Zone Pavillonnaire
C'était l'une de ces histoires, l'une de ces histoires que l'on raconte à un voisin au détour d'un café, d'une limonade ou d'un bon verre de whisky en une belle fin de journée. Ce genre d'histoire que l'on verrait dans une série qui se déroulerait dans une petite zone charmante et fleurie. Une zone où chaque maison se ressemble, où tout est pareil, que ce soit les porches, les petites allées qui y menaient, les maisons, leurs couleurs et même les sourires des gens habitant dans ces merveilleuses petites chaumières. C'était une petite zone pavillonnaire, une de ces zones bourgeoises où chaque maison est pareil, habitée par des familles aisées qui aiment se parquer pour prouver aux autres qu'ils peuvent vivre comme le commun des mortels tout en s'organisant un petit poker le mercredi après-midi ou bien un golf le dimanche avec son patron. C'était dans ce genre de zone que les supérieurs hiérarchiques vivaient et invitaient leurs employés futurs promotionnés pour leur faire profiter de leur belle demeure, leur faisant miroiter un rêve qu'ils n'atteindront probablement jamais. Un rêve chatoyant aux maisons toutes pareilles, toutes propres, enjolivées de fleurs où les femmes faisaient des gâteaux, buvaient un Chardonnay et ragotaient entre copines alors que leur mari travaillait. La seule chose qui changeait, était ce que l'on faisait dans ces maisons bourgeoises.
Y gardait-on les bonnes vieilles traditions, ou au contraire, voulait-on paraître en avance sur son temps en portant un vêtement qui pour sûr serait à la mode une fois sur vous ? Y installions-nous un climat dur et austère ou alors y invitions-nous tout le voisinage pour une fête exceptionnelle une fois par mois à la même date ? Oui, tout ce qui différenciait ces petites maisons étaient bel et bien ce qu'on y faisait en leur intérieur et c'était justement là le problème de notre histoire. Car l'on peut imposer une même couleur de volets à chaque maison, mais l'on ne peut forcer les membres d'une même famille à toujours vivre de la même façon, même si l'on aimerait bien.
Car parfois, l'enfant se rebelle, rejette tout du père et des traditions et parfois, le père, patron de surcroit, invite, en son sein, juste sous son toit, l'acteur principale qui fera de la simple petite rébellion d'un enfant, un acte de guerre ouvert.
C'était une après midi calme et ensoleillée. Un samedi comme l'on pouvait les aimer. On ouvrait les volets, on aérait les chambres et la femme de ménage venait chasser la poussière à l'aide de son plumeau fétiche. Chaque petit acteur jouait un rôle bien précis. La mère de famille passait du temps aux devoirs pour le lycée avec le petit dernier, le grand frère du lycéen jouait au ballon dans le jardin et s'entraînait à l'aide de sa grande sœur à battre ses records sportifs pour bientôt rejoindre la meilleure équipe locale et le plus grand s'étendait dans son lit, un casque sur la tête et les cris de son chanteur préféré à fond dans ses oreilles, tout en ignorant les appels de la bonne. Oui, un samedi comme l'on pouvait les aimer et dont on s'habituait assez vite.
« Touya ! Ouvre cette porte ! »
Aucune réponse, le brun, portable en main, chantait en Play Back les paroles du rockeur qui l'amenait à haïr son père et la moindre de ses créations. Et l'objet de sa haine en ce moment même ? Cette entreprise dont il était si fier et d'où venait son nouveau petit chien chien d'employé qu'il payait au lance pierre et qui devait bien lui cirer les pompes au quotidien. Employé qui d'ailleurs, devait venir le soir même. La barbe. Et l'autre qui n'en finissait pas de tambouriner à sa porte. Tout en imitant de ses mains une guitare électrique, il augmenta encore le volume. Si l'on entendait pas sa musique à travers son casque à ce niveau là, alors il se demandait comment il pouvait montrer qu'il n'était pas décidé à ouvrir.
Soudain, la poignée tourna et se retrouva bien vite bloquée par le verrou. Le jeune homme décala une des oreilles de son casque et put entendre son père hurler de l'autre côté de la porte que s'il n'ouvrait pas immédiatement, il allait la défoncer. Enfin, après un décompte de trois secondes, il entendit son nom être hurlé dans toute la maison. Pour réponse, il baissa le volume de son casque afin de toujours mieux entendre l'autre rager, et s'empara d'un magazine musical qui traînait sur sa table de chevet. Parfait. Il avait réussi son but de la journée. Faire rager son père était à marquer d'une croix sur son planning. Prochaine étape, le ridiculiser devant leur invité de ce soir. Sûrement un quarantenaire bedonnant et stupide qui le prierait pour une augmentation qu'il n'aurait jamais, ou bien alors un petit jeune tout frétillant de la queue qui sucerait bien celle de son père pour avoir un peu d'attention.
Étrangement, il votait pour la deuxième option. Il lui semblait que son paternel en parlait beaucoup en ce moment. Un petit prodige apparemment. Traduction ? Un garçon un peu benêt voir totalement con qui gardait toujours une petite boite de cirage à chaussure dans la poche intérieure de sa veste en daim marron, seul chose un tantinet classe qu'il avait pu s'acheter dans un magasin tout miteux histoire de s'en faire un bon costume. Ouais, avec le maigre salaire que son père lui refourguait, pas sûr qu'il aille bien loin, son « champion ». Enfin, s'il ne s'agissait pas d'un petit scientifique à la noix aux lunettes trop grandes pour lui et au dos vouté à même pas vingt six ans comme la dernière fois, il pourrait bien s'amuser à le gêner un peu en le draguant ouvertement. Oh oui, ça c'était une idée. Avec un peu de chance, il pourrait même se le faire dans les chiottes entre la poire et le fromage. Son père en serait vert de dégout. Parfait. Si ce lécheur de cul était mignon, alors il se le taperait bien volontiers si le gêner n'était pas suffisant. Enfin… La chance pour qu'il soit mignon était bien mince.
Il soupira à nouveau. Au pire… Il lâcherait Dabi sur lui, ça avait plutôt bien marché la dernière fois. D'un petit sifflement, il appela son Doberman qui s'allongea juste à côté de lui pour demander des caresses. En sois, il n'y avait pas plus gentil que Dabi. Mais ses oreilles coupées en pointe et sa queue manquante faisaient toujours un drôle d'effet aux gens, surtout depuis que Touya lui avait apprit à aboyer, grogner et montrer les dents sur demande.
Avec un rire mesquin, Touya cajola sa brave bête, sa seule vraie fierté après l'éducation de ses frères et sœurs. Un baiser sur sa petite tête chaude, et il était fin prêt à se battre contre son père. Il entendit sa serrure se débloquer grâce au tournevis du patriarche. Encore un peu… Quelque secondes et… C'était bon, les chevaux étaient enfin lâchés. Touya, une main sur la tête du canidé, revint sur son magazine.
« Tu pourrais frapper avant d'entrer. Remarqua nonchalamment le brun alors qu'essoufflé, Enji jetait son tournevis au loin, un doigt accusateur braqué sur lui.
-Tous les samedis, c'est pareil ! Tu l'as fait exprès Touya, tu aimes me faire hurler, ça te fait plaisir, hein ?!
-Eh non, je laisse bien volontiers ce rôle à ton secrétaire qui vient de soir. Comment il s'appel déjà ? Remarqua le brun qui marquait de plus en plus de point dans le sarcasme et le ton exécrable.
-Parce que ça t'amuse en plus. Je te préviens Touya, si tu ne changes pas immédiatement de ton avec moi je…
-Tu ? Tu vas faire quoi ? Me chasser de la maison ? Déjà que je n'y viens que pour l'été… Soupira l'autre, déjà défaitiste alors qu'il parcourrait les articles de son papier glacé pour la centième fois au moins.
-Je pourrais bien le faire ! Fulmina le père.
-Mais ? Demanda nonchalamment le jeune homme qui connaissait déjà la réponse par cœur.
-Mais ça briserait le cœur de ta mère ainsi que le miens. J'aime te savoir au sein de ta famille Touya, bien que tu la rejettes. Grogna froidement le père de famille.
-Même-ci je me suis défiguré ? Taquina le brun tout en rangeant son magazine sur sa table de chevet.
-Tu t'es modifié pour ne pas me ressembler. Ces piercings, ces tatouages que tu défends, cette teinture, même ce chien. Tout ça, ce ne sont que des actes puérils qui t'ont retiré ton apparence qui s'apparentait à la mienne. Ce n'est qu'une phase, une crise d'adolescence. Une crise à vingt six ans. Soupira le rouge en levant les yeux au ciel, semblant défaitiste.
-Ah ? Donc j'estime que ma carrière artistique en tant que tatoueur est aussi une phase ?
-Touya… Ne reparlons pas de ça, s'il te plaît. Prévint le père de famille.
-Pourquoi ? Demanda le brun. J'aime lorsque tu me jette au visage que je ne serais jamais rien sans toi et ton oseille alors que je m'en sors très bien toute l'année sans jamais rien te demander. Tu sais, si je viens tous les étés, c'est pour voir ma famille. Mais malheureusement, je ne cautionne toujours pas le fait que tu en fasses partit. Remarqua Touya tout en déposant son casque au pied de son lit.
-Tu me fais honte. Renifla Enji tout en détournant le regard.
-Le plaisir est partagé. Sourit vicieusement le fils ainé alors qu'il fixait intensément son père.
-Je sais ce que tu comptes faire ce soir, et sache que je ne laisserais pas passer ça encore une fois. Ton clébard reste dans ta chambre et toi, tu te tiens bien ce soir. Cet invité est très important, il pourrait bien reprendre l'une des filières de l'entreprise.
-Eh bien. Remarqua Touya, faussement surpris. Tu n'invites plus les cires pompes ?
-Touya… S'il te plaît, arrête ! Feula le patriarche.
-Pourquoi ? Ronronna le brun alors que son sourire se faisait vicieux. Tu vas me punir sinon ? Me priver de dessert ? Me reclure dans ma chambre ? Ricana le tatoué alors qu'il déclara soudain. J'ai hâte de faire chier un tel petit prodige, un petit bourge au cul coincé à qui tu as voulu faire plaisir son petit papa.
-Tu es bien loin de son compte. Keigo s'est fait tout seul.
-Encore mieux. Alors j'ai hâte de le descendre du piédestal où tu l'as monté en jouant au Pygmalion.
-Touya… Retire immédiatement ce que tu viens de dire. Gronda sourdement son père alors que le brun ricanait toujours plus.
-Non. Fais avec.
-Les garçons ? »
Rei, à la porte, assistait au combat de coq qui se déroulait face à son regard grisé. Elle détestait les voir ainsi. C'était toujours pareil et jamais ils ne trouvaient un chemin d'entente. À chaque fois, sois Enji en faisait trop, sois c'était Touya qui démarrait les hostilités. Et là, après le barouf entendu dû à la porte de son fils fermée, il ne lui fallu pas bien longtemps avant de comprendre que le fautif se comptait à plusieurs. Comme bien souvent durant ces vacances d'été malheureusement. Elle soupira. Depuis son entrée au lycée, Touya était devenu désagréable au possible avec son père et celui-ci n'avait pas aidé au sens inverse. Ça avait commencé bêtement, avec un secret. Un simple secret que les adolescents gardent bien précieusement de peur de se faire rejeter. Un de ces secrets qui fait pourrir une réputation en s'ébruitant à chaque coin de rue dans le voisinage. Un secret concernant la sexualité et ses désirs dont Rei se fichait éperdument, mais pas Enji. Ça avait démarré ainsi, les hostilités étaient venues avec le coming out de Touya, et après, elles ont empiré avec ses rêves d'artistes, bien loin de ceux commerciaux voulus par son père. Et si Enji y avait vu une forme de rébellion, Rei y avait vu une fleur, un bourgeon qui s'ouvrait enfin pour dévoiler une couleur magnifique, celle que la nature lui avait donnée, mais qui n'arrivait pas à s'épanouir dans un décor qui ne lui correspondait pas.
Là où Enji voyait un échec, Rei découvrait une réussite. Un garçon qui avait voulu vivre par ses propres moyens et qui avait réussit. Une magnifique fleur rare qui l'émerveillait toujours un peu plus à défaut de piquer les doigts de son créateur au point de parfois le faire saigner. Comme maintenant, comme en ce samedi après-midi si classique et ensoleillé. Ce samedi magnifique où deux des hommes de sa vie se hurlaient dessus pour dominer l'autre comme deux lions en pleine savane. Qui aurait le rocher ? Ça, elle l'ignorait, mais pour sûr, la guerre qui allait en résulter pouvait bien blesser la tribu entière.
Comme s'il lisait dans ses pensées, Touya eut un sourire désolé et attendrit puis lui murmura un faible désolé. Enji, lui, se contenta de grogner et de passer la porte sans un regard supplémentaire pour sa femme. Direction, la salle de sport. Il avait besoin de décompresser avant l'arrivée de Keigo, ou alors, il serait bien possible qu'il fasse une grosse, une énorme et épouvantable connerie.
C'était généralement en soirée que les bonnes choses arrivaient. On y rencontrait l'amour de sa vie, on vivait son premier rencard, ou bien le centième. On faisait ses valises pour fuir un foyer avec le pas lourd après une claque pour son mari et sa maîtresse, on fermait les magasins, on remplissait les restaurants, les théâtres ouvraient leurs rideaux, les planches accueillaient les acteurs et les portes s'ouvraient. On y entrait du travail, le chapeau plat et la serviette sous le bras, on amenait une belle bouteille de champagne à sa dulcinée, on fredonnait un air, les bras chargés des courses de dernières minutes, ou bien l'on accueillait ses amis pour une soirée pizza devant un match. Les portes s'ouvraient et dévoilaient des secrets que l'on aurait voulu garder caché ou bien s'ouvraient en grand sur des vérités que l'on est fier de dévoiler. Et ce soir là, pour les membres de la famille Todoroki, la porte s'était ouverte sur un jeune homme blond d'une vingtaine d'année au regard d'ambre et au sourire éclatant qui tenait dans ses mains, un bouquet de fleur, de ceux que l'on offre pour des dîners d'affaires. C'était généralement en soirées que les bonnes choses arrivaient, ou du moins, les plus intéressantes, car c'était aussi souvent ce qui amenait à se retrouver tard, au beau milieu de la nuit, dans une chambre, un lit, dans un canapé ou bien des toilettes très bien désinfectées.
Rei eut un immense sourire alors qu'elle ouvrait sa porte en grand sur le jeune associé de son mari. Elle remercia chaleureusement le garçon pour ses fleurs et s'extasia un instant sur son costume sobre mais tout de même juste bien taillé. D'un rire doux, il la remercia et sous ses indications, entra pour la suivre jusqu'au salon où Enji l'attendait, lui aussi apprêté comme il le fallait. D'un signe respectueux de la tête, l'employé salua son patron et s'assit sous sa directive avec toujours ce même sourire joyeux. Il se présenta aux enfants sous le nom de Keigo Takami, plaisanta avec la sœur et parla gaiment sport avec le cadet de Fuyumi. L'ambiance semblait bonne et il était affolant de voir avec quelle simplicité le jeune homme blond pouvait se fondre dans un nouvel élément. Il était bien possible que cela surprenne Touya. Peut-être même finirait-il par apprécier sa venue. Enfin, pour ça faudrait-il encore qu'il descende pour venir à la rencontre de leur invité. Avec un léger sourire, la blanche s'excusa et monta les marches du grand escalier soigneusement ciré pour venir chercher son fils. Douce, elle toqua à la porte et demanda l'autorisation d'entrer.
Au bout d'une petite minute, son grand garçon ouvrit enfin la porte et demanda d'une voix ensommeillée ce qu'il se passait en bas, ayant un bon instant, en tout cas, celui d'une sieste, oublié leur invité. Avec un petit rire doux, la maman leva les yeux au ciel et lui apprit que l'employé de son père venait juste d'arriver. Avec un soupire, le brun lui demanda d'attendre et durant quelques petites minutes seulement, il referma la porte pour au final revenir avec des vêtements le rendant un peu plus présentable. Il revenait avec des vêtements autres que ceux qui servaient à être cachés sous les couches supérieurs déjà. Avec un sourire tendre, Rei caressa la joue de son grand garçon et l'invita ensuite à venir, ajoutant même que Dabi était le bienvenu parmi eux. Touya eut un sourire en coin et ajouta qu'il l'espérait bien. Avec un léger amusement, il vit son brave chien courir les marches à l'approche de l'inconnu. Ce chien aimait bien trop les nouvelles têtes.
« Oh ! J'ignorait que vous aviez un chien Enji. Ce qu'il est beau. »
Touya haussa un sourcil au rire du jeune homme. S'il était aussi sexy que sa voix le laissait prétendre, il n'allait pas rester vierge bien longtemps si tel était son cas. Quoi que… Se dit le brun alors qu'il rencontrait son regard d'ambre en entrant dans le petit salon. Avec un physique pareil, il ne l'était sûrement plus. Avec un sourire en coin, le brun fut sûr qu'il allait bien s'amuser. Le sourire de l'invité se fit avenant et il se leva, laissant Dabi qui demandait encore des câlins, pour tendre une main amicale au brun qui la serra dans une chaude poigne.
« Keigo Takami, le nouvel associé de votre père.
-Touya Todoroki, le fils ainé. »
Les deux hommes échangèrent un regard de circonstance et le brun évalua ce qu'il pouvait bien faire. Déjà, le garçon était bien foutu, donc il pouvait amorcer le plan séduction et sexe dans les toilettes ou bien plus simplement gêne intersidérale à table. Mais il fallait attendre le dîner pour ça. Ou bien alors, il pouvait ben espérer allier les deux. Il eut un petit regard en biais vers le jeune homme blond et se prit un verre de Chardonnay. Oui, il pouvait bien tenter cela après tout. Avec un petit sourire satisfait dans son verre, il écoutait la discussion qu'avait démarré son père à propos du travail, amenant Hawks à le suivre. Un thème bien barbant à souhait qui ne devenait intéressant que lorsqu'Hawks ouvrait la bouche. À chéri, quand tu parles, tes mots n'ont aucune importance, tout ce qui importe, c'est le grain de cette voix et à quel point elle donne envie à Touya de te faire hurler des obscénités au pieu. Plein d'obscénités, juste assez pour que son père en palisse avant de reconnaître la délicieuse mélodie de son petit protégé basée sur un tout autre tempo. Oh chéri, le brun ne voulait plus que toi pour lui tout seul, juste histoire de bien faire rager son père. Que Keigo soit viré après ça ? Enfin, Enji tenait bien trop à ce jeune blond sortit d'on ne savait où pour faire une chose pareille. Et même si tel était le cas, là, tout de suite, Touya en avait un peu rien à foutre. Après tout, pour le moment, il n'était qu'un lèche cul comme les autres, et pour savoir ça, il fallait juste voir quelle admiration il portait à son père, à en gerber. Touya cacha une grimace dans son verre, ses yeux bleus scrutant leur invité. Un homme avec beaucoup plus d'intérêt que Touya avait initialement pensé, certes, mais un lèche cul quand même. Il eut un petit sourire mesquin en coin. Et Touya allait bien faire en sorte que le blond lèche le siens…
Au bout d'une bonne heure de politesse et autre banalité qui ennuyait le brun au plus haut point, la famille et l'invité s'assirent enfin à la table où les attendait un superbe dîner cuisiné avec amour par la mère de famille et la grande sœur. Sœur qui servait d'ailleurs ce repas tout en souriant, bavassant à propos de la recette comme toute bonne femme qui habitait ce genre de petite maison faisait. Dans ces petites maisons bourgeoises qui se ressemblaient toutes même jusque dans les politesses et traditions de chacun, et ça, ça lui foutait bien la gerbe. Avec un soupire, l'ainé remercia sa sœur et détourna le regard en direction du blond qui, avec un grand sourire, remerciait Fuyumi à son tour alors qu'il patientait que chacun soit servit pour pouvoir manger. Il capta bientôt le regard bleu et lança un regard interrogateur au brun qui se contenta d'un petit sourire en coin charmeur auquel le blond fut surpris. Oh… Alors il comprenait vite. Encore mieux… Se dit Touya alors que Dabi grattait sa jambe pour avoir un morceau de poulet. Pour toute réponse, il lui gratouilla la tête sous son petit râle, alors qu'à sa grande surprise, Keigo n'avait pas détourné le regard. Non, bien au contraire. L'éclat ambré venait de se modifier, de devenir taquin, un regard de sales gosse, presque celui d'un gamin des rues qui tenait son génie de sa ruse. En un regard, Touya venait de découvrir tout une histoire, et c'était sûrement la plus intéressante qu'il n'ai jamais entendu dans cette maison, autour de cette putain de table où les coincés du cul se succédaient. Keigo eut lui aussi un sourire en coin et, comme-ci de rien, après un léger sourire autant discret que joueur tant il était malicieux, il détourna son attention vers son patron pour rire à une anecdote de bureau.
Touya resta un instant interdit. Alors le blond était vraiment à part. De plus en plus intéressant. Ce qui devait être à la place des piques, se retrouveraient bien vite à être des petites invitations à peine dissimulées. Enfin, tout dépendait de la réactivité et de l'intelligence du blond, bien sûr.
« Et vous, monsieur Takami. Commença Fuyumi.
-Oh, je vous en prie, appelez-moi Keigo.
-Bien, Keigo. Rougit-elle légèrement. Je me posais une question. Sourit-elle en coin. Vous êtes accompagné ?
-Pourquoi ? S'amusa le brun alors que sa sœur buvait en portant son attention sur lui, un sourire de fouine en coin. Il te plait ? Taquina Touya tout en ignorant royalement le principal concerné.
-À moi, non, déclara-t-elle. Mais à toi, oui. Sourit-elle à la manière d'une petite fouine, faisant ricaner l'ainé alors que le patriarche s'étouffait légèrement dans sa boisson.
-Excusez ma fille, Keigo. Lorsque Fuyumi a un peu trop bu, elle a tendance à être plutôt indiscrète. Soupira-t-il tout en fusillant sa deuxième née qui haussa simplement les épaules en finissant son verre.
-Oh, mais ça ne me dérange pas. Au moins cette question m'a permise d'apprendre certaines choses. Sourit poliment le blond. Perche tendue, Touya la saisit immédiatement.
-Vraiment ? Et ça te plais ? S'amusa le brun avec un étirement de lèvres carnassier.
-Touya ! S'insurgea Enji, tu nous fait honte.
-Pardon, pardon. S'excusa faussement Touya alors qu'il venait tout juste de se recevoir un léger coup de pied de Keigo sous la table ainsi qu'un autre petit clin d'œil discret. J'espère ne pas t'avoir offensé, Keigo.
-Je ne suis pas facilement vexatil, c'est votre jour de chance. Sourit poliment le blond alors que ses yeux lançaient un appel au dragueur de service. Il voyait bien où il voulait aller mais n'y répondrait pas à table.
-Navré Keigo. S'excusa encore Enji alors que Rei se levait pour chercher le gâteau.
-Je vais y aller maman, rassis-toi. Je dois bien me faire pardonner. Soutint Touya alors qu'il se levait et agrémentait son discours d'un baiser sur la tempe de sa mère qui décida de le laisser faire. Tout en partant, l'ainé de la fratrie jeta un petit regard en arrière et repartit plus tranquillement, roulant même des hanches au passage.
-Mon fils est réellement ingérable.
-Ça ne fait rien, Enji, vraiment. Puis-je me laver les mains ? Je crains avoir été maladroit et m'être mis du vin sur les mains. C'est légèrement collant.
-Je connais autre chose de collant ! Hurla le brun depuis la cuisine, faisant rire légèrement l'invité et plus fortement Natsuo et Fuyumi.
-Touya ! Fulmina le rouge.
-Ça ne fait rien Enji. Souffla l'invité, tout rouge dû au rire qu'il retenait par pure politesse et qui passait pour de la gêne du point de vue de la tablée. Je vais me laver les mains. »
Avec simplicité, le jeune homme se leva et rejoignit la cuisine où l'attendait Touya avec un sourire en coin. Sans rien dire, Keigo se lava les mains, perdu dans ses pensées, puis, croisant le regard de Touya, il se stoppa, eut un petit soupire et revint sur le jeune homme, le bas du dos appuyé contre l'évier et les bras croisés sur son costume noir qui devait probablement venir de chez Armani. Un cadeau du père, sûrement. Touya l'imita, les mains à plat sur le plan de travail en bois.
« Bon. Je vois et je crois que je comprends. Tu veux me faire avouer devant ton père que je suis gay, c'est ça ?
-Ha ! En partie, oui. Mais je ne pensais pas que c'est ce que tu comprendrais si vite.
-Je suis rapide, c'est un fait. On me le dit souvent.
-Mince. Remarqua le brun. J'espère quand même pouvoir prendre mon pied avant.
-C'est pas vrai. Rit le blond avant de planter ses orbes d'ambre dans ceux céruléens de son interlocuteur qui échappa une respiration troublée. Tiens. On perd de son assurance ? Questionna le blond, bien conscient de son effet avant de rire en voyant la grimace de l'autre. Allons, ne boude pas. Écoute. Je sais pas ce que tu reproches à ton père, mais je refuse de perdre mon job parce que tu veux lui faire comprendre que même les petits génies qu'il apprécie tant peuvent être gay. C'est égoïste ta façon de faire, mais hé ! Je comprends. Si j'avais pu, j'aurais bien fait chier le miens de paternel au détriment des autres. Sache juste que ça ne marchera pas avec moi, pas ce soir, pas la veille de ma promotion. Par contre, si ça peut être discret, je suis partant avec toi pour ce que tu veux. Sourit le blond en se léchant légèrement les lèvres qui se tendaient sous la malice. Enfin, si cet arrangement peut t'aller, bien sûr.
-Tout me va. »
Sourit le brun après un silence pour passer derrière lui afin de lui taper son joli petit fessier rebondit, le faisant couiner au passage. Le gâteau en main, le brun revint et posa la douceur à table, bien vite rejoins du blond qui demandait poliment ce qu'il avait bien pu manquer. Touya voulu lancer une remarque mais s'en garda bien, ne voulant en rien gâcher une occasion de s'amuser dû à une remarque mal placée. Surtout que plus le temps avançait et plus le blond devenait intéressant.
Au bout de deux bonnes heures d'observation, le brun pouvait lire les moments où il faisait semblant, ceux où il était juste poli, les fois où il souriait à sa mère avec sincérité, les fois où il envoyait des piques en faisant semblant de ne pas y toucher, les mots qu'il formulait pour paraître le plus érudit possible et ces moments où il feignait ne pas savoir pour faire monter l'esprit d'Enji et soulager son égo. Bref, tout était sous contrôle avec Keigo, tout était mesuré et les fois où il était sincère, c'était en compagnie des frères et sœurs de Touya, en sa compagnie à lui comme il en avait fait preuve quelques minutes plus tôt. Keigo était une palette de peinture ouverte sur laquelle des milliers de dégradés pouvaient se voir. Que ce soit à travers ses regards ou bien ses petits sourires en coin. Et puis, il y avait son rire aussi. Le rire de Keigo était toujours timbré différemment en fonction de la personne avec qui il parlait, avec qui il pouvait rire librement ou non. Et effectivement, en ce sens, Keigo était un rapide. Un jeune homme qui devait sûrement sa réussite à sa vivacité d'esprit qui lui permettait de toujours bien se mettre avec n'importe quelle personne il parlait. Comme Touya, il savait analyser, et analyser vite. En quelques minutes seulement il savait que dire et que faire pile au bon moment avec un professionnalisme presque ahurissant.
À la fin du diné, avec un sourire, Enji précisa à Keigo qu'il pouvait rester un peu s'il le souhaitait pour le café ou bien un petit digestif. Avec un regard en coin envers le brun, le jeune homme accepta avec un grand sourire et prétexta devoir aller aux toilettes en même temps qu'Enji parlait de chercher les papiers important à la promotion du blond. Son corps souple se dirigeant vers l'endroit voulu, Keigo roula doucement des hanches pour ouvrir la porte avec un léger ronron. Il entra lentement dans la salle et d'un petit geste fit signe à son futur amant de le rejoindre, amusant le brun.
« T'es vraiment un gars spécial, toi.
-La ferme. Sourit le plus jeune en prenant possession des lèvres de l'ainé qui eut un rire alors qu'il plaquait l'autre contre le mur carrelé, ses baisers se perdant contre l'épiderme de son cou. On a combien de temps, Touya ?
-Je dirais une quinzaine de minutes, le temps que mon père trouve son dossier et serve le café. Gronda le brun alors qu'il croquait le cou de l'autre qui frissonnait avec délectation.
-Ah… Pas sûr que l'on ira assez vite.
-Je pensais que tu étais un rapide. Gronda l'autre.
-Il y a parfois où j'aime prendre mon temps. Souffla Keigo alors qu'il faisait reculer le brun pour le plaquer contre la porte. Mais il y a bien une chose pour laquelle je vais avoir le temps suffisant. »
Ronronna le blond alors qu'il faisait lentement glisser le pantalon du plus vieux qui sourit avec empressement alors que ses doigts fourrageaient la crinière blonde déjà bien en bataille. Au bout d'à peine une petite minute, si l'on s'approchait du lieu, on pouvait déjà entendre des râles de plaisir et des paroles les plus obscènes les une que les autres.
Heureusement pour nos deux amis, personne n'eut cette idée stupide d'ouvrir la porte.
Note de l'auteure :
Salut, salut ! J'ai dû reposter ce texte dû à un petit soucis de mise en page, gentiment soulignée par un lecteur. Déjà, un grand merci pour avoir lu mon délire que j'aimerais beaucoup transformer en une Fanfiction un peu plus tard, à la Desperate Housewives ou Why Women Kill ? Un genre d'histoire totalement barrée dans une petite résidence bouregoise. Je vous laisse avec la partie 2 !
Sica
