Titre : Papa

Rating : T

Pairing : Slash, Yaoi, Mentor fic

Disclaimer : Pour votre plus grande déception (j'en suis sûre), je ne suis pas JKR.

Statut : Terminée

Résumé : Quand, à la fin de sa cinquième année, Harry apprend qu'un grand secret le concerne, il voit sa vie changer radicalement. Loin de ceux qui l'ont élevé et de ses amis, l'adolescent doit se créer une nouvelle histoire, s'adapter à une nouvelle vie et pourquoi pas, se découvrir une nouvelle famille.

Bêta : AudeSnape & Pauu-Aya

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Chapitre 11

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« Là ! » hurla Sirius dans le silence de la petite pièce vide du Square Grimmaurd.

Son doigt pointant un texte écrit à la main sur un vieux grimoire poussiéreux de l'un de ses ancêtres, il se leva de son siège, les yeux écarquillés. Lisant et relisant ces quelques mots, Sirius tenta de chercher un problème, une faille, prouvant que ce n'était pas ce dont il rêvait depuis des mois.

Pourtant, sur les pages jaunies, se trouvait le rituel parfait.

« Lunard ! » hurla-t-il. « Lunard ?! »

Quelques secondes plus tard, Remus ouvrit la porte du salon, l'air inquiet. Ses cheveux étaient en bataille et il portait un tablier noir plaqué sur son torse, une cuillère en bois tenue fermement dans sa main.

« Quoi ? » demanda-t-il précipitamment.

« J'ai… » balbutia Sirius. « J'ai trouvé… »

Il n'avait pas lâché le grimoire des yeux, ne croyant toujours pas ce qu'il lisait.

« Trouvé quoi ? » questionna Remus, les sourcils froncés.

« Qu'est-ce qu'on cherche depuis des mois ? » répondit Sirius avec hargne. « Un moyen de ramener Harry ! »

« De le ramener ? » haleta Remus. « Non... Non ! Nous voulons simplement le retrouver pour savoir s'il va bien. S'il est heureux là où il se trouve, nous devrons l'accepter... »

« Peu importe, » répondit dédaigneusement Sirius. « L'aspect décisif de tout ça, c'est que j'ai trouvé un moyen de le localiser. »

« Comment ? » demanda Remus, soudainement plus attentif.

Il s'avança dans la pièce, posa sa cuillère en bois à côté de l'ouvrage et regarda le texte que Sirius pointait toujours du doigt. Parcourant le récit, il fronça les sourcils, relisant plusieurs fois pour s'imprégner des propos.

« Ca pourrait marcher... » murmura-t-il.

« Evidemment ! » s'extasia Sirius.

« C'est à la limite de la magie noire... »

« Qu'importe ? »

Remus regarda son ami et à nouveau le livre. Il pouvait comprendre l'enthousiasme de Sirius et ressentait au fond de lui la même envie : celle d'enfin revoir son pseudo-filleul.

« Tu as raison, » dit-il finalement. « Nous ferons tout ce que nous pouvons pour le retrouver. »

« Oui Remus ! J'aime t'entendre parler comme ça, » déclara Sirius avec un sourire sournois. « On va le trouver ! »

« Il nous faut un objet qui lui appartient, » reprit Remus.

« J'ai gardé toutes ses affaires qu'on a retrouvé chez les Dursley, » déclara Sirius en se dirigeant à grands pas vers la porte.

Une minute plus tard, il revint, tenant la baguette de son filleul. Déterminé, il la posa sur le livre et regarda son meilleur ami qui continuait de lire le texte, essayant d'en comprendre toutes les subtilités.

« J'ai pensé que ça marcherait mieux avec ce qui était le plus lié à lui, » dit-il, demandant inconsciemment l'approbation de Remus.

« Tu as bien fait, » répondit celui-ci sans lever les yeux du grimoire. « Je pense aussi que nous devons attendre la veille d'une pleine lune, » dit-il, les sourcils froncés.

« Quoi ? Pourquoi ? » cracha Sirius.

« Ce rituel est puissant, mais il ne le sera pas assez si Harry se cache dans un manoir ancien, avec beaucoup de protections. Avec une lune pleine, non seulement ma magie sera plus forte, mais le rituel en lui-même s'en retrouvera renforcé, comme tous les rituels de magie obscure. »

« Bien... » souffla Sirius.

Il avait espéré qu'il pourrait bientôt prendre son filleul dans ses bras.

« Ca ne nous empêche pas de préparer correctement le rituel, » dit doucement Remus. « Nous aurons besoin d'un récipient traditionnel, de ton sang et de quelques ingrédients de potions, que j'irai chercher demain. La pleine lune est dans quatre jours, soit samedi. Nous pourrons alors faire le rituel à midi. »

« Bien, » maugréa Sirius.

« Tu pourras patienter jusque là ? » demanda Remus avec sa voix de "Professeur Lupin".

« Je ne suis pas un enfant ! » geignit l'animagus.

Remus ricana et les deux hommes plaisantèrent quelques minutes comme les adolescents qu'ils avaient été.

Alors que le loup-garou s'apprêtait à sauter sur son compagnon pour une séance de chatouilles en règle, Sirius se figea, les narines dilatées. Il baissa les yeux sur la table, fixant l'objet posé à côté du grimoire.

« Remus... » souffla-t-il.

« Quoi ? »

« Tu faisais quoi quand je t'ai appelé ? »

« Eh bien, je cuisinais, » répondit Remus. « Pourquoi ? » demanda-t-il ensuite.

Avant même d'avoir obtenue une réponse, il releva la tête, sentant une odeur désagréable.

« Merde ! » hurla-t-il soudainement, sortant de la pièce pour dévaler les escaliers.

« Pense à couper le feu la prochaine fois que tu quittes ton poste ! » cria Sirius en riant à gorge déployée.

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Remus et Sirius était debout, face à face, dans la chambre de ce dernier. Ils avaient choisi la pièce en fonction de son orientation et de sa hauteur. Sur le sol, ils avaient dessiné un cercle avec du soufre et s'étaient placés au centre, attendant d'entendre les cloches de la vieille église du quartier.

Lorsque le tintement retentit au loin, annonçant l'heure idéale pour ce genre de rituel, Sirius leva le couteau en argent qu'il tenait dans sa main droite et le posa sur sa paume gauche. Lentement, il fit glisser la lame, faisant couler le sang sur le sol à leurs pieds, et sur la petite baguette de houx qui s'y trouvait.

Remus posa ses deux mains sur les épaules de son meilleur et d'une seule voix, ils commencèrent à réciter une longue incantation latine. Seconde après seconde, ils sentirent une sensation étrange naître dans leur ventre. C'était un peu la même chose qu'un voyage en Portoloin, mais moins brutal, plus doux, plus délicat. Ils n'avaient pas encore senti leurs pieds décoller du sol mais se sentaient déjà partir, comme si leur esprit voyageait seul à la découverte du monde pour trouver celui qu'ils cherchaient depuis si longtemps.

Quelques instants plus tard, ils trouvèrent.

Une illumination, une révélation, et ils avaient quitté la chambre miteuse du Square Grimmaurd pour parcourir les kilomètres qui les séparaient de leur filleul.

Si la sensation de recherche avait été douce, celle de l'atterrissage fut violente, et Remus était certain qu'ils auraient des dommages physiques à la chute qui les avait propulsés par terre, enfonçant leur corps dans la terre sous leurs pieds.

Lorsqu'ils se redressèrent, ils furent surpris de voir qu'ils étaient entourés d'un paysage bien différent de celui qu'ils connaissaient. Entourés de montagnes, ils sentaient un vent frais courir leur corps et une odeur de pin. C'était un décor magnifique et bucolique, mais Remus et Sirius n'y firent pas vraiment attention. Dès qu'ils eurent repris leurs esprits, ils fixèrent le garçon qui se trouvait en face d'eux.

Il avait les cheveux d'un blond éclatant sous le soleil haut, le teint pâle, des traits fins et gracieux, des pommettes hautes, un nez légèrement en trompette et des vêtements coûteux. Derrière lui, il y avait un autre garçon qu'ils reconnurent tout de suite comme étant Draco Malfoy. Les deux se ressemblaient de façon troublante.

Alors que Sirius allait parler, un homme arriva derrière les garçons, depuis une grande maison en rondin de bois joliment décorée.

« Les barrières ont tremblés, qu'est-ce qu- »

L'homme s'interrompit lorsqu'il aperçut les deux intrus et se déplaça vivement devant les deux adolescents, faisant barrière de son corps.

« Malfoy ? » haleta Sirius.

Avant que qui que ce soit ne puisse répondre, Sirius reprit vivement la parole, s'approchant dangereusement de l'homme qui lui avait fait face au Ministère et qui avait risqué la vie de son filleul. Toutes pensées envolées, il laissa sa hargne prouver son ressenti.

« Qu'est-ce que tu fous ici putain de Mangemort ! Qu'est-ce que tu as fait de mon filleul. Parle ! Avant que je t'envoie à Snape en pièces détachées pour étoffer sa liste d'ingrédients ! »

Lucius ouvrit la bouche pour répondre, mais vit Lupin pâlir en regardant au dessus de son épaule. Il savait que Samaël était près de lui, et tendit son bras en arrière pour l'attirer contre son dos et le cacher partiellement.

« Sirius... » gémit Remus, comprenant en partie ce qui se passait. « Rappelles-toi ce qui nous a mis dans cette situation. Souviens-toi pourquoi nous sommes ici. »

« Justement, » cracha Sirius, sans détacher son attention de Lucius. « Nous sommes ici pour Harry ! Où est-il ? »

Il détourna néanmoins les yeux lorsqu'il sentit Remus tirer son bras. Il l'observa un moment puis suivit son regard jusqu'au garçon caché derrière Lucius. Soudain, la compréhension se fit dans l'esprit de Sirius. Il haleta et fit un pas en avant.

« Harry ? » appela-t-il avec hésitation.

« Il n'y a pas de Harry ici, Black, » répondit Lucius avec hargne. « Ton loup-garou et toi feriez mieux de rentrer en Angleterre. Laissez ma famille tranquille ! »

« Harry ? » appela à nouveau Sirius sans accorder d'importance à Lucius.

« Vous avez moins d'une minute pour quitter cet endroit avant que je ne vous y oblige. Et croyez-moi, nous sommes dans un pays qui autorise bien plus de sortilèges sombres que là d'où nous venons. »

« Lucius, » dit lentement Remus, retenant Sirius par le bras. « Nous savons que c'est Harry derriere toi. C'est nous qui lui avons annoncé que James n'était pas son père biologique. C'est nous qui le cherchons depuis des mois. »

« Alors c'est vous qui l'avez laissé seul chez des Moldus qui le haïssaient, plutôt que l'aider dans cette épreuve, » cracha Lucius. « Sortez de ma propriété ! »

Remus allait répondre mais un sanglot déchira le silence.

Il regarda vers le garçon qui était caché par Lucius et, s'attendant à voir un signe de ses pleurs, fut surpris lorsqu'il le vit regarder à côté de lui d'un oeil curieux. Remus tourna la tête vers Sirius et fut d'autant plus surpris de voir des larmes dévaler ses joues.

L'animagus tomba à genoux et plongea son visage dans ses mains tachées de terre et de sang, des sanglots secouant ses épaules.

« J'ai cru... » dit-il doucement. « J'ai cru que je t'avais à nouveau perdu... » souffla-t-il.

« Sirius... » murmura le loup-garou, touché de voir son ami dans cet état de faiblesse.

Il avait vu Sirius lutter des mois pour retrouver son filleul, il l'avait vu étudier comme jamais, il l'avait vu arpenter le Square Grimmaurd en long et en large, à la recherche de solutions. Remus avait vu Sirius fou de rage, il l'avait vu anxieux, il l'avait vu plein de remords parfois, plein d'espoirs le jour suivant. Tout ce qu'il avait vu depuis plus d'un an de recherches, ne l'avait pas préparé à voir un Sirius aussi dévasté qu'à cet instant.

Sirius avait toujours été fort, confiant, libre, joyeux, enragé... Mais jamais dévasté.

« J'ai un jour fait une erreur, » murmura Sirius. « Celle de partir à la recherche de Peter au lieu de m'occuper de toi. J'étais jeune, fougueux et irresponsable. J'avais au moins cette excuse, mais je ne m'en suis pas trouvé pour t'avoir laissé avec les Dursley l'été dernier. Pourtant, Merlin sait à quel point j'excelle pour ça... S'il t'était arrivé quelque chose, encore, je n'y aurais pas survécu. »

Remus regarda le jeune homme qui se trouvait toujours derrière Lucius. Les larmes brouillaient ses jolis yeux verts. Il ne bougeait pas de sa place, se protégeant de lui, d'eux, derrière un Malfoy.

« Harry, » dit doucement Remus avant de voir Lucius froncer les sourcils. « Ou quelque soit ton prénom maintenant... Nous n'avons cessé de te chercher depuis le jour où nous nous sommes rendus compte que tu n'étais plus chez les Dursley. Nous n'aurions jamais dû te renvoyer là-bas et te laisser affronter tout cela seul. Nous savions que tu étais en vie mais ne comprenions pas pourquoi tu ne nous contactais pas. J'ai pensé que ça pouvait être par peur de ce que nous ressentions pour ta nouvelle famille, mais jamais je n'ai envisagé que ce soit les Malfoy. »

Il vit le garçon froncer les sourcils, comme s'il essayait de décider si ce qu'il avait dit était insultant ou non. Il reprit vivement :

« Mais ce n'est pas un problème ! Depuis longtemps nous avons décidé que peu importait ton sang, ton affiliation, ta famille, tu serais toujours notre filleul et la personne qui nous est la plus chère. »

Il était hésitant.

Remus voyait le conflit dans les yeux de cet inconnu qu'il connaissait pourtant si bien. Il était certain qu'Harry exprimait ses émotions de la même façon qu'il l'avait toujours fait, peu importe dans quel corps il était. C'était touchant. Remus voulait le serrer dans ses bras.

Pourtant, il ne bougea pas, posa simplement une main sur l'épaule de Sirius qui se redressait lentement. Lucius était toujours sur ses gardes, et sa baguette était apparue dans sa main sans même que Remus ne le voit esquisser un mouvement.

Ce fut pourtant la dernière personne de cette rencontre qui bougea. Celui dont ils avaient honteusement oublié la présence.

Draco vint près de son frère, murmura quelque chose à son oreille, avant de le prendre par le bras et de le pousser en avant.

« Draco ! » cracha Lucius, perdant la position de protection qu'il avait sur son fils.

« Quoi ? » dit simplement le garçon, mettant ses mains dans les poches. « C'est pas vers toi qu'il vient pleurer dès que ces deux-là lui manquent. Ce n'est pas à toi qu'il raconte toutes ses peurs au sujet de ses anciens amis ou de ses parrains. Il meurt d'envie de les serrer dans ses bras et au moins maintenant nous serons fixés. Nous verrons si nous pouvons leur faire confiance. »

« C'est aussi eux qui l'ont abandonné. »

« Et ils ont l'air de regretter, » répondit Draco, prenant étonnement la défense des deux anciens Gryffondor.

« Ce n'est pas que ça, » contra Sirius. « Nous faisons partie de sa vie, tu ne peux pas nous empêcher de le voir Malfoy. »

« Sirius calme-toi, » rétorqua Remus. « Comprends son inquiétude. »

Samaël était au milieu du petit groupe. A droite, son père et son frère, ceux qui avaient pris soin de lui depuis le début de sa nouvelle vie. A gauche, ses parrains, lien avec son ancienne vie, ceux qui, il en était sûr, l'aimaient de façon inconditionnelle.

« Je m'appelle Samaël, » dit-il finalement, mettant fin aux disputes qui éclataient de chaque côté. « C'est mon père qui m'a donné ce prénom lorsqu'il m'a trouvé errant dans les rues de Londres. »

Il s'arrêta un instant pour envoyer à son père un regard plein de reconnaissance et de douceur, avant de reprendre son discours :

« Nous voyageons partout dans le monde. J'ai une chambre à moi, des vêtements à moi et même un professeur particulier. Je vis des aventures incroyables grâce à mon père. J'ai aussi un frère, chose que je n'aurais jamais pu imaginer. C'est comme si j'étais né une deuxième fois... »

Samaël porta à nouveau son regard sur son père et son frère, puis regarda Sirius et Remus qui semblaient émus de l'entendre, ou peut-être de le voir.

« Ne me demandez pas de choisir entre mes deux vies, entre les deux mondes que je connais… » souffla-t-il finalement.

Après un long silence, Remus s'approcha lentement, regardant Lucius dans les yeux pour essayer de prouver qu'il ne voulait rien de mal à son fils.

« C'est un joli prénom, » dit-il avec un sourire. « Il te va très bien. »

Il se posta devant Samaël et lui tendit la main pour le saluer. Le jeune homme le regarda simplement avec incompréhension, passant de son bras tendu à son visage. Remus ne faiblit pas et parla à nouveau :

« Je m'appelle Remus Lupin, mais tu peux m'appeler Lunard. Je serais très heureux de faire partie de ta nouvelle vie, peu importe la façon dont tu souhaites m'y intégrer. »

Après un instant d'hésitation, Samaël attrapa la main de son ancien professeur et la secoua lentement. Il sursauta lorsqu'il sentit une main sur son épaule gauche.

« Moi c'est Sirius, » déclara doucement l'animagus, la gorge serrée. « J'aimerais, si tu l'acceptes, être ton parrain. »

Samaël le regarda, puis tourna la tête vers son père qui les jaugeait avec inquiétude et colère. Un infime mouvement de tête lui fit comprendre qu'il était d'accord, quoique réticent à accepter que son fils se rapproche des deux personnes qui avaient été sa famille dans son autre vie.

Samaël regarda à nouveau ses parrains et plongea sur Sirius, amenant Remus dans une étreinte serrée. Il laissa couler les larmes qu'il avait retenues trop longtemps, et sanglota sur les épaules serrées l'une contre l'autre de ses parrains, ses bras enlaçant chacun d'eux.

« Je suis tellement désolé... » souffla-t-il.

« Tu n'as rien à te reprocher Har... Samaël, » répondit doucement Remus. « Tout va bien maintenant. Nous sommes là et nous pourrons parler. L'essentiel est de t'avoir retrouver. »

A quelques pas de là, Lucius et Draco regardaient les touchantes retrouvailles avec une boule au ventre.

« Il pourrait nous l'enlever, tu sais ? » souffla Lucius.

« Je sais... » répondit Draco. « Mais j'ai confiance en mon frère... Et je ne veux plus le voir malheureux à cause de leur absence, » dit-il en désignant les deux hommes.

« Et s'ils arrivent à le convaincre que nous ne sommes pas assez bien pour lui ? »

« Alors il partira, » répondit Draco, sa gorge se serrant à cette réponse. « Nous serons à nouveau tous les deux. Ce n'est pas grave, pas vrai ? Nous l'avons déjà fait avant son arrivée. Et nous allions bien. »

« J'aimerais te croire Draco... » murmura Lucius. « J'aimerais te croire... »

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« C'est hors de question ! » cracha Lucius, faisant tomber la tasse qu'il tenait entre ses mains.

Celle-ci se brisa en morceau sur le plancher et le thé qu'elle contenait se mit à couler entre les planches de bois. Aussitôt, un elfe apparut et nettoya toutes traces de l'incident.

« Sa place est en Angleterre, avec nous, avec ses amis, » répondit Sirius sur le même ton.

« Vous n'emmènerez pas mon fils, » déclara Lucius d'une voix létale. « Légalement, il est sous mon autorité et je ne vous laisserais pas me l'enlever. »

Ils étaient tous les trois dans le salon de la maison et se disputaient à propos de la suite des évènements. Après plus d'une heure de retrouvailles gênantes et d'histoires merveilleuses au sujet de la nouvelle vie de Samaël, Lucius avait demandé à ses fils d'aller nourrir les sombrals, ne voulant plus rester dans l'incertitude quant à la raison de la venue de Sirius et Remus. D'emblée, les deux hommes avaient essayé de le convaincre de ramener Samaël en Angleterre.

« Modère tes propos Sirius, » calma Remus. « Nous ne voulons pas te l'enlever, Lucius, mais simplement faire savoir à ses amis qu'il va bien et l'emmener pour les revoir à nouveau. Ils sont inquiets, tout comme Molly, Arthur, et tous les autres. »

« Et nous sommes heureux d'être loin de tout cela, » rétorqua Lucius.

« Tu lui as demandé avant de parler pour lui ? » cracha Sirius.

« Et toi ? Tu lui a demandé s'il voulait revoir ses amis ? »

Les respirations étaient haletantes, les deux hommes prêts à se jeter l'un sur l'autre dans un combat féroce. Le cliqueti d'une porte se fit entendre.

« Il ne me l'a pas demandé, » résonna une voix dans la pièce.

Les trois hommes se tournèrent pour voir Samaël à l'entrée du salon, Draco derrière lui, un sourire suffisant sur le visage, les bras croisés.

« Quoi ? » haleta Sirius.

« Encore une fois, quelqu'un essaie de décider pour moi… » soupira Samaël. « Le fait que je sois heureux de vous revoir ne veut pas dire que je veux revoir les autres, ni même que je veux revoir l'Angleterre. Je suis bien ici. J'ai une nouvelle vie à laquelle je m'adapte petit à petit. Je n'étais jamais sortie d'Angleterre auparavant et je suis aujourd'hui en Russie ! J'ai été en France et intégré l'école de Beauxbâtons, j'ai visité des mines de diamants au Pérou, j'ai passé un mois au Japon. Mais vous savez ce qu'est le plus impressionnant dans tout ça ? » demanda-t-il doucement.

Personne ne répondit, le moment étant trop chargé en émotion pour que qui que ce soit ne le brise. Samaël reprit :

« C'est que j'ai un père, » dit-il doucement. « J'ai quelqu'un qui me conseil, qui me dispute, qui prend soin de moi et qui me guide. J'ai un frère. Un idiot qui passe son temps à me savonner les cheveux et me traiter de crétin. Mais aussi un idiot qui accepte que je dorme avec lui quand je me sens déprimé, qui menace de représailles les personnes qui disent du mal de moi. J'ai une famille qui est toujours là quand j'en ai besoin. Et vous savez quoi ? C'est une sensation merveilleuse. »

Draco ne put empêcher le ricanement qui sortit de ses lèvres à cet instant, malgré lui ému par le discours de son petit frère. Lucius sourit fièrement, heureux de connaître enfin les sentiments sincères de son fils et de savoir qu'ils comptaient plus que quiconque pour lui.

« Et nous ? » murmura Sirius.

« Vous avez été absents pendant plus de dix ans… » répondit Samaël sur le même ton. « Je ne peux pas m'empêcher de penser au moment où nous nous sommes retrouvés durant ma troisième année... Quelques brefs instants, j'y ai cru. Puis vous êtes repartis. Vous êtes revenus à nouveau, puis avez disparu. »

« Nous ne pouvions pas- » commença Remus.

« Je sais, » le coupa Samaël. « Je ne vous en veux pas pour ça. Je ne vous en veux pas du tout. Mais mon père m'a trouvé et depuis ce jour, il ne m'a jamais abandonné. Voulez-vous que je quitte cette vie stable pour retrouver la précédente, remplie d'incertitudes ? »

« Tes amis- » commença à nouveau Remus.

« Mes amis ont besoin d'Harry Potter, » le coupa à nouveau le jeune homme. « Pas de Samaël Malfoy. Qu'est-ce que diront Arthur et Molly lorsqu'ils sauront que je suis le fils de leur plus vieil ennemi ? Celui qui a joué avec la vie de leur fille ? Que dira Hermione quand elle saura que je suis dans la famille qui l'a traitée de Sang-de-bourbe à chaque occasion ? Que dira Ron quand il saura que j'ai un abonnement à l'année en loge pour les matches de Quidditch et des vêtements coûteux, quand il a toujours été jaloux de moi alors que je n'avais rien ? »

« Ils comprendront, » déclara Sirius. « Comme nous le comprenons. »

« Peut-être, mais il faudra un long moment pour eux et pour moi, pour l'accepter. Je n'ai pas honte d'être un Malfoy, mais je n'ai pas le courage, ni la force morale, pour gérer toutes ces émotions pour le moment. »

« Nous pouvons le comprendre… » répondit Remus, la tête basse.

« Mais… Et nous ? » demanda à nouveau Sirius.

« Je suis heureux de vous revoir et j'aimerais que ça ne soit pas quelque chose d'unique. J'aimerais créer un vrai lien avec vous. Un lien durable. Apprendre à vous connaître, loin de la guerre, des Mangemorts et d'Azkaban. »

Un long silence s'installa dans la pièce, brisé seulement par le feu crépitant dans la cheminée.

Remus pensait aux mots de Samaël, les comprenant mais ayant du mal à les accepter. De toute manière, il n'avait pas son mot à dire. Sirius était celui qui prendrait la décision finale et lui suiverait le mouvement. Après tout, le "vrai" parrain était Sirius. Mais il connaissait le caractère borné de son ami et savait que celui-ci aurait du mal à gérer toute cette situation.

« D'accord ! » déclara Sirius dans le silence de la pièce, surprenant tout le monde.

« D'accord ? » répéta Lucius, sceptique.

« On accepte tout ce que vient de dire Samaël. Je suis entièrement d'accord, il faut créer des liens entre nous. Mais à une seule condition. »

« Laquelle ? » demanda Lucius, ayant un très mauvais pressentiment.

« Combien de chambres il y a dans ta jolie maison Malfoy ? » demanda Sirius avec un sourire sournois.