Titre : Papa
Rating : T
Pairing : Slash, Yaoi, Mentor fic
Disclaimer : Pour votre plus grande déception (j'en suis sûre), je ne suis pas JKR.
Statut : Terminée
Résumé : Quand, à la fin de sa cinquième année, Harry apprend qu'un grand secret le concerne, il voit sa vie changer radicalement. Loin de ceux qui l'ont élevé et de ses amis, l'adolescent doit se créer une nouvelle histoire, s'adapter à une nouvelle vie et pourquoi pas, se découvrir une nouvelle famille.
Bêta : AudeSnape & Pauu-Aya
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Chapitre 9
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« Alors ? Comment s'est passée cette première semaine d'école ? » demanda Lucius à Samaël et Draco, tous attablés pour le dîner.
« Plutôt bien, » répondit Draco. « Nous nous sommes fait des amis rapidement. »
« Des amis ? » questionna Lucius, haussant un sourcil. « Pas de partenaires, ni de collaborateurs, Draco ? »
« Je sais que mes relations précédentes étaient plutôt des affiliations stratégiques, mais le Gryffondor au coeur tendre qui me suit partout a réussi à me faire voir nos interactions autrement. Et nous ne restons que six mois, si ça ne marche pas, il n'y aura pas de conséquences. »
« La ferme, Dray… » grogna Samaël.
« Tiens ta langue, Sam, » siffla Lucius.
« Pardon p… Lucius, » répondit le jeune homme entre ses dents.
Lucius fronça les sourcils et regarda son aîné qui secoua lentement la tête. Décidant de garder ceci pour plus tard, il reprit :
« Les leçons étaient intéressantes ? »
« Ils sont plus avancés que Poudlard dans certains cours, comme le soin aux créatures magiques ou les runes, mais sont en retard sur d'autres, comme les potions ou l'arithmancie. Ils ont aussi plus de matériel et le château est immense. »
« Profitez des mois à venir pour en apprendre un peu sur l'architecture du bâtiment, les châteaux français sont des merveilles et vous n'aurez pas l'occasion de voir de telles choses dans les autres pays où nous nous installerons. Et toi Samaël, qu'as-tu noté de remarquable sur cette nouvelle école ? »
« Il n'y a pas de maisons, » répondit le jeune homme. « Nous sommes rassemblés en classes et elles ne sont pas en compétition les unes avec les autres. C'est très bizarre… »
« En quoi ? »
« Eh bien… Je ne retrouve pas la dynamique de Poudlard. Nous n'avons pas besoin d'avoir de bonnes notes pour gagner la coupe, nous n'avons aucune rivalité et partageons des relations cordiales… Molles… »
« Je pense que ça peut être une bonne chose, » déclara pensivement Lucius. « Cette façon de compartimenter les élèves et de les mettre en compétition a toujours été source de mal être pour certains d'entre eux. Je pense que cela favorise le harcèlement. »
« Je n'avais jamais vu ça comme ça… » murmura Samaël.
« Repense à tes années d'école, est-ce que les maisons ont eu une bonne incidence sur toi ? »
« Je ne sais pas… Hagrid, la première personne magique que j'ai rencontrée m'a dit que tous les sorciers qui avaient mal tourné avaient été à Serpentard. Ron a été mon premier ami et c'est lui qui m'a expliqué le principe des maisons, il m'a parlé de ses craintes d'être réparti à Serpentard. Il pensait que ses parents le prendraient mal et si je sais maintenant que c'est faux, j'ai tout de suite eu une appréhension à atterrir à dans cette maison. Ma rencontre avec Draco plus tôt ne m'avait pas aidé... » répondit Samaël avec un sourire d'excuse pour son frère qui renifla de mécontentement.
« Et comment aurais-tu réagi si le Choixpeau t'avait envoyé à Serpentard ? » demanda calmement Lucius.
« Eh bien… » murmura Samaël, rougissant furieusement.
Cela attira les regards de Lucius et Draco qui l'observèrent curieusement, en attente d'explication.
« Le Choixpeau voulait me mettre à Serpentard, » dit-il finalement, la voix pas plus haute qu'un murmure.
« Quoi ?! » cria Draco renversant sa fourchette au sol par son mouvement de coude brusque.
« J'ai prié de toutes mes forces pour être placé autre part. Il m'a écouté… »
« Nous sommes si répugnants ? » cracha Draco, vexé.
« Je venais d'apprendre que j'étais sorcier, que mes parents avaient été assassinés par un homme qui était allé dans cette maison ! Je t'ai rencontré toi, un garçon pédant et intolérant, qui a insulté Hagrid, la première personne à me montrer gentillesse et compassion. Et tu es allé à Serpentard ! Je n'avais aucune envie de me retrouver avec toi alors que je paraissais si idiot, inculte et insignifiant pour toi et tes paires. Je ne voulais pas passer ma scolarité à être humilié ! J'avais déjà bien assez subi avec les intimidateurs ! »
Le silence s'installa alors que les deux garçons se regardaient avec colère. C'était la première fois qu'ils élevaient la voix l'un sur l'autre depuis que Samaël était arrivé dans la famille et bien qu'ils s'étaient doutés que cela arriverait tôt ou tard, ils étaient blessés. L'un comme l'autre.
Subitement, Draco se leva, faisant tomber sa chaise sur le sol et leur tourna le dos pour sortir de la pièce. Lucius et Samaël ne parlèrent pas, ce dernier sursauta en entendant le fracas d'une porte se claquer à l'étage, certainement celle de la chambre de Draco. Le jeune homme fit mine de se lever, mais son père l'en empêcha :
« Reste ici, » dit-il calmement, reprenant son repas. « Il a besoin de se calmer. Si tu ne le laisses pas, il va s'énerver plus encore. Finis ton repas, j'ai l'impression que tu as maigri depuis la semaine dernière. »
Samaël se réinstalla et reprit ses couverts, alternant son regard entre Lucius et la porte de la salle à manger. Il était bouleversé par la façon dont Draco avait pris ses propos. D'habitude, son frère était celui qui le calmait, qui le forçait à ne pas hausser le ton, mais depuis quelques jours, c'était différent.
Depuis plusieurs mois, ils avaient passé énormément de temps ensemble, mais avaient toujours leur propre espace personnel, dans lequel se réfugier en cas de besoin. Cette semaine, ils avaient partagé les mêmes cours, avaient traîné avec les mêmes personnes, avaient eu les mêmes devoirs et partagé la même chambre. L'équilibre fragile et pourtant instinctif qu'ils avaient formé s'était effrité.
« Il s'est passé quelque chose ? » demanda calmement Lucius.
« Je… Je ne sais pas, » répondit Samaël. « Les choses ont énormément changé cette semaine et peut-être que nous avons simplement les nerfs à fleur de peau… »
« Je comprends. L'internat la semaine était indispensable au début, mais dans quelques temps, vous pourrez rentrer le soir si vous le souhaitez… Et quel est le soucis avec moi ? »
Samaël sursauta et se tourna vers Lucius qui le regardait, les yeux légèrement plissés.
« Quoi ? » croassa le jeune homme.
« Depuis que tu es rentré, tu es distant, » expliqua Lord Malfoy sans aucun reproche dans la voix. « En arrivant tu t'es précipité pour voir le troupeau de sombrals et cette affreuse créature que tu appelles Swoopy. Tu as même passé une heure dans les quartiers du Professeur Howell. »
« Je suis censé m'occuper des animaux qui vivent ici ! C'est ce qui a été décidé au début ! C'est normal que j'aille les voir en rentrant. Quant à Kyle, il voulait savoir comment s'était passée ma semaine. »
Une lueur de douleur passa dans les yeux de Lucius, mais Samaël ne le vit pas, n'osant lever le regard de son assiette.
« Et moi, Sam ? » demanda simplement Lucius. « Tu ne penses pas que ta semaine m'intéresse ? Tu suggères que je ne mérite pas d'avoir un récit détaillé de ta première semaine loin de moi ? »
« Est-ce que tu t'en soucies vraiment ? » cracha Samaël.
Immédiatement, il regretta ses paroles et plaqua une main contre sa bouche. Cette fois, il avait vu la lueur dans les yeux de Lucius.
« C'est vraiment ce que tu penses ? » grogna l'homme, se levant à son tour de sa chaise.
Pendant un instant, Samaël pensa qu'il allait lui aussi partir, qu'il allait quitter la pièce comme Draco venait de le faire, qu'encore une fois, il avait fait fuir quelqu'un. Ce n'était pas nouveau pour lui de voir des gens l'abandonner, mais si son père devait partir en cet instant, il savait qu'il ne s'en remettrait pas. Au lieu de cela, Lucius vint simplement se poster à côté de lui.
« Tu penses que je ne me soucie pas de toi et que ces six derniers mois ne nous ont pas rapprochés ? Et pour quelle autre raison je t'aurais laissé hurler et courir dans ce manoir, si ce n'était pour avoir ta confiance et ton affection ? Pour quelle raison aurais-je passé des heures, des semaines à te chercher un tuteur convenable ? Pourquoi aurais-je attendu chaque soir de cette semaine, un hibou qui n'est jamais arrivé ? Explique-moi Samaël. »
« C'est facile ! » cria Samaël, renversant sa chaise à son tour.
Pour Lucius, il n'y avait vraiment aucun doute sur le lien qui l'unissait à Draco, ils étaient aussi brusque l'un que l'autre lorsqu'ils étaient en colère. Si différents, ils étaient pourtant si semblables.
« Tu veux que je me blottisse dans tes bras et te raconte mes journées, » cracha Samaël. « Quand tout ce que tu as fait ces derniers mois est de m'observer de loin et me laisser faire ma vie comme je l'entendais ? Où est passé le père que j'ai aperçu et qui m'a aidé à prendre cette décision de tout quitter ? Où est le père qui m'a nommé ce jour-là ? Où est le père qui a replacé doucement ma frange ? Celui qui m'a fait prendre conscience que j'avais fait le bon choix… »
S'il avait commencé par crier, sa voix n'était devenue qu'un sombre murmure alors qu'il baissait la tête pour cacher ses yeux légèrement plus humides.
« Alors c'est le problème… » souffla Lucius pour lui-même, avant de se diriger vers son placard à alcool pour s'en servir un verre.
Après réflexion, il en remplit un deuxième qu'il posa sur la table, en face de Samaël, pour lui indiquer qu'il pouvait en avoir s'il le souhaitait, sans pour autant le pousser. S'il avait besoin de courage liquide pour cette conversation, c'était peut-être aussi le cas du jeune homme devant lui.
« Je t'ai laissé ton espace Samaël, » commença-t-il doucement. « Je pensais que c'était ce que tu voulais. Tu venais de débarquer dans cette famille et devais trouver ta place. Je ne voulais pas t'étouffer. »
« Mais- »
« Laisse-moi finir s'il te plait, » murmura-t-il lorsque Sam voulut lui répondre. « Je peux sûrement me répéter cette excuse chaque jour, elle n'est qu'en partie vraie. Derrière cela, se cache une raison bien plus honteuse : la lâcheté. »
« Quoi ? » demanda Samaël, relevant subitement la tête.
« Je suis un Serpentard avant tout. Si tu es si courageux, te dressant devant moi pour me reprocher mes actions, ce n'est pas mon cas. J'ai lâchement préféré te laisser livrer à toi-même, prétextant que c'était ce que tu devais souhaiter. Il était bien plus facile de me dire que tu ne supporterais pas que j'empiète trop sur ta vie, que d'essayer de m'y intégrer au risque de me faire rejeter. »
Lucius but son verre d'une traite et tourna le dos à Samaël pour s'en servir un nouveau. Il resta là, fixant l'étagère pleine de romans d'aventure, faisant tourner son breuvage dans son verre à cognac. Il ne fut pas surpris d'entendre la colère dans la voix de son fils lorsque celui-ci reprit la parole.
« Si je vous dérange tous les deux dans vos petites vies parfaites, tu n'as qu'à le dire ! »
« Absolument pas ! » déclara Lucius en se retournant vers lui pour lui faire face.
Samaël avait les larmes aux yeux, il pouvait le voir à sa gorge serrée et dans le tressautement de ses épaules alors qu'il retenait ses sanglots.
« Tu ne gênes personne, » dit-il plus doucement. « Mais il n'est pas facile de savoir comment agir. Autant pour toi, que pour moi, que pour Draco. C'était plus simple de me dire que tu étais trop âgé pour avoir besoin de moi, de penser que Draco gérait la situation ou de croire qu'avoir un animal de compagnie et un professeur externe à toute cette histoire seraient suffisant. »
« Suffisant… » siffla Samaël.
« Je n'ai jamais eu besoin d'être un père affectueux et attentionné pour Draco. Il avait sa mère qui le dorlotait, j'étais la figure d'autorité. Je ne faisais qu'être fier de lui, lui dicter sa conduite et l'aider à grandir. J'ai espéré qu'il en soit de même pour toi. »
« Je n'ai ni père, ni mère ! Peu importe combien j'en ai besoin ! » hurla Samaël, s'effondrant soudain.
Ses sanglots résonnèrent dans la pièce et le souffle de Lucius se bloqua dans sa poitrine.
« C'est vrai, » murmura-t-il, posant son verre sur la surface la plus proche. « Je vais être ce père. Et je vais être ta mère si tu le souhaites. Je serai celui dont tu auras besoin. »
À pas lents, il se dirigea vers la silhouette tremblante de Samaël et, doucement, le prit dans ses bras. Il sentit une légère résistance et serra plus fort, avant que son fils ne se fonde dans son étreinte.
« Papa… » gémit Samaël alors qu'il s'accrochait sur le devant de sa robe.
Ce petit mot, plus que tout autre, alluma un feu à l'intérieur de Lucius. Il n'y avait rien de comparable. Ce n'était ni bon, ni mauvais. C'était là.
Il ressentait de la joie à l'acceptation de Samaël, un peu de honte au surnom enfantin, de l'envie à l'idée d'aider son fils, de l'appréhension d'un échec, une pression rare pour ce nouveau rôle qu'il occupait depuis maintenant six mois.
Il savait qu'il était le père de Samaël, mais il n'avait pas réalisé que cela impliquait de gérer les émotions d'un adolescent en pleine crise identitaire. Il n'avait pas compris l'importance de son rôle dans la vie future de son garçon, pour lui construire un avenir heureux grâce à des bases solides.
Serrant encore ses bras autour de la forme brisée de son fils, Lucius fit le serment d'essayer d'apporter à Samaël ce dont il aurait besoin, sans se soucier de son rang, de son éducation ou du regard des autres. Et s'il fallait le faire sauter sur ses genoux en plein conseil des Ministres, il le ferait.
« Tu peux m'appeler papa… » murmura Lucius, répondant sans le savoir à une question que Samaël se posait depuis des semaines.
Tout deux restèrent enlacés un long moment, Samaël laissant couler les larmes qu'il avait retenues tout au long de ses deux vies, Lucius se contentant d'être présent. Ils furent inconscient de la silhouette de Draco qui se décolla du mur du couloir pour retourner dans sa chambre, emprunt à autant de tourments que les deux membres restant de sa famille.
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« Tu vois ça ? » demanda le professeur alors qu'il s'accroupissait au milieu de la forêt.
Samaël observa la boue devant lui et fronça le nez, se concentrant sur les marques enfoncées dans la terre qui commençait à sécher. Elles appartenaient à un animal, c'était certain, comme des pattes de tigres mais bien plus petites. Un chaton peut-être ? Non… Les traces comportaient des empreintes de griffes très longues qui s'étaient plantées dans le sol.
« Qu'est-ce que ça peut être… » murmura le jeune homme.
« Le Lepocanem, » déclara Kyle en se redressant. « C'est une sorte de chien. Cependant, il fait plus ou moins la taille d'un lièvre. Les Lepocanems vivent en meute mais sont rares. Ils sont des proies pour de nombreux prédateurs et n'ont pas beaucoup de moyen de se défendre. Leurs griffes servent principalement pour trouver à manger. Ils ont une fourrure dense mais au sommet de leur tête, ont une bande de carapace, faite d'écailles entre lesquelles poussent quelques poils, et qui s'imbriquent pour recouvrir les surfaces supérieures et latérales du corps, queue comprise. Seuls le museau, le ventre et l'intérieur des pattes en sont dépourvus. »
Samaël ouvrit la bouche, les yeux écarquillés. Il ne savait pas qu'un tel animal existait, même dans le monde magique.
« Ces êtres sont doués de magie, » expliqua Kyle, comme s'il lisait dans ses pensées. « Ils génèrent des courants magiques qui aident la végétation à se développer. Pour cette raison, ils ont été longtemps capturés et intégrés dans les serres des sorciers, mais ne survivent jamais très longtemps en captivité. Posséder un Lepocanem est aujourd'hui considéré comme du braconnage et vaut une lourde amende dans presque tous les pays du monde. »
« Fascinant… » murmura Samael en observant attentivement les traces sur le sol.
Après une inspection minutieuse, il sortit son carnet et sa plume autoencreuse qu'il actionna avec un sort murmuré. Aussitôt, il se mit à griffonner un croquis, prenant des mesures, l'affinant au fil du temps pour un rendu qu'il savait que lui seul comprendrait.
Après plusieurs mois avec son professeur, il avait fini par comprendre son fonctionnement particulier et il avait compris pourquoi son père avait choisi cet homme. Kyle était apparement forgé du même bois. Il avait besoin de voir, de toucher, de comprendre, pour apprendre. Lui-même avait étudié avec des découvertes et des voyages, croquant tout dans ses petits carnets.
Au début, Samaël avait été dubitatif quant aux notes désordonnées, aux croquis horriblement moches qu'il rendait chaque mois. Mais son professeur avait seulement acquiescé et regardé chaque page avec intérêt. Il lui avait ensuite posé des questions dont Sam ne pouvait avoir les réponses, n'ayant pas mentionné ces sujets abordés en cours dans son carnet.
Au fur et à mesure, sa technique s'était affinée et il commençait à prendre plaisir à cette discipline, même s'il était loin de produire les chefs-d'oeuvre qu'il avait aperçus dans les carnets de son professeur. Cela l'avait rendu encore plus désireux de continuer et il prenait maintenant des notes plus judicieuses, des croquis plus détaillés et des explications succinctes mais efficaces. Il s'était rendu compte que sa façon d'apprendre avait été chamboulée et le retour à l'école de Beauxbatons, l'une des plus strictes du monde, avait été compliqué.
Reprendre les cours en classe, les rouleaux de parchemins et les montagnes de livres, avait été dur. Là où Draco semblait être dans son élément, ce n'était pas son cas et l'éloignement de son frère avait rendu tout cela bien pire en cette deuxième semaine de cours.
« Si je ne me trompe pas, » grogna Kyle, le sortant de ses pensées alors qu'il fixait la trace minuscules de patte de Lepocanem. « La meute devrait être au nord. Nous irons par là dans l'espoir que tu vois ces créatures au moins une fois dans ta vie, c'est un spectacle unique. »
« Hum, » répondit Sam en se relevant pour suivre son professeur.
Ils marchèrent en silence quelques minutes à travers les arbres denses de la forêt française qu'ils étaient en train d'explorer.
« Tu ne t'es pas réconcilié avec ton frère ? » demanda l'homme de sa voix la plus douce.
« Non… » murmura Samaël.
« Pourquoi ? »
« Je ne sais pas… Je me suis excusé mais… Même s'il ne me rejete pas, il met une distance entre nous. Comme s'il ne voulait plus m'approcher. »
Le Professeur Howell se tourna légèrement pour le regarder du coin de l'oeil, tout en continuant à s'enfoncer dans les profondeurs de la forêt.
« Tu penses que c'est de ta faute, » devina-t-il.
« Je ne sais pas… » souffla Samaël. « Je lui ai dit des choses blessantes et il n'a pas été doux avec moi. Pourtant c'est moi qui suis revenu m'excuser. »
« C'est peut-être le problème… »
« Comment ça ? Je n'aurais pas dû m'excuser ? »
« Si, bien sûr, » répondit Kyle. « Je pensais plutôt au fait qu'il n'ait pas été tendre. C'est peut-être ce qui l'empêche de t'approcher, la peur de te faire du mal ou de la peine. »
Samaël s'arrêta et réfléchit à ce que venait de dire son professeur. Ce n'était pas le genre de Draco, de s'en vouloir pour si peu. Néanmoins, il était un Serpentard, et Lucius avait prouvé à quel point un serpent préférait fuir les problèmes que de les affronter. Draco pensait-il qu'il lui ferait du mal s'il lui parlait à nouveau ?
« Ca ne lui ressemble pas… » répondit finalement Samaël.
« Les gens ont parfois des réactions étonnantes lorsqu'ils ne savent pas comment agir… » murmura Kyle.
Samaël allait répliquer lorsqu'il entendit un petit jappement lointain. Aussitôt, armé de sa plume et de son carnet, il s'approcha pour voir la créature la plus mignonne qu'il ne lui ait jamais été donné de voir. C'était vraiment un chien, long et élancé, mais minuscule ! Il avait de longs poils sur le poitrail, mais son dos était couvert de grosses écailles pointues d'un vert vif.
Il le regarda remuer la croupe devant un autre de son espèce, puis japper encore, dans une sorte de parade. Samaël avait rarement écrit aussi vite dans son calepin qu'en cet instant, déterminé à ne rien manquer de cette rencontre. Il vit Kyle lancer un sort pour enregistrer la sorte de musique que le mâle émettait en déployant ses écailles une à une, et commença à croquer la scène qu'il avait sous les yeux. Il était déçu de ne pouvoir retranscrire les couleurs étonnantes de la créature, mais était bien décidé à enfin apprendre à se servir de l'aquarelle que Draco lui avait offert pour Noël.
« …tion, » entendit-il soudainement.
Sortant dans la transe dans laquelle il s'était inconsciemment plongé, Samaël regarda Kyle qui plongeait devant lui. Il sentit une vive douleur dans la hanche et s'effondra lorsqu'il reçut le corps de son professeur sur son torse. Sortant de son état de choc, il leva la tête pour voir un gros serpent dont les deux crochets étaient fichés dans le dos de Kyle. Celui-ci grogna et se releva, arrachant l'animal qu'il serra de colère mais laissa finalement repartir.
« Maudite bestiole, » siffla-t-il.
« Ca va ? » balbutia Samaël en se relevant à son tour.
« Je t'ai prévenu qu'un piqueur arrivait près de nous, » grogna l'homme. « Tu n'as pas bougé. »
« Pardon… J'étais tellement concentré que je n'ai pas entendu, » répondit le jeune en désignant l'endroit maintenant vide où s'était tenue la meute de Lepocanems.
« J'ai vu ça. La prochaine fois, ne t'enferme pas complètement dans ton esprit s'il te plait. Tu aurais pu te défendre toi-même si tu m'avais entendu, mais j'ai dû m'en charger à la dernière minute. »
« C'est promis, » déclara Samaël. « Ca va aller ? » demanda-t-il ensuite.
« Oui, mais nous devons rentrer. Le poison n'est pas mortel, mais il va m'affaiblir. Je vais devoir me reposer. »
« Bien ! » acquiesça Samaël.
Il rangea son matériel le plus vite possible et attrapa le sac de son professeur qu'il avait laissé près du buisson duquel ils espionnaient les Lepocanems, puis retourna à son côté. Sans attendre, l'homme attrapa son bras et les fit transplaner directement dans sa chambre avec un grognement. Dès qu'ils eurent posé les pieds au sol, l'homme alla près de son lit et s'écroula dessus, l'air légèrement groggy.
« Je suppose que tu retrouveras ton chemin tout seul dans le manoir, » bafouilla-t-il.
« Vous être sûr que ça va ? » demanda Samaël. « J'appelle mon père ? »
« Ecoute gamin, ce n'est pas ma première, ni ma dernière morsure de serpent. Il en faut plus pour m'abattre. Va continuer de noter tes observations avant de les oublier et revient me voir demain matin avant de retourner dans ton école de malheur. »
« D'accord, » ricana Samaël.
Posant le sac de son professeur près du bureau, il sortit de la chambre pour déambuler dans les couloirs du manoir. Se faisant, il appela l'un des elfes pour veiller sur le Professeur Howell, pas très confiant après l'avoir vu si affaibli. Il sentit sa tête tourner légèrement, mais pensa que l'adrénaline et la peur retombaient enfin et lui provoquaient des étourdissements.
Il entra dans sa propre chambre et déballa ses affaires sur son bureau. Aussitôt, il s'installa et commença à se remémorer ce qu'il avait vu, quelques minutes plus tôt. Avec une précision incroyable, il se souvenait du bruit du vent dans les feuilles, presque caché par le bruit des écailles. Il se souvenait des couleurs épatantes de la femelle, des écailles vertes très claires, des poils beiges.
Sortant sa peinture et ses crayons, Samaël commença à gribouiller des croquis, sur plusieurs pages de son carnet, ajoutant des ombres, des couleurs, des traits. C'était souvent raté, jamais satisfaisant mais il entrait dans une sorte de frénésie alors que sa vision se troublait et que sa hanche lui faisait de plus en plus mal.
Inconscient des risques qu'il prenait, il continua de dessiner pendant de longues minutes, avant de finalement, sombrer dans l'inconscience.
Voilà ! Je suis rentrée hier soir, je suis claquée et j'ai plein de choses à faire, mais au moins je ne devrais plus avoir de retard sur cette histoire et je vais continuer à publier tous les lundis.
Pardon de ne pas avoir répondu aux reviews une fois encore. Comme je l'ai déjà dit, je ne pense plus le faire systématiquement, par manque de temps. J'aimerais répondre uniquement quand j'ai quelque chose à dire vraiment. J'adore toutes vos reviews, mais écrire trois phrases de réponse pour un simple "merci" (qui me fait néanmoins très plaisir !) est parfois compliqué. J'espère que vous ne m'en voudrez pas pour ça !
En attendant, j'espère que ce chapitre vous a plu, et à lundi prochain !
Epsi
