Le trajet se fit rapidement, les couloirs sont vides à cette heure, Tris fit un détour par son bureau afin de visualiser un peu comment se déroulait les interventions en cours à l'extérieur. Elle voyait sur les écrans les différentes caméras embarqués de ses soldats, la plupart avait trouvé un abri pour la nuit et certains faisaient des petites interventions de routine de maintien de l'ordre.
Après avoir tout contrôlé et s'être assuré que tout allait bien, elle se dirigea vers les locaux médicaux. Il y avait toujours une garde permanente pour gérer les urgences et les petits soucis. Elle entra rapidement pour montrer sa plaie; rien de grave, mais cela nécessitait deux points de suture.
L'infirmier de garde, Éric, avait l'habitude de croiser Tris, surtout à des heures incongrues. Avec le temps ils étaient devenus amis, et faisaient quelques activités ensembles, la femme et les enfants d'Éric avait accepté Tris dans la famille comme une tante adorable qui passait du temps avec eux.
-Petite mission compliquée ? Dit-il pour essayer de détourner l'attention de la petite douleur causée par les points.
-Rien de bien méchant, pas de blessure grave dans nos rangs. Comment va le divergent blessé ?
-Il est hors de danger, on l'a quand même gardé en surveillance pour la nuit. Une fois sur pied, on le fera transférer dans les laboratoires de Mme Matthews. Ce serait bien un jour de nous expliquer ce que vous faites là-bas ?
-Pour être honnête, je n'en sais pas plus que toi. Je pense des tests pour découvrir les origines de cette divergence. C'est manifestement une anomalie génétique, il est de notre devoir de comprendre ce qui se passe et de le corriger.
Éric ne dit rien, se contenta de lever un sourcil, de faire un sourire et de se concentrer sur sa tâche. Tris grimaça légèrement quand elle sentit l'aiguille transpercer sa peau et cela le fit rire.
-On porte la sécurité des factions à bout de bras, mais on a peur d'une aiguille Melle Prior ? S'amusa Éric. Il reposa son matériel sur le présentoir et fit un signe de tête à Tris que c'était terminé.
-Ce sera notre petit secret... On sort boire un verre ce soir ? On sort quelque part ?
Tris essayait de prendre cet air décontracté, comme si tout allait bien, mais elle avait surtout envie de se reposer mais par politesse elle lança le sujet.
-Pas ce soir Tris désolé, j'ai promis à ma chère et tendre de ne pas rentrer tard et je crois que je joue mon mariage à force de travailler autant, mais on peut se croiser demain avec plaisir ?
-Va pour demain, embrasse Andréa et les enfants pour moi.
-Je n'y manquerai pas, mais là s'il te plait, file au lit, tu as l'air bien fatigué, et le monde a besoin de toi en forme.
Tris sourit, serra quelques secondes le bras d'Éric en guise de remerciement et pris la direction des quartiers réservés à elle et ses équipes. Elle passa par les vestiaires pour poser son uniforme et les quelques affaires qu'elle portait sur elle. Elle enleva sa veste, et approcha son visage du vêtement, cela sentait le quartier des sans factions. Un mélange de poussière, de sang, une senteur âcre et tenace. Une odeur qu'elle ne sentait presque plus à force de l'avoir au quotidien, mais là ce soir, elle ne la supportait plus.
Elle se déshabilla intégralement dans les vestiaires, elle ne voulait plus de cela sur elle. Elle entra dans les douches collectives, vides à cette heure, et se glissa sous un jet d'eau chaude. La sensation de l'eau coulant sur elle lui donnait toujours l'impression d'ôter le voile qu'elle se forçait à porter au quotidien. Elle se laissa aller à l'agréable chaleur de la douche qui lui dénouait les muscles, elle ferma les yeux quelques minutes et essaya de ne penser à rien. Enfin si, méthodiquement elle passa en revu dans son esprit ses équipes engagées à l'extérieur, et les dangers éventuels qu'ils encouraient. Tout était parfaitement calé tout le temps, mais ça la rassurait de penser à tout.
La douche apporta l'effet attendu, elle se détendit suffisamment pour sentir apparaître les quelques contusions gracieusement offertes par la sans faction récalcitrante. Elle se nota de penser à s'occuper d'elle dans les jours à venir.
C'est un léger sifflement qui la fit sortir de son flot de pensée. Elle se raidit instantanément, et dirigea son regard vers l'origine du bruit. Jeanine était là, appuyée contre un mur les bras croisés devant elle, en tenant une serviette dans une main. Depuis quand était-elle là ? Tris ne bougea pas, elle resta sous l'eau et ferma les yeux de cette sensation de chaleur, profitant de quelques secondes de douceur avant que la chef érudit ne parle.
Jeanine ne dit rien, elle dévisageait son corps nu, et remarqua les contusions rosées qui commençaient à apparaître. Tris coupa l'eau, sortit de la douche, et tendit une main vers elle. Au moment où Tris voulu saisir la serviette, Jeanine la tira vers elle et cala son corps contre le sien. Tris retint son souffle et déglutit, elle avait appris avec le temps que dans ces moments-là, il était toujours plus sage de se taire.
Le parfait tailleur bleu de Jeanine contrastait fortement avec la peau blanchâtre de Tris. L'atmosphère était lourde en plein milieu de la nuit dans ces vestiaires, et le fait que la dirigeante érudit ne parlait pas n'aidait pas à détendre la situation.
-S'il vous plait, Jeanine, pas ce soir, je... commença à balbutier Tris
Jeanine planta son regard dans le sien, elle respirait calmement mais avait cet air déterminé qui la paralysait toujours. Elle glissa un doigt le long du menton de Tris, et dessina un trajet sur sa joue, son cou, et effleura sa clavicule. Tris frissonnait mais elle était incapable de déterminer si c'était l'effet de son corps mouillé dans cette grande pièce froide, ou si c'était la sensation de ses doigts sur sa peau.
- C'est vraiment à ton dirigeant que tu es entrain de dire non ? Questionna Jeanine d'un ton mi amusé mi accusateur, tout en grimaçant du visage dans une moue d'enfant. Des yeux, elle attira l'attention de Tris sur la chair de poule qui apparaissait sur sa peau.
Les doigts qui glissaient le long de la clavicule de Tris s'aventuraient maintenant le long de son ventre, et s'arrêtaient pour dessiner de légers cercles sur sa hanche.
- je... Non bien sûr que non. Se résigna Tris en essayant d'attraper la serviette que Jeanine tenait dans une main.
Jeanine sourit à plein dent, et se réjouie d'obtenir toujours si facilement ce qu'elle voulait. Elle mordilla légèrement l'épaule de Tris de contentement, et lui mit la serviette dans les mains.
- Parfait, je te laisse te rhabiller, et on se voit dans 10 min.
Elle partit aussi vite qu'elle fut arrivée, laissant derrière elle une Tris perturbée, vide, qui se demandait si le froid qu'elle ressentait, venait de cette pièce ou de l'intérieur de son âme.
Depuis très jeune Tris avait toujours eu une fascination étrange pour Jeanine. Elle incarnait pour elle une mère de la nation, un exemple à suivre, et avait tout fait pour attirer son attention et ses bonnes grâces. C'est plus tard en entrant dans son cercle proche, qu'elle remarqua le personnage sous le masque. Une personne complexe, pleine de certitudes qui avait pris à coeur de se hisser en
protecteur de la nation. Un personnage sombre également, qui gouvernait par autoritarisme, à la limite de la dictature. Tout le monde l'admirait autant qu'il la détestait pour cela.
À sa manière, Jeanine aussi avait été intriguée par Tris. Cette jeune femme pleine de vie, douée sans commune mesure, qui dégage cette fraîcheur immédiate autour d'elle. Comme une légèreté, un instant suspendu. Jeanine s'est étonnée souvent d'apprécier sa présence, et d'aimer sa façon de prendre la vie. Elle voyait aussi en Tris une faiblesse pour elle, elle qui vivait avec toujours tout son contrôle, voyait quelque chose lui échapper à propos de Tris. Loin de réprimer son attirance pour elle, elle décida d'en prendre le contrôle. Il fallait qu'elle reprenne la main sur Tris, que ce soit elle qui mène la danse et non le contraire.
C'est avec le temps, et avec beaucoup de subtilité, que cette relation curieuse s'est installée. Il n'a jamais été question de sentiments, et cette relation qui n'en était pas une, était tout sauf équilibrée. Jeanine trouva un bon compromis entre son attirance pour Tris et son besoin de contrôler ses émotions. Elle contrôlait tout le monde autour d'elle, Tris n'y échapperait pas. Ce n'était rien de plus qu'un jouet, qu'elle utilisait de temps en temps pour ses besoins personnels. Comment Tris le vivait, cela l'importait peu, elle savait que Tris lui vouait corps et âme et qu'elle pouvait dépasser la ligne rouge. De cette façon, elle gagnait sur tous les plans; comme toujours.
Tris au début avait essayé de donner du sens à cette histoire, de comprendre ce qu'elle ressentait pour elle; mais jamais Jeanine et elle n'avaient échangé le moindre mot sur ce sujet et Tris avait vite compris que c'était cause perdue et qu'il fallait faire le deuil de tous les moments où elle a cru que quelque chose était possible. Ce qu'elle ne comprenait plus maintenant c'est pourquoi elle laissait faire, et pourquoi elle ne s'y opposait pas. Sans doute plus la peur des représailles et des conséquences qu'un réel amour pour elle.
Sur le trajet vers les quartiers de Jeanine, elle se demandait encore pourquoi elle acceptait ça.
Deux heures plus tard, Tris allongée sur le dos regardait le plafond, la pensée vide. Jeanine venait d'attraper une tablette numérique sur sa table de nuit, signe évident pour Tris qu'il était temps de partir. Elle sortit des draps, la tête encore légèrement embrumée. C'était toujours comme ça, elle repartait sans bruit, jamais le lever du soleil n'aura été témoin de son départ.
Elle ramassa ses affaires éparpillées au sol en silence, pendant que Jeanine encore enroulée dans les draps tapotait frénétiquement sur sa tablette. Tris prit sa veste et se dirigea vers la sortie quand la dirigeante la stoppa d'une parole.
-On vient de recevoir les tests. Le divergent arrêté à un taux de 84%, manifestement tout n'est pas que mauvais dans ta mission.
Tris ne dit rien, hocha la tête en signe d'affirmation et marcha vers la sortie.
Jeanine déposa la tablette sur ses genoux, colla ses épaules contre la tête de lit, enleva ses lunettes et pris grâce de jeter un regard sur son hôte en train de partir.
Une fois seule, Jeanine déposa sa tablette au sol, éteignit la lampe et se roula sur le côté et essaya de trouver le sommeil. Demain allait être une grande journée, un taux de 84% est exceptionnel et elle avait hâte de débuter les tests. Sans vraiment sans rendre compte, elle venait de prendre dans ses bras le coussin à ses côtés, et d'enfouir son visage dans l'odeur encore présente de Tris. Elle
jouait avec l'encolure du coussin du bout des doigts se demandant ce que ça ferait de s'endormir près d'elle, de l'avoir enroulée dans ses bras. Elle se rendait souvent compte qu'elle jouait avec le feu, qu'elle pouvait perdre le contrôle sur ses sentiments à tout moment, mais elle maîtrisait la situation, elle maîtriserait ses sentiments comme tout dans sa vie. C'est tout de même sur une pensée pour Tris qu'elle finit par trouver le sommeil.
Le lendemain, Jeanine convoqua toute son équipe de scientifique. Les tests sur le divergent étaient la priorité absolue sur tout le reste, il a fallu tellement de temps pour en trouver un de compatible qu'il ne fallait pas perdre une journée de plus et avancer sur le projet.
Il fut amené dans le laboratoire, une grande pièce blanche, qu'il trouva étonnamment vide. Seules quelques ordinateurs et écrans étaient branchés et brillaient d'une lumière bleutée. Un socle se trouvait en plein milieu de la pièce, Jeanine et ses conseillers se trouvaient sur le côté à échanger entre eux.
Le jeune homme avança prudemment, restant sur ses gardes, il ne savait pas vraiment ce qui allait se passer mais il reconnut instantanément Jeanine, et il sentit le sang bouillir en lui.
-C'est donc Quatre votre nom ? Demanda Jeanine en lisant la fiche que venait de lui donner un assistant. Elle observa de loin l'homme, un grand brun athlétique, d'une trentaine d'année.
-Qu'est-ce que je fais ici ? Quatre la regardait avec défis, il ne voulait pas baisser la tête devant la dirigeante.
-Vous ne posez pas vraiment la bonne question. Il serait plus sage de vous demander pourquoi on vous accorde encore la grâce de rester en vie.
-Vous faites une très grave erreur, la divergence n'est pas à combattre, nous ne sommes pas des bêtes à traquer. Vous avez tué énormément des nôtres et personne ne vous pardonnera pour ça, quand la vérité éclatera vous tomberez, ce n'est qu'une question de temps.
-Je ne pense pas arriver à vous en convaincre, mais je ne sers que l'intérêt général, les heures sombres nécessitent des mesures efficaces. L'ironie dans l'histoire, c'est que même sans le vouloir c'est vous qui allait permettre notre victoire. Et en quelque sorte nous vous devons des remerciements.
Jeanine et ses conseillers échangèrent des rires de moqueries, on pouvait sentir tout le mépris de la classe érudits envers les divergents. Et cette sensation de ne pas connaître toute l'histoire agacée au plus haut point Quatre.
-Maintenant prenez place sur le socle je vous prie. Elle montra d'un geste du menton le cercle à quelques mètres d'elle. Elle fit signe à ses assistants de commencer l'opération.
En à peine quelques secondes, Quatre fonça sur elle et réussi à lui attraper le bras. Un garde de Jeanine se jeta instantanément sur lui, et lui assena de nombreux coups pour lui faire passer l'envie de recommencer. Plié au sol, il gémit de douleur de quelques côtes cassées.
Jeanine s'approcha de Quatre allongé au sol, se mit à sa hauteur et lui répéta doucement.
-Prends place sur le cercle je te prie.
Quatre à bout de souffle, lui glissa entre deux respirations saccadées.
-Allez-vous faire foutre...
Jeanine rit de cette audace, et fit signe à ses gardes de le traîner jusqu'au cercle.
Pendant ce temps, Le réveil de Tris fut difficile ce matin, le bruit sourd du réveil la sortit d'un quasi sommeil de mort. Elle se massa la tempe et ouvrit péniblement les yeux. Ce n'est qu'après un café un peu fort qu'elle remit toutes ses pensées en place. La journée allait être calme, deux trois petites réunions et un petit interrogatoire sur la sans faction arrêtée. À travers les mails reçus elle ressentait la petite agitation liée à l'arrivé du divergent à haut niveau. Concrètement, ça ne changera rien à sa journée, Jeanine l'avait toujours éloignée de ses expériences. Au moins ça occuperait Jeanine, elle serait un peu plus tranquille quelques temps.
Plus tard, elle entra dans la cellule de sa prisonnière pour faire l'interrogatoire prévue. Souvent les sans factions capturés étaient terrifiés d'être ici, et la peur de ce que les érudits pouvaient leur faire, les faisait parler instantanément. Avec un peu de chance elle allait parler rapidement, Tris ferai son rapport, et on la relâchera dans quelques jours après l'avoir menacée suffisamment pour qu'elle reste à distance raisonnable des divergents à l'avenir.
Assez étonnamment, la prisonnière était assise tranquillement sur son lit, à attendre sagement que quelqu'un vienne.
-Vous allez me suivre dans l'autre pièce, nous allons vous interroger sur votre implication dans l'affaire citée. Si vous le souhaitez-vous pouvez consulter un médecin avant et...
- non, allons s'y vite, la coupa la jeune femme, -on a beaucoup de choses à se dire.
Très bien, les choses seront encore plus simples que prévu, peut-être même que si elle s'y prenait bien, à midi ce sera terminé.
Elles entrèrent dans la salle, une petite pièce sans fenêtre, avec une table et deux chaises l'une en face de l'autre. Tris alluma d'une télécommande la petite caméra placée en haut du mur. Elle s'installa sur la chaise, de façon un peu trop décontractée au goût de Tris.
-Nom ? Prénom ? Âge ? Faction de naissance.
-Shannon Frant, 38 ans, altruiste.
Tris tapota sur le base de donnée ce nom, une fiche apparue et effectivement c'était bien elle. La dernière piste connue dans ses fichiers était qu'elle avait quitté sa faction de choix érudit, pour partir chez les sans factions à l'âge de 25 ans.
-Pourquoi avoir quitté les érudits ?
-Soucis de comptabilité d'humeur avec tous ces coincés du cul. Elle se risqua à un peu d'humour.
-On va noter petit problème d'intégration plutôt, dit Tris en souriant légèrement.
-On peut noter ça effectivement ria Shannon qui se détendit un peu, et se reposa sur son siège. Tris l'observa du coin de l'oeil, elle était petite, brune, athlétique, les cheveux longs légèrement ondulés,
et de beaux yeux noirs un peu profond. Elle avait du mal à croire que c'était ce petit bout de femme qui avait causé toutes ces ecchymoses sur elle.
-Êtes-vous en contact avec des divergents ?
-Oui tous les jours, ce qui n'est pas bien compliqué puisque Jeanine les traque tous, ils prennent refuge chez nous. Vous les tuez tous les uns après les autres.
-On ne tue personne, on essaie de les soigner, c'est une maladie et c'est de notre devoir de les remettre dans le droit chemin. Cette déviance est nocive pour tous.
-Ah oui, qui vous a dit cela ? Shannon venait de poser les deux coudes sur la table et se pencha en avant vers Tris.
-Tout le monde sait cela, on n'a pas eu à me le dire. Se justifia Tris.
-Avez-vous déjà côtoyé un divergent ? Je veux dire dans la vraie vie, le voir avec sa famille, ses proches ?
-J'en côtoie tous les jours, et tous les jours ils menacent la vie de mes hommes.
Shannon se leva et tapa ses mains sur la table en criant:
-Mais vous les traquez pour les tuer, que feriez-vous à leur place ? Les laisser faire ? Les laisser tuer vos proches et votre famille ?
-ON NE TUE PERSONNE, ON SE DÉFEND lança Tris sur le même ton.
Shannon eu un petit ricanement et se rassis en soufflant.
-Vous êtes tous tellement en admiration devant Jeanine que vous vous voilez la face sur le génocide qu'elle est en train de faire au motif d'une fausse dangerosité de ces gens. Personne ne se pose de question ? Qui a prouvé que les divergents étaient nocifs ? Que fait-elle des divergents alors, pourquoi ne les revoit-on jamais ?
-Je ne vous dois aucune explication, c'est vous qui êtes jugée aujourd'hui pas moi.
Tris essayait de reprendre le dessus de cette interrogatoire, au moins ça lui donnait de la contenance, parce que les réponses à ces questions elle ne les connaissait pas elle-même. Shannon comprit rapidement que Tris n'en savait rien, son visage se referma de détermination.
-Le fait que des gens soient prêts à mourir pour sauver les divergents devrait vous interpeller. Vous êtes à un basculement de l'histoire, ne vous trompez pas de camp, sinon un jour vous vous demanderez comment vous avez pu laisser faire ça. Tout le monde sait que Jeanine vous considère comme son bras droit, pourquoi vous ne lui demandait pas ce qu'elle fait des divergents ?
-C'est une branche sécrète de notre faction, nous n'avons rien à vous dire.
Shannon se pencha vers Tris, attrapa la télécommande, coupa la caméra, et murmura de façon à peine audible.
-Ou peut-être est-elle trop occupée à vous murmurer des mots doux à l'oreille pour vous expliquer son travail ?
Le sang de Tris ne fit qu'un tour, elle l'attrapa par le col et se retint de lui en coller une. Leur visage était proche, le petit air satisfait de Shannon l'exaspérait au plus haut point. Comment elle pouvait savoir cela ?
- touchée on dirait hein... Shannon rit de bon coeur.
Tris se leva, se cala contre la porte, elle venait de sonner le clap de fin de l'interrogatoire. Elle attendit sagement que Shannon daigne bouger. Elle se leva doucement et se mit à ses côtés.
-Ok, on remet cela à plus tard Melle Prior, mais pour le bien de l'humanité, pendant votre prochaine partie de jambe en l'air, vous lui demanderez ce qu'elle en fait ? Je pense que ça va remettre un peu de vérité dans votre vision du monde.
Cette fois, Tris ne se retint pas et lui assena un coup de poing au visage. Shannon encaissa le coup en silence, se massa la joue et bougea la mâchoire pour la détendre.
-Et ben, si vous pouviez mettre autant d'énergie à chercher la vérité plutôt que de tout croire aveuglément.
Elle fut raccompagnée dans sa cellule, et Tris prit la direction des toilettes, elle ouvra le robinet et s'aspergea le visage d'eau fraiche. Elle avait dérapé, mais comment elle pouvait savoir cela, avait-elle bluffée et Tris avait plongée dedans comme une débutante ? Il était peut-être temps de savoir également ce que Jeanine faisait réellement des divergents, au moins ça clouerait le bec à toutes les spéculations folles qu'elle pouvait entendre. Cette sans faction qui était un souci presque négligeable commençait à sérieusement gonfler Tris.
C'est un peu plus tard que Tris, revint à la charge, elle entra dans la cellule et trouve Shannon assis au tailleur au sol, semblant en plein repos. Manifestement, elle était vraiment étonnante.
-Je vous dérange ? Tris se moquait pertinemment de la réponse, elle voulait en finir avec cette interrogatoire et passer à autre chose.
Shannon ne bougea pas, ouvrit légèrement les yeux d'exaspération.
-Je médite, vous devriez essayer, ça vous aiderai à mettre la lumière dans votre tête, venez asseyez-vous.
Elle tendit le bas en montrant l'espace vide en face d'elle. Tris hésita, et puis après tout pourquoi ne pas essayer de sympathiser avec, elle parlera peut être plus rapidement. Elle s'assit en tailleur à distance raisonnable.
-Et donc il faut faire quoi ? Tris se trouvait ridicule dans cette position et la gêne de la situation faisait franchement sourire Shannon.
- d'abord détendez-vous, essayez de vous imaginer dans un endroit agréable, visualisez-vous dans cet endroit assise en tailleur comme ici. Comme si vous étiez spectateur de vous-même.
Tris après un long soupir, et une légère exaspération tenta de jouer le jeu. Elle essaya de trouver un souvenir agréable, et elle eut un moment de tristesse quand elle réalisa qu'il fallait qu'elle remonte loin dans son passée pour trouver un moment de joie. Si peut être la fois où elle est sortie du périmètre érudit pour aller nager dans un lac. Tris adorait nager, surtout en eau libre. Comme si le fait de ne plus sentir sa propre pesanteur lui enlevait le fardeau de ses responsabilités au quotidien. Responsabilités qui étaient peut être trop importantes pour elle. Elle choisit ce souvenir et s'imagina assise en tailleur au bord de ce lac. Une légère brise de vent, une subtile odeur de pin et surtout le silence, rien que le silence. Elle se laissa aller à ce souvenir, et les sensations de ce moment.
-Maintenant, essayez de prolonger votre respiration, une lente inspiration et une lente expiration pour forcer votre corps et votre esprit à ralentir. C'est vous qui imposait le rythme à votre esprit. Imposez-vous de prendre le temps, sinon vous ne prendrez jamais de hauteur sur une situation.
Tris ne s'était jamais posée la question sur la vitesse à laquelle sa vie se déroulait. Son travail était sa vie, et son travail avait un rythme très soutenu, elle passait toute son énergie à cela. Ça ne l'avait jamais dérangé, cette exigence envers elle-même et l'oubli de soi sont les clés pour être arrivée où elle était aujourd'hui. Elle ralentit donc ses flots de pensée pour prendre de la hauteur sur sa vie. Elle était jeune, à un haut poste, appréciée de ses soldats, et avait quelques amis à qui elle n'accordait pas suffisamment de temps peut-être. Elle passa en revu les rares moments qu'elle passait avec Éric et sa famille, c'était des gens merveilleux, simples et profondément heureux. Un jour aussi peut être elle aurait droit à ce bonheur.
-Maintenant que vous avez repris la main sur l'instant présent, et que vous avez pris de la hauteur sur votre vie, questionnez-vous sur le pourquoi vous faites tout cela ?
Là Tris eu un certain blocage, pourquoi fait-elle tout ça ? Tris s'est toujours vu comme une personne droite, juste, compréhensive et humaine. Toutes les belles valeurs qu'elle jugeait utile pour être un individu qui respecte sa nature profonde. C'est donc naturellement qu'elle avait choisi de s'orienter vers la protection des factions, d'aider les autres à garder leur libertés, leur joie et leur humanité. Les divergents remettaient en cause cette sérénité, enfin on lui avait dit que, parce que de ses yeux elle n'avait pas encore vu grand-chose, mais s'ils remettaient en cause l'ordre c'était normal qu'elle fasse cela.
-Et enfin, demandez-vous si vous êtes en adéquation avec vous-même ? Êtes-vous sereine dans votre vie ?
Là ce fut la question de trop, elle n'avait pas pensée à Jeanine encore, et cette question la ramener à son souvenir. Elle n'est pas prête encore pour ça. Tris ouvrit les yeux pour signifier que la petite plaisanterie était terminée. Elle avait accepté ce petit manège, à Shannon d'accepter d'en finir de cet interrogatoire.
On va arrêter là pour l'instant, à vous de jouer le jeu maintenant, on va en salle d'interrogatoire, dit-elle en se relevant.
-Il est peut-être un peu tard maintenant non, Shannon regarda par la vitre de sa cellule pour montrer la nuit qui commençait à descendre.
Tris s'étonna mais comment est possible ? Elle regarda sa montre, ça faisait plus de deux heures qu'elle était là. Mais c'est impossible elle est arrivée depuis 10 minutes.
-Vous tracassez pas, c'est toujours perturbant la première fois, sonder son esprit est toujours plus long qu'on ne le pense. Shannon sourit en se relevant et remua les jambes un peu engourdit de la position en tailleur.
Tris se figea de la situation, elle balbutia quelques mots pour dire que oui, on verrait ça demain. Elle sortit de la cellule rapidement.
Shannon se plaqua contre le mur en observant l'extérieur et la nuit tombant. La petite graine dans la tête de Tris était plantée elle en était sure, maintenant il fallait qu'elle germe, et rapidement parce que Quatre ne tiendrait pas longtemps. Elle soupira mais dans le fond elle était persuadée que Tris était la solution et qu'elle avait l'intelligence pour comprendre, la survie de tous dépendra de la rapidité à laquelle Shannon brisera l'emprise de Jeanine sur Tris. Cette femme avait détruit Tris puis reconstruit comme le voulait, son parfait petit soldat jouet, c'était terrifiant ce qu'elle avait fait d'elle.
Cela faisait déjà plus de 14h que Jeanine faisait ses tests sur Quatre, c'était prometteur bien sûre, mais pas le miracle attendu. Quatre était fatigué de tous ces tests, et les assistants de Jeanine commençait à ressentir une certaine lassitude, la journée avait été longue.
-Mme Matthews, se risqua un assistant.
-Mmmh ?
-Il est peut-être temps de finir la journée, tout le monde fatigue et le divergent ne pas tenir le coup.
Jeanine jeta un oeil à ses assistants, effectivement il n'avait pas l'air bien en forme, et Quatre s'écroulait de fatigue. Légèrement irritée, elle se résigna et clôtura la journée. Elle remercia tout le monde et demanda à ses gardes de ramener Quatre à sa cellule, de le nourrir, et de lui donner de quoi se doucher.
Elle éteignit les écrans, et prit la direction de ses quartiers. Quelque chose lui échappait, un taux de 84% aurait dû permettre de mener ses expériences au bout, et d'enfin trouver une manière efficace de mettre un terme à cette divergence, mais cela ne semblait encore pas suffisant.
Une fois chez elle, elle posa ses documents sur la table de cuisine, et ouvrit le frigo pour se préparer à manger. Elle n'avait pas spécialement faim, mais il fallait qu'elle reprenne des forces. Elle se prépara une petite salade rapidement, et alla s'installer dans son salon. Elle se cala dans son immense canapé, et mit un morceau de Jazz en bruit de fond. En mangeant, elle relu encore et encore tous les résultats des tests et ne comprit pas. Il fallait repartir de zéro, recommencer du départ, peut être une variable avait été mal pris en compte.
Elle lista également ses mails, tous ses conseillés envoyaient chaque soir un compte rendu de leur journée, elle aimait savoir tout ce qui se passait dans sa faction. Elle ne mit pas longtemps pour remarquer que Tris n'avait pas fait le sien, étonnant, elle fronça un sourcil et alla voir son emploi du temps, quelques réunions, un interrogatoire d'une petite sans faction, effectivement peut être rien de bien palpitant à raconter. Elle s'auto-contenta de cette réponse, et se prépara à aller dormir.
À plusieurs kilomètres de là, une personne gara son pickup. Une lampe frontale à la main, l'ombre fit quelques dizaines de mètres pour atteindre son objectif. Tris posa un pack de bière à terre et
s'assit face au lac. La lumière de la lune se reflétait et rendait magique le moment. Elle éteignit sa lampe, se contentant alors de la lune pour éclairer ses pensées et observa les lieux. Le silence effectivement, mais pas que. De légers croassements se faisaient entendre, tout comme le bruit de l'eau qui ondulait au grès du vent, le bruit des roseaux, et cette odeur de pins. Elle était bien là, loin de tout. Elle ouvrit une première bière et la sirota en pensant à la dernière soirée qu'elle avait fait avec Éric et sa femme, ils avaient carrément abusé de l'alcool et Éric avait raconté les mille et une raison du pourquoi il aimait Andréa. Ça devait être ça l'amour, une adoration mutuelle et des projets à ne plus en finir, Éric et Andréa ont toujours respiré la sérénité.
Et elle, était-elle sereine ? Elle ouvrit une seconde bière pour aider à trouver un début de réponse. Elle s'allongea sur l'herbe et se détendit, il était temps qu'elle se confronte avec elle-même sur le sujet de Jeanine. Oui elle avait toujours eu une admiration sans commune mesure pour elle, faut avouer qu'elle était aussi fascinante qu'effrayante. Mais il y a une fausse note dans la chanson. Si elle était capable de laisser Jeanine prendre possession de son âme et de son corps quand elle le voulait, comment elle pouvait, avec tant de certitude, croire que Jeanine ne l'influençait par sur sa vision des divergents.
Tris prit une troisième bière, et la leva ironiquement à la gloire de Jeanine. Ce fut le froid qui la fit reprendre la route.
Les jours suivants se ressemblèrent, Jeanine la tête prise dans ses expériences, et Tris occupée à ses affaires habituelles. Elle n'avait pas revue Shannon depuis, elle repoussait tous les jours ce moment. Il faut dire que tout cela l'avait retourné, elle dormait mal et se posait des questions sur la faction, Jeanine et elle.
Des gardes firent sortir Shannon de sa cellule pour l'amener au bureau de Tris. Ils la firent s'asseoir en face d'elle, et elle leur fit signes qu'ils pouvaient sortir.
-Vous en avez mis du temps. Ils vont me laisser mourir là-dedans.
-J'étais occupée, bon reprenons, il faut finir cela et on décidera après ce que l'on fera de vous.
Shannon posa ses coudes sur la table, prit son visage dans les mains et soupira. Elle semblait très sérieuse tout à coup et ce changement d'humeur étonna un peu Tris.
-Tris, c'est très brutal tout ce que je vais dire mais Quatre a donné sa vie pour que je sois là, il est temps de comprendre.
-Mais de quoi vous parlez ? Qui est quatre ?
-Quatre est le divergent que vous avez arrêté, il est en danger de mort entre les mains de Jeanine.
-Mais non ce n'est pas possible, il est dans les labos de Jeanine, il est sous surveillance constante, on le test d'accord mais on ne va pas le tuer. Il faut arrêter avec ça.
-Tris on m'a envoyé te chercher.
Tris se leva de sa chaise incrédule, elle tourna en rond dans la pièce en se grattant la tête, mais qui chez les sans factions voulaient Tris et pourquoi ?
Shannon se leva et attrapa doucement son bras.
-Tris, j'ai fait exprès de me faire capturer, il fallait que je te parle. Depuis des mois tout le monde sait qui tu es, on a essayé de te capturer souvent, de remonter ta trace. Evelyn a dit que si on ne pouvait pas te faire venir à nous, il fallait venir à toi...
Tris s'appuya sur le mur et se laissa glisser au sol. C'était quoi encore cette histoire, pourquoi Evelyne la cherchait ? Shannon s'assit avec elle au sol et tendit une main vers sa cuisse, Tris la stoppa avec violence.
-Ce n'est pas ce que tu crois, laisse-moi faire Tris, tu vas vite comprendre.
Shannon retendit la main vers sa cuisse, ouvrit une poche sur le côté et attrapa l'outil de détection des divergents. Tris ne parlait toujours pas, des larmes commençaient à perler sur sa joue, au fond d'elle ce qui allait se passer elle l'a toujours su. Shannon ouvrit doucement l'objet, et délicatement le passa sur Tris, l'objet clignotât et une petite voix mécanique dit à Haute voix « divergence 100% ». Tris n'eut aucune réaction, ce qui étonna Shannon. Elle prit son menton dans sa main et leva ses yeux vers les siens.
-Tu l'as toujours su n'est-ce pas, au fond de toi tu le savais, ça fait des mois que je te cherche tu sais.
Tris se leva, et fit les cent pas, sa tête bouillait, elle allait tombée dans les pommes elle en était sure. Elle regroupa le peu d'esprit qui lui restait et questionna:
-Je croyais que c'était Evelyne qui me cherchait ?
C'est bien ce que je viens de dire Tris...
La réalité frappa Tris comme un coup de poing, elle hésita à hurler à ses gardes de venir, l'ennemi public numéro 1 était en ces lieux depuis plusieurs jours.
-Tu es Evelyne, tu es la chef des sans factions.
-Oui c'est moi, je suis venue te chercher Tris.
C'est un peu tard dans la soirée que Tris rejoint Jeanine dans son bureau. Andy était parti depuis peu, et l'étage était désert à cette heure. Elle frappa doucement à sa porte et attendit l'approbation de Jeanine pour entrer. Cela faisait plusieurs jours qu'elle ne s'était pas vu, et Tris remarqua de suite les trait très tirés de Jeanine. Elle semblait épuisée.
Quand Tris approcha, Jeanine arrêta tout ce qu'elle était en train de faire, et leva les yeux sur elle. Elle lui fit un sourire de côté et se détendit sur son siège.
-Mais qui voilà, serait ce lieutenant Prior en personne ? Elle levait un sourcil mi interrogateur mi amusé. Elle massa sa nuque d'une main et regardait Tris s'asseoir en face d'elle.
-Bonsoir Mme Matthews.
-Bonsoir Tris... que me vaut l'honneur d'une visite non planifiée à cette heure. Jeanine regarda Tris de haut en bas silencieusement pendant quelques secondes en souriant légèrement.
-Rien d'important, Tris caressait des doigts le bureau devant elle. Elle semblait un peu nerveuse et Jeanine s'en amusait.
Elle essaya d'attraper le regard de Tris mais celui-ci était fuyant. Elle fronça les sourcils, se redressa et fit le tour de son bureau.
-Lève-toi Tris, son ton était doux mais ferme.
-Je suis désolée Mme Matthews, je dois y aller.
Jeanine se positionna devant elle avec fermeté, lui attrapa le menton et plongea son regard profondément dans le sien.
-Qu'est-ce qu'il y a Tris ?
En à peine quelques secondes, Tris passa la main derrière le cou de Jeanine et l'attira à elle. Les lèvres se touchèrent légèrement et se fut Tris qui alla au contact plus profond. C'était la première fois que Tris initiait quelques chose, d'habitude c'était Jeanine qui menait la danse. Curieusement elle laissa faire, amusée de cette audace, se détendit et laissa ce baiser se prolonger d'une manière un peu plus sauvage et passionnée. Tris caressait maintenant le cou de Jeanine et le début de ses clavicules, Jeanine sentit une chaleur monter en elle, mais elle stoppa l'engouement de Tris en attrapant sa main et en ralentissant la fureur de leur baiser.
Tris garda le front posé contre Jeanine et lui glissa quelques mots contre ses lèvres.
-C'est vraiment à votre lieutenant que vous êtes en train de dire non ?
Jeanine rit franchement de la situation et du déjà-vu.
-Vous me semblez bien insolente ce soir Tris.
Jeanine se retira de Tris de quelques centimètres et s'appuya contre le bureau, ce moment de légèreté était terminé.
-Je voulais vous remercier.
-Me remercier de quoi Tris ?
-De ce que vous avez fait dans le passé pour moi, et ce que vous avez fait de moi.
Jeanine fut surprise de cet aveu soudain, et ne sut pas quoi répondre sur l'instant. Elle se contenta d'une légère tape sur le bras de Tris et murmura quelques mots classiques sur le devoir de la faction à hisser ses hommes au plus haut de leur potentiel.
-Je dois finir quelques dossiers ce soir, mais on peut remettre certaines choses à demain. Elle venait d'approcher le bassin de Tris contre elle en tirant sur la poche de son jean. Elle déboutonna le bouton d'une main, ouvrit légèrement sa braguette, et caressa la peau sous son nombril.
Tris colla son corps contre le sien et força Jeanine à s'asseoir sur le bord de son bureau. Elle se plaça entre ses hanches et glissa ses mains sous ses cuisses pour l'approcher à elle. Jeanine eu un petit sursaut de surprise, Tris prenait les devants, et peut être un peu trop là cette fois, elle essaya de
reprendre le dessus et de la repousser mais elle accentua sa prise sur ses cuisses, c'est la première fois que Jeanine sentait vraiment que Tris testait les limites qu'elle avait soigneusement dessiné depuis tout ce temps. N'avait-elle plus peur de moi ? Elle se sentait désemparée mais au fond, la situation lui plaisait fortement. Reprend le dessus Jeanine, il faut que tu reprennes la main, ne laisse pas la situation continuer sur cette lancée. Tris glissa ses lèvres très lentement sur son cou, juste un souffle chaud qui effleurait sa peau. Sans le vouloir, la bouche de Jeanine s'ouvrit légèrement pour laisser échapper un léger gémissement.
Tris avait le dessus, elle sourit pour elle-même, si seulement elle avait tenté cela avant, s'il fallait si peu pour commencer à briser les barrières de Jeanine, elle se serait évité quelques années de terreur.
Elle continua sa route vers les lèvres de Jeanine et en prit possession. Elle voulait voir jusqu'où Jeanine allait la laisser faire, après tout elle n'avait plus grand chose à perdre maintenant. La dirigeant ne dit toujours rien, un combat rude dans sa tête se déroulait, d'un côté elle se demandait pourquoi Tris ne la craignait plus, et de l'autre pourquoi elle appréciait autant cela. Est ce qu'elle perdrait le contrôle de laisser Tris devenir son égal ? Est-ce que ce serait si grave de se laisser aller au désir évident de son corps ? Elle pourrait peut-être laisser voir où la situation l'amener, accepter de laisser une part de maîtrise à Tris, après tous les années ont prouvé que Tris lui était dévouée, elle pouvait bien lui laisser faire tomber une barrière ou deux. Pendant toute sa réflexion, Tris allumait le corps de Jeanine à coup de caresses lentes, et de souffles chauds sur sa peau, elle glissa les mains sur son cou et attrape les bords de sa veste pour la faire glisser le long de ses bras. Jeanine ferma les yeux et apprécia le contact de ses mains. C'était comme une première fois, elle connaissait ses mains, mais cette sensualité pas vraiment; ou était-ce le lieu, l'heure l'ambiance qui allumait son corps. La lenteur avec laquelle Tris effectuait ses gestes lui faisait perdre le contrôle à Jeanine. Tris fit basculer Jeanine sur le bureau et s'installa sur elle. Elles entrelacèrent leurs jambes, et Tris parcourut son corps de ses mains. Elle glissa sur son chemiser et ouvrit très doucement chaque boutons un à un, Jeanine regardait le plafond, et savourait le moment tout en luttant contre son esprit. Tris sourit à pleine dent de la situation, et se demanda si elle pouvait aller plus loin encore. Elle prit les mains de Jeanine et les leva doucement en dessous de sa tête, elle ôta sa ceinture et Jeanine comprit rapidement ce qu'elle allait faire. Elle tenta de ramener ses mains sur son corps mais Tris les saisit rapidement et plongea son regard dans le sien. C'est un discours sans parole qui suivit, les yeux de Tris suppliaient Jeanine de laisser tomber ce mur, et Jeanine luttait intérieurement, cette barrière là si elle tombait c'était sans retour. Est ce qu'elle pouvait laisser faire ? Est-ce que cela voulait dire qu'elle laissait place à une part de sentiment dans cette relation ?
Tris réessaya de placer ses mains au-dessus de Jeanine, elle accepta péniblement, Tris attrapa sa ceinture posée à côté d'elle et très doucement enroula les poignées de Jeanine, Tris questionna des yeux Jeanine si elle pouvait serrer l'emprise, Jeanine perdit une ou deux respirations, il y avait de la panique dans son regard, et après quelques longues secondes elle ferma les yeux en signe d'acceptation. Tris sourit à pleine dent, et ce fut le bruit du cuir se resserrant autour de ses poignées qui sonnât la prise de contrôle de Tris sur Jeanine.
Ce sont les lueurs de l'aube qui les réveillèrent, elles ont passé la nuit-là, allongée l'une sur l'autre. Jeanine ouvrit les yeux en premier, elle remarqua la tête de Tris posée sur son épaule encore endormie. Elle prit quelques secondes pour regrouper ses pensées et timidement caressait les pointes de cheveux de la brune endormie. Le pas était fait, Jeanine nageait dans l'inconnu maintenant, c'était tout nouveau. Personne n'avait réussi à pénétrer dans le périmètre de Jeanine à ce point, et en personne elle n'avait eu cette confiance. Comment ça allait se dérouler maintenant ?
Tris ouvrit péniblement les yeux, et tomba sur Jeanine qui la regardait. C'est la première fois qu'elle la vit au petit matin.
-Tris il faut qu'on parte, les gens ne vont pas tarder.
-Bonjour à vous aussi, dit Tris en souriant.
Jeanine lui attrapa le menton doucement, et l'embrassa du bout des lèvres.
-Bonjour toi.
Elles se regardèrent pendant quelques secondes et se levèrent pour rapidement se rhabiller. Personne ne parlait, la tête encore embrumée. Jeanine serra son bras légèrement et interpella Tris.
-Tris, il faudra qu'on parle un peu
-Ce soir on parlera. L'interrompit Tris. Du menton elle montrait à Jeanine les quelques personnes qui montaient les ascenseurs de verres.
-Va pour ce soir, elle s'approcha d'elle et la prit dans ses bras, elle plongea les yeux dans les siens et l'embrassant tendrement.
Tris sourit, et prit la direction de la sortie, elle se retourna et dit une dernière phrase à Jeanine.
-Vous me promettez que quoi qu'il arrive vous ne me ferrez jamais de mal ?
Jeanine serra les bras devant elle, elle regroupa ses pensées.
-C'est tout nouveau pour moi Tris tout ça, mais je vais faire mon maximum.
-Promettez le moi.
-Je te promets.
Tris sortit, et laissa une Jeanine chamboulée. Elle se fit un café et repensa à cette nuit. Elle a peut-être droit au bonheur aussi après tout, c'était peut-être la peur qui l'avait bloqué jusque-là également. En tout cas, tout ça la faisait sentir vivante tout à coup, comme un coup de fouet dans une vie endormie.
Elle passa par ses quartiers, se doucha, et se prépara pour sa journée. Elle avait ce petit sourire sur les lèvres qu'elle avait du mal à dissimuler, c'était donc ça le bonheur ?
La matinée passa relativement vite, elle était toujours sur ses tests sur le divergent, encore des échecs mais c'était comme si cela ne l'atteignait pas, elle se sentait légère ce matin. Quatre hurla de douleur quand le quatrième test de la journée se solda encore sur un échec. Jeanine s'approcha de lui.
-Mais pourquoi cela ne donne rien ? Elle tapota quelques écrans pour ajuster une donnée.
-Peut-être parce que vous ne voyez pas ce qui se passe en ce moment, vous êtes à côté de la plaque.
La gifle de Jeanine frappa Quatre en plein visage.
-Votre insolence ne vous aidera pas.
À son étonnement Quatre se mit à rire, un rire curieusement long d'ailleurs.
-Est-ce si drôle ?
-Je ris parce que la solution à toutes vos expériences est sous vos yeux depuis toutes ces années, donc je suis peut être insolent mais tellement plus au courant que vous sur la vérité.
Tous les conseillers de Jeanine arrêtèrent leur tâche et regardèrent vers les deux personnages. Jeanine eu un rictus dédaigneux.
-Et que croyez-vous savoir qui pourrait m'intéresser ?
Il rit de plus belle, la fatigue et son état de santé fragile lui donnait l'air d'être fou.
-Ce n'est qu'une mascarade tout ça, il fallait qu'on vous occupe en attendant. Il se laissa glisser le long du mur et posa sa tête dans ses mains.
Jeanine vint rapidement à lui et lui saisit le cou de fureur, elle plante ses yeux en feu dans les siens.
-DE QUOI PARLEZ-VOUS ?
-C'est trop tard, pendant que vous étiez occupé avec moi, vous n'avez pas vu ce qui se passait. Il est trop tard, elle est déjà partie.
-QUI EST PARTIE, QU'EST CE QUE CETTE HISTOIRE ?
Il allait répondre mais Andy venait d'entrer dans le labo paniqué, une alarme se déclencha dans tout l'immeuble.
-Mme Matthews, quelqu'un à libérer tous les sans factions et divergents, ils sont partis.
Jeanine couru à son PC pour voir effectivement tout le monde en panique face à ce qu'il se passait, les caméras montraient les gardes courant dans tous les sens pour rattraper les prisonniers en fuite, des coups de feu s'échangeaient.
-Qui a ouvert les cellules ?
Andy la regardait sans oser parler, il ne voulait pas répondre, enfin il ne savait pas comment répondre.
-Euh.
-QUI ANDYY ? Elle hurlait de rage et attendant sa réponse.
-Euh; c'est délicat à dire.
-ANDY JE VAIS TE TUER SI TU NE PARLES PAS.
Ce ne fut pas Andy qui répondit, mais Quatre qui était dans le coin de la pièce.
- c'est Tris.
Blackout pour Jeanine, elle n'entendait plus un son, ce n'était pas possible, elle regarda Andy qui confirma d'un signe de tête. Elle vacilla sur place, et du se retenir à une chaise pour ne pas tomber.
Elle sentait son coeur battre dans sa poitrine, tout le monde s'agitait dans tous les sens, elle mit plusieurs secondes à se rétablir et prit la direction des fuyards en courant. Elle ne pouvait pas le croire, il fallait le voir. Elle courut jusqu'au poste de sécurité, et ordonna à des gardes de montrer les caméras extérieures. Elle sentit son corps se fissurer quand elle vit effectivement Tris qui retournaient les armes contre la faction érudit. Aucunes émotions, aucune pensée ne lui traversa, son âme venait de se déchirer en deux.
La journée fut un carnage, beaucoup de morts et de blessée des deux côtés, on a compté plus de 90 évadés, enfin 91 si on comptait Tris. La faction érudit était passé en état d'urgence, et le calme était revenu en fin de soirée. Jeanine avait passé la nuit à visionner toutes les caméras érudits pour retracer Tris, elle ne comprenait pas, elle était incapable de comprendre. Elle finit par tomber sur la caméra de l'interrogatoire de la sans faction. Déjà mal en point, ce qu'elle venait de voir l'acheva. Tris était la divergente recherchée, et la sans faction était Evelyn. Comment se fait-il qu'elle n'avait rien vu venir ? La vidéo s'arrêta sur la tête de Tris. Jeanine la regarda et eu un excès de colère incontrôlable. Elle jeta toutes affaires au sol, le même sol qui avait témoin il y a quelques heures de son abandon à Tris. Elle renversa son bureau de fureur et s'affaissa au sol incapable de pleurer encore. Elle caressait ses poignées encore marquées par le cuir de la ceinture de Tris. Le regard vide, elle passa la nuit ici sans bouger, étant à peine l'ombre de la femme qu'elle était il y a quelques heures.
