un couple. Ils étaient partenaires dans tous les sens du terme. Ils dormaient la plupart du temps collé l'un à l'autre, se douchaient souvent ensemble, partageaient leurs repas, avait un compte bancaire commun. Ils avaient même eu leur part de rendez-vous amoureux ! Ces fois-là au parc d'attractions, à la mer, au restaurant, ou juste eux deux regardant les étoiles... Vraiment, la seule chose qu'ils ne faisaient pas c'était s'embrasser et c'était parce qu'ils avaient encore douze ans.
Gon sourit à la lune qui éclairait leur campement, émerveillé par cette révélation. Killua dormait profondément, sa tête appuyée contre son épaule, sa bouche entrouverte laissait passer un mince filet d'air, totalement confiant que Gon ne le blesserait jamais et le garderait en sécurité. Une vague d'amour le submergea en admirant cette peau pâle et ces cheveux argentés. Ce garçon fort et magnifique était à lui, réalisa le jeune Hunter. Sien pour le chérir, le protéger, le faire rire, le soutenir, l'aimer, le toucher... Comment ne l'avait-il pas compris plus tôt, se fustigea-t-il. C'était si évident maintenant qu'il avait trouvé les mots pour expliquer ses sentiments et son comportement. Ravi, il déposa un baiser léger sur le front de son meilleur ami. Killua frissonna au contact et se rapprocha de sa chaleur, blottissant son nez contre sa clavicule. Gon l'enlaça et respira l'odeur sucrée de ses cheveux blancs ébouriffés. Oui, Killua était à lui et personne ne le lui enlèverai jamais, se promit-il en fermant les yeux.
Les semaines qui suivirent n'étaient pas différentes pour les deux garçons et pour cause, la réalisation de ses sentiments n'avait rien changé pour Gon. Il travaillait, s'amusait et s'entraînait toujours avec Killua. Il le touchait dès que l'occasion se présentait, lui démêlait les cheveux et pêchait pour lui. Vraiment, la seule chose qui différait c'était que maintenant, quand il disait à Killua à quel point il était heureux de l'avoir rencontré, il ajoutait je t'aime. En général, c'était suivi par un coup de poing de l'ancien assassin et de son profond rougissement. Il marmonnait d'arrêter d'être aussi bizarre et embarrassant mais Gon pouvait juste voir comment il appréciait secrètement cela. À aucun moment, il ne douta que Killua ne soit pas amoureux de lui en retour. C'était dans chacune de ses actions.
La manière dont il le protégeait si férocement, ou comment tous ses désirs passaient en premier. Quand il lui cédait le dernier chocolat de son paquet ou comment il se penchait à son contact. Le fait qu'il avait immédiatement accepté de l'accompagner dans ses aventures, même après qu'il ait trouvé Ging. Ou encore lorsqu'il avait laissé Gon mutiler ses mains presque au-delà de la guérison pour un simple match dans un jeu vidéo. Sa façon de ronronner quand Gon lui caressait les cheveux et comment ses orbes saphirs criaient pratiquement que son meilleur ami était la lumière de sa vie. Comment il avait défié toute sa famille, alors qu'Illumi le terrifiait plus que tout et kidnappé Alluka juste pour le guérir. Killua ne savait peut-être pas l'exprimer avec des mots mais Gon n'avait jamais eu besoin d'eux pour le comprendre.
C'était clair dans sa tête. Limpide. Définitif. Killua était à lui et il appartenait à Killua. Ils allaient ensemble comme l'hameçon et l'appât, le Ten et le Ren, le soleil et la lune. Ils étaient peut-être deux garçons mais ça n'avait pas d'importance pour Gon. C'était avec lui qu'il souhaitait passer le reste de sa vie et un jour prochain tout le monde le saurait sans aucun doute, y compris Killua. Pour l'instant, ça lui suffisait que ce ne soit que lui. Le jeune Hunter était heureux de laisser les choses avancer à leur rythme, Killua finirait bien par réaliser la profondeur de leur relation, ce n'était pas comme si Gon le cachait. Vraiment, ils avaient tout le temps du monde.
/ ~ \ / ~ \ / ~ \ / ~ \
/ ~ \ / ~ \ / ~ \ / ~ \
Killua était foutu, tellement foutu. Comment allait-il se sortir de cette situation ? Il avait essayé tous les trucs qu'il avait lu sur le Net mais le problème persistait. Pire, il s'aggravait. Si au début cela n'avait été qu'une réflexion passagère, c'était devenu une véritable obsession de chaque instant. Et maintenant, il n'y avait plus rien pour le distraire. Gon et lui avaient terminé leur dernière mission il y a deux jours et Alluka, sa petite sœur, leur avait proposé de prendre des vacances dans cette station balnéaire huppée. Les deux adolescents, enroulés autour du doigt de la plus jeune, n'avaient pas pu refuser et les voilà dans un hôtel trois étoiles à attendre sa venue. Elle arriverait le lendemain soir par le dernier dirigeable et les garçons la récupéreraient à l'aéroport. Il était prévu qu'ils y restent un bon mois. Un mois à "se reposer" mais surtout, un mois à n'avoir aucune distraction à ses pensées perverses. Il était tellement foutu...
Tout cela était la faute de Gon et de sa personnalité atrocement tactile, se renfrogna l'ancien assassin en buvant son cocktail accoudé au bar. S'il ne le confondait pas avec sa peluche personnelle, Killua n'aurait jamais développé ses envies malsaines et contres natures. C'était juste que Gon le touchait constamment. Tout était une excuse pour que ses mains fortes et calleuses le frôlent, le chatouillent, le caressent... Cela avait été si insidieux que Killua ne l'avait même pas remarqué jusqu'à ce que dormir avec leurs bras enlacées soit tout à fait commun. C'était choquant, dans la mesure où Killua avait assimilé très jeune que tout contact était suivi de douleur. Cela avait laissé comme séquelle qu'il était farouchement protecteur de son espace personnel. Mais Gon, d'une manière ou d'une autre, s'était faufilé entre les mailles du filet jusqu'à ce que son contact soit accepté, apprécié, voulu puis désiré.
Et là était la clé du problème, n'est-ce-pas ? Il en voulait tellement plus à présent. Une étreinte ne lui suffisait plus, tout comme un massage de son cuir chevelu. Il désirait que les mains de Gon explorent chaque centimètres carrés de son corps, qu'il le marque pour qu'il y ait une trace indéniable de son passage. Il voulait sentir Gon partout sur lui, tester la saveur de sa bouche, connaître la sensation de sa langue. Seigneur, il désirait plus que tout toucher Gon en retour. Lécher la sueur des pectoraux et des abdos, s'imprégner de la senteur de sa peau dorée, enfouir ses doigts dans ses cheveux verts foncés qui défiaient la gravité. Merde, il avait à nouveau la trique en visualisant le corps nu et puissant de son meilleur ami. Les hormones étaient une chienne et il était tellement foutu.
Affectueux, inconscient et enfantin Gon. Il ne s'était bien sûr rendu compte de rien. Il insistait toujours pour qu'ils prennent leur bain ensemble alors que c'était le moment où la maîtrise de Killua était au plus bas. Il avait pu s'en tirer lorsqu'ils étaient en mission -faute de véritable salle d'eau- mais pas ici avec une baignoire qui relevait plus du jacuzzi. Gon avait été particulièrement insistant aujourd'hui et ils s'étaient pratiquement disputés quand il avait fermement refusé. Gon était finalement parti boudé dans la salle de bain et Killua s'était réfugié au bar de l'hôtel, complètement dégoûté de lui-même. Il avait dû flasher sa licence de Hunter lorsqu'on avait refusé de le servir mais même ainsi, le barman avait très peu chargé son cocktail. Si seulement il savait qu'il pourrait boire toute une bouteille cul sec et toujours assassiner tous les résidents de l'endroit sans qu'aucun cris ne retentissent. Sa famille y avait soigneusement veillé.
Mais cela était pour l'instant le cadet de ses soucis. Comment réagirait Gon en apprenant ses désirs pervers ? Ce n'était qu'une question de temps avec son attitude erratique des derniers jours. Serait-il horrifié ? Dégoûté ? S'éloignerait-il de lui ? L'idée même chassa immédiatement toute sensation d'excitation chez Killua. Que ferait-il sans Gon ? C'était... il était.. tout. Il n'avait pas les mots pour le décrire, il savait juste qu'il préférait être mutilé à mort plutôt que de le perdre. Il n'aurait plus aucune raison d'exister si son ami venait à ne plus faire parti de sa vie. Il ne voulait pas retourner à cette demi-vie gouvernée par sa famille où son âme avait été comme emprisonnée dans de la glace. Killua ferait tout pour éviter ce destin tragique, même ce qu'il s'était refusé jusqu'à présent.
Un site avait conseillé d'évacuer la pression avec quelqu'un d'autre que l'objet de son désir mais la suggestion faisait tellement ramper la peau de l'ex-assassin qu'il ne l'avait même pas considéré. Mais si c'était la seule solution ? S'il fallait coucher avec quelqu'un d'autre pour ne plus penser à Gon de cette façon ? Peut-être qu'il l'apprécierait, s'encouragea-t-il. Qu'est-ce qu'il y connaissait après tout ? Il était possible que ses sentiments malsains envers Gon provenaient du fait que c'était la seule personne à lui montrer un peu de douceur ?
Pinçant les lèvres, il pivota légèrement de sorte que sa posture soit plus ouverte. Il avait déjà repéré le groupe de trois filles qui le lorgnait depuis son arrivé. La plus âgée était à peine majeure et les deux autres un an ou deux plus jeune qu'elle. Il lança un sourire vide en direction de la petite brune et elle rougit immédiatement en baissant la tête. Killua s'empêcha de rouler des yeux et fit en sorte de paraître invitant. À l'intérieur, il se sentait nauséeux. Pas même cinq minutes plus tard, poussée par ses deux copines, elle s'approcha timidement et lui offrit un sourire embarrassé.
- Salut, tu attends quelqu'un ?
Le jeune Hunter secoua la tête et lui fit signe de s'installer à ses côtés. Il lui demanda si elle voulait un verre comme s'il récitait un script.
- J'ai dix-sept ans, je n'ai pas encore le droit d'acheter de l'alcool, d'ailleurs il semble que toi non plus, quel âge as-tu ?
- Seize, mentit-il et détrompe toi, je peux réussir à te commander n'importe quelle boisson du menu, flirta-t-il sans conviction.
À sa consternation, ça sembla marcher et elle se pencha vers lui, envahissant légèrement son espace vitale. Killua se tendit imperceptiblement, heurté par le parfum artificiel de la fille. Pour s'éloigner, il interpella le serveur pour une quelconque boisson alcoolisée. Heureusement c'était le même que tout à l'heure et il n'eut pas à ressortir sa licence. La fille le regarda avec admiration, les joues rouges et les yeux brillants. Elle s'empressa de prendre une gorgée de son verre, se rapprochant à nouveaux de lui. Merde, dans quel pétrin s'était-il fourré ? Devait-il vraiment faire ça pour préserver son amitié avec Gon ? Ça sonnait tellement faux de son point de vue. Les sourires vides, les conversations murmurées sans sens, le fait qu'elle se rapprochait de plus en plus jusqu'à poser une main sur son avant bras en riant sottement.
Killua se crispa complètement, son autre main se contractant par réflexe, transformant ses ongles en griffes mortelles prêtes à attaquer la personne qui avait osé le toucher, mais se retenant, se retenant, se retenant. Le contact était moite et pas bienvenu du tout, il manquait toutes les choses qui... Une explosion de Nen percuta ses sens comme un train de marchandise, brisant efficacement son dégoût. Elle provenait de l'entrée du bar-restaurant et avait le goût de la colère et du danger. Il reconnaîtrait cette aura entre mille, c'était celle de Gon lorsqu'il se préparait à combattre. Ce n'était pas la rage insensée dont il avait déjà été témoin, plus comme une fureur possessive que Killua n'avait ressenti qu'une seule fois auparavant, le jour où il avait évoqué l'idée de partir sans lui en voyage avec Alluka, un peu après avoir trouvé Ging. Gon avait été si furieux par cela, qu'ils s'étaient battus pendant des heures jusqu'à ce que sa petite sœur le convainque que ça ne la dérangeait pas si Gon se joignait à eux.
Tous les sens en alerte de n'importe quel danger, l'ex-assassin n'eut que le temps de se dégager de la caresse de la fille avant que son meilleur ami ne soit derrière lui, une main ferme agrippant sa nuque. De manière embarrassante, tout son corps se relaxa au toucher familier, ses griffes se rétractèrent et ses muscles se détendirent. Il recula même un peu plus contre le corps chaud, son aura répondant à celle Gon en s'élevant pour s'entremêler avec la sienne de façon apaisante. Le jeune Hunter ne dit rien, mais la fille assise en face pâlit brusquement et s'enfuit loin sans demander son reste. Killua ne s'en soucia guère, trop concentré à calmer l'autre adolescent et à essayer de trouver ce qui l'avait mis dans cet état. Avec son ami imprévisible, cela pouvait être n'importe quoi et déclencher les réactions les plus folles.
La main sur sa nuque remonta de quelques centimètres pour agripper la racine de son cuir chevelu et tira avec assez de force pour lui faire exposer sa gorge. Avec n'importe qui d'autre, l'assaillant de Killua aurait déjà été au sol dans une marre de son propre sang mais c'était Gon, l'exception à bon nombre de ses règles. Il en était au stade où cette action rude faisait frissonner Killua de contentement. Cela lui rappelait toutes leurs heures d'entraînements, toutes leurs luttes amicales qui se transformaient en combat de chatouille. Gon ne le blesserait jamais sérieusement et sentir ses doigts sur sa peau ainsi était comparable à une pure décharge de plaisir.
Finalement, l'autre garçon se pencha au-dessus de lui, des gouttes d'eau de ses cheveux verts foncés mouillés chutant sur son front pâle. Les perles saphirs rencontrèrent les orbes noisettes assombris par une émotion que l'ex-assassin ne parvenait à nommer. Gon le regardait avec cette sorte d'intensité qu'il ne réservait qu'aux choses qui lui tenaient vraiment à cœur. Lorsqu'il était dans cet état, tout disparaissait autour de lui pour ne laisser place qu'à son but. Il ne pouvait pas être plus éloigné du gamin insouciant et joviale de d'habitude. Merde, la queue de Killua commença à durcir dans son short. Comment ne s'était-il jamais rendu compte qu'un Gon en colère était mille fois plus attirant ? Il était tellement foutu.
- Qu'est-ce-que tu essayais de faire ? interrogea le jeune Hunter, la voix pas plus haute qu'un murmure.
Merde, merde, merde... Son rythme cardiaque s'accéléra dans sa poitrine, sa température corporelle grimpa d'un coup, sa bouche s'entrouvrit pour laisser sortir un souffle haletant, il sentit même ses pupilles se dilater. Muet et passif, le garçon au cheveux blanc continua à boire le visage de son meilleur ami. Désirable ne commençait même pas à le décrire.
- Tu ne sais pas que personne d'autre que moi n'a le droit de te toucher comme ça, Killua ? continua-t-il face à son silence.
Pour appuyer ses dires, Gon tira un peu plus fort sur ses cheveux, provoquant une tension réelle dans son cou cette fois. Un gémissement s'échappa des lèvres de Killua et ce n'était pas vraiment à cause de la douleur. Pour la première fois depuis que toutes ces envies et ces émotions s'étaient faites connaître, il songea qu'il avait peut-être fait fausse route. Gon ne le prenait pas seulement pour sa peluche personnelle. Il y avait peut-être une autre raison à son contact constant et à sa possessivité occasionnelle.
- Que ta peau est mienne pour caresser, marquer, embrasser ? Qu'aucune autre odeur que la mienne ne doit te contaminer ? gronda-t-il à son oreille.
Puis il attrapa son bras qui reposait sur le bar et le souleva jusqu'à sa bouche. Sans jamais le quitter du regard où relâcher sa prise, Gon lécha l'endroit exact que la fille avait touché, le nettoyant d'une manière qu'un bain ne pourrait égaler. Killua était complètement dur à présent, son cerveau brumeux et pourtant fonctionnant à toute allure, reliait les points entre eux pour révéler l'image qui était là depuis le début.
- Tu crois que je n'ai pas remarqué que tu évites mes câlins quand tu es réveillé, que tu détournes le regard quand je me déshabille devant toi, que tu te lèches les lèvres quand je m'entraîne.
Gon détendit un peu sa poigne de ses cheveux mais s'inclina encore plus vers lui, son souffle chaud effleurant son nez. L'esprit de Killua courcircuita au même moment qu'une vérité indubitable percutait enfin son cerveau. Je suis à lui.
- Tu crois que je suis aveugle pour ne pas voir la bosse dans ton short ? chuchota-t-il à même sa peau.
La main de Gon libéra son bras et se faufila jusqu'à sa mâchoire, son pouce calleux frôlant ses lèvres entrouvertes. L'ancien assassin ferma les yeux et se détendit encore plus dans le prise ferme de l'autre garçon. Il était en sécurité. Voulu. Chéri. Désiré. Gon l'avait comme jamais auparavant. Complètement en contrôle. Killua avait juste à se délecter de l'attention, à le laisser faire ce qu'il voulait. Plus de responsabilité. Seulement Gon importait.
- Il n'y a que moi pour te tirer ses réactions. Juste moi pour te faire gémir, ronronner, crier. Juste moi pour te toucher comme ça, revendiqua Gon de sa voix basse et légèrement grondante.
Killua se délita totalement, acceptant cette nouvelle réalité de toutes les fibres de son être. Il me veut, il m'aime, il l'a toujours fait...
- Gon... supplia-t-il, le cœur martelant dans sa poitrine. Il désirait tellement plus.
Impitoyable, la main calleuse descendit vers sa gorge, l'autre toujours accrochée à ses mèches, immobilisant complètement sa tête à son plus grand plaisir.
- À quoi jouais-tu avec cette fille, Killua ? J'ai failli la tuer quand je l'ai vu mettre ses mains sales sur toi.
Accablé de besoin et de désir, le garçon aux cheveux argentés ne remit plus en question ses sentiments. C'était Gon. Il lui appartenait depuis qu'il était venu le chercher à Kukuru mountain il y a toutes ces années. Il avait été stupide et aveugle pour ne pas comprendre le sens de ses actions et de ses paroles. C'était tellement évident maintenant que ses prunelles ambrées le fixaient avec cette lueur nue de désir et de possessivité. Killua avait été fou de même penser à aller voir ailleurs. Sa langue se débloqua enfin et il balbutia de manière pas très cohérente :
- Je suis désolé... désolé... je.. je suis à toi Gon.
Les yeux noisettes le brûlèrent de leur intensité et pendant une seconde, ses mains le tenaient tellement fort que son arrivée d'air fut coupée.
- Rien qu'à moi, confirma-t-il en relâchant lentement sa prise, son aura retombant dans un état un peu plus tranquille.
Et puis Gon s'éloignait loin de lui, les poings serrés et la démarche vive. Il était à la sortie du bar-restaurant en un clignotement de paupière. Le cerveau de Killua se remit progressivement en route, tout comme sa maîtrise de soi et sa capacité à respirer régulièrement. L'aura dominante de son meilleur ami l'avait complètement ébranlé et il ne s'était jamais senti plus libre que sous son emprise. À un cheveux de jouir dans ses vêtements, il prit le temps de se calmer suffisamment pour analyser ce qu'il venait de se produire. Merde. Comment avait-il pu être aussi stupide ?! Toutes ces fois... il secoua violemment la tête et se leva d'un bond. Il avait déjà perdu assez de temps à se torturer pour quelque chose qu'il détenait apparemment déjà. Killua se précipita à la poursuite de la personne la plus importante de sa vie, désirant plus que tout ressentir à nouveau ce plaisir électrisant.
/ ~ \ / ~ \ / ~ \ / ~ \
Gon n'était pas connu pour sa maîtrise de soi, mais même lui devait s'avouer qu'il avait peut-être été excessif avec Killua. Il fallait dire que son meilleur ami avait agi d'une drôle de façon ces dernières semaines. Lunatique au possible, il semblait balancer entre se complaire dans les câlins de Gon et tressaillir à chaque fois que leurs peaux se touchaient. Ses prunelles saphirs le dévoraient du regard et pourtant il faisait tout pour qu'ils ne se retrouvent pas nus ensemble. Cela contrariait vraiment Gon. Pour lui ça faisait des années qu'ils étaient en couple et il ne comprenait pas cette soudaine pudeur et ce besoin de Killua de s'isoler. Surtout qu'il avait bien remarqué que l'autre garçon mourrait d'envie de l'embrasser et ce n'était pas Gon qui allait l'en empêcher !
Ils n'étaient plus des enfants de douze ans et Killua était à couper le souffle. Il ne comprenait pas ce qui gênait tant l'ancien assassin à ce sujet. Le corps de Gon changeait aussi, lui aussi éprouvait de nouvelles envies, fasciné par la silhouette ciselée qu'il admirait chaque fois qu'il en avait l'occasion. Il avait mit un peu de temps à relier le durcissement de son sexe à son désir pour Killua mais à présent c'était presque une sensation familière. Et il savait que l'autre adolescent rencontrait le même phénomène que lui.
Le jeune Hunter avait pensé que le comportement étrange de son meilleur ami était peut-être causé par leur mission. Ils n'avaient aucun moment d'intimité et Killua était très gêné à chaque fois que Gon exprimait son affection ouvertement. Il supportait à peine les baisers sur le front, alors il n'avait même pas essayé de l'embrasser sur la bouche, convaincu que Killua ferait le premier pas quand il serait à l'aise. La proposition d'Alluka était donc parfaitement bien tombée. Un mois de vacances en amoureux leur ferait un bien fou et leur permettrait d'explorer cet aspect physique de leur relation en toute tranquillité. Gon avait insisté pour s'occuper lui-même des réservations et avait fait en sorte de choisir l'une des chambres les plus romantiques pour eux deux. Il avait même prévu un dîner dans un restaurant où les desserts étaient censés être les plus succulents de la région pour leur premier soir.
Gon était extatique et certain qu'un bain était juste ce qu'il fallait pour détendre Killua avant le dîner mais ce dernier avait refusé tout net de le rejoindre. Pour la première fois, l'ex-assassin avait résisté à ses supplications, ses moues et sa plaidoirie. Ce n'était jamais arrivé avant ! Killua avait toujours cédé, sauf si c'était pour protéger sa vie. Réellement accablé, Gon était parti se réfugier dans la salle de bain pendant que Killua claquait la porte de leur chambre d'hôtel. Cela ne lui ressemblait tellement pas. Ils faisaient tout ensemble normalement, c'était leur manière de fonctionner depuis des lustres. Pourquoi cherchait-il à s'éloigner de lui maintenant ? Pourquoi ses prunelles saphirs exprimaient-elles autant de culpabilité et de dégoût de soi ? N'avait-il pas été assez clair sur ses sentiments ? Gon lui avait montré de toutes les manières possibles et imaginables qu'il l'aimait et le désirait et ne voulait jamais le quitter. Pourquoi soudainement Killua rejetait aussi durement leur proximité ? C'était à n'y rien comprendre !
Maussade, Gon avait pris une douche brûlante et enfilé les premiers vêtements qui lui tombèrent sous la main, ne prenant même pas la peine d'essorer ses cheveux. Il était déterminé à trouver Killua et à clarifier la situation. S'il fallait pour cela dire -avec des mots- à quel point il le trouvait beau et désirable et mourrait d'envie de l'embrasser jusqu'à ce qu'il n'ait plus d'oxygène dans ses poumons, qu'il en soit ainsi. Dans le couloir de l'hôtel, il avait reniflé l'air et suivi l'odeur unique et délicieuse de son meilleur ami jusqu'au rez-de-chaussée, à l'entrée de l'air de restauration. Il l'avait tout de suite repéré accoudé au bar avec une fille inconnue discutant avec lui.
Gon connaissait trop Killua pour ne pas déceler son attitude faussement relaxée. Il lançait des sourires vides à la fille et faisait semblant de s'intéresser à ses paroles. Killua essayait clairement d'obtenir quelque chose d'elle mais Gon ne parvenait pas à dire quoi. En attendant, la fille brune était complètement charmée et se rapprochait de plus en plus de lui jusqu'à le toucher. Gon vit Killua se tendre imperceptiblement, les ongles de sa main droite se transformant en une fraction de seconde en griffes acérées. C'était ce qui arrivait à chaque fois que quelqu'un d'autre que lui touchait la peau de Killua. Gon était habitué à cette réaction et au recul instinctif de l'autre garçon, après tout, il n'y avait que lui qui avait la permission de le faire. Mais cette fois-là, il n'eut aucun mouvement de recul et Killua regarda sans rien faire la main de la fille pendant une seconde, deux secondes, trois secondes...
Gon le perdit complètement. C'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. Toutes ses frustrations remontèrent à la surface dans un déluge de possessivité et de revendication. Killua était à lui et il n'allait pas le laisser en douter un instant de plus ! Si cette fille ne retirait pas tout de suite ses mains indignes, il allait faire un carnage. Killua était sien, à personne d'autre et il comptait bien le lui démontrer clairement. Il se laissa pleinement guider par son instinct et ne reprit le contrôle de son tempérament que lorsque la bouche du garçon à la chevelure argentée exprima pour la première fois à voix haute les sentiments de ses orbes saphirs.
" Je suis à toi Gon."
Et parce qu'il connaissait parfaitement son meilleur ami, le jeune Hunter se rendit compte que Killua venait lui-même d'en prendre conscience. Qu'il n'avait pas compris qu'ils formaient un couple depuis des années et que lorsque Gon disait qu'il l'aimait, c'était plus qu'en tant qu'ami. Cette vérité le révolta tellement qu'il faillit étrangler Killua dans sa fureur. Seul la soumission absolue de l'ancien assassin, le fait qu'il ne s'était pas une seule fois débattu dans sa prise le calma assez pour qu'il parvienne à le relâcher et à s'éloigner de lui avant qu'il ne fasse quelque chose d'encore plus excessif.
Au final, se dit-il en regagnant la chambre d'hôtel, c'était sa faute. Gon n'avait pas su montrer l'importance de son meilleur ami pour lui, n'avait pas réussi à exprimer correctement ses sentiments. Il savait que Killua venait d'une famille où l'amour était une émotion inconnue. Que l'ex-assassin avait en outre une image tellement biaisée de lui-même qu'il ne croirait jamais que quelqu'un pourrait l'aimer de cette façon. Mais que devait-il faire pour que Killua comprenne véritablement ? Il avait admis qu'il appartenait à Gon mais savait-il que Gon lui appartenait tout autant ? Que c'était sa personne préférée au monde, qu'il ferait absolument n'importe quoi pour le garder à ses côtés, qu'il préférait perdre à nouveau son Nen plutôt que de vivre sans lui ?
Des larmes de frustration débordèrent de ses yeux et Gon les essuya furieusement en se laissant tomber sur l'énorme lit. Ce n'était pas le moment de pleurer. Il devait réfléchir. Trouver un moyen de faire comprendre à Killua son importance, sa nécessité. Quelque chose qui serait clair et limpide pour tout le monde, même l'ancien assassin obtus. Quelque chose qui prouverait leur lien au-delà de tout doute. Et puis Killua entra à son tour dans la chambre et leurs yeux se croisèrent. Les ambrées bordées de rouges et les saphirs penaudes et incertaines. Juste à ce moment-là, Gon sut exactement ce qu'il lui restait à faire.
- Je suis un idiot, déclara Killua en s'avançant jusqu'à se tenir à moins d'un mètre du lit.
Gon acquiesça, car c'était la pure vérité. Même si c'était la faute des Zoldik en premier lieu, il avait fallu être aveugle et sourd pour ne pas réaliser qu'il était fou amoureux de lui depuis quasiment leur rencontre. Killua se cacha derrière sa frange tandis qu'une coloration rose se répandait sur ses joues.
- Je pensais que c'était juste dans ton caractère, que ça n'avait rien avoir avec moi en particulier. Mais je sais maintenant, affirma-t-il en se redressant, le visage résolu. Et j'accepte et je veux.
Gon se lécha les lèvres et immédiatement les yeux bleus se fixèrent sur le mouvement.
- Qu'est-ce-que tu veux ? le défia-t-il à voix basse, toujours à demi allongé.
La bouche de Killua s'entrouvrit et son corps frissonna en s'approchant de lui d'un pas. Il était tellement réceptif, tellement avide de contact.
- Toi. Seulement toi, Gon. Ça n'a toujours été que toi.
- Idiot, murmura le jeune Hunter. Je suis à toi depuis le début. Ça fait des années que nous sommes en couple. On s'est jamais quittés, on fait tout ensemble et je te dis je t'aime d'une manière ou d'une autre presque tous les jours. Bon sang, tu m'as montré que tu m'aimais un nombre incalculable de fois en retour. La plupart de nos amis nous appellent "les amoureux" tellement c'est évident. Alluka m'a même demandé quand j'allais t'épouser. Alors qu'est-ce que tu veux de plus Killua ?
L'autre adolescent écarquilla les yeux de stupeur. Il n'avait pas encore tout à fait réalisé l'ampleur de son déni. Il avait été si sûr que personne ne pouvait l'aimer de cette manière.
- Je suis vraiment un idiot, n'est-ce pas ? soupira-t-il en s'affaissant sur le lit à côté de lui.
Gon ne put s'empêcher de sourire à cela.
- Oui, mais tu restes mon idiot, rappela-t-il en lui donnant un coup de coude taquin.
Ils demeurèrent silencieux pendant quelques minutes après cela et Killua finit par se pencher vers lui et poser son menton sur son épaule.
- Si nous sommes en couple depuis tout ce temps, pourquoi tu ne m'as jamais embrassé ? interrogea-t-il doucement, son souffle heurtant la peau sensible de Gon.
Le jeune Hunter se redressa jusqu'à surplomber son meilleur ami qui venait de véritablement accepter qu'ils étaient ensemble de toutes les manières possibles. Son visage était détendu, confiant et affectueux comme il ne s'autorisait à l'être qu'avec lui. Killua avait cette lueur dans le regard qui criait que Gon était le soleil de sa vie mais qu'il comprenait aussi être tout autant indispensable. Gon expira de soulagement face à cette preuve indéniable, une tension se dénouant dans sa poitrine. Cela avait pris des années, il n'aurait jamais imaginé que le garçon si clairvoyant pour tout le reste mettrait autant de temps à réaliser l'évidence. C'était quelque chose de si naturel pour lui qu'il n'y réfléchissait pas au quotidien, comme on ne pensait pas à sa respiration. C'était juste là, présent, facile, vital. Après un long moment de contemplation, Gon décida d'ignorer la question au profit d'une autre beaucoup plus intéressante à son sens.
- Tu veux que je t'embrasse maintenant ?
Killua répondit avec ses yeux. Oui, oui, oui, s'il te plaît.
Cela lui coupa le souffle et ses doigts bougèrent d'eux-mêmes pour caresser les mèches argentées soyeuses. Comme à chaque fois, le corps de Killua fondit totalement à ce geste et ses yeux s'adoucirent de cette façon qui murmurait à quel point il aimait Gon. Il embrassa son front, juste pour lui rappeler le nombre de fois qu'il avait fait ce même geste et comment Killua réagissait -mal- à cela quand il était éveillé. Cette fois-ci, les prunelles saphirs s'illuminèrent de compréhension et il lui offrit un sourire penaud. Bien. Lui aussi pouvait se faire comprendre sans mots avec de la peine. Les lèvres de Gon descendirent délicatement jusqu'à son nez pointu et déposèrent un baiser papillon dessus, il fit de même sur les deux joues rosées de Killua. Il laissa traîner son nez sensible sur la peau ivoire, se droguant du parfum capiteux.
Sa main gauche était toujours enfouie dans les mèches blanches et la droite remonta lentement le long du ventre plat, du torse finement musclé, du cou, jusqu'à la mâchoire qui perdait lentement les rondeurs de l'enfance. Tout au long du mouvement, la respiration de l'ex-assassin s'accéléra, ses yeux bleus à demis-fermés, perdus dans les sensations que Gon provoquait. Il était si réceptif, si ouvert... le jeune Hunter n'avait jamais rien admiré de plus magnifique, son cœur menaçait d'éclater dans sa poitrine face au déluge d'émotion soudain. Sa bouche arrêta sa progression, à quelques millimètres de celle de son meilleur ami. Un faible gémissement de protestation s'échappa du souffle haché de Killua et il rouvrit les yeux. Les prunelles ambrées capturèrent les saphirs, leurs intensités incendiant presque sa peau.
- Gon... implora-t-il, à peine cohérent. Il exploserait si l'autre adolescent ne brisait pas cette tension insoutenable tout de suite.
Et puis la bouche de Gon s'écrasa contre la sienne, toute prétention à la douceur envolée. Ses mains tirèrent et agrippèrent, les rapprochant encore plus. Affamé, ses dents mordillèrent les lèvres fines, sa langue sortant pour goûter leurs saveurs. Dès que l'occasion se présenta, Gon pénétra dans l'autre cavité, explorant, suçant, revendiquant. Il n'y avait aucune bataille pour le contrôle, Killua absorba toute l'attention et se donna en retour avec un abandon qui rendit frénétique Gon. Il chevaucha l'autre garçon pour avoir un meilleur accès et approfondit le baiser, sa queue plus dure que jamais pulsant dans son short.
Il ne pouvait pas avoir assez de Killua. Son odeur unique, sa chaleur brûlante, sa peau si douce, ses cheveux soyeux et ses gémissements tellement nécessiteux saturaient tous ses sens. Gon réussit à se détacher de cette bouche succulente uniquement à cause du manque d'oxygène de son meilleur ami. Incapable de s'aider lui même, il se mit à lécher les joues rouges, ses doigts entremêlées dans la chevelure argentée sauvage. Haletant tous les deux, les mains de Killua allèrent s'agripper à son débardeur. Leurs bassins commencèrent à se frotter ensemble, des pics de plaisir traversant leurs corps de part en part. Le gémissement aiguë qui s'échappa des lèvres gonflées rendit fou Gon et il se remit à l'embrasser avec ardeur, plaquant Killua sur le matelas pour qu'il soit incapable de s'y soustraire. Son front, son nez, ses pommettes, sa mâchoire, sa bouche, son cou, aucun centimètre de peau ne fut oublié.
Killua se cambra sous le poids qui l'épinglait au lit, exposant l'arc éthéré de sa gorge, réclamant plus. Gon ne put y résister et suça fort pour laisser une marque que tout le monde pourrait voir. La soumission totale de ce garçon fort et indépendant augmentait encore plus son désir insatiable. Il n'y avait que lui pour faire gémir ainsi Killua, pour savourer sa peau et écouter ses suppliques étranglées. Guidé par son instinct, Gon se frotta plus durement contre son meilleur ami et mordit vivement à la jonction du cou et de l'épaule. Killua cria, ses doigts déchirant son haut en lambeaux, révélant les muscles dorés perlés de sueur. Leurs regards se croisèrent lorsque Gon le relâcha et le temps s'arrêta pendant une, deux, trois secondes. Killua explosa en un million de morceaux, jouissant si violemment que ses yeux roulèrent dans leur orbite. Le spectacle était si magnifique et intense qu'il ne fallut pas plus à Gon pour le suivre.
La passion des deux adolescents se termina aussi soudainement qu'elle avait débuté, chacun assouvi d'une manière qu'ils n'avaient jamais expérimenté mais qui fonctionnaient parfaitement pour eux. Un fois leurs tremblements calmés, Gon les déplaça tendrement sur le lit de sorte que Killua soit pelotonné dans son étreinte. Leurs jambes s'entremêlèrent comme elles l'avaient fait un centaine de fois auparavant et le torse de Gon se colla au t-shirt humide de son meilleur ami. Lentement, leurs souffles pantelant s'apaisa et leur conscience s'alourdit de contentement et de sommeil.
- On devrait pas s'nettoyer ? marmonna Killua déjà à moitié endormi. La sensation dans son short commençait à devenir inconfortable.
- Hum... non, l'odeur est incroyable, refusa-t-il, tout aussi groggy.
- T'es tellement bizarre, soupira l'ex-assassin.
Gon blotti son nez dans les cheveux blancs comme neige, un sourire béat étirant ses lèvres.
- Moi aussi je t'aime Killua.
- Bizarre et embarrassant, continua-t-il à divaguer. Heureusement que j't'aime aussi idiot.
Et parce que Gon n'accordait pas beaucoup d'importance aux mots eux-mêmes, il ne se rendit même pas compte que c'était la première fois que Killua les prononçait vraiment. Pour lui, cela avait été un sous-texte de chaque action de l'autre garçon depuis des années. Alors, sans relever, il sombra dans un sommeil paisible et Killua ne l'en aima que plus.
Salut à tous ceux qui sont arrivés jusqu'ici ! Je renoue enfin avec la publication après ces années d'absence dans un autre fandom et un style différent. Je suis friande de Yaoï en ce moment et je me tâte depuis longtemps pour en écrire, curieusement ce sont Gon et Killua qui m'ont le plus inspirés, ce couple est tellement sous-représenté dans ce site. J'apporte une pierre à l'édifice on dirait u_u
Quoiqu'il en soit, j'ai hâte de savoir ce que vous en avez pensé, vos commentaires me manquent...
À bientôt !
Boulouakoulouzek
