Titre : Papa
Rating : T
Pairing : Slash, Yaoi, Mentor fic
Disclaimer : Pour votre plus grande déception (j'en suis sûre), je ne suis pas JKR.
Statut : Terminée
Résumé : Quand, à la fin de sa cinquième année, Harry apprend qu'un grand secret le concerne, il voit sa vie changer radicalement. Loin de ceux qui l'ont élevé et de ses amis, l'adolescent doit se créer une nouvelle histoire, s'adapter à une nouvelle vie et pourquoi pas, se découvrir une nouvelle famille.
Bêta : AudeSnape
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Chapitre 14
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Severus jeta un oeil au miroir installé derrière la porte d'entrée et ajusta son col. Lorsqu'il fut satisfait, il se détourna pour attraper la bouteille de vin d'elfe qu'il avait préparé et la glissa dans sa poche ensorcelée pour être extensible et pour amortir les chocs. Il n'était pas question que les élèves le voient traverser Poudlard avec une bouteille d'alcool en main.
Severus ouvrit la porte et se glissa dans le couloir. Marmonnant le mot de passe pour verrouiller ses appartements, il se mit à marcher à pas rapides pour rejoindre l'entrée de l'école. Sur le chemin, il croisa bon nombre d'élèves. Certains le saluèrent timidement, d'autres s'écartèrent... Il était heureux de voir qu'il faisait toujours son effet à Poudlard, qu'il soit négatif ou non.
« Watson, Felton ! » aboya-t-il au détour d'un couloir. « Si vous cessiez quelques minutes d'essayer d'aspirer vos amygdales mutuelles, peut-être pourriez-vous avoir assez de temps pour ouvrir un manuel. Vos derniers résultats étaient catastrophiques. »
Severus esquissa un sourire lorsqu'il vit les deux adolescents sursauter et s'éloigner l'un de l'autre avec précipitation.
Lorsqu'il arriva à la grande porte, Severus sortit et profita du parc de Poudlard, appréciant comme il se devait la douceur de l'air en ce début du mois de septembre. L'école avait repris depuis trois semaines et si ce rythme familier était le bienvenu pour lui, il était heureux de pouvoir sortir du château pour rendre visite à un ami.
Car c'était ce qu'il faisait en ce moment même. Toutes les semaines, il allait voir Lucius Malfoy grâce à un Portoloin international, que l'homme se débrouillait pour lui faire envoyer tous les vendredis, et tous deux anciens amis rattrapaient le temps perdu. Ils évitaient les sujets difficiles, comme la disparition de Lucius six ans plus tôt ou les années chez les Mangemorts, mais ne tombaient jamais à court de conversation.
Severus, à sa grande joie, n'avait plus revu Black et n'avait jamais croisé Lupin. Il les entendait parfois crier dans un couloir et se moquait allègrement de Lucius qui vivait avec deux Gryffondor. Il n'avait pas encore pu voir Draco, ni le deuxième fils de Lucius, Samaël, qui lui était petit à petit sorti de la tête après l'avoir aperçu le premier jour. Cette vision avait été enchanteresse sur le moment, mais il avait vite repris pied à la réalité.
Même si retrouvé Draco aurait été agréable, s'il revenait chaque semaine, c'était avant tout pour passer du temps avec celui qu'il avait considéré comme étant son ami le plus proche pendant de longues années.
A quelques occasions, Severus apportait une bouteille, comme c'était le cas aujourd'hui. Il voulait parfois se montrer courtois avec Lucius et arrêter de diminuer sa prestigieuse cave emplie de grands crus. Cependant, il ne voulait pas l'inviter chez lui, à Poudlard. Il avait légèrement honte d'avoir continué ce travail alors qu'il avait clamé qu'il arrêterait ce métier dès que possible. Il avait honte de ne toujours pas avoir de maison à lui et de n'avoir personne pour partager sa vie.
Arrivant devant les grilles, Severus se décala pour se poster devant la statue de sanglier ailé et sortit de sa poche une petite balle de golf usagée. Il leva son autre main pour attraper sa montre à gousset dans la poche de sa robe intérieure et fixa les aiguilles. Le moyen de transport magique se déclencherait une minute et vingt-six secondes plus tard.
Attendant patiemment, Severus se prépara au décollage imminent, non sans appréhender légèrement l'atterrissage. Il n'aimait pas particulièrement les Portoloins mais n'avait aucun autre moyen pour retrouver Lucius. Celui-ci pouvait lui en envoyer un chaque semaine, le conduisant au centre du village le plus proche, et c'était déjà exceptionnel.
Lorsqu'il fut l'heure, Severus sentit la traction de son nombril et lutta pour rester debout, grimaçant légèrement d'inconfort. Quelques secondes après le décollage, il lâcha la balle de golf et il heurta brusquement le sol, heureusement sur ses deux pieds. Il mit un petit moment pour se remettre de son voyage et grogna d'inconfort.
Relevant lentement la tête, il regarda la petite rue sorcière qu'il avait maintenant l'habitude de voir. Il y avait beaucoup moins de monde que pendant les vacances et le vent y était plus frais et plus sec qu'en Angleterre. Pour une fois, au lieu de dériver vers un bar pour utiliser la cheminée et arriver directement dans le bureau de Lucius, Severus décida de marcher les deux kilomètres qui le séparaient du domaine de son ami.
Le vent était doux et les oiseaux chantaient, la promenade fut agréable et il se sentit revigoré.
Cependant, alors qu'il entrait dans le petit parc qui précédait la maison de Lucius, qu'il n'avait vu que de l'intérieur jusqu'à maintenant, Severus s'arrêta net. Devant lui, à quelques mètres, un jeune homme à la chevelure si blonde qu'elle semblait blanche et au visage si doux qu'il ressemblait à celui d'un ange. Samaël Malfoy, le dernier né de Lucius, se promenait tranquillement dans le jardin, droit devant lui.
Celui-ci ne l'avait pas encore vu, souriant à un chat noir qui semblait le suivre, courant sur sa gauche.
Severus était figé, ne sachant quoi faire. Lucius ne lui avait pas encore donné son feu vert pour rencontrer son enfant, ni même pour revoir Draco. Le plus jeune était apparemment assez craintif et Lucius avait peur que sa présence ne le perturbe.
Severus n'y avait pas pensé en venant à pieds. Un jour de semaine, il avait cru que le jeune homme serait au travail. Et s'il partait maintenant mais était repéré par Samaël, ne serait-ce pas plus inquiètant pour lui de voir un homme en noir s'enfuir de la propriété ?
Alors qu'il tentait de prendre un décision, le jeune homme tourna la tête et leurs yeux se croisèrent.
Aussitôt, Severus ressentit une intense chaleur naître au creux de son estomac. Des centaines de petites explosions montèrent dans son être, réchauffant son corps et son coeur endormis depuis si longtemps. Il entendit le vague son d'un cri perçant et força son esprit à refaire surface, cherchant la source de ce bruit.
Après un moment d'absence, il s'aperçut que son regard était baissé sur ses mains, serrant sa robe sur son torse de façon presque désespérée. La sensation de chaleur se fit plus intense encore, si forte que c'en était presque étouffant.
Il se sentit revenir à lui à cause de ce son, toujours plus fort, ce cri perçant qui brûlait ses tympans.
Relevant enfin les yeux, Severus vit que c'était Samaël qui criait, qui hurlait même, comme si ses organes étaient en train de brûler. Il était cambré en arrière, totalement tendu et criait vers ciel. Sa chemise blanche était souillée de sang sur son dos, là où deux grandes tâches commençaient à s'étendre lentement. Il y eut un craquement sonore et, sortant de ses omoplates, deux appendices de magie pure se mirent à pousser.
Des ailes.
Samaël Malfoy était devant Severus, perclus de douleur, alors que des grandes ailes bleues, comme un patronus corporel se mettaient à pousser dans son dos.
Ce fut au moment où elles se rétractèrent, plongeant à nouveau dans le corps du jeune homme, que celui-ci sembla enfin apaisé et s'effondra telle une poupée de chiffon.
Toujours hébété par ce qu'il venait de voir, Severus s'avança, les yeux fixés sur le jeune homme, mais fut retenu par un corps lourd dans son dos et une baguette sous sa gorge. Relevant le regard, il vit Lucius courir vers le corps affaissé de son fils et plonger à genoux à ses côtés. Draco, quant à lui, était immobile, son expression partagée entre la stupéfaction et la peur.
« Sam ? » appela Lucius, sa voix sonnant presque comme désespéré. « Sam… »
Ses yeux se relevèrent vers Severus, plein de colère, de peur.
« Qu'est-ce que tu lui as fait ? » gronda-t-il d'un ton bas et grave.
« Moi ? » demanda Severus avec incompréhension. « Mais… Rien ! Je n'ai… Je n'ai rien fait… Il se baladait tranquillement puis s'est mis à hurler et son dos était plein de sang. »
Severus commença à se débattre contre l'homme qui le maintenait. Il savait, pour l'avoir déjà aperçu dans les jardins par la fenêtre, qu'il s'agissait du Professeur Howell, l'ancien tuteur de Samaël. Il était resté proche de la famille et profitait souvent de la dépendance du domaine s'il était dans le pays. L'homme avait plus de force que lui, c'était indéniable, mais Severus se savait plus agile, il lui serait facile de se libérer à l'aide d'un sort sans baguette. Malheureusement, il était déjà en bien mauvaise posture et ne voulait pas se mettre les Malfoy à dos.
En parlant de dos, Lucius était en train d'examiner celui de son fils et son visage se fit grave. Il fit apparaître un brancard et posa Samaël dessus, avant de faire signe à Draco de s'occuper de son frère. Celui-ci jeta un œil à son parrain avant d'acquiescer et de faire léviter son frère pour le conduire à l'intérieur de la demeure.
« Sors d'ici, » claqua Lucius d'une voix froide.
Severus le fixa un instant et se dégagea finalement brusquement de l'étreinte lâche de Howell.
« C'est hors de question, » cracha-t-il. « Je n'ai rien fait à ton fils. Il était face à moi et tout à coup, il s'est mis à hurler. Et des ailes- »
« Ca suffit, » le coupa Lucius, jetant un coup d'œil par dessus son épaule. « Je sais parfaitement ce qui vient de se passer et je veux que tu t'en ailles. »
« C'est hors de question, » répéta Severus. « Je veux savoir ce qui se passe ! Pourquoi ton fils souffre et qu'est-ce que tu me caches depuis si longtemps ? Ne penses-tu pas que tu as eu assez de secrets pour moi Lucius ? »
Severus regardait son ami avec un mélange de peine et d'envie au fond de ses yeux noirs. Lucius le vit et sentit son cœur se serrer. Jamais il n'avait été si dur avec Severus, mais celui-ci s'accrochait toujours à l'espoir que tout redevienne comme avant entre eux.
Pourtant, à la lumière des événements récents, Lucius avait le sentiment que ce serait impossible. Severus ne pouvait pas rester dans leur vie. Mais par égard pour lui, pour leur amitié, pour l'homme qui avait été son meilleur ami, il accepta de lui fournir quelques explications. Avec un signe de tête, il lui intima de le suivre.
Les deux hommes se mirent en route et firent le chemin en silence jusqu'au bureau de Lucius. Une fois arrivé, celui-ci fit un geste pour que Severus s'installe sur le canapé et sortit sa bouteille la plus coûteuse. Il la posa sur la table basse avec deux verres qu'il remplit généreusement et s'installa en face.
« Ton… compagnon n'est pas là ? » demanda Severus avec dédain.
« S'il l'était, tu serais probablement déjà mort avec ce que tu viens de faire à Samaël, » grogna Lucius.
« Je n'ai rien fait à Samaël ! »
Lucius claqua sa langue contre son palet et regarda le feu qui ronronnait joyeusement. Il avait peur pour son fils, pour sa famille et s'il avait déjà décidé quoi faire, il avait peur d'aggraver la situation.
« Comme tu le sais certainement, » dit-il avec calme. « Les Malfoy ont du sang veela dans les veines. »
Severus acquiesça sèchement et prit une gorgée d'alcool, savourant la brûlure qu'elle provoqua en coulant dans sa trachée.
« Cela remonte à longtemps et les gènes veela sont très dilués, ne nous donnant que la beauté et quelques aptitudes minimes. »
Severus leva les yeux au ciel devant l'arrogance de Lucius. Le sang veela laissait aussi une grosse tête et une ventardise à toute épreuve d'après lui. Il fit néanmoins signe à son ami de continuer.
« Malgré tout, je ne sais par quel miracle, mon fils semble en avoir hérité d'une plus grosse quantité que moi ou Draco. Peut-être est-ce dû à des gènes cachés chez sa mère… Peu importe. Lorsque vos regards se sont croisés tout à l'heure, sa magie s'est réveillée et t'a choisi comme compagnon. »
Un silence lourd s'abattit sur la pièce. Les deux hommes se fixaient, impassibles.
« Pardon ? » murmura Severus après quelques secondes.
Il n'était pas bien sûr d'avoir compris. Il était le… Quoi ?
« Tu as bien entendu Severus : tu es le compagnon magique de Samaël. »
« C'est ridicule, » déclara avec fougue le Potionniste alors qu'il se relevait violemment.
« Pourtant c'est le cas, » reprit Lucius. « La magie t'a choisi comme étant la personne idéale pour lui. »
« Tu ne peux pas vouloir ça ! »
« C'est évident que je ne le veux pas ! » claqua Lucius. « Mon fils a bien assez souffert pour que qui que ce soit, même la magie, lui dicte sa vie. Il est hors de question de lui imposer une telle chose ! »
Severus se tourna vivement vers Lucius, le regardant alors que celui-ci fixait le feu.
Il n'était pas sûr de comprendre. Il ne connaissait pas grand chose des veelas, de leurs traditions, de leur culture et de leur magie. Il savait simplement que lorsque la magie dictait un compagnon, des ailes, qu'il avait crues réelles avant ce jour, poussaient dans leur dos et que la magie les forçait à s'unir. Le Potionniste avait déjà lu des récits sur des veelas rejetés par leur compagnon. Ils ne vivaient jamais très longtemps et certainement pas heureux. Poussé par le désespoir de ne pouvoir être avec leur âme-soeur, ils se donnaient la mort.
Lucius avait forcément une idée en tête pour refuser aussi catégoriquement.
Severus ne savait pas comment se sentir à ce sujet. La découverte de ce veela qui avait fait naître une chaleur en lui qu'il ne pouvait décrire, pour qui il était apparemment l'être idéal, était quelque chose auquel il ne se serait jamais attendu.
Il était bien sûr révolté d'avoir été choisi par la magie pour quoi que ce soit. Il ne méritait pas un tel cadeau. Et il ne méritait certainement pas d'entrer dans la vie de ce jeune homme magnifique qu'il avait vu. Jeune, était là l'un des mots-clés. Car s'il pouvait parfaitement envisager sa vie avec lui, il ne pouvait s'y résoudre. Non... Rien de bon ne serait à tirer de cette situation.
Pourtant... Il ne pouvait totalement repousser la légère, très légère, lueur d'envie qui était apparue au fond de son être. L'idée qu'il puisse être la moitié d'une autre personne avait quelque chose d'excitant. Le fait de ne plus jamais être seul, de pouvoir compter sur quelqu'un et surtout pouvoir compter pour quelqu'un. Il l'avait souvent rêvé, souvent envié chez les autres. Severus avait eu quelques histoires, quelques conquêtes, mais n'avait jamais pu se résigner à faire confiance, à baisser sa garde. Il avait la nette impression qu'avec Samaël, avec le lien qu'ils partageraient, il pourrait le faire.
« Heureusement, » dit Lucius, le coupant dans ses réflexions. « Sam n'est pas assez veela pour l'être totalement. Ses ailes étaient faites de magie et sont rentrées à présent. Cela prouve qu'il n'est pas totalement créature et qu'il n'est pas contraint aux mêmes lois. »
« C'est à dire ? » demanda Severus d'une voix rauque.
« La magie lui a désigné un compagnon idéal, rien de plus. Il ne va pas mourir d'amour pour toi, ni se tuer si tu le rejettes. Il ne te cherchera pas et ne combattra pas chaque adversaire qu'il pourrait avoir pour conquérir ton cœur. Son côté veela a trouvé la personne qui lui correspondait le plus et rien d'autre n'a besoin d'être fait. »
« Tu veux dire que... » murmura le Potionniste.
« Ca veut dire que je veux que tu t'en ailles Severus. »
Le couperet tomba d'un coup. Solide. Tranchant.
Si Severus n'avait pas su quoi ressentir quelques secondes plus tôt, il savait maintenant comment définir le gouffre qui plongeait son cœur dans le froid. Pendant l'espace d'un instant, il avait eu l'espoir. Il avait cru que peut-être...
« Quoi ? » murmura-t-il.
« Écoute Severus... » souffla Lucius d'une voix rauque.
Il se sentait mal. Il n'avait pas envie de faire une telle chose, mais voulait protéger son fils. Il ne trouvait pas d'autre solution et il avait peur de perdre son meilleur ami. Encore.
Il continua :
« Je t'ai expliqué que la vie de mon fils avait été compliquée. Il a maintenant le choix de faire ce qu'il veut et je ne vais pas le forcer dans une relation qu'il ne voudra probablement pas. Je suis persuadé que s'il sait que la magie t'a choisi, il se sentira forcé. Et je le refuse. »
« Quel rapport avec mon départ ? »
« Je pense qu'il serait mieux de prendre nos distances. Je ne veux pas que Samaël affronte quelque chose comme ça. Pas maintenant. »
« Et moi Lucius ? » siffla Severus en se tournant vers son ami, après avoir regardé le jardin pour essayer de se calmer.
« Nous pouvons toujours nous voir ! Mais pas ici. Je ne veux pas que tu croises à nouveau Samaël. »
Severus regarda son ami, essayant de calmer sa colère. Les derniers mots de Lucius n'aidaient pas et il n'avait qu'une envie : ravager le bureau, courir dans cette magnifique propriété et casser tout ce qui pourrait lui passer sous la main.
« Alors c'est ça... Je serais ton sale petit secret, » siffla-t-il. « Quand tu auras un peu de temps entre ta grande fortune, tes deux merveilleux fils et ton putain d'amant, tu passeras voir le pauvre petit professeur qui n'a que ses yeux pour pleurer ? »
« Severus... » souffla Lucius, le cœur douloureux à cause des mots tranchants de son ami.
« Je t'ai cherché, je t'ai attendu, et tout ça pour quoi ? Pour que tu sois froid, distant, que tu me caches des choses et que tu me vires des chez toi après quelques rendez-vous ? Et je suis quoi, moi ? Une pute bon marché ? » s'énerva Severus.
« Je n'ai jamais rien fait de tel ! » cria Lucius en se levant à son tour. « Oui j'ai des secrets, mais tu es bien placé pour savoir que les choses ne sont pas toujours ce que l'on voudrait et que la vie n'est pas toujours facile. N'est-ce pas monsieur l'espion ?! »
« La guerre passée n'a rien à voir dans ce qui se passe aujourd'hui, » s'écria Severus. « J'ai tout donné pour sauver ta peau de cet enfer ! Encore plus celle de Drago ! Et c'est comme ça que tu me remercies ? »
Lucius soupira longuement et se leva, son verre en main. Il s'approcha de son bureau et resta posté devant un moment, les yeux fixés sur le parquet.
« Je ne fais pas cela pour te faire du mal... » murmura-t-il. « Tout ce que j'ai fait jusqu'à maintenant n'a jamais été pour te faire souffrir. Je m'excuse si ça a été le cas. »
Severus écarquilla les yeux, conscient que Lucius ne s'excusait que rarement. Il était tout aussi rare qu'il se montre aussi vulnérable. Il semblait triste et seul, plongé dans ses pensées. Lucius continua :
« Ce que je fais, c'est avant tout pour ma famille. Si ça doit mettre un terme à notre amitié, soit. Cela me ferait du mal, mais je l'accepterais. Je ne veux plus que tu vois Samaël et c'est définitif. Je pourrai peut-être t'arranger des entrevues avec Draco si vous le souhaitez tous les deux. »
« Ton fils est majeur, » claqua Severus. « Je ne m'en suis pas approché jusqu'à maintenant pour respecter ton choix mais si tu m'exclues de ta vie comme tu le fais, je n'ai plus d'ordre à recevoir de toi. J'inviterai mon filleul à venir boire un thé si j'en ai envie. »
Lucius soupira et fit un signe de main prouvant qu'il s'en fichait. Pourtant, un œil bien exercé, comme celui de Severus, pouvait remarquer la contraction de ses lèvres.
« Je n'ai pas été tout à fait honnête avec toi, » murmura-t-il après quelques secondes.
Severus se tendit et il fixa Lucius avec dédain et colère. Il se détourna finalement pour concentrer son attention sur autre chose, n'importe quoi. Il avait besoin de réfléchir à tout et pourtant, il n'avait pas envie de partir. Le claquement de la porte sonnerait le terme d'une amitié de plus de vingt ans.
« Quoi ? » demanda-t-il.
« Eh bien… »
Il sentait l'hésitation de Lucius et n'osait imaginer à quoi elle était due. Un Malfoy hésitant était un Malfoy dangereux.
Severus réalisa qu'il était devant le buffet du bureau qui comportait plusieurs bibelots et livres anciens. Ce qui attira son attention furent les photos. Une en particulier. Samaël était sous une arche de petites fleurs roses, probablement au Japon. Il souriait d'une façon naturelle, si pleine de vie que Severus en était hypnotisé.
Il prit le cadre contenant la photo et regarda le jeune homme qui s'y trouvait. Pour une fois, il l'observa avec des yeux de compagnon potentiel, d'amant compatible, de futur accessible. Samaël était beau, c'était indéniable. Il avait la beauté des Malfoy, le charme de Lucius, mais il y avait aussi en lui quelque chose d'authentique, comme une fougue indomptable. Son visage était un mélange d'émerveillement et de joie pure.
Sans en avoir conscience, Severus passa son doigt sur la photo. Il ne savait pas ce qu'il ressentait pour ce jeune homme. Il ne le connaissait pas, ne l'aimait donc pas, le trouvait simplement attirant. Mais le simple fait de savoir qu'il lui correspondait…
« Tu m'écoutes au moins ? » claqua Lucius.
« J'aimerais le rencontrer, juste une fois, » déclara Severus en se retournant, tenant toujours la photo.
« C'est impossible » répondit immédiatement Lucius. « Même si je le voulais. Il part demain dans un centre de recherche en Antarctique pour étudier les sources de magie en milieu arides. Il sera absent six mois. »
Severus se tourna à nouveau vers le buffet et y posa la photographie.
« Avec sa fiancée, » compléta Lucius dans son dos.
« Oh… » murmura Severus.
Samaël avait déjà quelqu'un, c'était évident. Promis à un brillant avenir, il cherchait certainement déjà à fonder sa propre famille. Des enfants, une belle maison et une vie heureuse. Tout ce que lui ne pourrait jamais lui offrir.
Vieil homme stupide…
« Je te disais donc, » reprit Lucius ayant maintenant l'attention de son ami qui était retourné devant son bureau. « Que lors de mon passage à Sainte-Mangouste pour récupérer le dossier de l'insémination, j'ai trouvé autre chose. »
Il ouvrit le tiroir de son bureau et en sortit une pochette solide, de laquelle une simple feuille de parchemin dépassait. Il hésita quelques secondes et la tendit à son ami.
Severus fronça les sourcils et la prit. Il la posa sur le bureau et l'ouvrit pour prendre connaissance de son contenu. Son visage se tordit de surprise au fur et à mesure de sa progression dans le document. Si son nom n'était pas renseigné, il n'y avait néanmoins aucun doute.
Potionniste…
Sang mêlé…
Naissance en janvier 1960…
Yeux noirs…
Cheveux noirs…
Don numéro 9657…
Implantation…
Prise du la patiente 876…
Erin Rhys…
Severus redressa la tête et fixa Lucius dans les yeux. Celui-ci acquiesça, bien qu'aucune question n'ait été posée, et expliqua :
« J'ai découvert que ton propre don avait été utilisé et avait imprégné une jeune femme. Elle a mis au monde une fille… »
Le silence s'étendit entre les deux hommes. C'était inconfortable, chargé de magie. Elle crépitait dans l'air comme si elle était sur le point d'exploser.
« Tu ne m'as rien dit… » murmura Severus.
Sentant du reproche dans la voix de son ami, Lucius tenta de se justifier :
« J'avais peur que cette information te brise encore plus. J'avais besoin de savoir si tu étais heureux dans ta vie, ce que cette information t'apporterait, si tu ne ferais rien d'inconsidéré en apprenant ça… » plaida Lucius.
« Et bien évidemment, tu t'es renseigné pendant tes six ans d'absence, » claqua Severus.
Lucius qui allait répliquer referma la bouche et baissa les yeux.
« Non… Bien sûr que non… » continua Severus. « Ne me fait pas croire que c'était pour mon bien Lucius. Ce dossier, » dit-il en brandissant celui-ci. « Était simplement en ta possession dans le but de faire diversion si un jour je me rapprochais de ton petit secret. De ce que tu me caches depuis si longtemps. »
« Mets-toi à ma place Severus ! » s'énerva Lucius. « Tu m'as menti durant des années sur ton allégeance ! Je ne sais pas si je peux me fier à toi ! »
Les deux hommes se fixaient bouillonnant de colère, plein de mépris et de ressentiments. Alors que Lucius allait ajouter quelque chose, il vit les muscles de Severus se détendre et son visage se fermer. Il l'observa prendre le dossier et le refermer soigneusement avant de le glisser dans sa poche. Se faisant, il en tira la bouteille qu'il avait apportée et la posa sur le bureau. Il se tourna vers la porte et marcha calmement.
« Je te félicite, Lucius. Tu as ce que tu voulais, je ne t'embêterai plus. Considère cela comme un prix pour ta victoire. »
« Severus… » entendit-il avant de fermer la porte.
Comme il l'avait prédit, le son qui résonna dans le couloir sonna comme une sentence. Il prit une longue inspiration et reprit sa route, essayant de se souvenir du chemin emprunté auparavant. Malheureusement, les pensées se bousculaient dans sa tête et il n'avait qu'une hâte : sortir d'ici et lâcher enfin la bride à ses sentiments.
Alors qu'il descendait les escaliers, il vit Samaël en bas des marches, dos à lui. Il était vêtu de ce qui semblait être un pyjama et cherchait quelque chose ou quelqu'un. Severus fit une légère pause, se demandant quelle attitude adopter, puis décida de faire comme s'il ne s'était rien passé.
« Professeur Snape ! » haleta Samaël lorsqu'il le dépassa.
Severus soupira puis se retourna pour lui faire face. Il n'avait aucune envie de s'expliquer, d'expliquer au jeune homme la conversation qu'il avait eue avec son père, mais savait que c'était inévitable. Pourtant, avant qu'il ne puisse ouvrir la bouche, le jeune homme déclara :
« Je suis vraiment désolé pour tout à l'heure ! Je ne sais pas ce qui s'est passé. Je mange moins en ce moment à cause du stress de mon départ. Peut-être un simple évanouissement. »
« Vous… Vous ne savez pas ? » demanda Severus, écarquillant légèrement les yeux.
« Je me souviens simplement vous avoir vu et m'être effondré. Draco n'a rien voulu me dire… En tous cas, ne pensez pas que vous avez quoi que ce soit à vous reprocher ! J'espère que papa ne vous a pas crié dessus en pensant que vous m'aviez faire peur ou quelque chose d'aussi idiot. Il a parfois des réactions disproportionnées. »
« Non… » murmura Severus, souriant légèrement malgré lui. « Non il ne m'a pas crié dessus. »
Samaël eut l'air surpris l'espace d'une seconde, puis sourit à son tour. Il était comme sur la photo dans le bureau de Lucius.
« Bien. Je m'excuse de vous avoir fait une si mauvaise impression pour notre première rencontre. »
Severus baissa le regard. Le jeune homme n'imaginait pas à quel point son impression avait été bonne. Il s'éclaircit la gorge et changea de sujet :
« Que cherchez-vous ? »
« Quand je me suis réveillé, Draco a dit qu'il allait me chercher du chocolat, mais il n'est toujours pas revenu. J'espère qu'il n'est pas allé jusqu'en ville pour m'en chercher s'il n'en a pas trouvé dans la cuisine ! Il est aussi protecteur que papa parfois ! Par Merlin, je ne suis pas en sucre. »
Samaël souriait malgré son exaspération évidente et Severus comprenait les deux hommes Malfoy qui se mettaient en quatre pour lui faire plaisir. Il était certain qu'il aurait fait la même chose si cela avait été son rôle.
« Je crois savoir que vous partez demain pour un long voyage ? » demanda innocemment Severus.
« C'est le cas, » répondit Samaël avec un sourire radieux. « Ca va être une aventure merveilleuse ! Et nous serons les premiers sorciers à nous y intéresser donc nous ne pouvons que faire des découvertes. »
Le bruit de la porte de derrière retentit et ils entendirent Draco grommeler lorsqu'il buta contre quelque chose.
« Je vous souhaite alors un excellent voyage, » dit Severus se courbant légèrement comme salutation. « Profitez bien de cet instant avec votre fiancée. »
Sur ces derniers mots, il se détourna et passa la porte d'entrée. Il foula le sol du jardin à grandes enjambées et quelques secondes plus tard, transplana pour se rendre au centre du village, où il attendit que son portoloin le ramène enfin à Poudlard.
