Titre : Papa

Rating : T

Pairing : Slash, Yaoi, Mentor fic

Disclaimer : Pour votre plus grande déception (j'en suis sûre), je ne suis pas JKR.

Statut : Terminée

Résumé : Quand, à la fin de sa cinquième année, Harry apprend qu'un grand secret le concerne, il voit sa vie changer radicalement. Loin de ceux qui l'ont élevé et de ses amis, l'adolescent doit se créer une nouvelle histoire, s'adapter à une nouvelle vie et pourquoi pas, se découvrir une nouvelle famille.

Bêta : AudeSnape

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Chapitre 4

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Harry releva la tête et plongea ses yeux dans les orbes gris de l'homme en face de lui. Il ne comprenait pas la sorte de brume qui s'épanouissait dans son cerveau, mais il savait parfaitement qu'elle venait de lui. C'était comme si une force invisible le poussait à prendre la main de l'homme. Et Harry savait parfaitement qui était cet homme et à quel point il ne devait pas prendre ladite main.

Mais il était fatigué. Fatigué de se battre, de lutter, de chercher des réponses. Malgré son instinct qui sonnait l'alarme dans son esprit, il voulait tout simplement accepter cette offre et voir où elle le conduirait.

Trois semaines qu'il trainait dans les rues de Londres, qu'il mangeait ce qu'il pouvait trouver, qu'il marchait des kilomètres par jour sans aucun but, qu'il buvait dans les fontaines et dans les lavabos des toilettes publiques… Il s'était déjà fait agresser, et avait déjà agressé quelqu'un. L'ecchymose sur sa joue était dû au fait qu'il avait traversé le territoire d'un gang qu'il ne savait même pas exister. Les croûtes sur ses phalanges étaient parce qu'il avait assommé d'un coup de poing un garçon qui en agressait un autre.

Il avait passé deux semaines en compagnie d'un homme sans domicile fixe depuis plus de vingt ans. Celui-ci l'avait aidé et pris sous son aile en quelque sorte, mais les vivres n'étant pas nombreux, même pour une personne, Harry avait préféré le laisser pour ne pas être un poids. L'homme n'avait déjà pas beaucoup de biens personnels et les avait partagés volontier avec lui.

Harry avait eu pour projet de s'adresser à un centre pour sans-abris ce jour, après la nuit terrible qu'il avait passé à ne dormir que d'un oeil, réveillé par chaque chat errant, chaque bagarre, chaque dealer. Il pensait qu'un centre pourrait l'aider à trouver une solution à sa situation.

Mais il semblait que Malfoy soit l'une de ces solutions. Qu'importe ce que l'homme avait prévu de faire de lui, ce serait probablement mieux que de rester là, dans cet entrepôt désaffecté.

Levant la main, Harry accepta celle de Lucius.

Celui-ci sourit discrètement et tira sur le bras du jeune homme pour l'aider à se relever. Il recula ensuite d'un pas et le regarda des pieds à la tête pour juger de son état. Debout, Harry avait l'air encore plus misérable. Le Sauveur du monde sorcier semblait pouvoir se casser d'un simple coup de vent.

N'ayant pas imaginé la possibilité de ramener l'enfant chez lui, Lucius se demanda comment procéder. Il ne connaissait même pas l'état d'esprit du Gryffondor, son hostilité envers lui ou ses projets d'avenir. La rentrée était prévue une semaine plus tard mais le garçon ne semblait pas prêt à s'y rendre.

Profitant du brouillard dans lequel il l'avait plongé, Lucius prit son bras et transplana directement dans son bureau, au manoir Malfoy, ayant allégé les protections avant de partir, juste au cas où. L'action eu le mérite de remettre les idées du jeune homme en place, car celui-ci s'arracha de sa prise dès que ses pieds eurent touchés le sol.

Lucius le laissa faire mais resta proche en voyant le Gryffondor vaciller. Le transplanage d'escorte n'était pas très agréable pour lui, mais l'était encore moins pour quelqu'un de faiblement constitué comme Harry l'était. Le manque de nourriture qu'il avait dû subir l'avait très largement affaibli.

« Que voulez-vous ? » grogna Harry avant même qu'il ne puisse se redresser totalement et faire face à l'homme.

Il en avait marre de ne pas savoir, de ne pas comprendre. Il voulait des réponses, peu importe ce qu'elles pouvaient être.

« Ce que je veux ? » demanda Lucius, un sourcil relevé. « N'est-ce pas évident ? »

Harry serra les poings et regarda l'homme dans les yeux, utilisant les dernières bribes de courage et d'arrogance qui lui restait.

« Répondez-moi ! » hurla-t-il. « Vous voulez m'emmener à mon père, qui doit être l'un des dégénéré de votre famille ?! Où alors il est mort et vous voulez sauvegarder ce qu'il reste de lui ? Non, je sais ! Vous avez besoin de ma notoriété pour vous sortir de l'enquête des Aurors qui doit probablement vous indisposer ? Et maintenant que je suis de la famille… Je vous dois bien ça, pas vrai ? »

Lucius resta un instant sans voix, ne s'attendant pas à un tel cheminement de pensées. Il savait que Potter serait furieux, mais de là à n'avoir aucunement envisagé qu'il était lui-même son père biologique, il était surpris. Certes, il était de nature Serpentard et il n'aurait eu aucun remord à utiliser quelqu'un pour se détacher des Aurors qui le harcelaient sans cesse. Mais son propre fils ? Quoique… Il comprenait ce raisonnement.

« Vous n'avez même pas imaginé que je puisse être l'auteur du don qu'a reçu votre mère ? » demanda Lucius.

« Et pourquoi l'auriez-vous fait ? » ricana Harry. « Vous avez un fils, une femme et assez d'argent pour cinq vies. »

« Vous avez raison, » répondit calmement Lucius. « Sauf pour un point. Je suis veuf. Mon épouse a été assassinée pendant la guerre. »

Il y eut un silence durant lequel Harry resta légèrement choqué. Il n'avait pas su que la mère de Draco était décédée. Les Malfoy étaient certainement du genre à garder les histoires de famille entre eux et pouvaient garder des secrets, mais d'une telle importance ? En même temps, Harry pouvait avouer ne pas avoir fait attention à son ennemi d'école l'année précédente. Surtout la fin qui avait été plutôt bouleversante. Serait-ce possible que l'information ait été ébruitée mais qu'il n'y ait pas prêté attention ? Maintenant qu'il y repensait, il était presque certain que Draco avait été absent pendant une semaine avant la bataille au Ministère.

« Et alors ? » grogna-t-il sans perdre la face. « Vous attendez des condoléances ? »

« Non… » murmura Lucius après un soupir. « Je disais simplement que vous aviez raison, j'ai déjà un fils et bien assez d'argent. Et comme vous le pensez certainement à juste titre, je n'aurais jamais fait don de ma semence à Sainte-Mangouste. Du moins, pas sans contrainte... »

« Sans contrainte ? » répéta Harry, les sourcils froncés.

« C'est exact. Il se trouve que durant la première guerre, j'ai été forcé de donner de ma personne, en fournissant plusieurs échantillons à un savant fou qui travaillait sur plusieurs expérimentations. Je vous passerai les détails de toute cette histoire sordide, mais il semblerait que ma semence ait été revendue à Sainte-Mangouste lors de la pénurie. Après vérification, ça ne fait aucun doute : la semence qui a inséminé votre mère était la mienne. »

« Vous êtes mon père… » murmura Harry, le souffle court.

« Votre père génétique, » rectifia Lucius.

« Alors c'est donc ça ? » grogna le Gryffondor, retrouvant sa verve. « Vous êtes venu me dire de rester loin de votre famille, que tout cela ne change rien ?! »

« Absolument pas ! » rétorqua l'homme. « Lorsque j'ai su- » commença-t-il.

« Oui, eh bien parlons-en ! » le coupa Harry. « Comment l'avez-vous su ? On m'a dit que le donneur ne serait pas informé ! »

Lucius sentit le tic nerveux de sa paupière se réveiller. Il n'acceptait habituellement pas d'être interrompu, mais essaya de se calmer, comprenant que la situation n'était pas facile pour le jeune homme.

« Pour n'importe qui, cela aurait été le cas. Mais je suis privilégié au sein de Gringotts et ils m'ont informé pour que je puisse rectifier mon testament. J'ai reçu un courrier le quatre août pour m'informer de l'apparition d'un hériter. »

« Le quatre août ? » demanda Harry en fronçant le nez. « Nous sommes au moins le vingt-cinq. Vous avez réfléchi tout ce temps pour savoir comment faire disparaître mon corps ? »

« Insolent… » grogna Lucius. « C'est le temps qu'il m'a fallu pour confirmer la véracité de la lettre, pour savoir qui était ce nouvel héritier et comment il était possible qu'il soit apparu si soudainement. C'était aussi le temps pour Draco d'accepter la situation. »

« Draco… » souffla Harry. « Il est au courant ?! »

« Bien sûr. Une telle nouvelle n'est pas chose à prendre à la légère. Je lui en ai évidemment parlé. »

« Par Merlin… Il va m'en faire baver… »

« Que pensez-vous qu'il va se passer maintenant ? » demanda Lucius, fronçant les sourcils.

« Je ne sais pas… Je vais peut-être mourir pour venger votre Maître. Être enfermé dans un cachot pour vous servir de cobaye ou de défouloir. Vous allez me forcer à dire à la presse à quel point vous êtes des saints, me faire croire que vous êtes gentil pour mieux me manipuler, ou peut-être m'humilier pour me punir d'exister… »

« Tu as une bien piètre opinion de nous… » murmura Lucius.

« Et à qui la faute ?! » s'embrasa Harry, serrant à nouveau les poings. « Je dois vous rappeler la dernière fois que nous nous sommes croisés ? C'était quoi déjà ? Ah oui… Donne-moi la prophétie et il ne sera fait aucun mal à personne, » imita Harry d'une voix froide.

« C'était un temps de guerre, » se défendit Lucius. « Je faisais ce qu'il fallait pour que mon fils ne se fasse pas tuer comme l'avait été sa mère quelques jours auparavant. »

« Et votre autre fils ? » assena Harry.

Le silence se fit entre eux. Ils se scrutaient et s'observaient, se jaugeaient. Lucius pouvait parfaitement ressentir l'animosité du Gryffondor envers lui et, malgré lui, il pouvait la comprendre. Il ne pouvait s'excuser pour ses actes car au fond, il avait fait ce qu'il fallait pour la protection de Draco.

« Je ne savais pas… » murmura-t-il simplement.

Derrière lui, les fenêtres du bureau éclatèrent brusquement, projetant des millions de morceaux de verre scintillant, le faisant sursauter.

« Même si je n'avais pas été votre fils, j'étais forcément le fils de quelqu'un ! » hurla Harry. « Je n'étais qu'un enfant et j'ai été manipulé, agressé verbalement, psychologiquement, physiquement ! J'en fais encore des cauchemars la nuit que je ne souhaite à personne ! Et il était où mon père ?! Hein ? Il était où ?! »

Il ne se rendait pas compte que les larmes coulaient maintenant le long de ses joues. Ses yeux piquaient et sa gorge brûlait. Ses poings étaient si serrés qu'il sentait ses ongles s'enfoncer dans sa chair. Il était en colère, furieux une fois de plus. Il se sentait trahi et abandonné comme jamais.

« Et il était où mon père, quand j'étais tout seul dans mon placard ?! Il était où quand on m'a appris que j'étais sorcier à l'âge de onze ans ? Il était où quand j'ai affronté Voldemort en première année ? Quand j'ai découvert que j'étais fourchelang et qu'on me fuyait comme la peste ? Quand j'ai fait face à un basilic ? Quand mon âme était aspirée par les détraqueurs ? Quand j'ai été poursuivi par un loup-garou ? Quand j'ai été forcé plusieurs heures par semaine, à écrire encore et encore, des lignes avec mon propre sang ? Il était où mon père quand le plus fervent adepte de Voldemort a menacé mes amis de mort si je ne lui donnait pas une prophétie que je n'avais jamais demandé à personne ? »

« Je ne savais pas… » murmura à nouveau Lucius.

« Et bien maintenant vous savez… » répondit Harry sur le même ton. « Maintenant vous savez que je ne vous dois rien. Vous allez me laisser partir et faire ma vie tranquillement. Loin de vous, loin de la magie, peut-être même loin de l'Angleterre. »

« Tu comptes partir ? » haleta Lucius, tutoyant à nouveau le jeune homme sans s'en rendre compte.

« Je ne veux pas rester dans ce monde qui me reniera dès qu'il connaîtra mes origines. Pas plus que je ne souhaite retourner à Poudlard sous cette apparence. Et puis, à quoi bon… Jusqu'à maintenant, chacune de mes années a été catastrophique. Cette chose, » dit Harry en pointant son visage du doigt. « Est la dernière vacherie que la magie m'a fait. Je ne veux plus subir les conséquences de tout cela. Je dois m'éloigner. »

« Alors pars avec nous, » fit une voix derrière lui.

Harry se retourna brusquement et vit Draco Malfoy se tenir appuyé contre le chambranle de porte. Il fut surpris de revoir le jeune homme, sachant pourtant qu'il vivait ici avec son père. Leur père ? Par Merlin… Il était le demi-frère de Draco Malfoy…

« Quoi ? » demanda-t-il.

« Nous pensions quitter l'Angleterre nous aussi, » déclara rapidement Lucius, attirant à nouveau l'attention du Gryffondor. « Pas définitivement, mais pour une longue période. Je n'ai pas pris de vacances depuis plus de quinze ans et j'ai différentes entreprises à gérer dans d'autres pays… »

« Et l'école ? » demanda Harry, les yeux légèrement écarquillés.

« Il n'y a pas qu'une école au monde Potter, » ricana Draco, son sourire s'estompant lorsqu'il reçut un regard noir de son père. « Je vais apprendre seul, ou avec père. Si c'est possible, je vais m'inscrire dans l'école de magie du pays dans lequel nous nous trouverons. Je n'ai pas encore choisi mon orientation. J'étudierai ce qu'il me plaît, jusqu'à ce que je fasse mon choix et je pourrai ensuite passer mes diplômes en candidat libre, » dit-il en haussant les épaules.

« C'est possible ? C'est vraiment ce que vous aviez prévu ? » questionna Harry, surpris.

« Et bien… » commença Lucius. « Nous n'avions rien décidé… J'ai proposé cette option à Draco il y a quelques jours et apparemment, il a pris sa décision. Que fais-tu ici d'ailleurs ? » demanda-t-il à celui-ci.

« J'ai entendu des bris de verres, » répondit négligemment Draco, montrant les vitres d'un signe de tête.

« Pourquoi partir ? » les coupa Harry.

« Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, » commença Lucius. « Mais nous ne sommes pas des plus populaires en ce moment. Nous subissons notre lot de menaces et de diffamations. Nous souhaitons nous éloigner de tout cela un moment, nous rétablir des traumatismes liés à la guerre et faire notre deuil du décès de Narcissa… »

Harry tourna la tête vers Draco et le vit détourner le regard, cachant sa peine au rappel du drame qu'il avait connu. La douleur dans ses yeux était la même qu'Harry voyait dans son propre reflet lorsqu'il regardait la photographie encadrée de ses parents. Il savait trop bien ce qu'était le manque que Draco devait ressentir au fond de son coeur.

« Et qu'est-ce que je viens faire là-dedans ? » demanda-t-il en se tournant à nouveau vers l'homme plus âgé.

« Tu veux quitter l'Angleterre ? » demanda Lucius sans attendre de réponse pour reprendre. « Tu veux devenir anonyme ? Ne plus avoir de rappel constant de ce qui t'a fait souffrir ? Tu veux profiter de ta vie libre ? Sans te soucier de ce que la presse dira, ou du jugement des personnes que tu aimes ? Alors viens avec nous. Nous pourrions disparaître des radars sorciers dès ce soir si c'est ce que tu désir. »

« Et vous ? » demanda Harry. « Que gagnez-vous dans cet arrangement ? »

« Je ne sais pas encore… » murmura Lucius. « Peut-être que ce sera une façon pour moi de réparer mes torts. Peut-être que j'y verrai l'occasion de me rapprocher d'un fils que je n'ai jamais connu. Peut-être que je pourrai rassembler une famille qui n'en a jamais vraiment été une… »

Harry sentit son souffle se couper. Est-ce que Malfoy sous-entendait qu'il voudrait qu'il fasse partie de la famille ? Est-ce qu'il voulait dire qu'ils seraient heureux ensemble ?

Le Gryffondor se sentit suffoquer. Il avait besoin d'air. Malgré le fait que les fenêtres brisées laissaient largement passer la brise du matin, il avait besoin de plus. Rapidement, il se dirigea vers la porte et repoussa Draco qui bloquait le passage. Il se mit à arpenter les couloirs, cherchant la sortie. Mais le manoir était grand et il ne sut combien de minutes il passa à ouvrir des portes, tombant sur différentes pièces, toutes plus somptueuses les unes que les autres, mais sans accès extérieur.

« Potter ? » entendit-il.

Il se dirigea vers la voix et tomba sur Draco qui tenait une porte ouverte, lui faisant signe de venir. Sans méfiance, il s'avança et fut heureux de constater qu'il se trouvait sur un large balcon dont la vue s'étendait à des kilomètres sur la nature anglaise. Il prit une grande bouffée d'air et sentit ses muscles tendus se relâcher enfin. Il n'avait pas eu conscience des sentiments qui l'avaient parcouru jusqu'à maintenant, mais loin de la présence oppressante de Lord Malfoy, loin de toutes les pensées que l'homme faisait naître en lui, il se sentait plus à même de réfléchir.

« Tu vas te dégonfler ? » ricana Draco derrière lui.

« Quoi ? » grogna Harry, se retournant vers le Serpentard.

« Tous ces beaux discours, disant que tu as besoin d'un père, que tu ne veux plus voir tes proches avec cette apparence, que tu veux quitter ce monde anglais qui t'a fait tant de peine, c'était du vent. »

« Je ne te permets pas ! »

« On te propose toutes ces choses et tu pars la queue entre les jambes… Je pensais les Gryffondor plus courageux. »

« Tu ne connais rien de moi ! Rien du tout ! »

« J'en connais assez pour savoir que c'est une occasion en or qu'on t'offre ici. Et que tu la refuses. »

« Une occasion en or ? » répéta Harry, décontenancé. « Vous me demandez de partir sans laisser de trace ! Quitter tout ce que je connais, sans préparation ! Mais ce n'est pas ça le plus gros problème. Le problème c'est que je dois faire ça avec vous ! Toi, qui m'a harcelé pendant des années. Toi, qui a été méchant, arrogant, humiliant, qui a insulté ma meilleure amie, dénigré la famille que j'ai osé imaginer comme la mienne, » grogna-t-il.

Il était de nouveau en colère et se doutait que les émotions n'allaient pas s'arrêter de défiler tant qu'il serait en présence des Malfoy. Il reprit, les sourcils froncés, la voix basse :

« Toi et ton père. Ton père que j'ai vu pour la première fois dans une boutique de magie noire, qui a poussé Ginny à devenir la marionnette de Voldemort, la tuant presque. Ton père qui m'a menacé de me tuer et de tuer tous mes amis si je ne lui donnais pas cette foutue prophétie ! Il y a deux mois à peine ! »

Harry avait fini son discours avec fougue, sans voir la veine palpitante qui battait furieusement dans le cou de Draco. Celui-ci essayait de contenir sa rage, mais ne put s'y résoudre. Il s'avança vers Harry et attrapa son col défait et sale, pour le soulever en grognant.

« Moi ce que je vois, c'est que mon père donne une occasion en or au garçon qui a été la cause de beaucoup de ses malheurs ! » cracha-t-il.

Il relâcha Harry et reprit plus calmement, gardant une grimace de rage et de tristesse sur le visage :

« Tu as été une obsession telle pour le Seigneur des Ténèbres que chacune de ses idées étaient tournées vers toi. Mon père était le seul assez haut placé pour avoir accès à l'adresse de tes proches au Ministère, mais il a toujours prétexté qu'elle était protégée. Tu sais combien de jours de cachot il a fait pour ça ? Huit ! Huit jours pour ne pas avoir voulu apporter ta foutue adresse ! »

Harry était scotché par cette révélation, mais ne pu se résoudre à la croire. Lucius Malfoy avait gardé une information secrète pour épargner la vie d'un insignifiant Gryffondor ? Avant qu'il ne puisse objecter, Draco reprit :

« Savais-tu que les descendant veela, comme mon père, pouvaient utiliser l'hypnose avec de l'entrainement ? Il ignore que je suis au courant, mais je l'ai déjà vu faire, et il peut convaincre n'importe qui de n'importe quoi. C'est comme une sorte de brume dans ton cerveau qui te pousse à agir, bien plus efficace que l'imperium, car tout en douceur et indétectable. L'a-t-il utilisé sur toi pour que tu lui donnes cette prophétie ? Non ! Car s'il te l'avait vraiment demandé, tu lui aurais donné sans résistance ! »

« Et comment croire à tout ça Malfoy ? Si je pars avec vous et que vous me faites du mal, que vous m'abandonnez quelque part, à l'autre bout du monde ? J'ai assez souffert ! »

« Nous avons tous souffert, Potter, » grogna Draco. « Tu n'es pas le seul à avoir des problèmes. Sais-tu que j'ai passé mon enfance seul dans cet immense manoir ? Mon père toujours absent, ma mère souvent malade ? Sais-tu que, de ce fait, j'ai toujours voulu avoir un frère ? »

« Tu veux que je te plaigne ?! J'ai toujours voulu avoir une famille ! »

« Et aujourd'hui c'est le cas ! J'ai un frère et tu as une famille ! Sois heureux ! Comme moi ! »

Cette réponse parvint à laisser Harry bouche bée. Il n'avait pas vu les choses sous cet angle. Encore une fois, les émotions étaient fortes et il se sentait sur le point de fondre en larmes. Draco dut voir sa détresse et revint vers lui pour poser une main sur son épaule.

« Tu as une mine affreuse, » dit-il. « On dirait que tu n'as pas dormi depuis des années… Viens, suis-moi… Je vais te conduire dans une chambre et tu pourras te reposer. Nous n'attendons pas de réponse de toute manière. »

Harry acquiesça et se laissa guider par le Serpentard dans le dédale de couloir du manoir. Il fut finalement arrêté devant une porte élégante en chêne qui, il en était sûr, faisait plus de deux mètres de haut.

« C'est ta chambre, » déclara Draco. « Nous sommes dans l'aile principale. Ma chambre est juste en face. Celle de père et à droite de la mienne. Tu peux appeler l'elfe des cuisines, Pomme, si tu as faim, ce dont je ne doute pas, » dit-il en regardant le Gryffondor de la tête aux pieds. « Tu as aussi une salle de bain attenante à coté de ton lit. »

Harry acquiesça une nouvelle fois mais ne dit rien. Draco haussa les épaules et partit dans le couloir, les mains dans les poches.

« Draco ? » appela Harry.

Le Serpentard se retourna, un sourcil levé, attendant qu'il continue.

« Dis à ton… Notre… Ton père que j'accepte, » déclara le Gryffondor avant d'ouvrir la porte et de se glisser dans sa chambre.

Il ne vit pas grand chose une fois à l'intérieur. Les rideau étaient tirés et il distinguait simplement la forme de l'immense lit. Il s'y dirigea lentement et s'effondra dessus, ne se préoccupant pas du fait qu'il était terriblement sale. Les draps sentaient bon. C'était un mélange floral. Il reconnut le lilas et la rose.

Sur ces dernières pensées, il s'endormit.

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Harry fut réveillé par une porte qui s'ouvrit alors que quelqu'un se glissait dans l'embrasure. Il resta conscient, sur ses gardes.

Trois semaines dans la rue lui avaient appris à se réveiller au moindre bruit et à ne pas montrer signe de présence. Restant tapis dans l'ombre, il attendit.

Après un moment de silence, les pas reprirent et s'approchèrent, avant de s'arrêter à côté de lui. Il était prêt à sauter du lit pour se défendre ou se sauver, mais haleta de surprise lorsqu'une main vint écarter une mèche de cheveux de son visage.

« Tu es réveillé ? » fit la voix grave et basse de Lucius dans un murmure.

« Oui, » répondit Harry en ouvrant les yeux.

La main disparut immédiatement de son visage et, l'espace d'un instant, il la regretta.

« Draco m'a dit que tu acceptais de partir avec nous… » dit Lucius en s'asseyant sur le lit, à côté de sa hanche.

« J'ai dit ça sur un coup de tête… » chuchota Harry. « Mais j'ai envie que vos belles paroles soit vraies. C'est Draco qui m'a convaincu. »

« Il est doué pour ça… » ricana Lucius. « Il a joué la carte du manque de courage pour un Gryffondor, puis il s'est mis en colère, puis a avoué une faiblesse ? »

Harry se redressa si vite dans son lit qu'il sentit son dos craquer de toute part. N'y prenant pas garde, il se contenta de regarder l'homme, les yeux écarquillés, la bouche légèrement entrouverte. Lucius se mit à rire, son incongru pour le Gryffondor.

« Tu as des yeux de hibou, » ricana l'homme. « Ne soit pas surpris. Draco ne t'a pas menti, mais il sait jouer sur la corde sensible. C'est pour cette raison qu'il a toujours été aussi gâté. Sa mère n'a jamais pu lui résister. »

Une pointe d'amertume et de tristesse se glissa dans sa voix, et Harry se sentit mal.

« Je suis désolé pour tout à l'heure, » murmura-t-il.

« Ne le sois pas. Tes colères font peine à voir par rapport à celles de Draco. Tu n'as rien fait que je ne puisse supporter. »

Contre toutes attentes, Harry se mit à rire. Lucius reprit d'une voix sérieuse.

« Prends ça, » dit-il, tendant une pierre au jeune homme.

Celui-ci fronça les sourcils, regardant l'objet sans le prendre.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« C'est un Portoloin. Il s'active par un mot de passe, celui-ci étant "reverse". Il t'emmènera directement au Chaudron baveur. Tu peux le tester si tu veux… Je veux juste que tu prennes conscience de ce que tu laisseras en partant et que tu saches que tu auras toujours un moyen de revenir si tu en as l'envie ou le besoin. »

« C'est… Étrangement prévenant… » souffla Harry en prenant la pierre.

« C'est le tableau de Narcissa qui en a eu l'idée. Elle a bien plus de facilité à imaginer ce que tu peux ressentir et ce dont tu pourrais avoir besoin… Quand nous partirons, je devrai trouver ce genre de chose tout seul. »

« Quand nous partirons… » murmura Harry, ramenant ses genoux contre son torse.

« Si tu le souhaites toujours… Tu sais que tu devras changer d'identité ? Si tu veux que personne ne sache qui tu étais, il serait bien de changer de prénom. Je vais devoir t'enregistrer au Ministère pour quitter le pays et les employés se douteraient de quelque chose si j'ai un fils prénommé Harry alors qu'Harry Potter a disparu. De plus, tout le monde sait que je n'appellerais jamais mon fils avec un prénom aussi banal. »

« Sympa… » grogna Harry.

« Ce n'était pas une insulte, » répondit Lucius en fronçant les sourcils.

« Vous n'avez qu'à choisir mon nouveau prénom… » murmura Harry. « Ca m'est égal. »

Lucius regarda le garçon qui s'allongeait à nouveau pour ne former qu'une petite boule dans le lit immense. C'était lui le Sauveur du monde sorcier, l'Elu, celui qui avait défait le Seigneur des Ténèbres. Celui que la presse avait parfois appelé le Prince de la lumière. Là, dans la chambre noire, entre les draps blancs, il était un petit garçon sale et misérable. Malgré le peu d'éclairage, Lucius était certain de pouvoir distinguer les deux grands yeux verts, couleur de mort pour beaucoup.

Il se leva et se pencha sur le jeune homme, tendant à nouveau le bras pour écarter une mèche de cheveux.

« Tu seras Samaël, » murmura-t-il dans les ténèbres. « Samaël, l'ange déchu, le dieu du poison… Lucifer… Tu es un ange qui a vu trop d'horreurs et qui ne croit plus en rien. J'espère sincèrement que tu retrouveras tes ailes… »

Sur ces derniers mots, Lucius se détourna et sortit de la chambre.

Le lendemain matin, les trois habitants du manoir avaient quitté les lieux.