Titre : Papa

Rating : T

Pairing : Slash, Yaoi, Mentor fic

Disclaimer : Pour votre plus grande déception (j'en suis sûre), je ne suis pas JKR.

Statut : Terminée

Résumé : Quand, à la fin de sa cinquième année, Harry apprend qu'un grand secret le concerne, il voit sa vie changer radicalement. Loin de ceux qui l'ont élevé et de ses amis, l'adolescent doit se créer une nouvelle histoire, s'adapter à une nouvelle vie et pourquoi pas, se découvrir une nouvelle famille.

Bêta : AudeSnape

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Chapitre 15

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Severus portait un long manteau noir en laine dont les trois boutons étaient fermés sur un pull de même couleur. Il avait une écharpe vert émeraude, en laine également, et ses mains étaient couvertes d'une paire de gants en cuir. Il n'en fallait pas moins pour braver le froid de cet hiver.

Noël était passé depuis quelques jours et il l'avait fêté à Poudlard, comme d'habitude. Même avec le château plein d'étudiants, les réunions des professeurs et le buffet opulent, il n'avait pas pu s'empêcher de se sentir seul. Comme chaque année.

Malgré ce que tout le monde pensait, Severus détestait le froid. Ses appartements dans les cachots étaient toujours à bonne température et lorsqu'il se déplaçait dans les couloirs, il lançait toujours un sort pour chauffer l'air autour de lui.

Etant actuellement dans le monde Moldu, il ne pouvait pas faire de même, de peur que les rares promeneurs voient un cercle de neige fondue autour d'un banc vide. Même s'il avait lancé un sort autour de lui pour ne pas être repéré par les Moldus, il préfèrerait être prudent.

Il était captivé par la vue du parc, si bien qu'il mit quelques secondes avant de prendre conscience que quelqu'un s'était assis à côté de lui. Il tourna la tête et eut le souffle coupé en voyant Samaël Malfoy sur le banc.

« Monsieur Malfoy, » salua-t-il en un murmure.

« Vous êtes le parrain de mon frère, » répondit Samaël. « Je pense qu'on peut se passer des formalités si vous l'accepter. »

Severus acquiesça, observant la silhouette du jeune homme qu'il avait rencontré six mois auparavant. Il n'avait pas changé, mais quelque chose perturbait le Potionniste. Ses traits semblaient légèrement tirés, il avait des cernes discrets sous les yeux qui semblaient plus éteints que la dernière fois qu'ils s'étaient vus.

« Alors Samaël, comment s'est passé votre expédition ? » demanda finalement Severus détournant enfin le regard.

« C'était incroyable, » répondit le jeune chercheur. « Nous étions douze et c'était l'aventure humaine la plus folle que je n'ai jamais vécue. Nous avons découvert des variations magiques qui pourraient expliquer tant de choses. C'est confidentiel pour le moment, mais j'ai hâte de pouvoir tout raconter. Kyle, mon ancien tuteur me harcèle depuis mon retour pour que je lui parle de mes recherches. »

« Je suis ravi que cette expérience ait été fructueuse, » souffla Severus.

Il y eut un silence durant lequel les deux hommes regardèrent quelques rares enfants jouer dans la neige, leur nez rouge à cause du froid.

« Puis-je vous demander ce que vous faites ici ? » demanda Samaël.

Severus ne répondit pas immédiatement, savourant ce court moment où il avait encore son secret, avant de le partager avec qui que ce soit. Il n'hésitait pas à en parler, n'ayant ni honte, ni regret, mais savait qu'une fois fait, il ne pourrait plus revenir en arrière.

« Voyez-vous la petite fille aux longs cheveux noirs ? Celle qui joue avec le petit garçon blond, » demanda-t-il.

Il vit Samaël acquiescer du coin de l'oeil et continua :

« Lorsque votre père a été chercher les informations sur votre conception, il a trouvé celles sur ma propre descendance. Cette petite fille porte mes gènes. Elle s'appelle Erin, » dit-il sans la quitter des yeux.

Cela avait été un choc lorsqu'il l'avait vue pour la première fois. Après de longs jours de réflexion, il avait fait des recherches et avait trouvé plusieurs Erin Rhys en Angleterre. Cependant, une seule correspondait en tous points aux informations du dossier. Il avait fini par trouver son adresse et avait attendu que la petite famille sorte de chez elle.

Le père avait les cheveux noirs, courts, et des petites lunettes. Il était grand et musclé, avec une fossette sur le menton. La mère était brune, petite et légèrement replète. Elle souriait beaucoup et avait le visage doux. Ils avaient un petit garçon blond prénommé Sacha, qui semblait avoir trois ans environ et une fille.

La fille.

Elle avait huit ans, pleine de joie et d'optimisme. Elle semblait toujours vouloir s'occuper de son petit frère et n'hésitait pas à se comporter en petite adulte pour ça, faisant parfois preuve d'autorité. Pourtant, elle était une enfant comme Severus n'avait jamais pu l'être.

Depuis qu'il l'avait trouvé, Severus venait parfois regarder la petite famille, s'assurant qu'Erin était bien traitée et qu'elle ne manquait de rien.

« Voilà encore quelque chose qu'il ne m'avait pas dit… » marmonna Samaël.

« Votre père ne dit pas grand chose à vrai dire… » répondit Severus en se tournant vers lui. « Maintenant… Puis-je savoir ce que vous faites ici ? »

« Je vous cherchais, » répondit négligemment Samaël.

« Et comment m'avez-vous trouvé ? »

Le chercheur haussa simplement les épaules sans répondre. Il regardait lui aussi le parc enneigé. La joie ne brillait plus dans son regard comme quelques mois auparavant.

Severus se demanda s'il s'agissait de sa fiancée. Peut-être que ce voyage avait été dur pour leur couple et qu'aujourd'hui il en payait les frais.

« Alors, pourquoi me chercher ? » demanda-t-il finalement.

Samaël haussa à nouveau les épaules, le regard perdu au loin. Il hésitait visiblement à dire ce qu'il en était. Severus ne pouvait pas l'aider. Il n'avait eu aucun contact avec Lucius depuis six mois, malgré les lettres que celui-ci lui avait envoyées et qu'il avait réexpédiées sans les ouvrir.

Ce fut après de longues minutes que Samaël prit la parole :

« Depuis notre rencontre cet été, je sentais quelque chose d'étrange à la maison. Mais je n'ai pas vraiment eu le temps de m'en occuper avec mon voyage. Quand je suis rentré, ça a continué. Mon frère me dit toujours tout d'habitude, mais il était distant, fuyant… Mon père a essayé de faire comme si de rien n'était… » murmura-t-il.

Il fixa Severus de ses grands yeux verts si intenses et continua :

« Pourtant, au réveillon de Noël, la tension était trop forte. Draco n'a pas supporté et m'a tout avoué. Mon étourdissement était dû à un choc de magie. Mon instinct veela vous a désigné comme étant mon compagnon… »

Severus regarda le jeune homme, les yeux écarquillés. Il ne s'attendait pas à ce que Samaël apprenne la vérité. Il avait été persuadé que Lucius l'emporterait dans sa tombe. Il n'avait pas pensé à la loyauté de Draco envers son frère.

« Comment… » commença-t-il.

Il ne savait pas comment formuler sa question. Il ne savait pas pourquoi Samaël était ici, ce qu'il attendait de lui.

« Ca s'est très mal fini, » dit sombrement Samaël. « Papa m'a avoué qu'il savait, que vous aussi, que vous en aviez parlé et qu'il vous avait chassé. Quand je lui ai demandé pourquoi vous m'aviez souhaité un bon voyage avec ma fiancé, il m'a expliqué que c'était ce qu'il vous avait fait croire. »

« Fait croire ? » haleta Severus.

« Je n'ai jamais été fiancé, » déclara Samaël. « Je suis parti avec ma meilleure amie qui est aussi ma collègue et un homme que j'ai fréquenté quelques temps. »

« Pourquoi- » commença Severus avant de se couper et de soupirer. « Pour m'éloigner de vous évidemment… »

« Exactement, » répondit Samaël.

« Vous disiez que ça s'était mal terminé… »

« Plutôt… Si on considère que j'ai jeté la dinde à travers la pièce, que j'ai fait mes valises et quitté la maison. »

« Pardon ? » haleta Severus.

« Il pensait que vous repousser me permettrait d'avoir le choix, alors qu'il l'a tout simplement pris pour moi… » murmura Samaël. « Mon père est le meilleur du monde… Mais il m'a déçu. Surtout lorsqu'il a obstinément voulu me cacher la vérité. Et j'ai eu besoin de prendre du temps pour moi. Non seulement pour en savoir plus sur mes propres sentiments, mes pensées et sur les veelas, mais aussi pour m'émanciper. »

Samaël regarda le ciel et pensa à ce Noël qui avait été le plus triste de toute sa vie. Une semaine après son retour d'Antarctique, il avait enfin crevé l'abcès et demandé à son père pourquoi ils étaient si étranges depuis quelques temps. Sirius et Remus étaient évidemment présents ce soir-là et avaient été déconcertés, prouvant qu'ils n'avaient rien à voir dans l'histoire.

Son père avait continué de nier, encore et toujours, jusqu'à s'énerver quand Samaël avait insisté. Et alors que le ton montait entre eux, Draco avait craqué. Sous l'œil courroucé de Lucius et les regards stupéfaits de son frère et des anciens Maraudeurs, il avait avoué que ses gènes veela prenaient plus de place que les leurs et que le jour où il avait croisé Severus, la magie l'avait désigné comme compagnon idéal.

Devant la vérité, Lucius n'avait pu qu'expliquer ce qui s'était passé. Il avait parlé du choc qu'il avait reçu en voyant Samaël saignant aux pieds de Severus. Il avait tout raconté cette forme d'héritage, le fait que l'âme-soeur désigné n'avait rien d'une obligation, qu'il n'allait pas mourir s'il ne se liait pas avec Severus.

Lucius avait parlé de sa peur de voir Samaël s'attacher à cette idée de romance parfaite avec Severus. S'y attacher pour, peut-être, être repoussé par la suite par un homme qui avait vu trop de tristesse, trop de peine pour lui donner le bonheur qu'il méritait. S'y attacher et se faire rejeter ensuite lorsque Severus découvrirait qui il avait été, car il le découvrirait un jour, c'était une évidence pour Lucius. Le Potionniste était trop malin, trop perspicace…

Lucius avait avoué ses peurs devant ses enfants, son compagnon et le meilleur ami de celui-ci. Il avait laissé tomber le masque et ce fait avait énervé Samaël plus encore. Son père qui avait toujours été franc, honnête et sans honte, qui l'avait habitué à faire ses propres choix, à avoir toujours quelqu'un sur qui compter, l'avait en quelque sorte trahi. Le fait qu'il ait chassé Severus n'avait pas été le problème, le fait qu'il ait omis de lui parler de tout cela en avait été un gros.

Alors, après un débordement de magie qu'il n'avait pas vécu depuis bien longtemps, il était monté dans sa chambre et avait préparé une valise. Il n'avait pas tout pris avec lui, juste le nécessaire. Puis il avait appelé un elfe et lui avait demandé de le faire transplaner depuis sa chambre jusqu'au village. Une fois fait, sachant que son père l'aurait senti passer les protection et qu'il demanderait très vite des explications à l'elfe qui serait obligé de lui répondre, il avait transplané à nouveau dans plusieurs villes sorcières jusqu'à trouver un pub qui avait pu l'accueillir la nuit de Noël.

Il avait beaucoup pleuré ce soir-là et très peu dormi. Le lendemain, il avait été au Ministère pour emprunter le réseau de Cheminée International. Le voyage coûtait cher et le nombre de personnes qui voulaient l'emprunter était si élevé que l'attente avait duré des heures.

Finalement, il était arrivé en Angleterre en fin d'après-midi et avait séjourné au Chaudron Baveur. Il avait lancé plusieurs sorts pour que son père ne le retrouve pas, même s'il avait pensé que peut-être Draco et Sirius arriveraient à le raisonner pour lui laisser du temps, et d'autres pour que les hiboux ne puissent pas l'atteindre. Son congé d'un mois après sa longue excursion était une aubaine, car il n'avait aucun compte à rendre à son employeur. Cela faisait plusieurs jours maintenant qu'il était dans ce pays.

Plusieurs jours à penser, à pleurer, à réfléchir.

Il avait décidé de contacter Severus sans trop savoir pourquoi.

Leur relation lorsqu'il avait été Harry Potter avait été catastrophique et apprendre qu'il était son âme-soeur avait été un choc. Mais après des années à entendre Draco lui parler de son parrain, Lucius aussi dans une moindre mesure, Samaël était prêt à découvrir l'autre Severus Snape. Celui qui n'était pas l'un des protagonistes les plus importants d'une guerre, qui n'était pas espion, pas son professeur et encore moins le souffre-douleur de son père. Le vrai Severus Snape.

Lorsque Samaël avait réfléchi à son changement de vie, six ans auparavant, il avait réalisé que ce n'était pas un simple changement de vie : mais une véritable renaissance. Il n'était plus la même personne.

Alors pourquoi pas apprendre à connaître la personne que sa magie avait désignée comme son âme-soeur ? Et tout cela, sans son frère pour lui expliquer qui était cet homme, sans son père pour le protéger. Il voulait vivre ses propres expériences et il était persuadé que commencer avec Severus Snape n'était pas une mauvaise chose.

« Qu'attendez-vous de moi ? » demanda Severus, dont il avait presque oublié la présence, plongé dans ses pensées.

« Absolument rien… » murmura Samaël. « Ma magie nous a envoyé un signe fort. Si vous voulez que je parte, je le ferai et vous ne me reverrez jamais si tel est votre choix. Mais je pensais qu'une fois de plus, je pourrais la laisser me guider. »

« Qu'entendez-vous par vous laisser guider ? »

« Je pensais à vous voir tout d'abord. Et si vous l'acceptez, vous voir à nouveau... Encore une fois, je ne m'attends pas à un mariage la semaine prochaine. Je veux juste vous connaître et voir ce que ma magie a vu en vous. Peut-être ne serons-nous jamais plus proches qu'aujourd'hui, mais qui sait… »

« Votre père va vous étriper… » souffla le Potionniste.

« Je ne suis pas un enfant, » répondit Samaël. « J'ai vingt-deux ans et bien que j'aime énormément mon père, il ne peut pas diriger ma vie. »

« Comment espérez-vous que cela marche ? » demanda Severus, faisant un signe de main entre eux.

« Encore une fois, je n'espère rien. »

« Vous ne pouvez pas sérieusement envisagé un avenir romantique avec moi, » marmonna Severus, se reculant subitement, comme s'il avait été brûlé. « C'est de la folie. Je suis assez vieux pour être votre père. Par Merlin ! Votre père a été mon meilleur ami une grande partie de ma vie. Et vous ne me connaissez même pas. »

« Je n'envisage rien. Je veux simplement vivre ! » s'exclama Samaël. « Je ne veux pas vivre dans le passé, ni dans le futur. Je ne veux pas planifier quoi que ce soit, simplement profiter de ce que la magie m'offre. »

« La magie s'est trompée Samaël ! » déclara Severus, s'approchant à nouveau pour attraper la main du chercheur. « Je ne suis pas fait pour vous, que ce soit en amour ou en amitié. Je suis un vieil homme incroyablement seul. Je n'ai aucun bien personnel, aucune fortune. Je ne veux pas d'enfants et je n'arrive même pas à prendre soin d'un hibou. Je passe mon temps à brasser des potions ou à rechercher des ingrédients précieux. Je n'ai pas mis les pieds dans un pub depuis des années. Danser m'est impossible. Je passe mes soirées totalement seul à lire des livres sur la seule chose qui m'intéresse au monde. Je vais me coucher chaque soir à vingt-trois heures et me lève le matin à sept heures, même le dimanche. »

Conscient de la proximité qu'il avait instauré avec Samaël sans le vouloir, il reposa délicatement sa main sur la banc et s'éloigna. Son visage se tourna à nouveau vers le parc, duquel la famille s'apprêtait à partir. Il continua d'une voix terne :

« Je ne suis l'homme de personne. »

Le silence se fit et perdura pendant si longtemps qu'il pensa que Samaël s'était éclipsé. Mais ce n'était pas le cas. Il était juste là, contemplant lui aussi l'étendue blanche devant eux.

« Vous voyez, » finit par dire le jeune homme avec douceur. « Nous sommes ensemble depuis quelques minutes et j'en sais déjà plus à votre sujet. »

« Si c'est un élan de pitié- » commença Severus.

« Non, » le coupa immédiatement Samaël. « Je voulais en savoir plus sur vous. Je suis un chercheur qui aime les mystères. Et c'est pour moi un mystère que ma magie nous ait associés. Il paraît que vous aimez les mystères vous aussi, Severus. »

« Je ne suis pas allé à Serpentard pour rien, » répondit le Potionniste, les sourcils froncés.

« Alors sachez que je cache un grand mystère, » déclara Samaël en se tournant vers lui, un sourire aux lèvres. « En acceptant de passer du temps avec moi, vous pourriez peut-être le découvrir. »

Severus leva les yeux au ciel et grogna :

« C'est ça votre méthode pour me faire accepter votre présence ? Si vous tentiez d'être Serpentard, c'est raté. »

« Non, ce n'est pas le cas, » répondit Samaël, son sourire s'étendant plus encore. « D'ailleurs, mon père m'a toujours dit que si j'avais été à Poudlard, j'aurais été un Gryffondor. »

Le Potionniste grogna d'incompréhension et regarda Samaël d'un oeil nouveau, comme s'il avait trouvé un nouvel ingrédient de potion à disséquer. Cela fit rire le chercheur qui resserra son écharpe autour de son cou.

« C'était peut-être le premier indice, » dit-il en haussant les épaules. « Quoi qu'il en soit, je voulais que vous sachiez que durant les mois que j'ai passés en Antarctique, je sortais souvent du lieu où nous résidions. Grâce aux sorts, je pouvais rester des heures seul dans cet univers de glace fascinant. J'aime le froid. »

« Je déteste le froid, » grogna Severus. « Vous voyez, votre magie vous a trompé. »

« Mais je m'apprêtais à vous dire que j'aimais aussi être seul. Et aussi étrange que cela puisse être, on peut être seul à plusieurs. C'est ce que j'ai découvert quand j'ai appris à connaître mon frère. Nous pouvions passer nos journées ensemble sans même nous adresser une seule fois la parole. Il était simplement là, comme une présence rassurante, mais qui me laissait avec mes propres pensées. Vous dites que vous aimez être seul, pourtant vous n'avez pas hésité à accepter les visites hebdomadaires chez mon père. Peut-être que vous aimeriez qu'on soit seuls à deux. »

« C'est ridicule… » grogna Severus, pourtant amusé par la tactique d'approche du jeune homme.

« Dois-je en conclure que vous ne voulez définitivement pas passer du temps avec moi ? »

Severus ne répondit pas, réfléchissant à ce qui lui avait été proposé. Il ne pouvait pas nier l'attirance qu'il ressentait pour Samaël. Le chercheur était beau. Sa peau paraissait encore plus pâle entourée de toute cette neige. Ses longs cheveux, tout aussi blancs, étaient tirés en arrière dans une longue tresse et sommairement cachés par un bonnet en laine bordeau, assorti à son écharpe épaisse. Son manteau était semblable à celui de Severus, long et noir.

Le visage de Samaël était captivant. Sa mâchoire était bien définie et rasée de près, ses pommettes haute et son petit nez légèrement retroussé, rougit par le froid, étaient attirant. Il avait de longs cils qui n'enlevaient rien à sa virilité, et ses sourcils parfaitement définis étaient la touche parfaite pour finir un Malfoy.

Oui, Samaël était attirant, comme Severus l'avait remarqué à plusieurs reprises.

« Et cela pourrait être un bon moyen pour vous venger de mon père… » ajouta le jeune homme, le sortant de sa transe.

Contre toute attente, Severus laissa échapper un rire face à la ruse dont Samaël faisait preuve. Comment dire non à une telle demande ?

Lucius avait été le sujet de nombreuses colères ces derniers mois, et il mourait d'envie de lui rendre la monnaie de sa pièce.

« J'accepte de passer un moment avec vous, » répondit finalement Severus. « Si vous payez le dîner. »

Samaël sourit, acquiesçant.

« Quel manque de galanterie Professeur Snape, » dit-il d'une voix pleine de sarcasme.

« L'addition revient à celui qui réclame le rendez-vous, ne pensez-vous pas ? »

« Pourquoi pas… J'espère simplement que vous réclamerez le prochain, » déclara Samaël.

Encore une fois, Severus se surprit à rire. Malgré les sujets abordés compliqués, malgré la vie de Samaël qui prenait un tournant délicat, ce moment était agréable. Cela faisait plusieurs semaines que Severus n'avait pas vécu un tel instant.

Levant les yeux, il se rendit compte que la famille Rhys était partie, sans qu'il s'en aperçoive. Il resta un instant à fixer l'endroit, essayant de se souvenir des raisons pour lesquelles il revenait ici aussi souvent. Pourquoi il s'assurait que cette petite fille, qui n'était pas la sienne, allait bien.

« Vous aimeriez pouvoir vous occupez d'elle ? » demanda Samaël en suivant son regard.

« Je n'ai jamais voulu d'enfant, » déclara Severus. « Mon père n'était pas quelqu'un d'exemplaire. Ma mère est décédée quand j'étais jeune. Le reste de ma famille m'a renié. Je ne pense pas pouvoir assumer le rôle d'un père, comme le fait Lucius. Je n'en éprouve tout simplement pas le besoin. »

Samaël acquiesça sans répondre.

« Je ne sais pas pourquoi je viens ici. » murmura le Potionniste après quelques minutes de silence. « Après ma mort, tout ce que j'ai reviendra à cette enfant et elle ne saura jamais pourquoi. Peu importe. J'aurai au moins laissé quelque chose sur cette terre. »

« Je pense que vous laisserez bien plus que ça Severus… » répondit le chercheur. « Vous savez, j'ai étudié les potions sur des livres dont les recettes étaient écrites par vous. Vous ne disparaîtrez pas sans rien laisser. Et quand bien même, nous sommes si peu de chose dans ce monde. L'important est ce que nous faisons de notre vivant. Mourir sans regrets. »

« Et ne pensez-vous pas qu'un rendez-vous avec moi pourrait vous faire perdre votre précieux temps à profiter de la vie ? »

« Je ne pense pas, » répondit Samaël avec un sourire.

Ils restèrent à nouveau immobile, assis côte à côte à regarder le parc couvert de neige blanche. Les traces de la bataille de boule de neige des enfants persistaient mais n'allaient pas tarder à s'estomper sous le soleil qui se montrait timidement.

Samaël finit par se lever et épousseta son manteau sur lequel était tombé quelques flocons.

« On se retrouve samedi soir à dix-neuf heures devant Poudlard ? » demanda-t-il.

Severus acquiesça d'un hochement de tête et Samaël le prévint :

« Je me suis rendu intraçable pour les hiboux, vous ne pourrez pas me contacter pour annuler notre rendez-vous. Donc je vous attendrai quoi qu'il arrive. »

Le Potionniste se leva à son tour et répondit :

« Par un étrange mystère, que j'attribue pour le moment à un coup sur la tête, vous voulez en savoir plus sur moi. La première chose à savoir est donc la suivante : je tiens toujours mes promesses. »

Samaël sourit et leva sa main pour la tendre à son vis-à-vis. Celui-ci le regarda dans l'expectative, puis leva la sienne à son tour pour le saluer.

« Ravi d'avoir fait votre connaissance Severus, » dit Samaël. « A samedi pour notre second rendez-vous. »

Avant que Severus ne puisse dire quoi que ce soit, le chercheur l'avait lâché et transplané. Il passa une main sur son visage et sourit. Effectivement, ils venaient de passer plus d'une heure ensemble à parler, rire, se livrer, plaisanter. Ils avaient abordé des sujets graves et des sujets plus légers : ils avaient effectivement eu un rendez-vous.