Titre : Papa
Rating : T
Pairing : Slash, Yaoi, Mentor fic
Disclaimer : Pour votre plus grande déception (j'en suis sûre), je ne suis pas JKR.
Statut : Terminée
Résumé : Quand, à la fin de sa cinquième année, Harry apprend qu'un grand secret le concerne, il voit sa vie changer radicalement. Loin de ceux qui l'ont élevé et de ses amis, l'adolescent doit se créer une nouvelle histoire, s'adapter à une nouvelle vie et pourquoi pas, se découvrir une nouvelle famille.
Bêta : AudeSnape
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Chapitre 13
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5 ans plus tard
Severus Snape marchait tranquillement dans la Grande Rue Sorcière de Pori, à l'ouest de la Finlande. C'était l'endroit où se retrouvait la population magique la plus dense du pays et le meilleur lieu pour lui de trouver l'ingrédient précieux qu'il cherchait.
Il était en Finlande depuis près d'une semaine et trouvait la vie agréable. L'auberge dans laquelle il logeait était propre, chaleureuse, les propriétaires n'étaient pas intrusifs et Severus envisageait de rester quelques nuits supplémentaires s'il ne trouvait pas ce qu'il cherchait aujourd'hui.
L'air était frais mais doux, agréable sur sa peau, faisant flotter ses cheveux dans le vent. Il pensait à sa vie, l'année qu'il venait de passer, celle qui allait suivre.
C'était les vacances scolaires et il en profitait.
Après la défaite de Lord Voldemort, Severus n'avait pas su comment gérer son futur. Libéré du Maître qu'il avait détesté servir, il avait eu le choix pour continuer sa vie. Où aller ? Pour quoi faire ? Et… Avec qui ?
Personne. Il n'avait personne. Rien à faire. Nulle part.
Alors il était resté à Poudlard. Il avait continué son travail insipide, avec les mêmes enfants stupides, avec des professeurs incompétents. Il était toujours à son poste pour répéter les mêmes informations à des élèves qui ne comprenaient pas son art, qui avaient déjà des préjugés, sur son travail, sur lui, sur les potions.
Les vacances d'été étaient toujours un bol d'air frais. Sous prétexte de recherche d'ingrédients, il quittait l'Angleterre et partait au hasard, explorer de nouveaux pays, voir de nouveaux paysages et flâner au gré de ses envies. Russie, Australie, Chine, Allemagne, Espagne, Canada… Son salaire d'une année était dépensé au cours de ses voyages.
Il n'avait pas de famille, pas d'amis et se contentait de vivre, attendant la mort.
Non, ce n'était pas triste. Peut-être légèrement mélancolique, tout au plus. Il était seul depuis six ans et s'en contentait. Les seules personnes qu'il avait considérées comme ses amis étaient morts, comme Lily ou Regulus. Lucius était tout simplement parti avec Draco, sans même laisser un mot. Les deux premières années après leur départ, il avait fait des visites régulières au manoir, attendant leur retour, puis il avait compris... Il était seul.
Parfois, il voyait des hommes à la chevelure blanche et se demandait si Draco était l'un d'eux. A quoi ressemblait l'enfant qu'il avait connu ? Était-il devenu comme son père ? Froid et noble ? Avait-il un travail qui le rendait fier ? Une petite-amie ? Avait-il surmonté la mort de sa mère ?
Parfois, c'était Lucius qui semblait apparaître devant Severus. Au détour d'une ruelle, chez un apothicaire ou sous le porche d'un hôtel. Mais aucun ne lui ressemblait vraiment… Sauf peut-être l'homme qui sortait actuellement d'un restaurant chic.
Même cheveux, même vêtements coûteux, même visage hautain, quoique moins rongé par le stress, même la canne à tête de serpent était identique. Même-
« Attends-moi Lucius ! » entendit-il.
Severus tourna son regard précipitamment vers la voix et haleta sous le choc lorsqu'il vit un visage qu'il aurait préféré ne jamais revoir.
Sirius Black sortait du même restaurant et se pressait de rejoindre l'homme blond qui marchait tranquillement dans l'allée. Dirigé par le choc et une curiosité inévitable, Severus suivit les deux hommes qu'il avait pensé ne plus jamais revoir et surtout ne jamais voir côte à côte. Il se rapprocha suffisamment pour entendre des bribes de conversation, mais pas assez pour être repéré.
« … du travail… »
« … d'habitude ! Mais… si pressé… »
« … dragué la serveuse… »
« … que tu es jaloux… »
« … tes rêves les plus profonds… »
Severus, complètement abasourdi par ce qu'il voyait, ne prit pas la peine d'essayer de comprendre. Tout ce qu'il voulait, c'était avoir des explications.
Lorsque les deux hommes arrivèrent à l'endroit qu'utilisaient les sorciers pour transplaner, Severus vit Black se tourner vers Lucius avec un sourire sournois, avant de transplaner.
Celui-ci soupira et s'apprêtait à rentrer chez lui, lorsqu'il sentit une main ferme sur son bras.
Il se retourna, une insulte sur le bout de la langue, mais se figea lorsqu'il vit la personne qui se trouvait devant lui.
« Severus… » murmura-t-il.
L'homme semblait en colère et choqué, ce qui décida Lucius à agir vite. Ne voulant créer d'esclandre dans cet endroit où il s'était installé depuis peu, il posa sa main sur celle de Severus, toujours sur son bras et transplana, comme il l'avait initialement prévu.
Il n'avait pas pensé revoir son ami maintenant, même s'il avait de nombreuses fois réfléchi à son retour en Angleterre. Il pensait préparer ce qu'il allait dire, apporter de bonnes bouteilles d'alcool et le faire boire jusqu'à ce qu'il oublie que Lucius était parti sans lui dire au revoir. En réalité, plus le temps passait, plus il pensait qu'il n'aurait jamais le courage d'affronter son ami. Pourtant, il était là, devant lui.
Severus sentit le transplanage et s'accrocha au bras qui le tenait. Il n'aimait pas lorsqu'il ne savait pas où il allait atterrir, mais était bien décidé à ne pas laisser Lucius s'échapper encore une fois.
Ses pieds frappèrent lourdement le sol lorsqu'il atterrit et il fut momentanément déséquilibré. Ce temps fut pourtant bien assez long pour sentir une baguette appuyer fermement sur sa gorge.
« Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? » cracha Sirius qui tenait ladite baguette.
Severus ouvrit les yeux pour regarder dans ceux orageux de celui qui avait été son ennemi depuis si longtemps. Il allait répliquer, lancer un sarcasme ou une pique acérée, mais fut pris de vitesse par Lucius qui prit sa défense.
« Laisse-le tranquille Sirius. Je l'ai amené en connaissance de cause. »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? » siffla l'animagus.
« Il m'a abordé sur le lieu de transplanage et, notre conversation risquant d'être houleuse, j'ai souhaité l'amener dans un endroit plus privé. »
« Tu as emmené un intrus chez nous, » grogna Sirius.
« Assez ! Severus n'est pas un intrus mais mon meilleur ami. »
Un rire froid s'éleva dans la pièce avant que Sirius n'ait pu répondre. Severus, hors de lui, s'arracha de la prise ferme de l'animagus et scruta Lucius.
« Ton meilleur ami ? » cracha-t-il. « C'est une blague ? Je ne t'ai pas vu depuis six ans. Pas une lettre, pas une information et tu essais de faire croire que je suis ton ami ? J'avais perdu espoir. L'espoir d'avoir des explications, de pouvoir revoir Draco, de savoir où vous étiez… Et voilà que je te croise dans un pays étranger avec nul autre que Black ?! »
Il était en colère. Il était furieux. La magie explosait par tous les pores de sa peau et se répandait dans le bureau, étouffant l'air et laissant un poids sur la poitrine des trois hommes.
« Severus… » commença Lucius.
« Je vous ai cru morts… » souffla le Potionniste. « Je vous ai cru en colère contre moi pour ne pas avoir pu sauver Narcissa… J'ai cru n'avoir aucune importance à vos yeux… » dit-il si doucement que les mots étaient presque imperceptibles.
Alors que Sirius reculait dans le fond de la pièce, la colère de Severus se déchaîna à nouveau et sa magie fouetta autour d'eux, presque visible.
« Quel était le plan ? Quel était le but ? Vous moquez tous ensemble du minable Snape qui se retrouve à nouveau seul ? Car c'est son destin finalement : être seul et humilié ! »
« Nous n'avons pas fait ça. »
Étrangement, la réponse venait de derrière lui, et non de Lucius qui lui faisait toujours face.
« Je comprends ta colère, » dit celui-ci. « Assieds-toi. Je te dois quelques explications. »
Sentant un espoir qu'il ne voulait pas, naître en lui, Severus s'exécuta et s'installa sur la chaise qui faisait face au bureau où s'assit Lucius. Sirius resta debout contre le mur, presque dans l'ombre, baguette en main, scrutant consciencieusement la scène devant lui.
Lucius prit quelques instants pour réfléchir à ses paroles. Depuis des années, il fuyait la possibilité de revoir son ami, honteux de l'avoir abandonné si lâchement de prime abord. L'arrivée de Severus dans leur vie était inespérée, surprenante, mais aussi dangereuse...
Dangereuse, car Lucius pensait avant tout à son fils qui, dans ce même manoir, discutait négligemment avec son frère. Dangereuse car Samaël avait quasiment oublié son ancienne vie et en était heureux. Dangereuse, car Severus était toujours à Poudlard, toujours fidèle à Albus et pourrait facilement trahir Samaël et révéler qui il était.
Après tout, son animosité pour Harry Potter n'était pas une légende. Il avait profondément détesté Harry et pourrait vouloir lui faire de la peine malgré les années passées.
Non... Lucius devait protéger son fils, quoiqu'il en coûte.
« Il y a six ans, » murmura-t-il pour commencer son récit. « Alors que Draco et moi nous remettions de la guerre. J'ai reçu une lettre de Gringotts. »
Severus claqua la langue, peu impressionné par les méthodes de Lucius pour faire durer un suspense inexistant. Il voulait des réponses, et il les voulait immédiatement. Lucius comprit et reprit, la voix toujours aussi basse :
« Cette lettre me félicitait pour l'arrivée de mon nouvel héritier. »
Le Potionniste haleta et, de ce fait, n'entendit pas le petit bruit de gorge poussé par Sirius derrière lui.
« Narcissa ? » murmura-t-il.
« Narcissa est le premier nom qui m'est venu à l'esprit, » avoua Lucius. « Mais elle était toujours sur le lieu de son dernier repos... Je suis donc allé voir les Gobelins et j'étais véritablement furieux qu'ils aient fait revivre des souvenirs si douloureux en moi. Mais... »
« Les Gobelins ne se trompent jamais... » murmura Severus.
« En effet, » confirma Lucius. « Ils m'ont annoncé que j'avais un fils. Un fils de seize ans d'une femme que je ne connaissais ni de Morgane, ni de Merlin. »
« Comment est-ce possible ? » gronda Severus.
« C'est ce que je me suis demandé et en réfléchissant, j'ai trouvé la réponse... Te souviens-tu de Highs ? »
Severus se crispa sur son siège, se souvenant parfaitement du petit homme sans scrupule qu'était Highs. L'homme aimait les expériences et avait souvent demandé à Severus de l'aider avec des potions immondes. Celui-ci avait toujours refusé, clamant qu'il ne recevait d'ordre que du Seigneur des Ténèbres.
Il ne pouvait rien y avoir de bon lorsque ce savant fou était sur une affaire, et si Severus n'avait pu saboter ses plans, il avait tenté de lui mettre des bâtons dans les roues à plusieurs reprises.
« Comment oublier cet homme, » répondit Severus avec un frisson.
« Te souviens-tu aussi du jour où le Seigneur des Ténèbres nous a ordonné de donner des échantillons de notre corps à Highs ? »
Aussitôt que la question fut posée, Severus se releva de son siège, les poings serrés, les yeux plissés.
« Évidemment que je m'en souviens ! Et je me rappelle aussi qu'il a été arrêté peu de temps après et que toutes les saisies faites dans son laboratoire ont été détruites ! Dumbledore s'en est assuré ! »
« C'est ce que j'ai cru moi aussi à l'époque ! » répondit vivement Lucius. « Mais après l'annonce des Gobelins, j'ai fouillé dans les archives et figure-toi que quelques mois après l'incarcération de Highs, un jeune Auror a été arrêté pour recel. Il revendait les saisies du Ministère. »
« Quel rapport ? » demanda Severus qui avait peur de comprendre.
« A cette époque-là, le sort de stérilité de Bellatrix faisait des ravages, » expliqua Lucius en se levant de son siège pour regarder par la fenêtre. « Et Sainte-Mangouste était à court de semence pour assurer une descendance à tous les sorciers qui en faisaient la demande. Il n'est pas étonnant que celle-ci ait été vendu une petite fortune. »
Severus respirait vite, ne sachant pas quoi penser. Lui aussi avait été prélevé par cet homme et il n'était pas assez riche pour faire partie des privilégiés de Gringotts. Il était pourtant inconcevable qu'il soit père sans être au courant. Mais le doute le plongeait dans un état de terreur indescriptible.
« J'ai donc été vérifier ma théorie à Sainte-Mangouste et j'ai trouvé des documents correspondant. Ma semence avait effectivement été implantée dans une femme, » continua Lucius « J'ai cherché plus longtemps, mais tes échantillons ne faisaient pas partie de ceux qui avaient donné un résultat, » dit-il en voyant le tension chez son ami.
Celle-ci se dissipa immédiatement lorsque Severus eut la réponse à cette question qui aurait pu le hanter longtemps. Se focalisant à nouveau sur son ami, il essaya de reprendre le fil de l'histoire pour comprendre la raison du départ de Lucius. Maintenant qu'il avait une partie de la vérité, il lui en voulait moins, même s'il était toujours en colère.
« Et donc ? » demanda-t-il après une minute de silence pendant laquelle Lucius regardait toujours par la fenêtre.
Les deux hommes avaient totalement occulté la présence de Sirius au fond de la pièce alors que celui-ci écoutait toujours attentivement, jouant négligemment avec sa baguette.
« Donc j'ai un fils, » murmura Lucius, les yeux posés sur Samaël qui semblait en plein combat de chatouilles avec son frère.
Ils se comportaient l'un et l'autre comme des enfants.
« J'ai pu le retrouver, » continua Lucius. « Il était en France, pupille du gouvernement après la mort de ses parents qui avaient fui pendant la première guerre sorcière. Le Seigneur des Ténèbres avait réussi à les retrouver sur leur lieu d'exil et les tuer sans sommation, laissant un enfant innocent sans personne. »
Lucius essayait de ne pas trop mentir pour que Severus ne détecte rien. Lorsqu'il se retourna, il vit Sirius sourire d'un air rusé et encourageant. Cette réalisation lui donna le courage de continuer, regardant son ami dans les yeux :
« Il a passé les premières années de sa vie dans un orphelinat Moldu, avec des gens qui ne l'aimaient pas à cause de sa différence. Puis il est entré à Beauxbâtons où sa vie s'est légèrement améliorée. Néanmoins, tout au long de sa courte vie, il a vu des choses qu'il n'aurait pas dû voir, a subi énormément et s'est toujours relevé. Il est resté courageux, mais une fois dans mes bras, après avoir appris la vérité, il est redevenu un enfant qui avait besoin d'être consolé. »
Se tournant à nouveau vers la fenêtre, il regarda le chat noir de Draco sauter sur les épaules de Samaël qui gloussa et le caressa.
« Donc ton départ... » souffla Severus.
« Mon départ précipité était pour retrouver mon fils, » dit fermement Lucius. « Les années qui ont suivi, ont été pour le réparer. Nous avons voyagé, il a appris plein de choses, s'est découvert... »
« Je vois... » murmura Severus. « Et un courrier était trop compliqué à écrire ? »
Lucius se retourna à nouveau et alla s'asseoir derrière son bureau.
« Je dois avouer que j'avais d'autres choses à penser les premiers mois. Le bonheur de mon fils était ma priorité. Ensuite... Ensuite quand tout s'est calmé, j'ai eu honte, » souffla Lucius.
« Honte ? »
« Je ne savais pas comment te parler de tout ça, comment m'excuser de ne pas t'avoir prévenu. J'ai peut-être simplement pensé que si je ne le faisais pas, ma culpabilité s'amenuiserait. Ce n'est pas le cas. Aujourd'hui, plus que jamais, j'ai honte de ne pas avoir pris la peine de t'écrire. Mais je ne le regrette pas, car aujourd'hui mon fils va mieux et je ne peux pas le regretter. »
Un long silence s'en suivit durant lequel Lucius revint s'asseoir à son bureau. Il regarda son vieil ami réfléchir à ce qu'il lui avait révélé, puis son regard passa sur Sirius qui attendait toujours, adossé au mur. Le trouver ici, avec lui, aurait paru risible quelques années auparavant. Pourtant, Sirius et Remus s'étaient intégrés à leur petite famille étrange et, sans l'avoir jamais exprimé, il en était heureux.
« Très bien, » dit lentement Severus. « Je peux comprendre le besoin de t'éloigner de l'Angleterre et de t'occuper de ton fils. Je peux comprendre que cette période ait été difficile pour toi. Je peux comprendre aussi le fait que tu ne m'aies pas contacté, même si je t'en veux toujours pour ça. »
Il s'arrêta un instant et braqua son regard dans celui de Lucius. Lorsqu'il parla à nouveau, ce fut avec calme mais aussi une légère hargne.
« Mais toutes tes belles phrases, soigneusement préparées j'en suis sûr, n'expliquent pas ceci ! » dit-il en se tournant vivement pour désigner Sirius du doigt.
Celui-ci, qui souriait au regard de Lucius, se figea instantanément, faisant tomber sa baguette avec laquelle il jouait. Le maître des lieux se racla la gorge pour ramener l'attention de Severus sur lui, mais hésita ensuite lorsqu'il l'eut. Il devait être franc, mais évincer quelques détails était nécessaire.
« Sirius ét- » commença-t-il, s'interrompant lorsqu'il entendit un grognement sourd de son ami. « Oh cesse ces ressentis d'adolescent ! » grogna-t-il.
Severus claqua la langue, plissant les yeux vers Sirius qui ricana, avant de revenir sur Lucius. Celui-ci reprit :
« J'ai croisé Sirius et Remus en Russie, quand j'ai brièvement inscrit mon fils à Durmstrang. Ils étaient à la recherche de Potter et Sirius s'en est pris à moi, pensant que j'avais quelque chose à voir avec sa disparition. Mais Remus a réussi à le canaliser et nous avons pu discuter calmement. Après quelques heures d'échanges, je me suis rendu compte que les deux hommes étaient épuisés par leurs recherches. Leur logement en Russie était vétuste et même malfamé. Je leur ai proposé de rester chez moi. »
« Et ? » claqua Severus, impatient et agacé.
« Et ils sont restés plusieurs mois pour leur enquête. Aimant la vie dans ce pays qui ne recherchait pas le fugitif Sirius Black et acceptait parfaitement la condition de Lupin… Quand je suis parti pour un autre pays dont les entreprises nécessitaient ma présence, ils m'ont tout simplement suivi pour continuer de chercher Potter. Et de fil en aiguille… »
« De fil en aiguille quoi ? » claqua Severus, bougeant nerveusement sur sa chaise.
« Sirius Black est devenu mon compagnon, » asséna Lucius.
Un silence de plomb s'abattit sur la pièce. Severus était figé, son visage déformé par l'horreur de ce qu'il venait d'entendre. Ses poings étaient serrés contre les accoudoirs de sa chaise. Sirius n'en menait pas large, partagé entre la fierté et l'appréhension. Lucius, quant à lui, attendait l'orage qui allait inévitablement s'abattre sur lui suite à cette révélation. Lorsque rien ne vint, il expliqua :
« C'est… L'autre raison pour laquelle je ne t'ai pas contacté. Je savais que tu ne réagirais pas bien à cela. »
« Bien… » dit lentement Severus en se redressant.
Il passa la main sur ses vêtements pour y enlever des plis invisibles et regarda finalement Lucius dans les yeux. Avec une voix calme et morne, il déclara :
« Je vois que tu as choisi ton camp. »
« Quoi ? Mais- » commença Lucius.
« Ca suffit ! » le coupa Severus. « Tu m'exclus totalement de ta vie et si la raison initiale est compréhensible, je constate que ce fait n'a pas la moindre importance pour toi. »
« C'est faux… » souffla Lucius.
« Comment voudrais-tu que je te crois ?! » s'exclama le Potionniste. « Aucune nouvelle de toi depuis six ans ! Je ne sais pas ce qu'est devenu mon filleul ! Mon filleul Lucius ! Je n'ai pas rencontré ton nouveau fils et je constate en plus que tu sors avec Black ! Tu n'es qu'un lâche ! »
« Ferme-la Servillus ! » grogna Sirius. « Tu n'as pas à lui parler comme ça ! »
« Je lui parlerais comme bon me semble, le cabot ! Ce n'est pas parce que tu peux le sauter de temps en temps que tu peux dicter ma façon de lui parler ! »
« Très intelligent Snape ! C'est ce que tu as appris en léchant les bottes de Tu-Sais-Qui ? »
« Tu n'es qu'un minable, » grogna Severus. « Même pas capable de retrouver ton propre filleul. »
« Qu'est-ce que tu en sais Servillus ? Figures-toi qu- »
« Ca suffit ! » hurla soudainement Lucius, claquant les mains sur le bureau. « Je comprends que tu sois déçu Severus, mais ça ne te donne pas le droit de m'insulter dans ma propre maison ! »
Il tourna vivement la tête vers Sirius lorsqu'il perçut un petit rire et le fusilla du regard avant de l'invectiver :
« Et toi grandis un peu ! Nous ne sommes plus à l'école et Severus vient de recevoir un choc. Un peu de compassion te tuerait ? »
Severus se dirigea vers la fenêtre, cherchant à retrouver son calme. Il ne voulait pas se battre contre Black, mais la présence de celui-ci l'agaçait au plus haut point. L'homme l'avait toujours exaspéré, mais dans cette situation particulière, c'était pire que tout. Savoir qu'il avait été là tout ce temps, avec Lucius, avec Draco, qu'il connaissait tout ce que lui aurait dû connaître, lui mettait les nerfs à vif.
Au sujet de Draco, Severus pouvait le voir à travers la fenêtre, dans le jardin. Il avait grandi, était devenu un homme. Il avait certainement un travail maintenant et peut-être même était-il marié… Avait-il des enfants ? Peut-être était-il trop jeune… En tout cas, il était là, envoyant un Souafle à un autre jeune homme.
Le souffle de Severus se coupa brusquement dans sa poitrine.
Le fils de Lucius…
C'était indubitablement le second fils de Lucius qui se trouvait dans le jardin, jouant avec son frère. Les deux se ressemblaient beaucoup, mais Severus ne voyait que leur différence. Draco était plus fin, plus grand, plus droit, et s'il l'avait toujours considéré comme un bel homme en devenir, Severus ne l'avait jamais envisagé… comme ça ! Non bien sûr, Draco était son filleul, et il était bien trop jeune à l'époque par Merlin !
Alors comment Severus pouvait s'expliquer les papillons voletant dans son ventre à la vue de cet inconnu dans le jardin ? Comment pouvait-il s'expliquer son rythme cardiaque accélérant en le voyant sourire ? Comment pouvait-il s'expliquer l'envie soudaine d'aller le voir ? Simplement pour lui parler.
Lucius se crispa lorsqu'il vit Severus rejoindre la fenêtre. Il n'était pas prêt, rien de cette rencontre n'avait été orchestrée et il ne voulait pas que Severus s'approche de Samaël. Pour le bien de celui-ci, il devait le garder à l'écart.
« Il a grandi… » murmura le Potionniste.
« Oui. Il fait des études de droit. Le cursus moldu et sorcier par correspondance et il s'en sort très bien. Il vit toujours avec nous. Tout comme son frère d'ailleurs, qui travaille dans la recherche. »
« Laisse-moi voir mon filleul, » déclara Severus, reprenant enfin pied. « J'aimerais lui dire bonjour et qu'il puisse me raconter lui-même ce qui lui ait arrivé ces six dernières années. »
Un silence plana entre les deux hommes qui se regardaient intensément. Sirius les observait de loin, prêt à s'opposer à la décision de Lucius si besoin.
« Je regrette… » murmura finalement celui-ci. « Je ne peux pas te laisser les approcher. »
« Pourquoi ? » répondit Severus, la gorge serrée.
« Je dois leur expliquer la situation d'abord. Je dois être sûr que rien ne viendra perturber mon fils. Il n'en a pas l'air comme ça, mais il est fragile et je ne veux pas gâcher le travail que nous avons fait toutes ses années. »
« Pourtant il n'y a pas eu de soucis avec lui, » cracha Severus en désignant l'animagus, toujours en retrait.
« Détrompe-toi, » grogna celui-ci. « Remus et moi avons mis du temps avant de pouvoir l'approcher. La peur suintait par tous les pores de sa peau. »
C'était vrai. Samaël avait mis du temps à accepter complètement ses parrains. Il avait eu peur qu'ils l'enlèvent et l'envoient de force en Angleterre, qu'ils le privent de son père et de son frère alors qu'il venait juste de s'habituer à eux.
« Je vois… » murmura Severus, se tournant à nouveau vers la fenêtre.
Après quelques secondes à observer à nouveau les deux jeunes hommes qui discutaient joyeusement, tout en s'envoyant le Souafle, Severus se détourna et se dirigea vers la cheminée.
« Vu que ma présence n'est pas souhaitée, je vais vous laisser. »
« Ne dit pas de bêtise Severus, » grogna Lucius. « Reviens ici demain, à dix-neuf heures. Passe par la cheminée, directement à mon bureau. Si je ne peux pas te promettre de revoir Draco, nous pourrons au moins discuter des six dernières années en sirotant un cognac. »
Le Potionniste ne répondit pas tout de suite, se contentant de fixer les flammes. Il avait très envie de retrouver son meilleur ami. Durant ces dernières années, il n'avait eu personne à qui parler ou pour lui changer les idées. Sans compter que Lucius avait toujours des alcools incroyables dans sa réserve. Lentement, il prit une poignée de poudre de Cheminette et la lança dans le feu.
« J'ai un Macallan de 1926, » déclara Lucius dans un dernier espoir.
« Je viendrai, » répondit Severus avant de disparaître dans les flammes.
Un grand pardon pour ne pas avoir répondu aux reviews, ni publié lundi. Je suis un peu dépassé par cette rentrée !
Je vous rappelle que mon concours sur le thème du "secret" est toujours ouvert ! Envoyez-moi un MP ou venez directement sur le forum "concours d'Epsi" pour participer.
