Titre: Papa
Rating: T
Pairing : Slash, Yaoi, Mentor fic
Disclaimer : Pour votre plus grande déception (j'en suis sûre), je ne suis pas JKR.
Statut: Terminée
Résumé :
Quand, à la fin de sa cinquième année, Harry apprend qu'un grand secret le concerne, il voit sa vie changer radicalement. Loin de ceux qui l'ont élevé et de ses amis, l'adolescent doit se créer une nouvelle histoire, s'adapter à une nouvelle vie et pourquoi pas, se découvrir une nouvelle famille.
Bêta : AudeSnape (Et Pauu-Aya du coup ! xD)
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Chapitre 6
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« Ils doivent être au festin maintenant… » souffla Samaël.
« Hum ? » interrogea Draco sans détourner les yeux du soleil se couchant sur la mer.
« C'est la rentrée à Poudlard aujourd'hui, » expliqua Samaël à celui qui lui ressemblait tellement qu'ils auraient pu être son jumeau. « Et à cette heure-ci, ils doivent être en train de savourer le repas de la Grande Salle. »
« C'est donc pour ça que tu étais si distant toute la journée… » compris Draco
« Ça ne te fait rien à toi ? »
« Non... C'était une école, rien de plus. »
« C'était bien plus que ça pour moi… » murmura Samaël, regardant à son tour le soleil disparaître progressivement.
Ils restèrent muets quelques instants et Draco tourna la tête pour regarder son frère.
Son frère…
Par Merlin, il avait toujours rêvé d'en avoir un. Et le jour où ce rêve était devenu réalité, son frère s'est avéré être Harry Potter. C'était comme un pied de nez géant fait par le destin. Mais celui-ci avait tout de même bien fait les choses, car il n'y avait plus rien de Potteresque dans l'adolescent à côté de lui.
Samaël avait la peau pâle, les cheveux plus longs et plus clairs encore que les siens et des sourcils fins. Il avait les pommettes plus hautes, la mâchoire moins carré, un menton moins prononcé. Les seules choses qui le reliaient encore à Harry Potter étaient ses grands yeux d'un vert poison et son nez court, contrastant avec la forme plus longue des Malfoy et leurs yeux gris.
Une semaine qu'ils étaient sur cette île et ils ne s'étaient quasiment pas quittés. Ils n'étaient pas amis, leur relation ne ressemblait pas à celle de deux frères, mais ils ne s'étaient pas disputés. A vrai dire, ils ne s'étaient même pas vraiment parlés… Ils ne se quittaient plus, non pas parce qu'ils s'apreciaient, mais parce que c'était une sorte de nécessité.
Quelque chose les poussait à se côtoyer. L'un comme l'autre savaient que c'était la peur de la solitude, qu'ils avaient trop bien connu, mais aucun d'entre eux ne voulaient en parler à l'autre.
Samaël regardait l'horizon, pensant à ses amis qui étaient en train de célébrer. Et qui se demandaient probablement où il était…
Il sentit la pointe de ses cheveux dans son dos remuer et un souffle dans son cou. Il sursauta puis se mit à rire. Draco se retourna pour voir un immense sombral tenter de cueillir délicatement les cheveux de son demi-frère.
« Merlin, » grogna Samaël sans se départir de son sourire. « Retourne avec Morgane et bébé Arthur au lieu de manger mes cheveux ! Malgré la couleur, ce n'est pas du foin… »
Draco leva les yeux au ciel et détourna son regard.
« Cette façon de nommer les bêtes, ça me dépasse… » marmonna-t-il.
« Et alors… » répondit Samaël. « Vous avez un troupeau de vingt-cinq sombrals ici et aucun n'a de prénom. »
« Tu leur as tous donné l'un de ces noms ridicules ? »
« Pas encore… Mais j'ai trouvé pour le petit grincheux solitaire, qui crache quand on l'approche. Ce sera Draco. »
Samaël reçut un petit coup de poing dans le bras et se mit à rire. Après quelques secondes, il continua :
« J'aime bien ces animaux, » dit-il en repoussant le bec de la bête qui cherchait encore et toujours à lui prélever quelques mèches, certainement dans l'espoir de garnir son nid.
« Je les aime aussi, » répondit Draco. « Ou en tous cas, j'aime m'en occuper. »
« Tu le fais bien… » murmura Samaël.
« C'est ce qui me plaît le plus quand je suis ici. Ça, et l'escrime. »
« L'escrime ? »
« Père est un bon instructeur. S'il est aussi doué en duel, c'est parce qu'il a appris l'escrime au plus jeune âge. »
« Je vois… » répondit Samaël.
« Il t'enseignera peut-être un jour, » déclara Draco.
« S'il m'adresse la parole... »
« C'est vrai qu'il est distant depuis notre arrivée, mais ce n'est pas si facile pour lui non plus cette situation. »
Samaël ne répondit pas et se contenta de regarder devant lui. Après quelques minutes, il appela Gommette, l'elfe de maison qui servait en ces lieux, et lui demanda gentiment deux tasses de thé et quelques biscuits. L'elfe s'exécuta prestement et apporta en plus un plaid moelleux qu'elle disposa sur les épaules des deux garçons pour s'assurer qu'aucun d'eux ne tomberait malade à cause du vent frais.
« Comment nous allons apprendre ce que nous devons savoir cette année ? » demanda Samaël.
« Père est en train de nous inscrire à Beauxbatons. Il y a beaucoup de formalités et ça risque de prendre un peu de temps. Nous devrions certainement signer des papiers pour nous obliger à garder le silence sur les secrets de l'école et tout un tas d'autres choses. Ceci demande de l'organisation. En attendant nous devrons être rigoureux et suivre le programme par nous-même. »
« Je ne suis pas sûr de pouvoir le faire… » marmonna Samaël.
« Si tu commences comme ça, c'est évident, » répondit Draco, le nez relevé. « Dis-toi simplement que tu vas y arriver et tu te donneras les moyens pour le faire. Même si pour cela tu dois me demander de l'aide à moi ou à mon père. »
« Je ne pense pas que ce soit mon caractère… »
« Un Gryffondor borné comme toi, tu plaisantes ? » ricana Draco.
« Je ne sais plus qui je suis… » murmura Samaël, les épaules basses, fixant ses chaussures.
Il n'y eut aucun bruit avant qu'il ne soit bousculé par un nouveau coup sur l'épaule, bien plus violent cette fois. Son corps frêle tomba à la renverse sur le sol et il regarda son demi-frère avec stupéfaction.
« Espèce d'idiot ! » gronda Draco. « Le fait que ton père ne soit pas celui que tu croyais ne change pas qui tu es ! Tu as ton propre caractère, ta propre histoire et ton vécu. »
« Mais mon père fait parti de ce vécu ! » répondit Samaël avec hargne en se remettant assis. « Tout le monde m'a toujours dit que je ressemblait à James, et ça a aussi fait de moi ce que je suis aujourd'hui ! »
« Quelle différence ? »
« James Potter était un idiot, arrogant et courageux. Il était un Gryffondor, qui n'hésitait pas à défendre ses amis et à soutenir une cause qu'il croyait juste. J'étais une extension de cet homme. Et maintenant je suis quoi ? L'extension d'un riche bourgeois qui souhaitait supprimer des gens trop différents de lui. Au moins l'arrogance est toujours là… »
Il y eut un silence durant lequel Samaël pensa avoir été trop loin. Il fut surpris lorsque, quelques secondes plus tard, Draco reprit la parole :
« Tu es le fils d'un homme qui, à trois ans, a dû passer plus de cinq heures sur une chaise, le dos droit, et un livre en équilibre sur la tête… Qui a sept ans, a été enfermé une semaine dans une cellule pour avoir joué avec une enfant Née-Moldu... Le fils d'un homme qui a été maintenu plusieurs minutes sous doloris par son propre père pour être remis "dans le droit chemin" et qui a été forcé d'épouser une femme qu'il n'avait pas choisi. Tu es le fils d'un homme qui s'est débattu comme il a pu dans une voie qu'il n'avait pas choisie et qui a tout fait pour sauver sa famille. Tu es le fils d'un homme qui, malgré ses préjugés, malgré sa honte et ses peurs, t'as sorti de la rue et a quitté le pays dans l'espoir que tu ailles mieux. »
Le silence qui s'installa après cette tirade pleine de passion fut presque religieux, seulement troublé par le vent dans les arbres et les pas légers de Merlin, le sombral, juste derrière eux. C'était un spectacle comme Samaël n'en avait jamais vu, l'apaisant et soignant ses plaies, le laissant encaisser les événements à son rythme.
Les choses que Draco venait de lui énoncer s'ancrèrent plus facilement dans son esprit. Il était vrai qu'il n'avait jamais vraiment pris le temps de parler avec Lucius et de comprendre ses motivations, son passé. Peut-être devrait-il un jour y faire face. Pour le moment, à chaque fois qu'il regardait cet homme, il ne pouvait que se rappeler de sa stature imposante, son visage sans émotion, sa main tendue alors qu'il menaçait froidement ses amis pour obtenir cette stupide prophétie. Comment surmonter une telle épreuve et voir plus que ce que Lucius lui avait montré jusqu'à présent ? Il y avait bien eu cet instant presque tendre entre eux au moment où Samaël avait accepté de partir, mais il était si lointain dans son esprit, qu'il se demandait presque s'il ne l'avait pas tout simplement rêvé.
« On a tous des préjugés… » continua Draco. « Mais je pense qu'on est tous capable de voir au delà. »
Samaël ne répondit pas tout de suite, mais finit par acquiescer.
« Bien, grand sage, » dit-il avec un ricanement. « Aie ! » ajouta-t-il lorsqu'il reçut un énième coup dans l'épaule, sans se départir de son sourire.
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Samaël se baladait dans le pré qui faisait face à la propriété. Les deux mains dans les poches, il profitait de l'air frais et de ce petit instant de solitude après la débâcle de l'après-midi.
Comme Draco lui avait expliqué, ils avaient commencé les cours en suivant le programme du Ministère Anglais. La bibliothèque était suffisamment fournie pour y trouver toutes les informations utiles. Le tout était supervisé par Lucius qui les guidait dans une direction de recherche au début de la journée puis les laissait livrer à eux-même. Il restait évidemment disponible pour les questions ou les demandes, mais se tenait essentiellement à son propre bureau, plongé dans ses papiers.
C'était là le plus grand problème de Samaël. Sans aucun cadre, il était incapable de savoir par où commencer, ni même de pouvoir se concentrer. Quelques minutes après le début de la séance de cet après-midi, il s'était retrouvé à jouer un match de Quidditch en faisant léviter, grace à sa nouvelle baguette, les stylos Moldus que Lucius avait fait livrer spécialement pour lui en attendant de lui apprendre à se servir correctement d'une plume. Stylo bille rouge, attrapeur, était opposé à crayon noir dans sa lutte acharnée pour le vif d'or gomme, mais il fut nommé vainqueur au moment où il s'écrasa lamentablement sur le parchemin parsemé de l'écriture ronde et belle de Draco.
Plusieurs fois, l'ancien Serpentard avait houspillé son nouveau frère lorsque celui-ci se déconcentrait, mais cela n'avait pas eu le moindre effet. Samaël était incapable d'apprendre seul.
Il en était là à présent, se demandant comment il pourrait finir l'année scolaire s'il n'était pas aussi studieux que Draco. Le jeune Malfoy était parti en claquant la porte, agacé par le comportement de Samaël, grognant qu'il allait s'occuper des Sombrals, le laissant seul pour ce qui semblait être la première fois depuis deux mois - hormis les nuits où ils avaient chacun leur chambre.
Samaël profitait du calme de cette propriété, connue apparemment comme étant l'île aux chevaux pour les Moldus du Morbihan. Ce morceau de terre avait été déserté après avoir servi de pâturage pour les chevaux Moldus durant plusieurs années. Des rumeurs circulant sur la mauvaise santé du bétail y vivant, avaient finalement fait abandonner l'activité. Suivant les dires, les chevaux n'y grandissaient pas, ils devenaient barbus et perdaient la vue après une dizaine d'années, les précipitant inévitablement vers la mer et une mort certaine.
Samaël n'était pas certain de savoir si ces rumeurs venaient de la présence des sombrals ou si elles avaient été lancées par les Malfoy pour forcer les Moldus à retirer leurs bêtes et ainsi, pouvoir s'installer sur l'île. C'était tout à fait le genre des Malfoy…
Prenant un petit chemin entre deux bosquets d'arbres, Samaël trébucha lorsqu'il faillit marcher sur une sorte de petite bourse en cuir vert. Ou peut-être était-elle bleu… Mais cela n'avait que peu d'importance lorsque la cause de son arrêt soudain était les petits mouvements de ladite bourse. En effet, au sol, cette chose étrange semblait se débattre avec elle-même.
Le jeune homme se baissa et tendit la main pour s'en saisir, constatant que le petit sac n'était pas plus gros qu'une bille et aussi léger qu'une plume. Lorsqu'il l'approcha de son visage, il se rendit compte que ce qu'il pensait être du cuir, était en réalité une sorte de peau très fine, d'un vert profond.
Au moment où la chose fut dans le creu de sa main, il entendit des petits cris, qui lui faisaient penser à des ultrasons. Il croyait voir et entendre une créature en train de se débattre pour sortir d'un cocon étrange fait par une sorte d'araignée magique.
Il allait arracher la fine lamelle pour libérer la bête, mais pensa soudainement qu'il était stupide de faire quelque chose de si précipité. Il ne voulait pas risquer la vie de ce qui semblait être un bébé d'il ne savait quelle espèce. Mais que faire ? Ce n'était pas comme s'il pouvait contacter qui que ce soit pour avoir des informations. Draco avait clairement déclaré qu'il voulait être seul et le temps qu'il trouve les informations dans la bibliothèque, la chose serait certainement fossilisée dans son cocon.
Samaël se demanda brièvement quoi faire, avant d'avoir une idée qui le surprit grandement.
Lucius.
L'homme avait expliqué à Draco comment le cycle lunaire influencait la période de reproduction des sombrals et il semblait s'y connaître. Lorsque Samaël avait osé demander comment il avait appris tout cela, Lucius lui avait simplement répondu qu'il avait toujours aimé les cours de soins aux créatures magiques.
Refermant légèrement les doigts pour ne pas que l'animal roule et tombe de sa main, Samaël se mit à courir en direction de la maison. C'était une jolie bâtisse en bois et de style victorien. Elle était blanche au toit noir, possédait trois étages et surplombait l'île.
Samaël entra en trombe et ne prit pas le temps d'enlever ses chaussures et son manteau. Il se précipita vers le bureau dans lequel il savait trouver l'homme qu'il cherchait. Il entra sans frapper, faisant sursauter Lucius qui était plongé dans ses parchemins.
« Quelles sont tes manières ?! On ne fait pas irruption de cette façon, surtout dans un lieu de travail, » claqua Lucius.
Le garçon n'y prit pas garde et sauta devant le bureau pour se pencher et présenter le creu de sa main à l'homme.
Lucius baissa les yeux puis sursauta à nouveau. D'un geste rapide, il attrapa le poignet de Samaël, le tira vers lui, alors que de son autre main, il repoussait le front de son fils. Une seconde passa sans que ni l'un ni l'autre ne bouge, statufié dans cette position incongrue.
« Qu'est-ce que… » souffla Samaël, sentant encore la petite chose bouger dans sa paume.
« Idiot inconscient, » grogna Lucius. « Qu'est-ce qui peut bien te passer par la tête pour ramasser des créatures aussi dangereuse ? »
« Dangereuse ? »
« Tu ne sais donc pas ce que c'est ? C'est un swooping evil. Un démonzémerveille ici, en France, ce qui est bien moins effrayant si tu veux mon avis. Ce sont des animaux capables de déployer leur trompe pour l'infiltrer par une oreille et aspirer le cerveau humain. »
Aussitôt, Samaël recula un peu plus sa tête, décollant ainsi la main de Lucius toujours posée sur son front. Celui-ci le lâcha enfin et recula également, tous deux restant à distance de la créature gigotante.
« Il est pourtant si petit… » murmura Samaël.
« En effet, » répondit Lucius. « Il doit s'agir d'un bébé. Il ne pourrait peut-être pas manger ton cerveau mais au moins crever ton tympan... »
« Comment est-il arrivé sur cette île ? Je croyais que la population animale y était habilement contrôlée ? »
« C'est le cas. Il s'agit certainement d'un petit pris dans le nid par une proie. Celle-ci l'aura certainement lâchée en survolant l'île. Elle aura pu se rendre compte qu'il lui était impossible de le manger, ou elle se sera elle-même fait attaquer. Les sombrals aiment chasser les proies en vol. »
« Alors ? Que fait-on ? » demanda Samaël en désignant le petit animal.
« On abrège ses souffrances et on le donne à manger aux sombrals, » grogna Lucius.
« Mais non ! » objecta Samaël en rapprochant l'animal de sa poitrine, comme on berce un enfant.
« Tu n'es pas sérieux ? C'est un animal dangereux qui n'a plus ni père, ni mère. Il va mourir si on ne prend pas soin de lui et nous risquons bien trop gros pour le faire. »
« Je suis sûr que c'est possible ! » répondit le jeune homme. « Au moins jusqu'à ce qu'il puisse se débrouiller tout seul. Ensuite nous le relâcherons. »
Samaël n'avait que rarement plaidé de cette façon. D'ailleurs, il ne demandait que rarement quelque chose. Encore moins de l'aide. Il avait pour habitude de se débrouiller seul et il ne comprenait pas pourquoi il n'avait pas simplement caché l'animal dans sa chambre. Peut-être serait-il mort, le cerveau aspiré comme un smoothie, mais c'était un risque à prendre.
Il releva la tête pour regarder Lucius qui avait baissé la sienne pour pincer l'arête de son nez entre son pouce et son index. Il marmonnait des phrases incompréhensible et Samaël se demanda nerveusement s'il n'était pas en train d'invoquer un démon pour l'engloutir dans les flammes de l'enfer.
« Bien, » cracha finalement Lucius. « Gardons-le. »
Samaël allait pousser un cri de joie mais fut retint par l'homme qui lui jeta un regard noir. Celui-ci continua :
« Mais il y aura des règles strictes, » dit-il en plissant les yeux. « Avant tout, il restera dans cette pièce. Je créerai un endroit spécial dans lequel il devrait se sentir bien mais ne pourra pas sortir. Avant de l'approcher, je veux que tu aies appris tous les sorts de défense possible et lu quelques livres que je ferai mettre dans ta chambre. Ensuite, au moindre signe d'agression, je le ficherai dehors ou pire, le tuerai de mes propres mains. »
Samaël déglutit et berça un peu plus la créature qui se débattait toujours dans ses bras.
« Mais maintenant ? » dit-il. « Il a l'air en souffrance… »
« Il a juste faim, » soupira Lucius.
Il claqua des doigts et un elfe apparut immédiatement. Il lui murmura quelque chose que Samaël n'entendit pas, trop concentré sur la petite boule dans sa main.
« Dans quoi est il enroulé ? » demanda-t-il.
Lucius s'approcha et tendit son doigt pour désigner la toile fine qui protégeait l'animal.
« Ce sont ses propres ailes qui l'entourent. Il se protège en se repliant sur lui même. Dis-toi bien qu'il peut tenir dans une poche à l'âge adulte, pourtant il peut atteindre deux mètres cinquante d'envergure une fois dépliées. Pour l'instant, sa peau est vert forêt, certainement pour se cacher plus efficacement des prédateurs, mais en grandissant, il deviendra plus clair. Ses animaux sont des sortes de chauve-souris, ressemblant aussi à un papillon. Sa tête est semblable à un crâne sans chair et son venin est très recherché car il efface les mauvais souvenirs. »
Samaël était soufflé par les connaissances de Lucius et le regardait avec admiration, bien qu'il essayât de le cacher immédiatement.
« Et qu'est-ce qu'on peut faire maintenant ? » demanda-t-il simplement.
« Le nourrir, » répondit Lucius avec un sourire sournois.
Aussitôt, l'elfe qu'il avait appelé quelques minutes auparavant réapparut dans la pièce tendant, du bout de ses doigts crochus, une souris blanche pendue par la queue. Lucius fit un signe de tête pour qu'il la donne à Samaël qui, fronçant les sourcils, attrapa l'animal de la même façon. Il regarda Lucius et attendit.
« Eh bien ? » dit l'homme avec une grimace satisfaite. « Donne lui. »
« Pourquoi faire ? » demanda Samaël, incrédule.
Lucius soupira et attrapa le coude du jeune homme pour faire avancer sa main tenant la souris jusqu'au swooping evil. Aussitôt, le cocon s'ouvrit de quelques millimètres seulement et laissa passer une longue trompe, semblable à celles des papillons. L'organe entra dans l'oreille de la souris et celle-ci se mit à se débattre en couinant. Quelques secondes plus tard, elle ne bougeait plus.
« Mais… » s'étouffa Samaël complètement horrifié.
« Qu'est-ce que tu croyais ? » ricana Lucius. « Qu'un animal appelé swooping evil aurait besoin de papouilles et de câlins pour survivre ? Il lui faut de la chair fraîche, ou plutôt de la cervelle encore remuante. »
Il enleva le cadavre de souris de la main du jeune homme et ouvrit la fenêtre pour le jeter dans l'enclos des sombrals, juste en dessous. Il y eut des bruits de course puis des hennissements ravis.
« Au moins tu feras plusieurs heureux, » marmonna Lucius.
Samaël regarda le petit animal dans ses mains avec crainte, mais aussi une sorte de fascination. A aucun moment il n'avait pensé devoir tuer une créature pour la survie d'une deuxième. C'était pourtant le base du cycle de la vie.
« Combien de fois par jour je dois… » dit-il avec une grimace.
« Je vais vérifier dans mes livres, » répondit Lucius. « Et tu vas m'aider, » ajouta-t-il avec prudence.
D'un coup de baguette magique, il fit venir à lui une dizaine d'ouvrages depuis la bibliothèque, ayant tous pour même sujet : les créatures. Il s'installa à son bureau et fit signe à Samaël de s'assoir en face de lui. Celui-ci le fit et ouvrit l'un des livres d'une seule main, l'autre étant prise. Lorsqu'il trouva le chapitre parlant des swooping evil, il fut surpris par le croquis sur la page de droite. Le dessin représentait le petit cocon, suspendu à une branche, par ce qui semblait être une queue.
Samaël fit rouler d'un doigt la créature dans sa main et vit qu'il reposait sur le même appendice que sur le croquis. Au lieu d'être tendu, celui-ci était simplement inerte.
Avec douceur, il attrapa la queue de l'animal, comme il l'avait fait pour la souris et l'apporta jusqu'à la branche d'un bonsaï en pot, posé sur le bureau de Lucius. Aussitôt, l'organe s'enroula autour et se figea, laissant la créature se balancer de droite à gauche avant de doucement s'immobiliser.
Samaël sentit un sourire fleurir sur son visage et releva la tête en direction de Lucius. Il était inexplicablement heureux à l'idée d'avoir trouver une information et d'avoir rendue la vie d'un animal un peu meilleure. Avec un peu de chance, il pourrait s'occuper de se swooping evil et le relâcher ensuite dans la nature.
Lucius vit cela dans les yeux du jeune homme et esquissa à son tour un sourire, bien plus discret que celui de son fils.
Jamais encore il n'avait vu les beaux yeux verts briller avec autant d'intensité. Il allait aider Samaël dans sa démarche et l'aider à trouver ce qui le passionnait, ce qu'il aimait faire, pour trouver ensuite une façon d'apprendre, un terrain d'étude. Lucius avait bien compris que Samaël ne parvenait pas à rester sur une chaise, étudiant divers sujets comme Draco pouvait le faire. Ce n'était pas pour autant qu'il était un idiot. Il l'aiderait coûte que coûte à trouver sa voie.
Et puis… Un peu de temps ensemble ne ferait que les rapprocher, il en était certain.
