Titre : Papa

Rating : T

Pairing : Slash, Yaoi, Mentor fic

Disclaimer : Pour votre plus grande déception (j'en suis sûre), je ne suis pas JKR.

Statut : Terminée

Résumé : Quand, à la fin de sa cinquième année, Harry apprend qu'un grand secret le concerne, il voit sa vie changer radicalement. Loin de ceux qui l'ont élevé et de ses amis, l'adolescent doit se créer une nouvelle histoire, s'adapter à une nouvelle vie et pourquoi pas, se découvrir une nouvelle famille.

Bêta : AudeSnape

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Chapitre 8

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« Samaël, je te présente ton nouveau tuteur, Monsieur Kyle Howell, » déclara Lucius faisant un geste gracieux en direction de l'homme qui l'accompagnait.

Samaël fixa l'homme des pieds à la tête, les yeux écarquillés et la bouche légèrement entrouverte. Seul le coup de coude de Draco parvint à lui rappeler les convenances.

« Enchanté Monsieur Howell, » dit-il finalement d'une voix rauque. « Je suis Samaël Malfoy. »

L'homme était impressionnant. Il ne devait pas être loin d'égaler Hagrid au niveau de la taille, avait des épaules si solides qu'elles auraient pu servir de fondation pour une maison de lutins et des pieds si grands que des elfes auraient certainement pu nicher dans ses chaussures. Il avait les cheveux blond vénitien, les yeux outremers et la peau bronzée. Il était étonnamment habillé comme un moldu, d'une chemise de bûcheron à carreaux rouges, les manches retroussées et d'un pantalon en lin noir. Lorsqu'il s'exprima, ce fut avec un accent du sud des États-Unis.

« Enchanté Monsieur Malfoy. J'espère que vous apprendrez de moi ce qui vous sera utile. »

« B… Bien, » bafouilla Samaël.

« Eh Sam, » murmura Draco à son oreille. « On peut en mettre quatre comme toi à l'intérieur de lui. »

« Évite ce genre d'image Dray, » grogna Samaël entre ses dents.

Lucius fronça les sourcils de mécontentement et Monsieur Howell esquissa un sourire, prouvant qu'ils n'avaient fait preuve d'aucune discrétion. Les deux adolescents baissèrent la tête et s'installèrent dans les fauteuils du grand salon désignés par leur père, en face des deux adultes.

« J'aimerais que vous expliquiez aux garçons pourquoi vous êtes le plus apte à enseigner à mon plus jeune fils, » déclara Lucius. « Ce qu'il peut attendre de vous et votre parcours. »

« Bien, » répondit l'homme sans hésitation. « J'ai une maîtrise en botanique et une en soin aux créatures magiques. J'ai passé les cinq dernières années à parcourir le monde à la recherche de nouvelles espèces animales ou végétales. J'ai également un apprentissage avancé en runes et je viens de publier un livre sur les plantes d'Asie. Je suis apte à survivre dans des conditions difficiles et j'ai pour but de vous enseigner ce que je sais dans la pratique et la découverte. »

Samaël regarda l'homme, perplexe mais émerveillé.

« Pourquoi alors enseigner à un adolescent ? » demanda-t-il, incrédule.

« J'aime me lancer des défis et l'un d'eux est de parvenir à former quelqu'un. J'ai appris énormément de choses au fil des années et je souhaiterais que cet enseignement ne se perde pas dans les feuilles poussiéreuses d'un livre soporifique à ma mort. J'aimerais que des gens partagent mon savoir. Quoi de mieux qu'un adolescent en soif d'apprentissage ? Je dois aussi vous avouer que le salaire promis par Lord Malfoy fait partie de mes motivations. Cet argent permettrait de financer mon prochain voyage de recherche. »

Samaël acquiesça. L'homme avait le mérite d'être franc. Il avait l'air de savoir de quoi il parlait et aimait l'aventure, comme lui.

« Comment m'apprendrez-vous toutes ces choses ? »

« Après une discussion avec votre père, je penche pour un enseignement par l'expérimentation. Je vous emmènerai avec moi dans la campagne environnante et vous présenterai la faune et la flore de la région. Au cours de vos progrès, j'aimerais, si Lord Malfoy l'accepte, partir de plus en plus loin pour vous faire découvrir plus de choses. »

Samaël acquiesça à nouveau en baissant la tête, songeant que ce genre d'apprentissage devait être exceptionnel. Pouvoir voyager, voir de lui-même et apprendre en même temps était une opportunité incroyable. Malheureusement, il n'était pas certain que ce programme soit réalisable. Après tout, il était toujours en danger et n'avait jamais été autorisé à la moindre liberté.

« Alors Samaël ? » demanda Lucius. « Cela te convient ? »

Le jeune homme releva immédiatement les yeux pour les braquer sur le Lord.

« Pardon ? » haleta-t-il.

« C'est le dernier test pour Monsieur Howell. Si tu acceptes pour qu'il t'enseigne, les cours commenceront dès demain. »

« Mais tu… Tu es d'accord avec ça ? »

« Évidemment, » ricana Lucius. « Monsieur Howell a passé plusieurs tests, il a été soumis à des contrôles rigoureux et m'a présenté les premiers sujets de cours, que j'ai évidemment validés. La seule chose qu'il reste à avoir, c'est ton accord. »

Samaël se rendit compte qu'il souriait comme un idiot lorsqu'il entendit son frère ricaner, mais ne prit pas la peine de le refréner. Il pourrait sortir, voyager et apprendre ce qui lui faisait envie ! Qu'y avait-il de mieux ?

« Bien sûr, tu reprendras tout de même ta scolarité à Beauxbâtons, comme prévu. Monsieur Howell te fera cours pendant tes temps libres, tes vacances, et nous suivra dans nos voyages. Ainsi, lorsque nous quitterons la France et que tu n'auras plus l'école, tu continueras d'étudier. »

« D'accord, » répondit précipitamment Samaël.

L'homme massif sourit et se leva de son fauteuil pour avancer vers le jeune homme, la main droite tendue. Samaël se leva à son tour et accepta la poignée de main, grimaçant lorsqu'il sentit ses os craquer à cause de la force, certainement hors norme, de Kyle Howell.

« Bien, alors ton nouveau professeur s'installera dans la dépendance du personnel aujourd'hui, » déclara Lucius.

« Et je vous donne rendez-vous pour votre premier cours demain à huit heures, devant le bureau de votre père, » déclara l'homme. « Vous devrez apporter une plume à dictée, un crayon de papier moldu et un carnet d'écriture. »

« D'accord Professeur Howell, » acquiesça rapidement Samaël, au comble de l'excitation.

« Vous pouvez retourner à vos occupations, » dit Lucius. « Nous avons des papiers à remplir. »

« Oui, père, » répondit Draco, attrapant son frère par le bras pour le tirer hors de la pièce.

Samaël était euphorique. Son nouveau programme d'apprentissage paraissait passionnant et il avait vraiment hâte de commencer. Peut-être que Monsieur Howell lui ferait vivre des aventures folles et qu'il deviendrait aussi grand et fort que lui. C'était peu probable, mais il aimait y croire.

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Le lendemain, Samaël était posté fébrilement devant la porte du bureau de Lucius. Il était huit heures moins deux et il attendait depuis plus d'un quart d'heure. Il n'avait pas beaucoup dormi la nuit précédente, excité par la perspective d'un cours passionnant.

« Je vois que j'ai affaire à quelqu'un de ponctuel, » résonna une voix sur sa droite.

Il sursauta légèrement et tourna la tête pour voir Monsieur Howell, un sourire doux sur le visage. Il était cette fois vêtu d'une robe de sorcier marron légèrement élimée, qui rappelait à Samaël le Professeur Lupin.

« Et nerveux… » ajouta l'homme avec indulgence.

« Légèrement, » gloussa Samaël en lui accordant un signe de tête pour le saluer.

« Il n'y a pas de quoi l'être. Rien de très compliqué pour cette première leçon. »

« Où allons-nous ? » demanda Samaël avec excitation.

« Ici, » déclara l'homme, désignant la porte à sa droite.

« Dans le bureau de mon père ? »

« Vous ne réalisez pas que vous avez ici l'un des spécimens les plus incroyables du monde sorcier ? » demanda le professeur Howell en tournant la poignée et entrant dans la pièce.

Le bureau était exactement comme Samaël s'y attendait, malgré le fait que Lucius n'y fût pas en train de travailler. Les meubles en acajou étaient soigneusement dépoussiérés et les dossiers rangés. La plante sur le bureau était dépourvue de l'animal qui y avait créché de nombreux jours, celui-ci ayant été déplacé dans le coin opposé gauche de la pièce.

Lucius et Samaël avaient travaillé une dizaine d'heures sur ce projet. Ainsi, dans le bureau aux allures soignées et luxueuses, il y avait quelques mètres carrés de terre battue recouverte de mousse. Quelques buissons et arbres avaient été plantés et bourgeonnaient tranquillement sous deux boules lumineuses chauffantes. La fenêtre était constamment ouverte pour laisser la bête sortir à sa guise et le tout était enfermé sous un dôme de magie afin que Lucius n'eût pas à s'inquiéter pour son cerveau, ni du froid alors qu'il travaillait.

Rien ne sortait de l'ordinaire.

« Vous parlez de Swoopi ? » réalisa soudainement Samaël.

« Swoopi ? » ricana Kyle. « C'est un nom très mignon pour une créature mortelle. »

L'homme s'approcha de la barrière magique et désigna l'animal qui pendait tranquillement à la branche du figuier. Maintenant que Swoopi commençait à chasser seul, il sortait à tout moment pour se nourrir et revenait rapidement pour dormir.

Lorsqu'il s'était libéré pour la première fois de l'étreinte de ses propres ailes, Samaël avait été fasciné et l'avait observé autant qu'il avait pu.

« Cet animal est attaché à vous, pas vrai ? » demanda le professeur Howell.

« Je le pense, » répondit Samaël. « Elle laisse tranquille les sombrals et n'approche aucun membre de la famille, comme je lui ai demandé. Elle n'est pas forcément câline, mais elle ne m'a jamais fait de mal. »

« Elle, vous dites ? »

« Oui, Swoopi est une femelle. »

« Et comment le savez-vous ? »

« Elle a une poche sur le dos pour y mettre ses petits. Elle est quasiment invisible, mais je l'ai touchée un jour, » répondit Samaël.

« Parfait, » dit le professeur avec un sourire fier.

Il s'approcha de Samaël et se tint face à lui.

« Avez-vous le carnet que je vous avais demandé d'apporter ? » demanda-t-il ensuite.

« Oui, » répondit Samaël, mettant une main dans sa poche pour tirer le carnet émeraude que Draco lui avait donné.

« Bien. Le cours va commencer. Durant les moments que nous passerons ensemble, j'aimerais que vous écriviez tout ce qui vous semble important. Ce que je dis, ce que vous voyez, ce que vous entendez et même sentez. Vous pouvez dessiner, faire des croquis, des schémas, coller des choses, mettre des photos. Vous n'aurez pas de cahier pour chaque matière, pas de livres non plus, pas de devoirs. Vous n'aurez que ce carnet. Je vous donnerai parfois des références de livre que vous pourrez - ou non - noter pour les consulter plus tard. Vous n'aurez pas de contrôle dans un premier temps. Je regarderai seulement votre carnet de façon hebdomadaire. »

Samaël posa son regard sur le carnet, les yeux légèrement écarquillés. Pas de devoirs ? Pas de livres ? Cela ressemblait à un cours parfait. Il n'était pas certain d'apprendre quoi que ce soit de cette façon, les dernières semaines prouvant qu'il avait besoin d'un cadre strict, mais il avait très envie d'essayer.

Levant son regard sur les orbes bleu foncé de son désormais professeur, Samaël se fit la promesse de donner tout ce qu'il avait pour réussir dans son apprentissage.

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« C'est ridicule, » grogna Draco, alors qu'il tentait de faire tenir le petit chapeau bleu ciel sur ses cheveux. « L'uniforme de Poudlard était bien plus sobre. »

Samaël ricana, ajustant le col de sa chemise. Il ne s'était jamais soucié de son apparence, mais maintenant qu'il faisait partie de la famille Malfoy, il devait apparemment faire honneur à au clan. C'était ce qu'avait dit Lucius le matin même, et après le mois qu'il avait passé aux côtés de Kyle Howell, il n'était pas prêt de contrarier sa nouvelle famille, qui lui offrait la possibilité de vivre une aventure aussi fascinante.

« Allons Dray, toi qui aimes le raffinement et la délicatesse, tu vas être servi ici, à Beauxbâtons. »

« C'est toi qui gémissait hier que tu ne voulais pas y aller, » ricana Draco, ajustant la natte qui pendait dans le dos de son frère.

Samaël claqua la langue, un son qu'il avait, sans le savoir, emprunté à Lucius après les nombreuses heures passées dans le bureau de celui-ci. Draco, toujours derrière lui, cacha son sourire.

« Qui voudrait s'enfermer dans un château alors qu'il est possible de découvrir tellement de choses à l'extérieur, » grogna Samaël.

« Moi ! » répondit Draco, exaspéré. « Moi je veux vivre dans un château ! Avec une immense bibliothèque et des moulures au plafond ! Qu'est-ce qui pourrait bien pousser quelqu'un à vivre dans une forêt en attendant qu'une bestiole répugnante passe par là pour l'étudier quelques brèves secondes ? »

Les deux frères se regardèrent et esquissèrent un sourire.

« Parfois, je me demande sincèrement comment nous pouvons être frères, » dit Samaël.

« Notre père est un chaud lapin, » ricana Draco, avant de pâlir. « Tu ne lui répéteras pas, n'est ce pas ? »

« On verra, » répondit négligemment Samaël, marchant vers le château.

Ils étaient dans les jardins de Beauxbâtons, admirant l'édifice somptueux qui se dressait face à eux. Le château de l'école de magie française était sculpté dans la roche de l'une des montagnes de la chaîne des Pyrénées. La pierre blanche était illuminée par les rayons du soleil qui perçaient timidement entre les nuages et le vaste paysage qui les entourait était couvert de neige, laissant planer une impression de paix et de calme.

Les jardins qui précédaient le château étaient typiquement français, munis de haies bien taillées, d'arbres et d'arbustes soigneusement entretenus et de petits chemins parfaitement droits et réguliers. Ces chemins et haies formaient un paysage très linéaire jusqu'au château, mais aussi vers une fontaine au milieu des jardins, que les garçons savaient être celle en l'honneur de Nicolas Flamel et son épouse, Pernelle, ayant suivi tous deux un cursus dans l'établissement.

Bien loin du charme brut de Poudlard, l'école de Beauxbâtons était élégante, mais Samaël ressentait une certaine familiarité à son égard. Bien que totalement différents, les deux châteaux semblaient résonner, comme s'ils étaient deux faces d'une même pièce. Un sentiment de joie s'empara de lui et il regarda Draco qui semblait emprunt à la même émotion.

« On y va ? » dit-il à Draco qui n'avait pas bougé.

Celui-ci acquiesça et s'avança rapidement pour se mettre à sa hauteur.

« Tu sais comment ça va se passer ? » demanda Samaël avec appréhension.

« On ne sait pas grand chose sur les autres écoles. Ce n'est pas pour rien que nous avons reçu un sort de secret. Je suis certain qu'ils n'ont pas de maisons et de compétition entre les classes. Ils sont très axés sur les traditions et le respect. Ils passent l'équivalent des BUSE en sixième année, mais nous ne sommes pas concernés car nous ne passerons nos examens que lorsque nous serons prêts et peut-être même pas dans ce pays. Je sais aussi qu'il y a plus d'élèves qu'à Poudlard. »

« Tu as lu tout ce que tu as pu, » ricana Samaël. « Tu n'as jamais voulu découvrir les choses par toi-même ? »

« Non. C'est une perte de temps. »

Ils passèrent devant la fontaine qui, malgré le froid, crachait des jets d'eau réguliers qui sonnaient comme une musique dans le calme alentour.

« Nous devrions nous dépêcher, » déclara Draco. « Nous devrions être intronisés dans six minutes. La directrice doit déjà avoir commencé son discours. »

Samaël acquiesça et accéléra le pas. Ils entrèrent dans le château par deux immenses portes vitrées. Derrières elles, un elfe de maison semblait les attendre, vêtu d'un short et d'un t-shirt bleu clair. Les sourcils froncés, il s'abaissa pour les saluer.

« Les élèves Malfoy sont en retard, » dit-il avec sévérité dans un anglais parfait. « Je suis Sweety, responsable de la sécurité des élèves. Suivez Sweety. »

Les deux frères se regardèrent et haussèrent un sourcil dans une réplique parfaite de l'autre. Les elfes étaient bien moins serviles et gémissants que chez eux. Celui-ci avait même une sorte de responsabilité et était désigné pour attendre deux nouveaux élèves. Il était bien vêtu et ressemblait bien moins à un esclave que ceux que Samaël avait vus en Angleterre.

C'était une bonne chose.

Suivant Sweety, ils regardèrent autour d'eux. Ce n'était pas comme lorsqu'il avait onze ans et qu'ils avaient découvert Poudlard avec émerveillement. Ils n'étaient pas éblouis par leur naïveté et leur ignorance. Ils comparaient, observaient avec intelligence leur environnement. Pourtant, il y avait tout de même une petite part d'eux qui, comme lors de la répartition à Poudlard, voulait simplement ouvrir la bouche d'ébahissement et se laisser porter par la magie qu'ils pouvaient sentir autour d'eux.

A la place des vieilles pierres grises et poussiéreuses qu'ils avaient connues dans leur ancienne école, les sols étaient ici des carreaux de faillance élégants et discrets dans des camaïeux de marron et beige. Les murs étaient construits à partir de pierres très claires et différentes silhouettes y étaient sculptées. Hommes, femmes, créatures, dieux et déesses, tous semblaient faire partie intégrante de la culture des lieux. Les plafonds étaient des voûtes hautes et blanches, desquelles pendaient des lustres à bougies dorées et de tailles imposantes.

Ils continuèrent de marcher dans le couloir et arrivèrent à une nouvelle paire de portes vitrées, par laquelle ils pouvaient voir le réfectoire. A l'intérieur, des centaines d'élèves étaient installés à des tables rondes, tous tournés vers une estrade au fond de la pièce, sur laquelle se trouvait Madame Maxime, la directrice. Dès qu'ils entendirent distinctement les mots français du discours et se concentrèrent dessus, le sort qu'ils s'étaient appliqué à leur arrivée se mit à fonctionner. Ils purent voir la traduction du monologue flotter en lettres bleutées en dessous de la femme, et lurent pour comprendre le discours.

« … espère que vous serez accueillants et que vous ferez honneur à notre école. Les cours seront évidemment dispensés en français, mais vous êtes invités à parler anglais avec eux pour parfaire vos connaissances. »

La directrice fit une pause, regardant les élèves du haut de sa grande taille.

« Bien, » continua-t-elle. « N'oubliez pas que s'ils ne seront pas toujours en internat comme vous et ne parlent pas la même langue, cela n'enlève pas le fait qu'ils deviennent des élèves de Beauxbâtons à part entière. Je vous demande de les intégrer au mieux. Sweety, emmenez-les. »

Aussitôt, les portes s'ouvrirent et l'elfe qui avait accompagné Draco et Samaël leur fit signe d'entrer.

« Bienvenue à Beauxbâtons, Messieurs Malfoy, » déclara la directrice d'une voix forte.

Des applaudissements polis retentirent dans la pièce alors qu'ils avançaient lentement. Draco avait la tête haute et une grimace arrogante que Samaël ne lui avait pas vue depuis des mois. Celui-ci était légèrement en retrait, plus timide que son frère. Ils s'installèrent à une table désignée par la directrice et le repas pu commencer.

Samaël était surpris de la simplicité de cet accueil. Il n'était pas déçu, ne s'était attendu à rien, mais constatait la différence avec l'opulence de Poudlard. Les tables étaient rondes et recouvertes de grandes nappes blanches. Il y avait un chandelier au centre de celles-ci ainsi qu'un bouquet de fleurs. Devant chaque assiette, il y avait un menu qui contenait plusieurs plats et il suffisait aux étudiants d'énoncer celui qu'ils souhaitaient. Les quantités apparaissant dans les assiettes étaient plus minces mais mieux présentées qu'à Poudlard.

Samaël choisit la salade de chèvre chaud, seul plat sans viande, et Draco demanda du coq au vin. Ils commencèrent à manger, avant que les différents élèves ne s'intéressent à eux. Le sort traducteur fonctionnait et ils purent écouter les paroles, tout en lisant les phrases qui s'affichaient, ce qui les aiderait à apprendre lentement le français. Cependant, la jeune fille à côté d'eux parla anglais avec un fort accent.

« Vous étiez à Poudlard ? » demanda-t-elle. « Ma mère y était avant de rencontrer mon père et de venir en France. »

« J'étais à Poudlard, » répondit Draco. « Mon frère a toujours été scolarisé à la maison. Il n'aime pas vraiment les gens, » ajouta-t-il sur un ton de confidence.

Cette réflexion lui valut un coup de coude discret entre les côtes et il ricana, laissant la parole à son frère.

« Je suis Samaël, » dit celui-ci en se penchant pour voir la jeune femme à la droite de Draco. « Comment t'appelles-tu ? »

« Je suis Zoé, » répondit-elle, rougissant face au regard vert intense du jeune homme. « Oh ! Et je vous présente Malone, Charlotte, Arthur et Manon. »

Les étudiants firent un signe de main poli et regardèrent avec curiosité, comprenant la plupart de ce qui était dit.

« Vous resterez combien de temps ? » demanda le dénommé Arthur.

« Jusqu'à la fin de l'année scolaire certainement. Nous faisons le tour du monde avec notre père. Le décès de mère a été dur à supporter et nous trouvons en ce voyage l'occasion de faire notre deuil, » déclara Draco.

Samaël eut le plaisir de voir une habile technique de manipulation de Draco. Ce dernier n'avait jamais dit que Narcissa était sa mère à lui aussi, mais c'était ce que tout le monde avait compris et il avait également semé suffisamment de malaise à ce souvenir pour que personne ne pose de question sur cet aspect de leur vie.

« Oh, je suis désolé, » répondit Arthur, la tête basse.

« Parlons de choses plus joyeuses, » reprit Samaël avec un sourire doux qui détendit tout le monde. « Avez-vous des équipes de Quidditch ? »

Après un regard complice, les deux garçons s'investirent du mieux qu'ils purent dans la conversation du petit groupe.

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« Alors ? » demanda Samaël une fois qu'il fut installé sous sa couverture, dans la chambre qu'ils partageaient tous les deux.

« Alors on va se plaire ici, » répondit Draco, s'affalant sur le lit, à côté de son frère. « Tu as vu leur bibliothèque ?! »

« J'ai surtout vu le terrain de Quidditch couvert ! » répondit Samaël avec un sourire narquois.

« Je vais t'écraser au prochain match ! »

« Tu rêves Dray, tu n'as jamais réussi avant ! »

« J'ai gagné un match ! »

« Tu as triché ! »

« Certainement pas ! » ricana Draco avant de recevoir un oreiller au visage. « Eh ! »

Aussitôt, il riposta avec un tir de traversin qui fit couiner son frère. Commença alors une belle bataille à base de coups d'oreiller, de tirages de caleçon et de chatouilles intensives, qui laissèrent les garçons haletants et gloussants sur le lit de Samaël.

Alors qu'ils se réorganisaient et que Draco allait quitter les couvertures, il fut retenu par son frère.

« Reste là, » murmura celui-ci.

Draco hésita un instant avant d'acquiescer, sans aucune moquerie. Il se glissa sous les couvertures sans s'approcher pour autant. Ils restèrent silencieux jusqu'à ce que la lumière du feu s'éteigne et les laisse dans le noir complet.

« Tu as peur ? » demanda Draco dans le silence de la pièce

« Je suis un Gryffondor, tu te rappelles ? » ricana Samaël, avant de reprendre sérieusement. « Ça me fait bizarre d'être ici, d'être quelqu'un d'autre. A chaque fois que j'apparais en public, j'ai l'impression que tout le monde va comprendre, que tout le monde peut voir que je suis une supercherie, un faux Malfoy. »

« Tu t'es vu quand tu lèves un sourcil ? » rit Draco. « On dirait notre père ! Et tu as vu notre duo à table ? Nous avons été parfaits ! Nous les avons à moitié culpabilisés, à moitié amadoués avec ton air de chaton perdu. Sois-en sûr, même si tu refuses de le croire, tu es aussi Malfoy que moi ! »

Un silence s'installa. C'était si facile. Ça ne l'avait pourtant jamais été entre eux, mais ils étaient aujourd'hui plus liés que quiconque n'aurait jamais pu l'espérer. Ils avaient eu implicitement besoin l'un de l'autre et avaient l'impression d'une deuxième vie, d'une deuxième chance, possible que si l'autre y était intégré.

« Tu penses que je pourrais l'appeler papa ? » murmura Samaël, dans une confidence enfantine qui donnait à Draco l'envie de le protéger.

« Je pense que c'est ce qu'il attend depuis le premier jour… » répondit-il sur le même ton. « Lui aussi est perdu dans ses sentiments, mais malgré ce qu'il montre, je suis certain qu'il s'est identifié comme ton père la première fois qu'il t'a vu. La première fois qu'il a vu le vrai toi. »

« Et ça ne te dérangerait pas ? Toi même tu ne l'appelles jamais papa… »

« C'est vrai, j'ai été habitué à l'appeler père quand j'étais petit. Ça ne me gêne pas. De cette façon, il resterait mon père, mais deviendrait aussi ton papa… »

« Ca ne te parait pas enfantin ? » demanda Samaël en se tournant vers son frère ainé malgré le noir qui les entourait.

« Je pense que tu peux te permettre de l'être, » répondit Draco. « C'est comme si tu étais né à nouveau il y a quelques mois. Qui pourrait t'en vouloir de regrandir à ton rythme ? »

« Regrandir, » rit doucement Samaël.

Après un nouveau silence, il reprit la parole :

« Tu peux aller dans ton lit maintenant. »

« Je peux aussi rester là, » répondit Draco.

« Sûrement, » murmura Samaël. « Alors bonne nuit… »

« Bonne nuit, mon frère. »