Le temps pouvait être un ennemi fatal. Amener une échéance plus vite que prévu, passer sans même qu'on puisse le voir filer et rater un examen, être trop lent et rendre une file d'attente à la poste aussi rapide que l'attente de la fin d'un monde qui ne viendrait jamais. Il pouvait accélérer à la dernière minute et transformer votre mariage parfait en un total enfer ou bien votre entretient d'embauche en une raison pour ne pas vous employer. Oui, le temps pouvait être un ennemi, surtout lorsque par sa faute, un secret s'allongeait dans la durée. Un secret dur à dévoiler qui sentait les draps frais et le parfum de cerisier. Mais le temps, parfois, se transformait en un allier formidable en accordant à un couple un peut trop inattentif quelques secondes qui permettent de réparer une erreur qui aurait pu faire surgir un petit quelque chose enfouit depuis bientôt cinq mois.

Un petit quelque chose cultivé par deux hommes depuis le mois de juillet jusqu'en ce mois de décembre aux allures glaciales, qui n'empêchait pourtant pas aux deux autres de se prélasser totalement nus, l'un contre l'autre.

Tout en s'étirant comme un chat, Keigo souriait, son oreille posée contre le cœur du brun qui lui lissait ses belles mèches blondes. Avec un petit rire, le brun démarra alors qu'il s'allumait une cigarette.

« Tu aurais pu attendre la semaine prochaine que je sois rentré chez moi.

-Et mon cadeau de noël ? Bouda le blond alors que le brun embrassait son nez en le taquinant. Tu n'imagine pas ce que j'ai dû faire pour que ton père m'invite au repas de famille. Tout ça pour passer le réveillon avec toi sans paraître suspect.

-Tu lui as demandé un carton d'invitation ? S'étonna l'ainé de la fratrie Todoroki.

-Non, je lui ai fait croire que c'était lui qui m'avait invité. Sourit malicieusement le blond tout en embrassant le torse à semi tatoué du brun. Dites-moi monsieur Todoroki, où fêtez-vous noël ? Chez moi, pourquoi ? Imita le blond sous le rire du brun. Oh, je vois, en famille, ça doit être bien. Et toi Keigo ? Moi ? Oh, nul part. Avec une amie, sans doute. Soupira Keigo avec un air faussement dramatique. Enfin, si elle ne me laisse pas seul au profit de sa famille elle aussi.

-Oh non, tu lui as vraiment sortit ta petite bouille larmoyante et ce sourire à en déchirer un cœur ? S'amusa le brun.

-Oh oui. Et c'est là qu'il m'a dit. Et votre famille ? Depuis l'abandon de mes parents je… Excusez-moi… Je n'ai plus de famille. Snif… Snif… Touya rit en ébouriffant les cheveux de son amant qui eut un petit couinement amusé. Je ne peux pas laisser mon associé fêter noël seul enfin ! Viens fêter noël avec nous ! Oh, mais monsieur Todoroki, c'est bien trop d'honneur, je ne puis accepter. Je ne vous en laisse pas le choix, vous viendrez le vingt quatre au soir à la maison ! Merci mille fois monsieur Todoroki ! Renifla à nouveau le blond alors qu'il essuyait une larme factice. Allons mon garçon, ne me remerciez pas.

-Ce que tu l'imites bien. Ricana le brun alors qu'il s'emparait des lèvres de son blond tout en le faisant doucement s'allonger sur le dos alors que l'autre savourait toujours ses lèvres.

-Hm… Serait-ce mon imitation qui t'aurais excité ?

-Oh, par pitié, ferme là, un peu. Grogna le brun alors que sous lui, le jeune blond ricanait pour au final se tendre et gémir longuement à une morsure bien placée. Je préfère ce son là.

-Le contraire m'aurais étonné. Soupira le jeune homme d'aise alors que Touya parcourrait toujours son cou. Attends… Tu… Tu n'aurais pas entendu un bruit par hasard ?

-Non. Gronda l'autre alors que ses mains voyageaient contre ses hanches.

-Pourtant, je suis sûr d'avoir entendu une voiture se garer. Insista le blond.

-Une voiture ? Releva le brun alors qu'il sautait du lit pour aller à la fenêtre et revenir en courant. Merde, merde, merde !

-Qu'est ce qu'il se passe ?! S'inquiéta vivement Keigo alors que le brun lui jetait une chemise au visage.

-Met ça, vite ! Mon père vient d'arriver !

-Quoi ?! Mais ! Mais il ne faut pas qu'il me voit ici, je ne suis censé venir que demain soir ! Je dis quoi s'il me voit dans ta chambre avec les draps défaits ?!

-Oh, fait chier, vite. Il devait partir me chercher un truc, il va forcément monter et… »

Et la lumière fut.

Il est parfois difficile d'expliquer pourquoi une personne ne fait pas un choix rationnel. Parfois, on se dit qu'il doit manquer une case ou alors que c'est du pur génie, parfois, on remet un mauvais choix sur l'excuse de la panique. Ou bien alors, tout simplement, on mixe le tout. La panique, la case en moins et le génie total. Oui, car c'était dans les plus grands moments de stresse que naissait le plus grand des génies.

Alors, ce fut peut-être ainsi que Touya se vit lorsqu'il pointa à Keigo la fenêtre comme unique porte de sortit disponible et qu'il l'y poussa, lui assurant ne rien se casser à cette hauteur. Pour sûr, même depuis le premier, il ne risquait rien. Les chaumières étaient bien petites et pour agrémenter le tout, une haie de feuilles drues le retiendrait dans sa chute. Ainsi, sous les protestations du blond qu'il n'écoutait qu'à moitié, voir même, pas du tout, il ouvrit la fenêtre et plaça le blond sur son rebord. Keigo le supplia de ne pas le pousser, d'attendre au moins qu'il remette un caleçon ainsi que son pantalon, pour au final se retrouver projeté, le cul à l'air en plein milieu des buissons. Si un voisin avait vu cette chut, il était juste mort !

Dans la chambre, le brun se retourna vivement sur les fringues dans lesquelles il venait de se prendre les pieds. Non, il n'avait tout de même pas… Les yeux ronds, il se jeta à sa fenêtre. Et si. En plus, pour couronner le tout, Keigo était tombé juste devant la porte fenêtre qui menait au jardinet se trouvant à l'avant de la maison. Donc, il montrait potentiellement ses fesses nues à son père ou sa mère. Bonjour la discrétion !

La panique nous faisait toujours comprendre qu'il nous manquait une case. Cette case qui aurait permit à Touya de penser que non, jeter son amant par une fenêtre ne se faisait pas et que oui, il aurait pu jeter les vêtements par cette même fenêtre au lieu de descendre les escaliers, un pantalon et un caleçon sous le bras. Il se stoppa net. Son père passait un coup de fil dans le salon et n'avait rien vu. Super. Shoto, en revanche, buvait son carton de jus d'orange juste devant la fenêtre. Pas super. Le bicolore tourna la tête vers Touya, ne dit rien, prit sa paille en bouche et continua son chemin sans un seul commentaire. Donc, cela voulait dire que Keigo était… Rendu visible par l'absence de Shoto. Tout était dès à présent, une putain de question de timing. En une glissade, le brun rejoignit la baie vitrée et s'y plaqua alors que le pater familias se tournait vers cette même fenêtre. Il haussa un sourcil et ouvrit la porte d'entrée. Touya se figea, son sang rejoignit ses pieds et… Et il ne put qu'observer la magnifique scène qui se présenta face à lui.

Keigo venait de se jeter de l'autre côté de la haie et montrait son petit cul blanc à la vieille voisine qui arrosait ses plantes, ou plutôt les cailloux à côtés des plantes. Depuis combien de temps n'avait-elle pas vu de petit cul ferme la vieille ? Bref, là n'était pas la question. Du point de vue d'Enji, donc, et pas de cette vieille peau, Keigo était habillé et derrière sa haie. Il ne dit rien, ne se formalisant que sur sa présence, toujours au téléphone.

« Tiens, Keigo ! Un problème ?

-Je… Hésita le blond alors qu'il échangeait un regard paniqué avec Touya à travers la fenêtre. Je faisais une course !

-Une course ?

-Oui ! Pour demain soir, et comme je passais par là, je me suis dit… Hey ! Pourquoi pas demander à Enji s'il voulait quelque chose.

-Tu es vraiment très prévenant. Sourit le rouquin avec fierté.

-Je suis comme ça, que voulez-vous ! Sourit Keigo alors qu'il paniquait intérieurement à la soudaine disparition de Touya à travers la fenêtre.

-Viens boire un café. »

Proposa poliment Enji. Et là, le drame approcha à grand pas. Vite ! Vite ! Un plan, vite ! Touya rencontra soudainement le regard de Dabi, qui, assis et la langue pendante, se trouvait tout excité par le mouvement soudain et la panique de son maître. Avec un sifflement, Touya appela son fidèle chien et l'envoya dehors, lui donnant pour ordre d'attaquer la vieille.

Le chien, obéissant, sortit en courant pour foncer sur l'arrosoir de la vieille dame afin de l'envoyer valser au loin. Puis, une minuscule danse se mit en place. Enji couru vers le chien qui revenait vers la maison, Keigo tourna autour de la haie et fonça dans sa voiture en s'excusant d'un contre temps à Enji. Touya profita de ce moment et rejoignit la voiture du blond en quatrième vitesse pour y entrer, et, essoufflé, tendit les vêtements au blond qui avait le front appuyé sur le klaxon, totalement dévasté. Il y eut un moment de blanc profond, presque serein, puis, les deux s'observèrent et partirent dans un immense fou rire, se félicitant de leur folie commune. Finalement, le blond se rhabilla, embrassa son homme puis repartit en direction de chez lui après avoir proprement salué Enji qui l'enjoignait à venir pour l'apéritif, sois plus tôt, le lendemain. C'était comme-ci le blond faisait déjà parti de la famille…

Si Enji savait…

Noël se déroula plutôt bien. Shoto ne parla pas de sa vision, les frères et sœurs se taquinaient joyeusement et Rei exprimait sa joie à l'idée de voir le blond plus souvent parmi eux, l'invitant même à l'anniversaire de Touya qui arriverait sous peu. Oui, même si son fils ne le lui avait pas dit, elle savait. Car une mère savait toujours tout. Surtout ces choses là en fait.

Mais l'histoire ne s'attardera pas sur ce merveilleux noël ou même sa fin qui prit lieu dans la chambre attitrée de Touya lors de ses visites. Elle ne s'attardera pas sur les étreintes, les baisers, les caresses et les paroles qui se faisaient moins obscènes et plus douces. Plus tendres, sans qu'aucun de nos deux protagonistes ne le remarquent vraiment.

Non, reprenons notre histoire sur une vérité, une vérité parfois dure à entendre et qui pourtant, est nécessaire pour bien avancer. Touya, venu rendre visite à un ami, s'était joint, pour une petite après-midi seulement, à la joie de sa famille autour d'un bon café. Le jeune homme avait commencé par saluer tout le monde et lâcher Dabi dans le jardin. Puis, les discussions avaient démarré et de petits sujets propices à une après-midi banale, on en était passé à la grande dispute entre un père et un fils. Une dispute traînant depuis bien longtemps sous cloche et qui avait une bonne fois pour toute besoin d'exploser pour de vrai.

Ainsi, des larmes de rage dévalant ses joues, la laisse de son chien d'un côté et ses clefs de voiture de l'autre, Touya hurlait son désespoir, celui d'être toujours rendu fou par sa position de l'incompris de la famille.

-C'est toi que je rejette papa ! J'aime ma mère, mes deux frères, ainsi que ma sœur. Ce que je n'aime pas, en revanche, c'est ton ton glacial, ta bonne présence, ta droiture, l'attitude que tu emploies avec moi, que tu as toujours employés avec moi ! Cette façon de me dévisager depuis le lycée, depuis que Shoto est né et que tu as compris que je ne serais jamais l'héritier que tu voulais. Cette façon de fixer mes tatouages, ce qui me donne une âme, ce que je suis devenu, cette personnalité qui m'a tant protégé de tes reproches, cette carapace que je me suis forgé, que j'ai apprit à modeler selon mes envies et apprécier, afin de me protéger de tes reproches permanant, c'est tout ça que je déteste chez toi papa !

-Calmes-toi, enfin, Touya ! Tu ne sais plus ce que tu dis ! Tout ça, ce n'était qu'une passade, ne trouve pas des excuses pour justifier tes actes immatures ! Hurla fortement le rouge, ce qui dû sûrement réveiller de la sieste tout le voisinage et même peut-être plus, la hargne et crise de nerf de Touya qui implosa.

-C'est ce que tu crois. Alors ma vocation pour l'art aussi était dû à une passade, papa ? Oui, je suis devenu tatoueur car depuis tout petit déjà je dessine et j'aime ça, mais tu n'as rien vu. Comme tu n'as pas vu mon amour pour le tableau vivant, pour l'encre, comme tu n'as pas vu que chacun de ces dessins représentent une chose bien précise, que ce n'est pas seulement du remplissage comme tu le dis si bien. M'as-tu ne serait-ce que vu lorsque j'ai remporté mes prix, lorsque mon salon à gagné en ampleur ?! M'as-tu ne serait-ce que vu galérer avec ce métier ?! Tu m'as juste donné les fonds pour mon cabinet, cette passade dont je ne parlerais plus au bout d'un an. Merci pour l'argent, au fait. Mais tu n'as jamais rien vu d'autre, mis à part ça tu ne m'as jamais rien donné d'autre. Oui, cette teinture c'était à la base pour te faire chier, mais il se trouve que maintenant, je m'apprécie simplement en brun et que je me sens mieux ainsi. Donc non, ça non plus ce n'est pas une phase. Car j'ai évolué grâce à cette couleur. D'un acte rebelle, c'est devenu une part de moi. Mais ça, t'es trop con pour l'admettre, pour t'en rendre compte. Les piercings au cartilage, c'était parce que mon meilleur pote et moi on en rêvait ensemble. Ne t'en déplaise, pas un moment je n'ai pensé à ta sale gueule que tu fais quand t'es énervé. Ouais, exactement celle-là, celle de constipé, voilà. Rit le brun alors que la folie le prenait. Mais en réalité, je te dis tout ça pour rien. Car on est samedi, qu'il est seize heure, que Madeleine fait encore le ménage et que je tiens l'exact même discours qu'hier et encore avant hier ! Tu m'écoutes pas, tu t'en fou. Et je te ferais les exacts mêmes reproches samedi prochain et tu en auras toujours rien à foutre. Car tout ce que tu veux entendre c'est oui, papa, bien sûr papa, que même Shoto n'est pas foutu de te dire car même lui ça le dégoute de le faire ! Tu veux le retour de l'héritier, tu penses que je viendrais te voir la queue entre les jambes en te demandant pardon. Mais non, comme tous les samedi à cette même putain d'heure, je vais te le dire. Si j'ai la queue qui manque à tes subordonner, c'est pour l'utiliser et la fourrer dans le cul du premier canon venu, pas pour me la couper et me rouler à tes putains de pieds. »

Il voulu en dire plus, en ajouter encore plus en matière de couche, mais il se retint. Il se retint de tout dire, car le premier homme à entendre un « je t'aime Keigo », de sa part ne devait pas être son père, tout comme cette phrase ne devait pas sortir sous l'effort de la rage. Non. Le premier à devoir l'entendre, c'était lui. Et, les yeux écarquillés, prit par le silence, il se rendit compte que ça faisait bientôt un an qu'il entretenait une relation avec lui sans jamais l'avoir nommé. Alors, ignorant les protestations de chacun, il se jeta dans sa voiture et démarra à fond. Il devait parler à Keigo, maintenant.

En à peine quinze minutes, il fut chez son oiseau et monta les escaliers menant à son appartement quatre à quatre. À pleine vitesse, il toqua à la porte et à peine le blond lui eut il répondu qu'il se jeta sur ses lèvres.

Oui, son père était un sal con et avait bien mérité qu'il l'envoie une bonne fois pour toute chier, mais bordel, il ne le remercierait jamais assez pour sa connerie. Celle de ne jamais avoir su comprendre comment il marchait ou même pourquoi Keigo était si présent dans leur famille. Oui, il le remerciait d'être con. Car grâce à lui, ils avaient évité un drame causé par le connard lui-même. Avec un immense sourire, il claqua la porte d'entrée du blond aux cheveux en bataille, du pied.

Il devait bien remercier ces bourges, ces chaumières toutes pareilles et son père, car sans tout ça, il n'aurait jamais rencontré Keigo Takami, l'amour de sa putain de vie.

C'était l'une de ces histoires. Ces histoires que l'on racontait autour d'un bon feu de cheminée à son grand-père, ou bien à une vieille voisine coursant un chien qui détenait son arrosoir ou alors au lycée alors que l'on écarquillait ses yeux de chocs sous les grands rires de ses meilleurs amis et de son copain. Une de ces histoires immortelles où la rébellion et le secret rend les sentiments plus dangereux, plus forts, plus importants encore. Et dans un lit, dans un petit appartement en plein centre historique d'une ville endormie par l'argent, un couple vivaient cette histoire qui venait tout juste de commencer sous l'impulsion d'un cœur se démarquant bien trop des petites maisons bien rangées dans une communauté bourgeoise. Car si l'on ne choisissait pas la couleur de ses volets, on pouvait au moins choisir avec qui faire notre vie.

Note de l'auteure :

Et voilà les amis, pour la deuxième partie de Zone Pavillonnaire ! J'espère que ce Two Shot vous aura plut et que ça vous aura donné envie de peut-être une Fanfiction sur ce concept. Ditas-moi ce que vous en avez pensé en commentaire ! Merci infiniment de m'avoir lu et j'espère avoir votre avis sur ce texte ! À une prochaine !

Sica