Disclaimer : Once Upon A Time est l'oeuvre d'Edward Kistis et d'Adam Horowitz. The Tudors est celle de Michael Hirst.
Résumé : Etre la quatrième épouse d'Henry VIII était déjà effrayant en soi et la reine Regina ne pouvait pas non plus se tourner vers sa sœur aînée pour du réconfort. Zelena n'avait jamais accepté de n'être que l'autre fille Mills.
Note de l'auteur : Cette vignette est une réponse au défi d'écriture n°115 de la page Facebook « Bibliothèque de Fictions ». Les conditions étaient : cent mots minimum, écrire un AU historique, par exemple Louis XIV roi de France en 2020, Cersei Lannister tsarine de Russie à la place de Catherine II...
L'autre fille Mills
Assise sur son trône, regardant les courtisans danser au son de Greensleeves, un air que son époux avait composé, la reine Regina masquait derrière un voile de dignité un ennui profond.
Elle n'était pas heureuse dans son mariage.
L'union avait été purement politique.
Après avoir divorcé de Catherine d'Aragon, après avoir fait exécuter Anne Boleyn, après avoir perdu Jane Seymour de la fièvre puerpérale, Henry VIII avait suivi le conseil de Thomas Cromwell et avait épousé la princesse Regina, fille unique du prince Henry et de sa femme, la princesse consort Cora.
Regina y était allée la peur au ventre. Partout, on disait du roi d'Angleterre que c'était un ogre, Néron réincarné. Henry l'avait accueillie avec beaucoup d'entrain et la traitait avec respect. Mais il n'y avait pas d'amour. Le lit conjugal ne servait pas de couche où y allonger la passion mais juste d'un autel où le monarque espérait ensemencer sa jeune épouse. Après tout, il n'avait qu'un seul fils et il fallait un duc d'York au royaume. Oui, Henry passait du temps avec elle, lui offrait des petits cadeaux, semblait satisfait de son esprit mais Regina savait qu'elle ne serait jamais aimée à moins de mettre au monde le fils tant attendu. Et malgré les attentions royales, son ventre restait désespéramment vide. La reine se doutait qu'elle était cocue mais n'y prêtait aucune importance. Comme disait sa mère, les maîtresses passaient, les reines restaient.
Mais dans son cas ?
Dans le cas d'un homme capable de briser son lien avec l'Eglise catholique romaine ?
Capable de faire tuer la mère de sa fille après un procès douteux ?
Capable d'épouser une femme dix jours après la mort de sa seconde épouse ?
Dans ce drame intime, Regina trouvait du réconfort auprès des enfants du roi : Mary, Elizabeth et Edward. Oh, comme elle aimait ces enfants ! Enfin, enfant... L'aînée d'Henry n'avait qu'un an de moins qu'elle, aussi la voyait-elle plus comme une sœur, mais elle l'aimait tout autant.
Mary n'était pas le premier enfant d'Henry mais la première à survivre. Elle avait vécu la « grande affaire » de son père, la répudiation de sa mère, la reine Catherine d'Aragon. C'était une jeune femme qui avait été traumatisée par la destruction de sa cellule familiale, revenue à la cour sous l'impulsion de feue la reine Jane. Brillante, belle, excellente musicienne, elle faisait honneur à l'Angleterre comme à l'Espagne, la terre de sa famille maternelle. Avec elle, Regina pouvait apprendre les manières de la cour, l'histoire du pays, car même en ayant eu une base, tout pouvait être amélioré.
Elizabeth, pour le coup, était le premier enfant d'Henry et de sa seconde épouse, Anne Boleyn, la seule à survivre. C'était une petite fille de sept ans, digne, très intelligente, qui traduisait des passages du latin en anglais pour s'amuser, tout en étant sportive : la danse, l'équitation... Avec elle, Regina aimait suivre ses leçons, l'aider avec ses devoirs.
Edward était l'héritier tant attendu, le seul garçon légitime encore en vie d'Henry, un enfant dont la naissance avait coûté la vie à sa mère. Trois ans, des joues rondes et roses, des boucles blondes vaporeuses, il montrait déjà, comme ses sœurs, des signes d'intelligence. Il était peut-être un brin trop gâté mais Regina arrivait à comprendre Henry. C'était un petit garçon adorable.
Oui, les enfants du roi la comblaient de bonheur mais dans le même temps, les voir lui rappelait sa stérilité inexpliquée. Au-delà de la peur de la répudiation, de ce qu'en dirait sa mère autoritaire, Regina avait un désir profond d'avoir un enfant à elle. Elle ne pouvait que prier, consulter les physiciens, suivre leurs conseils.
Et éviter Zelena.
Zelena était sa demi-soeur aînée. Une bâtarde que sa mère avait eue à l'époque où elle n'était encore qu'une fille de meunier et que son père avait pourtant acceptée les bras ouverts. Henry n'avait vu qu'une petite fille rousse aux joues pâles, un morceau de cette femme qui le fascinait. Le roi Xavier, son père, plus pragmatique, voyait là un signe de la fertilité de Cora. On avait accordé le titre de Lady à Zelena, on l'avait instruite mais surtout, on l'avait élevée pour qu'elle lui soit soumise. Une chose que la jeune fille, en grandissant, n'acceptait pas. Elle se jugeait tout aussi belle, tout aussi capable, sinon plus, que sa sœur légitime et avait osé réclamer la légitimation auprès de Xavier, prétextant ainsi que leur royaume aurait deux princesses à marier, deux clés pour des alliances au lieu d'une. Le roi avait ri, lui avait rappelé qu'elle n'était que l'erreur de jeunesse d'une femme avant le mariage qui l'avait anoblie. Puis, lors du mariage de Regina, on l'assigna à être sa dame de compagnie en Angleterre. Regina devait admettre que Zelena faisait son travail correctement et ne pouvait rien lui reprocher.
Mais elle n'était pas dupe.
Sa sœur était l'espionne de leur mère, ses yeux dans une cour étrangère.
Sinon, comment Cora était-elle au courant de la régularité de ses menstrues ?
De ses constipations ?
Cependant, elle ne perdait rien pour attendre. La reine avait remarqué que sa suivante avait été malade ces derniers temps. Assez nauséeuse. Et étant donné qu'elle aimait flirter avec les gentilshommes de la cour, lesquels se laissaient berner par son joli minois, il était facile d'imaginer que sa sœur, pourtant si prompte à se juger meilleure qu'elle, avait commis une erreur, une qu'elle payerait très cher :
Elle était très certainement enceinte.
Sans être mariée.
Tout en travaillant dans la maison de la reine.
C'était une erreur grossière, assez surprenante de la part de Zelena, mais cela donnait à Regina les armes pour la renvoyer chez elles, la queue entre les jambes, marquée à vie par le fer rouge de la honte et de la disgrâce royale dans deux cours.
Lasse du spectacle, la reine se leva, ordonnant que la cour continue à s'amuser comme le roi l'avait souhaité. Elle se retira vers ses appartements. Mais au fur et à mesure qu'elle avançait, elle entendait des bruits étouffés venant de sa chambre. Des rires, des soupirs équivoques... Quelqu'un se faisait béliner dans sa chambre ! La chambre royale ! Oh, cela devait être une servante avec un garde ! Ils le payeraient cher, cet affront ! Elle avança plus vite, ouvrit les portes en grand avant de se figer sur place, son sang ne faisant qu'un tour et une vague de froid l'envahissant.
Assise sur la table, les jambes écartées, sa robe retroussée, la tête renversée par le plaisir, Zelena confirmait les doutes de sa sœur : elle avait bel et bien un amant qui s'évertuait à l'honorer.
Sauf que cet amant, c'était Henry VIII, roi d'Angleterre et d'Irlande.
Son époux.
Son époux la trompait avec sa dame de compagnie, sa propre sœur, toute bâtarde qu'elle fusse, dans sa propre chambre.
- Oh mon Dieu... Finit-elle par lâcher, horrifiée
Zelena tourna la tête vers elle, les joues rouges mais pas le moins gênée du monde. Henry, lui, était un peu plus penaud.
- Madame. Dit-il
- Vous êtes le roi. Commença Regina, la voix tremblante. Vous êtes parfaitement dans votre droit. Mais de toutes les femmes que vous pouviez avoir, pourquoi m'humilier ainsi avec ma sœur ? Avec une bâtarde ?
Elle fixa son aînée avant de lui ordonner de sortir. Le roi annula son ordre.
- Savez-vous qu'elle est enceinte ? Tenta-t-elle désespéramment. L'enfant n'est certainement pas de vous ! Lady Zelena est connue pour ses « badinages » à la cour !
- Ces badinages n'existent que parce que j'ai ordonné à des courtisans de le faire. Répliqua-t-il. Afin de dissimuler un peu cette histoire. Pour vous épargner.
Regina se sentit malade et eut envie de vomir.
- Quant à votre sœur, je la sais parfaitement fidèle.
- C'est une femme non mariée !
- Cela peut s'arranger ! Tempêtez tant que vous le désirez, Madame. Mais Zelena reste à la cour. Je l'exige. Mais avant toute chose...
Il se tourna vers sa maîtresse et lui demanda, d'une voix émue.
- Est-ce vrai ? Attendez-vous un enfant ?
Le visage de Zelena s'adoucit et elle acquiesça.
- Que Votre Grâce me pardonne. J'attendais encore un peu pour vous le dire. Il est encore si tôt, je voulais que le danger soit écarté sans vous causer d'espoirs hâtifs. Ne m'en voulez pas.
Sa voix était mielleuse et Regina se retenait d'hurler, elle voulait la frapper mais se contenait uniquement au nom de l'enfant qu'elle portait. Henry eut un sourire qui illumina son visage.
- Comment vous en vouloir désormais ?! Répondit-il en lui baisant les mains. Mais vous auriez dû me le dire, nos embrassades sont peut-être dangereuses pour l'enfant ! Vous serez à l'abri du besoin, vous avez ma parole.
Il se tourna vers Regina.
- Retournons à la fête, ma reine.
- Je vous y rejoins dans un instant.
Une fois seule, la souveraine gifla avec force sa sœur aînée.
- Comment as-tu pu ?!
- Pardon de faire le travail que tu es incapable de produire. Répliqua Zelena sans une once de remords
Voyant la douleur dans les yeux bruns de sa cadette, elle s'adoucit légèrement.
- Je suis navrée que tu n'arrives pas à concevoir, bien sûr. Et crois-le ou non, j'espère que tu auras cette joie.
- Tu as de belles manières de le faire ! Quand Mère saura ça !
- Mère me félicitera, Regina. Et au final, n'est-ce pas mieux ainsi ? Si tu n'arrives pas à donner un enfant au roi et que moi, ta sœur, y parviens, alors il te répudiera. Tu rentreras à la maison, tu pourras mener une vie plus à ton goût car soyons honnêtes ! Tu n'aimes pas être reine. Pas ici en tout cas. On te trouvera bien un autre mari. Et moi, pour lui éviter un bâtard et pour préserver l'alliance, il peut demander ma légitimation et m'épouser ! Ainsi, tout sera sauf et moi, j'obtiens ce que je veux : la place à laquelle j'ai droit, moi aussi.
Regina eut un rire mauvais.
- Parce que tu crois que l'Eglise, même anglicane, acceptera qu'il t'épouse ? La Bible dit clairement qu'un homme ne doit pas connaître charnellement deux personnes d'une même famille !
- Parce que tu crois que ça l'a gêné avec les sœurs Boleyn ? Mary Stafford a été sa maîtresse après avoir été celle du roi de France et il a épousé sa petite sœur.
- Il a utilisé cette excuse pour annuler le mariage ! Et puis, tu n'es même pas sûre de porter cet enfant à terme ! Et si c'est une fille ! Tu finiras comme les autres, bannie ou exécutée !
- Mais en attendant, j'aurais tout de même gagné.
Zelena lui fit une révérence avant de se retirer, laissant sa cadette derrière elle. Esseulée, plongée dans le noir et le silence, elle put enfin hurler à plein poumon sa rage et son impuissance.
Zelena avait gagné.
Ses prédictions s'étaient avérées exactes. Henry avait fait annuler leur mariage pour stérilité. Puis il avait demandé la légitimation de Zelena et l'avait épousée avant que son état ne se voit trop. Le roi Xavier avait été obligé d'accepter pour préserver son alliance. Cora se réjouissait de voir son sang entrer dans les grandes lignées même si elle se montra étonnement douce envers sa cadette déchue. Elle avait été reine, pour un temps et les anglais l'aimaient assez. Regina souhaita rester en Angleterre malgré l'humiliation permanente afin de voir grandir et vieillir les enfants d'Henry.
Le 25 décembre 1540, le jour de Noël, la reine Zelena mit au monde non pas un mais deux enfants :
Une petite fille suivie par son frère jumeau.
Henry y vit un signe de la faveur divine et la bâtarde de Cora jubilait. Mais au-delà de cette joie viscérale d'être reine, d'avoir accompli ce qu'elle croyait être son destin, elle trouva un bonheur plus grand encore dans la maternité. La nouvelle souveraine rappelait la mère de son époux, Elizabeth d'York. Elle était une mère proche de ses enfants, à s'occuper d'eux elle-même autant qu'elle le pouvait. Les nouveaux-nés furent baptisés sous les noms d'Arthur, duc d'York et de Margaret, princesse d'Angleterre. Le couronnement de Zelena vint sceller un peu plus cet état de fait :
C'était désormais Regina qui était «l'autre fille Mills ».
FIN
